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Full text of "Le Brésil en 1889"

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PURCHASED    FOR    THE 

UNIVERSITY  OF  TORONTO  L1BRARY 

FROM    THE 

HUMANITIES  RESEARCH  COUNCIE 
SPECIAE  GRANT 


FOR 

BRAZIL  COLLECTION 


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LE  BRÉSIL 

[  EN    1889  j 

AVEC  UNE  CARTE  DE  L'EMPIRE  EN  CHROMOLITHOGRAPHIE 


DES  TABLEAUX  STATISTIQUES,  DES  GRAPHIQUES 
ET  DES  CARTES 


OUVRAGE   l'UBLTE   PAR    LES    SOINS    DU 

SYNDICAT    DU   COMITÉ    FRANCO-BRÉSILIEN 

POUR   L'EXPOSITION    UNIVERSELLE    DE    PARIS 

Avec  la  Collaboration  de  nombreux  écrivains  du  Brésil 

SOUS   LA.   DIRECTION    DE 

M.  F.-J.  DE  SANTA-ANNA  NERY 


PARIS 
]  LIBRAIRIE  CHARLES   DELAGRAVE 

15,    RUE    SOUFFLOT,     15 

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LE    BRÉSIL 


EN    1889 


COMPIEGNE 


IMPRIMERIE    HENRY    LEFEBVRE 


31,    RUE   SOLFER1NO,    31 


LE  BRÉSIL 


EN     1S89 


AVEC  UNE  CARTE  DE  L'EMPIRE  EN  CHROMOLITHOGRAPHIE 


DES    TABLEAUX    STATISTIQUES,    DES    GRAPHIQUES 
ET     DES    CARTES 


OUVRAGE     PUBLIE     PAR      LES     SOINS     DU 

SYNDICAT   DU    COMITÉ   FRANCO-BRÉSILIEN 

POUR   L'EXPOSITION   UNIVERSELLE    DE    PARIS 

Avec  la  Collaboration  de  nombreux  Écrivains  du  Brésil 

SOUS    L\.    DIRECTION    DE 

M.   F.-J.   DE   SAKTA-AMA  KERY 


PARIS 

LIBRAIRIE    CHARLES    DELAGRAVE 

15,    RUE    SOUFFLOT,    43 

1889 

Tous  droits  réserves 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2013  \ 


http://archive.org/details/lebrsilen188900sant 


L'EMPIRE  DU  BRÉSIL 


A    L'EXPOSITION    UNIVERSELLE    DE    1889 


Le  projet  de  l'Exposition  Brésilienne  à  Paris  en  1889  a  été, 
dès  son  début,  encouragé  par  S.  M.  l'Empereur  du  Brésil  et 
appuyé  par  l'opinion  publique  au  Brésil. 

L'idée  première  de  la  participation  du  Brésil  à  l'Exposition 
Universelle  de  1889,  dans  les  conditions  où  elle  a  lieu,  revient  à 
M.  Amédée  Prince.  A  son  instigation,  MM.  Eduardo  da  Silva 
Prado  et  F.  J.  de  Santa  Anna  Nery  firent  appel  aux  Brésiliens 
résidant  à  Paris,  et  M.  E.  Lourdelet,  Président  de  la  Chambre 
syndicale  des  négociants-commissionnaires  et  E.  Pector,  prési- 
dent de  la  Chambre  syndicale  des  négociants-exportateurs,  aux 
Français  en  relations  d'affaires  avec  le  Brésil.  De  la  réunion  de 
ces  bonnes  volontés  et  de  ces  amis  sincères  du  Brésil  et  de  la 
France,  naquit  le  Comité  Franco-Brésilien,  constitué  à  Paris  le 
14  mars  1888. 

Ce  Comité  s'adressa  aussitôt  par  dépêche  à  Rio-de-Janeiro,  au 
Président  du  Conseil  des  ministres,  M.  Joâo  Alfredo  Correa  de 
Oliveira,  pour  lui  demander  son  appui,  en  même  temps  que  M.  le 
vicomte  de  Cavalcanti,  avant  de  partir  pour  le  Brésil,  se  rendait 
à  Cannes  et  demandait  à  l'Empereur,  au  nom  du  Comité,  son 
haut  patronage  en  faveur  de  l'Exposition  Brésilienne.  Une  réponse 
favorable  du  Président  du  Conseil  ne  se  fit  pas  attendre,  et  Sa 
Majesté  daigna  approuver  et  encourager  les  efforts  du  Comité. 

M.  le  vicomte  de  Cavalcanti  revint  à  Paris  porteur  d'une  lettre, 
adressée  par  Sa  Majesté  à  M.  Berger,  Directeur  général  de  l'Ex- 
ploitation. Dans  cette  lettre  autographe,  l'Empereur  faisait  part 
à  M.  Berger  de  son  désir  ce  voir  accorder  un  bon  emplacement  à 
l'Exposition  Brésilienne. 


EXPOSITION     UNIVERSELLE     DE     PARIS      1889. 

Jusqu'à  ce  moment,  les  Brésiliens  et  les  Français  qui  portaient 
un  vif  intérêt  à  la  participation  du  Brésil  à  l'Exposition  de  1889, 
n'étaient  pas  certains  devoir  se  réaliser  leurs  désirs. 

En  effet,  au  mois  de  septembre  1885,  M.  Antonio  da  Silva 
Prado,  ministre  des  Travaux  publics  au  Brésil,  avait  déclaré  au 
Sénat  que  le  Gouvernement  se  ferait  représenter  officiellement. 
En  mai  1887,  M.  Antonio  da  Silva  Prado  cessait  de  faire  partie 
du  Cabinet  brésilien,  et  le  Gouvernement,  en  janvier  1888,  décla- 
rait au  ministre  de  France  à  Rio-de-Janeiro,  que  l'Empire  du 
Brésil  ne  se  ferait  pas  représenter  à  Paris.  Le  10  mars  1888, 
M.  Antonio  da  Silva  Prado  revenait  au  pouvoir  avec  le  nouveau 
ministère.  Cette  circonstance,  coïncidant  avec  les  efforts  faits  à 
Paris  par  le  Comité  franco-brésilien,  semblait  dès  lors  tourner  à 
l'avantage  de  l'Exposition  Brésilienne. 

M.  le  vicomte  de  Cavalcanti  arriva  à  Rio-de-Janeiro  au  mois 
d'avril  et  se  mit  aussitôt  à  l'œuvre,  s'adressant  aux  producteurs, 
faisant  des  voyages  pour  organiser  des  comités,  pressant  les 
retardataires  et  décidant  les  hésitants. 

D'accord  avec  M.  le  vicomte  de  Cavalcanti,  le  député  Affonso 
Celso  proposa  à  la  Chambre  qu'une  subvention  d'environ 
800.000  francs  fût  accordée  au  Comité  franco-brésilien.  Cette 
proposition,  combattue  par  quelques  orateurs,  fut  défendue  par 
MM.  Affonso  Celso,  Matta  Machado,  Carneiro  da  Cunha,  Nabuco 
et  Penna,  à  la  Chambre  des  députés,  et  par  MM.  Antonio  da  Silva 
Prado  et  vicomte  de  Ouro-Preto,  au  Sénat,  où  elle  fut  approuvée. 
En  conséquence,  le  18  juillet,  fut  publié  le  décret  suivant: 

Article  premier.  — Le  Gouvernement  est  autorisé  à  dépenser 
jusqu'à  la  somme  de  300  contos  de  reis  pour  aider  le  Comité 
franco-brésilien  pour  l'Exposition  universelle  de  Paris  et  les 
exposants  brésiliens  qui  prendront  part  à  la  dite  Exposition. 

Art.  2.  —  Le  Gouvernement  fera  les  opérations  de  crédit 
nécessaires  pour  cet  objet. 

Art.  3.  —  Toutes  les  dispositions  contraires  sont  révoquées. 

Antonio  da  Silva  Prado,  sénateur  de  l'Empire,  membre  du 
conseil  de  Sa  Majesté  l'Empereur,  ministre  et  secrétaire  d'Etat, 
de  l'agriculture,  du  commerce  et  des  travaux  publics,  est  chargé 
de  l'exécution  du  présent  décret. 

Signé  :  Princeza  Impérial  Régente. 
Signé  :  Antonio  da  Silva  Prado. 


EXPOSITION     UNIVERSELLE     DE     PARIS      1889. 

La  participation  du  Brésil  à  l'Exposition  Universelle  était  dès 
lors  un  fait  accompli.  A  Rio-de-Janeiro,  M.  le  vicomte  de  Caval- 
canti  avait  obtenu  un  plein  succès.  A  Paris,  le  Comité  franco- 
brésilien,  continuant  son  œuvre,  avait,  sur  un  avis  télégraphique 
de  M.  le  vicomte  de  Cavalcanti,  constitué,  en  vingt-quatre  heures, 
par  acte  notarié,  un  syndicat  de  garantie,  et  son  fondé  de  pouvoirs 
à  Rio-de-Janeiro,  M.  le  vicomte  de  Figueiredo,  signait  avec  le 
Gouvernement  brésilien  un  contrat  en  vertu  duquel  le  syndicat 
prenait  à  sa  charge  l'organisation  de  l'Exposition  du  Brésil  au 
Champ  de  Mars. 

M.  le  vicomte  de  Cavalcanti  organisa  alors  le  Comité  central 
de  Rio  de-Janeiro.  Ce  comité  mit  un  grand  zèle  et  une  patrio- 
tique activité  dans  l'accomplissement  de  sa  mission.  Dans  les 
provinces  les  présidents  et  les  particuliers  réunirent  leurs  efforts 
pour  suivre  l'exemple  donné  par  la  capitale  de  l'Empire.  Des 
commissions  furent  constituées  ;  quelques  provinces  leur  accor- 
dèrent des  subsides  spéciaux. 

Le  11  décembre  1888,  Sa  Majesté  l'Empereur  ouvrait  en 
personne  l'Exposition  préparatoire  à  Rio-de-Janeiro  et,  répondant 
à  un  discours  de  M.  le  vicomte  de  Cavalcanti,  Sa  Majesté  exprima 
son  plaisir  de  constater  dans  cette  Exposition  les  progrès  de 
l'industrie  brésilienne. 

Les  hommes  d'initiative  qui  ont  eu  foi  dans  cette  entreprise 
voient  donc  leurs  efforts  couronnés  de  succès.  Tous  les  Brésiliens 
venus  à  Paris  pour  visiter  l'Exposition  sont  heureux  et  fiers  de 
voir  que  leur  pays  a  pris  une  part  si  honorable  à  cette  grande 
lutte  pacifique  et  en  témoignent  hautement  leur  vive  satisfaction. 

Le  Brésil  en  i  889,  dont  la  publication  a  été  confiée  au  dévoue- 
ment et  aux  soins  éclairés  de  M.  de  Santa  Anna  Nery  répondra 
aux  désirs  du  public  désireux  d'avoir  des  renseignements  exacts 
sur  le  Brésil. 

M.  de  Santa  Anna  Nery  a  été  très  bien  secondé  par  les  collabo- 
rateurs de  cet  ouvrage,  MM.  le  baron  de  TefTé,  membre  corres- 
pondant de  l'Institut;  H.  Gorceix,  le  baron  de  Rio-Branco,  le 
baron  de  Itajubâ,  Favilla  Nunes,  Mac-Dowell,  L.  Cruls,  Morize, 
R.  de  Oliveira,  Eduardo  Prado,  Ladislao  Netto,  Ferreira  de  Araujo, 
Leitao  da  Cunha,  A.  Rebouças  et  Alves  Barbazo. 


COMMISSARIAT  GÉNÉRAL  DU  BRÉSIL 

A   l'Exposition    Universelle    de    1889 


Commissaire  Général  :  Son  Excellence  M.  le  Vicomte  de  Cavalcanti, 
sénateur,  conseiller  d'État. 

Commissaires  Généraux  adjoints  :   M.  E.  Lourdelet,  président  de 
la  Chambre  syndicale  des  Négociants-Commissionnaires  de  Paris  ; 
M.  E.  da  Silva-Prado,  avocat. 

Secrétaire  Général  :  M.  Amédé  Prince,  vice-président  de  ia  Chambre 
syndicale  des  Négociants-Commissionnaires  de  Paris. 

Commissaires  :  M.  le  Baron  d'Albuquerque,  ancien  député  ; 

M.  Carlos  F.  d'Almeida,  négociant; 

M.  Eduardo  Ferreira  Cardozo,  attaché  à  la  Légation  impériale  du 
Brésil  ; 

Son  Excellence  M.  le  Baron  d'Estrella,  chambellan  de  S.  M. 
l'Impératrice  du  Brésil  ; 

M.  Uaymond-Benoist  d'Etiveaud,  négociant  ; 

M.  le  Vicomte  de  Figueiredo,  président  de  la  Banque  Internationale 
du  Brésil  ; 

M.  Adolpho  Klingelhoefer,  ancien  négociant  ; 

M.  C  Pra,  vice-président  de  la  Chambre  syndicale  des  Négociants- 
Commissionnaires  de  Paris  ; 

M.  D.  Pector,  président  de  la  Chambre  syndicale  du  commerce 
d'exportation  ; 

M.  F.-.I.  de  Santa-Anna  Nery,  directeur  du  journal  V Amérique  ; 

M.  R.-E.  de  Souza-Dantas,  membre  du  Conseil  de  S.  M.  l'Empereur 
du  Brésil,  ancien  ministre  d1État  ; 

M.  Manoel-Augusto  Teixeira,  ingénieur. 


COMMISSION  DE  PUBLICITÉ 


Président  :  M.  le  Conseiller  R.-E.  de  Souza-Dantas. 

Secrétaire-Rapporteur  :  M.  F.-J.  de  Santa-Anna  Nery 

Membres  :  M.  le  Baron  d'Albuquerque  ; 
Son  Excellence  M.  le  Baron  d'Estrella  ; 
M.  E.  da  Silva-Prado. 


AU  LECTEUR 


Pendant  la  dernière  quinzaine  du  mois  de 
Novembre  1888,  le  Syndicat  du  Comité  Franco- 
Brésilien  a  bien  voulu  nous  confier  le  soin  d'éditer 
les  ouvrages  destinés  à  faire  mieux  connaître  le 
Brésil  actuel,  à  l'occasion  de  V Exposition  Universelle 
de  1889,  à  Paris.  Moins  de  six  mois  nous  séparaient 
alors  de  la  date  marquée  pour  V inauguration  de 
cette  grande  fête  internationale.  Nous  avons  cru, 
cependant,  devoir  accepter  cette  tâche  aussi  flatteuse 
que  diffiede.  Nous  n'aurions  certainement  pas  pu  la 
mener  à  bonne  fin  si  nous  n  avions  pas  trouvé  en 
M.  F.-J.  de  Santa-Anna  Nerg,  l'écrivain  brésilien 
bien  connu,  un  collaborateur  d'un  dévouement  à  toute 
épreuve.  C'est  lui  qui  a  réuni,  en  quelques  mois, 
malgré  la  distance  qui  nous  sépare  du  Brésil,  ce 
groupe  d'écrivains  hors  ligne  qui  nous  a  permis  de 
publier  un   livre   absolument  nouveau  sur  le  Brésil 


VIII  AU     LECTEUR. 

actuel.  C'est  lui  qui  a  composé  quelques-unes  des 
monographies  de  ce  livre,  qui  a  revu  tous  les  articles, 
en  ij  ((joutant  parfois  des  notes  précieuses. 

Chacun  des  chapitres  de  ce  volume,  écrit  et 
imprimé  en  quelques  mois,  a  été  traité  par  un  spé- 
cialiste, et,  grâce  à  cette  collaboration  variée  et 
désintéressée,  nous  osons  nous  flatter  d'avoir  réussi 
ce  donner  une  idée  assez  exacte  de  la  nouvelle 
évolution  qu'accomplit  en  ce  moment  le  grand  empire 
de  V Amérique  du  Sud. 

L'ÉDITEUR. 


INTRODUCTION 


LE     BRESIL    ACTUEL 


Par    M.     F.-J.     DE     SANTA-ANNA    NERY 


Les  Expositions  Universelles,  que  l'on  a  tant  critiquées, 
ont  du  moins  l'avantage  incontestable  de  permettre  aux  diffé- 
rents États  qui  y  prennent  part  d'établir  une  sorte  de  bilan 
officiel  pour  la  plupart  des  branches  de  leur  production.  Quelque 
riche  ou  quelque  pauvre  que  l'on  soit,  il  est  toujours  utile  de 
connaître  exactement  le  point  de  prospérité  ou  de  décadence 
où  Ton  se  trouve.  Pour  cela,  il  suffit  aux  individus  de  mettre 
en  ligne  de  compte  leur  actif  et  leur  passif.  Il  n'en  va  pas  tout 
à  fait  ainsi  quand  il  s'agit  des  peuples.  Afin  d'apprécier  avec 
quelque  précision  leur  état  économique,  il  faut  qu'ils  le  compa- 
rent à  celui  de  leurs  voisins,  car,  dans  la  lutte  internationale 
du  commerce  et  de  l'industrie,  tout  n'est  qu'affaire  de  relation 
et  de  relations. 

Les  peuples  ne  sont  plus,  comme  autrefois,  des  individua- 
lités  totalement  indépendantes  les  unes  des  autres.  Ils  tendent 
de  plus  en  plus  à  composer  un  grand  corps,  un  organisme 
gigantesque,  animé  d'une  vie  pour  ainsi  dire  isomorphe,  sujet 
à  certaines  commotions  périodiques  qui  rébranlent,  mais,  en 
même  temps,  participant,  dans  une  large  mesure,  aux  bienfaits 


X  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

do  la  production  universelle.  Il  y  a  communication  des  parties 
au  tout,  et  réaction  du  tout  sur  les  parties,  de  sorte  que  l'étroite 
solidarité  économique  de  presque  toutes  les  nations  des  deux 
mondes  constitue  à  la  fois  la  raison  de  leur  faiblesse  et  la 
garantie  de  leur  puissance. 

Nous  saisissons  donc  avec  empressement  l'occasion  qui 
nous  est  offerte  de  récapituler  brièvement  tout  ce  que  le  Brésil 
a  fait  d'utile  et  de  grand  depuis  quelques  années,  et  nous  ne 
craignons  pas  de  mettre  en  parallèle  ses  progrès  avec  ceux  que 
les  autres  nations  du  nouveau  continent  ont  accomplis. 

Il  y  a  vingt-deux  ans  que  l'on  n'a  vu  le  Brésil  à  Paris.  Nous 
voulons  dire  le  Brésil  tout  entier,  dans  la  variété  et  la  mul- 
tiplicité de  ses  produits.  L'exhibition  de  ses  cafés,  qu'il  a  faite 
au  Palais  de  l'Industrie  en  janvier  1883,  bien  que  réussie  en 
tout  point  et  portant  sur  la  culture  la  plus  répandue  de  l'em- 
pire, n'était  qu'une  Exposition  partielle  et  ne  pouvait  donner 
qu'une  faible  idée  de  la  situation  générale  du  pays. 

En  1867,  nous  avons  tenu  avec  un  certain  éclat  notre  place 
d'exposants.  En  1878,  pour  certaines  raisons  d'économie  inté- 
rieure, nous  avons  cru  devoir  nous  abstenir.  Cette  année,  si 
nous  ne  nous  présentons  pas  officiellement  à  Paris,  du  moins 
y  iigurons-nous  en  nombre  et  d'une  manière  satisfaisante. 

C'est  déjà  beaucoup  que  la  première  nation  latine  du  nou- 
veau monde  ait  pu  prendre  son  rang  aux  grandes  assises 
ouvertes  en  ce  moment.  Si  elle  a  renoncé  à  un  grand  luxe  d'éta- 
lages et  à  une  grande,  profusion  de  décors  dans  son  installation 
du  Champ  de  Mars,  c'est  qu'elle  préfère  Yêtre  au  imraîlre, 
c'est  qu'elle  se  contente  de  montrer  modestement  et  sans 
trompe-l'œil  le  chemin  qu'elle  a  parcouru  depuis  l'Exposition 
Universelle  de  1867. 

Le  Brésil  est  venu  à  Paris,  non  pas  pour  en  imposer  aux 
yeux,  mais  pour  faire  constater  à  la  vieille  Europe  qu'il  n'est 
pas  indigne,  par  ses  progrès  réalisés,  d'entrer  plus  largement 
encore  dans  le  concert  économique  des  grands  États.  Le  Brésil 


INTRODUCTION  XI 

est  venu  à  Paris,  non  pas  pour  rechercher  la  vaine  satisfaction 
de  récompenses  honorifiques,  mais  pour  nouer  plus  solidement 
les  liens  qui  rattachent  à  l'Europe,  pour  ouvrir  de  nouveaux 
débouchés  à  ses  matières  premières,  et  surtout  pour  donner 
confiance  à  tous  ceux  qui  seraient  prêts  à  le  choisir  pour  leur 
nouvelle  patrie,  à  y  porter  leur  travail  ou  à  y  faire  fructifier  leurs 
capitaux. 

Pour  être  Américains  du  Sud,  nous  n'en  sommes  pas  moins 
Américains,  c'est-à-dire  pratiques. 

Mais  par  une  coquetterie  de  nation  libérale  et  latine  le  Bré- 
sil n'a  pas  voulu  se  présenter  à  Paris,  au  moment  du  centenaire 
delà  Révolution  française,  sans  lui  apporter  une  preuve  évidente 
de  son  respect  véritable  pour  les  Droits  de  l'Homme  et  de  ses 
progrès  dans  la  liberté,  comme  il  l'avait  déjà  fait  en  1867. 

En  effet,  en  1867,  le  Brésil  entrait  à  Paris  en  annonçant 
qu'il  ouvrait  le  grand  fleuve  de  l'Amazone  aux  pavillons  de 
toutes  les  nations  amies.  En  1889,  il  y  vient  en  montrant  son 
drapeau  vert  et  or  d'où  a  disparu  la  tache  noire  de  l'esclavage. 
Il  y  apporte  une  Bastille  détruite,  et  l'affranchissement  de  plus 
d'un  million  d'hommes.  Il  y  apporte  une  Révolution  faite  d'hier, 
et  qui,  elle,  n'a  fait  verser  que  des  larmes  de  reconnaissance. 

En  1867,  le  Brésil,  jeune  encore,  n'ayant  pas  même  un 
demi-siècle  de  vie  autonome,  ne  donnait  que  des  espérances  : 
il  se  présentait  comme  un  État  qui  compte  sur  l'avenir  pour 
réaliser  les  longs  espoirs  et  les  vastes  pensées.  Ces  espérances, 
les  réaliserait-il  jamais?  Ces  promesses,  les  tiendrait-il  un 
jour  ?  Son  avenir,  de  quoi  serait-il  fait?  —  Il  vient  aujourd'hui 
apporter  sa  réponse. 

En  effet,  depuis  cette  époque,  si  rapprochée  de  nous,  cepen- 
dant, il  a  conquis  sa  virilité;  il  a  accompli  tout  ce  qu'on  atten- 
dait de  lui  :  et  ce  n'est  pas  sans  une  certaine  fierté  qu'il  peut 
exposer  le  fruit  de  ses  efforts. 

Le  gros  public  ignorait  alors  presque  entièrement  le  Brésil, 
ou,  du  moins,   il  considérait  comme  une  quantité  des  plus 


XII 


LE     BRÉSIL     EN      1889. 


négligeables  cet  empire  presque  aussi  vaste  à  lui  seul  que  l'Eu- 
rope Continentale.  11  circulait  môme  encore  à  notre  endroit  de 
vieilles  histoires  qui  nous  reléguaient  au  rang  de  certains  insu- 
laires fort  peu  avancés  en  civilisation.  Malgré  de  savants  tra- 
vaux publiés  sur  quelques-unes  de  nos  régions  et  sur  différentes 
productions  de  nos  contrées,  nous  demeurions  aussi  inconnus 
que  méconnus.   Les  livres  des  voyageurs,  qui  nous  avaient 
visités,  restaient  enfouis  dans  les  bibliothèques,  ou  n'étaient 
consultés  que  par  un  petit  nombre  de  curieux.  On  faisait  un 
succès  à  certain  pamphlétaire  qui  avait  saisi  et  exhibé  nos 
ridicules  avec  autant  d'ingratitude  que  d'esprit.  On  nous  con- 
fondait dédaigneusement  avec  les  colonies.  On  ne  connaissait 
guère  du  Brésil  que  le  Brésilien  d'opérette,  la  fièvre  jaune  et  les 
serpents  à  sonnettes.  Quant  à  son  histoire,  quant  aux  merveil- 
leuses ressources  qu'il  renferme,  on  s'en  préoccupait  assez 
peu.  L'Amérique  du  Nord  était  tout  et  se  recommandait  à  tous 
les  esprits.  Quiconque  aurait  parlé  d'émigrer  au  Brésil,  eût  été 
pris  pour  un  original  ou  pour  un  chimérique  découvreur  de 
nouveaux  mondes. 

Les  choses  ont  bien  changé  depuis.  Nous  avons  été  vulga- 
risés. On  s'est  occupé  de  nous.  Le  Brésil  a  conquis  l'attention. 
Il  a  beaucoup  fait  parler  de  lui  dans  les  journaux,  dans  les 
ouvrages  de  toute  sorte.  Il  a  môme  créé  des  sociétés  d'études. 
Grâce  à  toute  cette  publicité,  grâce  aussi  aux  Brésiliens  qui 
traversent  la  mer  tous  les  ans  pour  venir  en  Europe,  on  sait 
qui  nous  sommes,  ce  que  nous  valons  et  ce  que  nous  voulons. 
On  sait  que  nous  n'habitons  pas  aux  antipodes,  mais  à  quel- 
ques jours  de  l'Europe,  et  qu'on  peut  nous  venir  voir  sans  qu'il 
en  coûte  beaucoup  et  de  la  manière  la  plus  confortable  du 
monde.  Nous  commençons,  enfin,  à  être  un  peu  plus  connus 
que  tel  petit  pays   des  Balkans  dont   la  presse   européenne 
décrit  avec  complaisance  les  révolutions  tapageuses. 

Ce  progrès  nous  honore,  car  il  est  en  grande  partie  notre 
œuvre.  C'est  le  Brésil  qui  a  révélé  le  Brésil  au  monde.  C'est 


INTRODUCTION.  XIII 

lui  qui  s'est  fait  connaître  en  s'afiirmant  partout.  Il  ne  doit 
guère  sa  nouvelle  réputation  qu'à  lui-même. 

Des  régions,  dont  on  parlait  à  peine  il  y  a  vingt  ans,  ont 
grandi  et  ont  pris  leur  place  au  soleil  de  la  civilisation.  Dans 
le  nord,  l'Amazonie  a  surgi  belle,  séduisante,  riche.  Dans  le 
sud,  San-Paulo  a  montré  ce  que  peut  le  sang  latin  infusé  dans 
les  veines  d'un  peuple  du  nouveau  monde.  De  tous  côtés,  nos 
provinces,  animées  d'une  belle  et  noble  émulation,  ont  déve- 
loppé leurs  ressources  et  se  sont  produites  dans  les  luttes 
économiques  qui  fortifient. 

En  1867,  nous  l'avons  dit,  le  grand  fleuve  de  l'Amazone 
était  rendu  libre  et  ouvert  aux  pavillons  des  nations  amies. 
A  cette  époque,  les  deux  provinces  baignées  par  cet  Océan 
d'eau  douce,  par  cette  mer  intérieure,  produisaient  à  peine 
8  millions  de  kilogr.  de  caoutchouc.  En  ce  moment,  elles  en 
fournissent  près  de  16  millions  de  kilogs.  En  vingt-un  ans  la 
production  a  été  plus  que  quintuplée.  Leurs  revenus  provin- 
ciaux ont  suivi  la  même  progression  :  de  un  million  de  francs, 
ils  se  sont  élevés  à  15  millions.  Leur  population  a  certainement 
doublé.  La  province  de  Para  a  une  exportation  de  188  francs 
par  tête  et  par  an;  celle  de  l'Amazone  en  a  une  de  174  francs; 
tandis  que  la  République  Argentine  ira  que  108  francs,  et  les 
États-Unis  de  l'Amérique  du  Nord  à  peine  76  francs  60. 

Qui  connaissait,  seulement  de  nom,  la  province  de  San- 
Paulo,  il  y  a  un  quart  ce  siècle  ?  Elle  était  perdue  dans  les  infi- 
niment petits.  Ses  revenus  généraux  et  provinciaux  attei- 
gnaient à  peine  5  millions  :  c'est  le  budget  d'une  petite  ville  de 
France.  Elle  ne  recevait  pas  d'immigrants.  Son  réseau  de 
chemins  de  fer  sortait  à  peine  des  projets.  San-Paulo  n'existait 
pas  pour  l'Europe.  Hé  bien  !  ce  coin  de  terre,  situé  dans  le 
Brésil  méridional,  fait  aujourd'hui  l'étonnement  des  écono- 
mistes et  leur  prépare  de  nouvelles  surprises.  San-Paulo  fournit 
maintenant  des  revenus  qui  s'élèvent  à  la  somme  respectable  de 
32  millions  de  francs,  et  a  presque  accaparé  l'immigration  qui 


XIV  LE     BRESIL     EN      188  9. 

se  dirige  vers  le  Brésil.  Ses  grandes  cultures  de  café,  son 
climat  et  sou  sol  admirables,  son  initiative  à  la  fois  hardie  et 
pondérée  lui  ont  attiré,  l'année  dernière,  plus  de  cent  mille 
immigrants  d'Europe.  C'est  la  prospéritée  assurée,  car  ce  qui 
manque  le  plus  au  Brésil,  ce  n'est  pas  la  terre,  ce  sont  les  bras. 
—  La  province  de  San-Paulo  peut  être  avantageusement  com- 
parée à  n'importe  quel  département  français  pour  sa  richesse, 
ses  exploitations  rurales  et  son  administration  locale.  Les  voies 
de  transport  y  ont  atteint  un  grand  développement  relatif,  et 
son  réseau  ferré,  d'une  étendue  de  près  de  2.500  kilomètres, 
a  été  construit,  à  l'exception  d'une  seule  ligne,  au  moyen  de 
capitaux  nationaux. 

D'autres  provinces  que  l'on  connaissait  à  peine  d'après  les 
cartes  et  dont  on  ignorait  généralement  les  ressources  —  Gearâ, 
Pernambuco,  Bahia,  Espirito-Santo,  Minas-Geraes,  Paranâ. 
Rio-Grande-du-Sud,  etc.,  —  déploient  une  activité  et  une  puis- 
sance de  travail  qui  n'ont  pas  été  infécondes.  Elles  sont  dans 
le  mouvement  qui  emporte  le  Brésil,  par  de  nouvelles  voies, 
vers  un  but  supérieur.  Leur  crédit  s'affirme,  tant  à  l'intérieur 
qu'à  l'extérieur,  et  il  s'emploie  à  un  usage  reproductif,  c'est-à- 
dire  au  perfectionnement  de  leur  outillage  industriel. 

Rien  n'est  laissé  au  hasard.  Le  génie  de  l'homme  se  prend 
à  tous  les  moyens  de  production  et  de  circulation  des  richesses. 
Ce  sont  des  banques  que  l'on  crée  au  profit  des  agriculteurs  :  ce 
sont  des  crédits  que  Ton  vote  pour  attirer  et  fixer  l'immigration 
européenne.  Ici  se  construisent  des  fabriques  et  des  usines  des- 
tinées à  transformer  sur  place  les  matières  premières  innom- 
brables qu'on  envoyait  autrefois  en  Europe  et  qui  nous  en  reve- 
naient pour  être  vendues  dans  le  pays  à  des  prix  fort  élevés. 
Là,  l'industrie  locale  nous  rend  de  moins  en  moins  tributaires 
de  l'Europe  pour  les  objets  manufacturés  dont  nous  avons 
besoin.  Ailleurs,  on  défriche  le  sol  et  l'on  essaie  de  nouvelles 
cultures  plus  rémunératrices  ou  mieux  appropriées  aux  néces- 
sités locales  ;  on  perfectionne  ce  qui  est  et  l'on  crée  ce  qui 


INTRODUCTION.  XV 

manquait.  Partoul  règne  et  se  déploie  l'effort  humain  sur  une 
terre  vierge  et  féconde. 

On  dirait  que  le  géant  de  l'Amérique  du  Sud,  assoupi  pen- 
dant si  longtemps,  se  réveille  enfin,  animé  du  désir  de  tout 
refaire  à  nouveau  :jam  novus  nascitur  or  do. 

Nous  nous  sommes  aperçus  que  nous  détenions  un  trésor, 
et  c'est  à  qui  l'arrachera  aux  entrailles  de  notre  terre. 

Nos  provinces  accomplissent  cette  double  évolution  :  de 
l'état  commercial,  elles  passent  à  l'état  agricole  et  industriel 
simultanément.  Et,  lorsque  nous  aurons  de  la  sorte  élargi  notre 
agriculture  et  développé  notre  industrie,  notre  commerce,  qui, 
jusqu'ici,  ne  reposait  que  sur  des  bases  incomplètes,  aura  trouvé 
ses  véritables  assises  et  acquerra  une  puissance  considérable. 

Si,  maintenant,  nous  jetons  un  regard  sur  l'ensemble  du 
pays,  nous  sommes  bien  plus  encore  frappés  de  ses  merveilleux 
progrès,  réalisés  en  moins  d'un  quart  de  siècle. 

En  1867,  la  population  du  Brésil  n'atteignait  pas  dix  millions 
d'habitants.  Un  sixième  environ  de  cette  population  était  com- 
posé d'esclaves.  —  Le  Brésil  compte  aujourd'hui  quatorze 
millions  d'habitants  au  moins,  et  plus  un  seul  esclave!  Le  mot 
môme  d'esclavage  a  disparu  de  notre  pays,  a  été  rayé  de  nos 
lois.  Il  n'y  a  plus  que  des  citoyens  libres  soumis  aux  mêmes 
devoirs  et  jouissant  des  mêmes  droits.  Et,  puisqu'il  fut  un 
temps  où  l'on  donnait  une  valeur  vénale  à  des  êtres  créés,  comme 
nous,  à  l'image  de  Dieu,  il  faut  dire  ici  que  la  libération  de  ce 
million  et  demi  d'hommes  a  coûté  au  Brésil  trois  milliards  au 
bas  mot  sans  atteindre  sa  prospérité.  Nous  n'avons  reculé 
devant  aucun  sacrifice  pour  nous  affranchir  de  cet  héritage 
douloureux  de  l'Europe,  et  nous  avons  arraché  de  nos  épaules 
cette  tunique  de  Nessus,  sans  que  le  sang  coulât,  comme  aux 
États-Unis.  Nous  l'avons  dépouillée  au  milieu  des  acclamations 
d'un  peuple  qui  fêtait  son  entrée  définitive  dans  la  civilisation, 
et  aux  applaudissements  du  monde  entier,  qui  semblait  nous 
être  reconnaissant  de  tant  d'audace. 


XVI  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

Cet  acte  de  justice  tardive  ne  saurait  avoir  pour  le  Brésil  des 
conséquences  lâcheuses,  comme  nous  essayons  de  le  prouver 
dans  l'un  des  chapitres  de  ce  livre.  Cette  transformation  dans 
la  main-d'œuvre  ne  compromettra  aucun  des  intérêts  vitaux  de 
l'empire.  Le  travail  libre,  en  remplaçant  le  travail  servile,  pro- 
duira de  meilleurs  fruits.  Il  attirera  vers  nous  le  travailleur 
européen.  En  effet,  l'immigration  a  suivi  une  marche  ascen- 
dante à  mesure  que  l'esclavage  décroissait. 

En  1867,  il  ne  venait  que  10.000  immigrants  chez  nous.  — 
En  1888,  les  deux  seuls  ports  de  Rio-de- Janeiro  et  de  Santos  en 
ont  reçu  132.000.  Cette  année-ci,  le  Brésil  entier  compte  sur  un 
arrivage  de  plus  de  150.000,  et  ce  chiffre  ira  sans  cesse  en 
croissant.  Ces  hôtes  laborieux  ne  se  contentent  pas  de  nous 
apporter  le  secours  de  leurs  bras  et  de  leur  expérience  ;  ils 
s'initient  assez  promptement  à  nos  mœurs,  et,  séduits  par 
l'esprit  libéral  de  nos  lois,  ils  demandent  assez  souvent  à  entrer 
dans  la  grande  communion  nationale.  Nous  recrutons  des 
citoyens  dévoués,  là  ou  nous  n'espérions  trouver  que  des  colons 
laborieux.  C'est  un  double  profit  pour  la  patrie  brésilienne. 

De  1822,  date  de  la  proclamation  de  notre  indépendance,  jus- 
qu'à 1867,  soit  en  quarante-cinq  ans  à  peine,  4.000  d'entre  les 
immigrants  ont  demandé  des  lettres  de  naturalisation.  —  De 
1867  à  mai  1888,  soit  en  vingt  ans,  6.395  d'entre  eux  sont 
devenus  Brésiliens.  —  De  1867  à  1883,  la  moyenne  des  natura- 
lisations était  de  88,8  par  an.  Elle  est  actuellement  de  870 
par  an. 

Il  semble  que,  par  une  juste  récompense,  nous  recevions 
chaque  jour  le  prix  de  notre  généreuse  action. 

Si  nous  continuons  à  comparer  l'état  présent  du  Brésil  avec 
sa  situation  établie  au  moment  de  l'Exposition  universelle  de 
L867,  nous  constatons  dans  tous  les  ordres  de  l'activité  natio- 
nate  un  progrès  immense. 

Ainsi,  les  recettes  afférentes  à  l'État,  aux  provinces  et  aux 
municipalités  étaienl  <l<i  233  millions  de  francs  en  1867.  —  Elles 


INTRODUCTION.  XVII 

B'êlèvent  à  rheuro  actuelle  à  plus  de  570  millions,  et  offrent  une 
plus-value  de  près  de  deux  fois  et  demie. 

Toutes  les  branches  de  l'administration  ont  contribué  à  ces 
heureux  résultats. 

Les  douanes,  qui  produisaient  200  millions  en  18G7,  four- 
nissent aujourd'hui  près  de  300  millions  de  francs. 

Les  postes  ont  vu  leur  recette  monter  de  2  millions  et  demi 
à  5  millions. 

Les  télégraphes,  qui  donnaient  à  peine 73.000  francs,  rendent 
aujourd'hui  6  millions. 

En  1867,  nous  n'avions  que  683  kilomètres  de  voies  ferrées. 
—  Nous  en  avons  maintenant  près  de  10  mille. 

Alors,  le  Brésil  était  isolé  du  monde.  —  Aujourd'hui,  des 
fils  terrestres  et  des  câbles  sous-marins  le  relient  aux  deux 
Amériques,  à  l'Europe,  au  monde.  Il  peut  correspondre  avec 
l'Univers. 

Le  téléphone  a  pénétré  jusque  dans  F  Amazonie,  et  les 
tramways  sillonnent  les  rues  de  toutes  nos  grandes  villes. 

Notre  commerce  et  nos  rapports  de  toute  nature  ont  béné- 
licié  de  tous  ces  progrès,  de  tous  ces  instruments  de  communi- 
cation rapide. 

Le  commerce  extérieur  du  Brésil  était  estimé,  en  1867,  à 
900  millions.  Il  dépasse  1  milliard  un  quart. 

Le  développement  de  la  navigation  au  long  cours  a  été 
parallèle  à  cet  essor  commercial. 

En  1867,  le  nombre  des  navires  au  long  cours  et  de  grand 
cabotage,  entrés  et  sortis,  était  de  12.500,  jaugeant  ensemble 
moins  de  ï  millions  de  tonneaux.  —  En  1887,  ce  mouvement 
maritime  est  représenté  par  15.000  navires,  jaugeant  ensemble 
10  millions  de  tonneaux,  c'est-à-dire  le  triple. 

Un  autre  grand  agent  commercial,  la  Banque  de  crédit  et 
d'escompte,  s'est  développé  avec  des  capitaux  considérables. 


XVIII  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

Éd  1867,  on  comptait  six  banques  à  Rio-de-Janeiro  et  onze 
dans  les  provinces.  —  Aujourd'hui,  les  deux  seules  places  de 
Jlio  et  de  San-Paulo  en  ont  autant  que  tout  le  Brésil  d'alors. 

Et  partout  on  constate  le  môme  progrès,  incessant,  sérieux, 
profond,  dans  les  arts,  les  lettres,  les  sciences,  comme  dans 
l'agriculture,  l'industrie  et  le  commerce,  --  dans  la  politique 
môme  et  dans  l'administration,  comme  dans  l'économie  sociale 
et  dans  les  connaissances  humaines. 

Le  Brésil  est  en  travail,  et  l'œuvre  se  poursuit  sans  bruit, 
sans  réclame.  Il  fuit  les  exagérations  intéressées  et  se  garde 
des  annonces  mensongères.  Il  compte  sur  le  temps  et  sur  la 
sagesse  des  hommes  pour  être  apprécié  comme  il  le  mérite. 

C'est  à  peine  s'il  nous  a  été  permis  d'enregistrer  ici  quelques 
généralités  sur  ses  progrès  récents,  et  dresser  l'inventaire  de 
ce  qui  a  été  fait  dans  ces  dernières  années.  C'est  à  l'œuvre  seu- 
lement que  l'on  doit  connaître  l'ouvrier.  Nous  espérons,  cepen- 
dant, que  de  tout  ce  qu'on  va  lire  il  résultera  la  conviction  pour 
tous  que  le  Brésil  a  beaucoup  travaillé  depuis  vingt-cinq  ans, 
qu'il  s'est  élevé  peu  à  peu,  sans  secousses  violentes  et  aussi 
sans  orgueilleux  transports  de  triomphe,  et  qu'il  peut  aspirer 
à  de  hautes  destinées.  Ces  destinées,  il  les  atteindra  sûrement 
s'il  persiste  dans  la  même  voie. 

Nous  avons  fait  beaucoup  déjà;  il  nous  reste  encore  plus  â 
faire.  Il  nous  est  impossible  de  nous  arrêter  sans  compromettre 
tout  ce  qui  a  été  tenté  jusqu'ici. 

En  avant  donc  \  Et  pour  le  progrès  ! 

Débarrassé  de  la  plaie  séculaire  qui  le  rongeait,  le  Brésil 
s'avance  d'un  pas  ferme  et  décidé  à  la  conquête  de  toutes  les 
nouveautés.  Sans  doute  il  porte  encore  au  flanc  les  traces  de  la 
vieille  cicatrice  noire  ;  mais,  en  disant  à  l'Europe  qui  lui  avait 
légué  cette  infirmité  peut-ôtre  nécessaire  :   Vide  latus!  il  peut 


INTRODUCTION.  XIX 

lui  montrer  du  môme  coup  les  remèdes  qui  l'ont  guéri  :  la 
liberté  dans  l'ordre,  le  travail  dans  la  paix. 

S'il  ne  lui  est  pas  encore  permis  de  monter  au  Capitole  pour 
rendre  grâces  aux  dieux  des  grandes  choses  accomplies,  il  peut, 
du  moins,  tout  en  se  montrant  modeste  quand  il  se  considère, 
se  dire  lier  quand  il  se  compare  ! 


CHAPITRE  PREMIER 


NOTIONS     GÉNÉRALES 


Situation,  limites,  superficie1.  —  Le  Brésil  est  situé  entre 
5°10'  nord  et  33°45'  sud,  et,  abstraction  faite  des  îles  de  Fer- 
nando-de-Noron.ha  et  de  la  Trindade,  entre  8°19'26"  est  et 
30°58':26"  ouest,  de  Rio-de-Janeiro.  Ses  points  extrêmes  sont  : 
au  Nord,  la  chaîne  de  montagnes  ou  serra  de  Roruima,  aux 
sources  du  Cotingo,  affluent  du  Tacutu,  par  5°10'  nord  et  17°35' 
ouest  de  Rio-de-Janeiro;  au  Sud,  la  barre  du  Chuy,  par  33°4& 
sud  et  10°:2i':27''  ouest;  à  l'Est,  la  pointe  de  Pedra,  près 
d'Olinda,  par  8°0'57"  sud  et  8°19'16"  est;  à  l'Ouest,  les  sources 
du  Javary,  par  6°59W  sud  et  30°58'26"  ouest  de  Rio-de- 
Janeiro. 

Ses  limites  sont  :  au  sud-est,  à  Test  et  au  nord-est,  l'Océan 
Atlantique  ;  au  nord,  les  Guyanes  française,  néerlandaise  et 
anglaise,  et  le  Venezuela;  au  nord-ouest,  à  l'ouest  et  au  sud- 
ouest,  la  Colombie,  l'Equateur,  le  Pérou,  la  Bolivie,  le  Paraguay 
et  la  République  Argentine  ;  au  sud,  la  République  orientale 
de  l'Uruguay.  Il  a  donc  sur  ses  frontières  tous  les  États  et  colo- 
nies de  l'Amérique  du  Sud,  excepté  le  Chili. 

Ses  limites  avec  la  république  de  l'Uruguay  ont  été  définies 
par  les  traités  du  12  octobre  1851  (art.  3)  et  du  15  mai  1854 
(art.  1er). 

Avec  la  République  Argentine,  elles  ont  été  stipulées  par  un 


1.  Nous  nous  sommes  borné  à  résumer  ici  les  notions  données  par 
MM.  J.  Capistrano  d'Abreu  et  A.  do  Valle-Cabral  dans  leur  beau  travail  sur 
la  géographie  de  Wappaeus,  qu'ils  ont  refondue  dans  la  partie  se  rappor- 
tant au  Brésil. 


2  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

traité  en  date  du  14  décembre  1857  (art.  1er).  Mais  ce  traité  n'a 
pas  été  ratifié  par  la  République,  qui  réclame  comme  limites  les 
rios  Chapecô  et  Chopim.  Les  deux  Etats  sont  en  négociations 
pour  régler  ces  limites  à  l'amiable. 

Avec  le  Paraguay,  les  limites  ont  été  marquées  définitive- 
ment par  le  traité  du  9  janvier  1872  (art.  1er). 

Avec  la  Bolivie,  les  limites  ont  été  tracées  par  le  traité  du 
27  mars  1867  (art.  2). 

Avec  le  Pérou,  les  limites  ont  été  tracées  en  conformité  avec 
le  traité  du  23  octobre  1851  (art.  7). 

Avec  les  États-Unis  de  Colombie,  il  n'y  a  pas  de  traité  de 
limites,  celui  du  25  juin  1853,  proposé  par  le  Brésil,  n'ayant  pas 
été  accepté  par  l'autre  partie. 

Avec  le  Venezuela,  les  limites  ont  été  fixées  par  un  traité  en 
date  du  5  mai  1850  (art.  2). 

Avec  la  Guyane  française,  l'article  107  du  Congres  de  Vienne 
(1815)  et  la  Convention  de  Paris  du  28  août  1817  ont  établi  la 
limite  à  TOyapock  entre  4°  et  5°  nord;  l'Oyapock,  jusqu'à  sa 
source,  et,  après,  la  chaîne  de  Tumucumaque  sont  les  fron- 
tières marquées  sur  la  carte  du  Brésil  de  1883.  La  France  pro- 
pose comme  limite  le  canal  de  Carapaporis,  qui  sépare  File  de 
Maracà  des  terres  adjacentes  au  Cap  Nord,  depuis  la  branche 
septentrionale  de  l'Araguary,  si  celui-ci  n'a  pas  d'obstacles,  et, 
dans  le  cas  où  il  serait  obstrué,  le  premier  cours  d'eau  en  allant 
vers  le  nord,  lequel  se  jette,  sous  le  nom  de  Manaye  ou  Carapa- 
poris, dans  le  canal  de  ce  nom,  par  1°45'  nord.  En  1841,  le  terri- 
toire contesté,  connu  sous  le  nom  de  Mapa  ou  Amapâ,  a  été  neu- 
tralisé, et  en  1862  les  deux  pays  échangèrent  des  déclarations 
positives  à  ce  sujet  dans  l'arrangement  conclu  entre  eux  pour  le 
jugement  des  criminels  et  signé  à  Paris  le  28  juin  1802. 

Avec  la  Guyane  néerlandaise,  il  n'y  a  pas  de  traité  non  plus; 
le  Brésil  place  ses  limites  de  ce  côté  sur  la  serra  de  Tumucu- 
maque. 

Avec  la  Guyane  anglaise,  pas  de  traité  non  plus.  Le  Brésil 
fait  passer  ses  frontières  par  les  serras  d'Essary,  Acarahy  et 
Tumucumaque.  Un  échange  dénotes  (28  janvier  et  29  août  1842) 
a  neutralisé  le  territoire  limitrophe  appelé  Pirâra. 

A  cause  des  litiges  <|iii  existent  au  sujet  de  ces  frontières,  la 
superficie  du  Brésil  ne  peut  pas  être  calculée  d'une  manière  très 
exacte.  On  l'évalue  à  S. 337. 218  kilomètres  carrés. 

Sa  plus  grande  étendue,  d'après  M.  le  professeur  L.-J.  Marlins- 


NOTIONS     GENERALES. 


Penha,  est  do  4.280  kilomètres  du  nord  au  sud,  entre  la  barre 
duChuy  et  les  sources  du  Cotingo;  et  de  4.353  kilomètres  de 
Test  à  l'ouest,  entre  la  pointe  de  Pedra  et  les  sources  du 
Javary. 

Côtes,  Caps  et  Baies.  —  La  configuration  horizontale  du 
Brésil  présente  la  forme  d'un  triangle,  dont  le  centre  est  ouvert 
au  commerce  extérieur  au  moyen  de  quelques  grands  fleuves  à 
peine.  Cependant,  sa  position  géographique  est  privilégiée  : 
deux  tiers  de  ses  frontières  sont  formés  par  des  côtes  mari- 
times, et  celles-ci,  quoique  peu  découpées,  offrent,  cependant, 
un  grand  nombre  de  ports,  qui  seront  signalés  plus  loin,  au 
chapitre  II. 

Du  Cap  d'Orange,  sur  la  rive  droite  de  l'Oyapock,  jusqu'au 
Cap  du  Nord,  considéré  comme  la  frontière  nord-est  de  l'em- 
bouchure de  l'Amazone,  la  côte  suit,  pendant  190  milles,  la  di- 
rection moyenne  sud-sud-est. 

Du  Cap  du  Nord  jusqua  la  pointe  Tijoca  s'étend,  sur  180 
milles,  l'énorme  embouchure  de  l'Amazone  parsemée  d'îles. 

De  la  pointe  Tijoca  au  Cap  Gurupy,  la  côte  se  dirige,  entre 
est  et  sud,  presque  sans  découpures.  On  y  trouve,  cependant, 
la  baie  de  Pria-Unga,  où  débouche  le  Gurupy,  et  celle  de  Caité, 
où  se  déverse  le  cours  de  ce  nom. 

Du  Cap  Gurupy  jusqu'au  Morne  Itacolumi,  extrémité  nord- 
ouest  de  la  baie  de  San-Marcos,  la  côte  décrit  une  courbe  vers  le 
sud-est,  et  on  y  remarque  :  l'anse  de  Tury-Assù,  où  débouche 
le  cours  d'eau  de  ce  nom,  et  les  baies  de  Cabellos-da-Velha  et  de 
Cuma. 

A  l*est  du  Morne  Itacolumi  s'ouvre  la  grande  baie  de  San-Mar- 
cos, qui  baigne  l'île  de  Maragnon  et  où  débouche  le  rio  Mearim. 
Entre  la  côte  orientale  de  l'île  de  Maragnon  et  le  continent 
s'ouvre  la  baie  de  San-José,  plus  petite  et  beaucoup  moins  sûre 
que  celle  de  San-Marcos  ;  le  rio  Itapicurû  y  débouche. 

La  baie  de  San-José  est  fermée  à  l'est  par  l'île  de  Santa-Anna, 
séparée  du  continent  par  un  canal  étroit,  mais  navigable.  A  par- 
tir de  cette  île,  la  côte  se  dirige  vers  est-sud-est,  pendant  100 
milles,  jusqu'à  la  barre  de  la  Tutoya,  la  plus  occidentale  des  six. 
bouches  du  Parnahyba.  Elle  est  basse,  stérile,  et  offre  l'aspect  de 
draps  étendus,  d'où  son  nom  de  Lengôes  (draps  de  lit).  A  peu 
près  au  milieu  débouche  le  rio  Preguiças,  assez  profond  à  son 
embouchure. 


4  LK     BRÉSIL     EN     1889. 

Entre  la  barre  delà  Tutoya  et  celle  d'Iguarassû,  la  cote  est 
basse  et  inondée  pendant  la  saison  des  pluies. 

A  Test  de  l'embouchure  du  Parnahyba,  la  côte  s'étend  dans 
la  direction  moyenne  de  sud-est  jusqu'à  la  pointe  du  Touro,  sans 
offrir  aucune  embouchure  de  cours  d*cau  remarquable.  Le  rio 
Touro  s'y  déverse. 

A  partir  de  la  pointe  du  Touro,  la  côte  poursuit  vers  sud-sud- 
est,  pendant  23  milles,  jusqu'au  Gap  San-Itoque.  Entre  celui-ci  el 
Olinda,  on  trouve  deux  ports  remarquables  :  Natal,  à  l'embou- 
chure de  Rio-Grande-du-Nord,  et  Parahyba,  à  l'embouchure  du 
cours  d'eau  du  même  nom.  Un  banc  de  sable  situé  à  3  milles  au- 
dessous  de  la  ville  ferme  l'accès  du  port  de  Natal  aux  grands 
navires. 

Dans  cette  partie  de  la  côte,  de  môme  que  plus  loin,  vers  le 
sud,  jusqu'à  Bahia,  s'étend  un  banc  étroit  de  corail,  qui  commence 
à  se  faire  voir  depuis  Céarà  ;  tantôt,  il  se  rapproche  du  littoral, 
tantôt  il  s'en  éloigne  de  300  à  400  mètres  et  même  davantage  en 
certains  endroits.  Sur  quelques  points  le  récif  a  une  solution  de 
continuité  et  permet  aux  grands  navires  l'entrée  dans  la  plupart 
des  ports  et  des  cours  d'eau  de  cette  partie  du  littoral.  Sur 
d'autres  points,  le  récif  forme  les  ports  eux-mêmes,  comme  à 
Pernambuco  et  à  Rio-Grande-du-Nord. 

A  partir  d'Olinda,  la  côte  suit  vers  le  sud-ouest  pendant 
2  milles  et  demi  jusqu'à  la  forteresse  du  Brum,  située  à  l'entrée 
du  port  di1  Pernambuco,  le  plus  septentrional  des  beaux  mouil- 
lages de  la  côte  orientale  du  Brésil.  Grâce  aux  travaux  exécutés 
récemment  à  Pernambuco,  l'entrée  de  ce  port  est  accessible 
même  aux  grands  navires. 

De  Pernambuco  jusqu'à  la  baie  de  la  Toussain  (Todos-os-San- 
tos),  la  côte  décrit  quelques  courbes  et  ne  présente  que  deux 
élévations  :  le  cap  de  Santo-Agostinho  et  celui  de  Santo-Antonio. 
Sur  toute  cette  étendue  le  récif  dont  nous  avons  parlé  se  trouve 
très  J'approche  de  la  côte,  mais  il  livre  de  nombreux  passages  aux 
ports,  anses  et  embouchures  du  littoral.  On  n'y  trouve  qu'un  seul 
port  quelque  peu  spacieux,  celui  de  Maceiô,  dans  la  baie  de  ce 
nom. 

Le  rio  San-Francisco,  l'un  des  plus  grands  du  Brésil,  dé- 
bouche dans  ces  parages.  On  y  trouve  aussi  le  rio  Cotindiba,  le 
Yasa  Barris  ou  Sergipe,  le  Real,  elles  lagunes  du  Nord,  de  Man- 
guâba  (reliée  à  la  précédente  par  un  canal  étroit)  et  du  Giquiâ. 

Entre  le  cap  de  Sauto-Antonio  et  l'île  d'itaparica,  on   trouve 


NOTIONS     GENERALES.  5 

la  belle  baie  de  Todos-os-Santos,  qui  a  de  3  à  4  milles  de  large  à 
son  entrée  et  où  débouchent  plusieurs  fleuves. 

Entre  Bahia  (la  baie)  et  Rio-de-Janeiro,  la  côte  se  divise  en 
trois  régions  bien  distinctes. 

La  première  s'étend  entre  15°  et  17°  sud,  dans  la  latitude  des 
rochers  d'Itacolumi.  Elle  est  assez  haute,  et  on  y  trouve  :  le  port 
du  Morne  de  San-Paulo,  à  l'embouchure  du  rio  Una  ;  la  baie  du 
Camamû,  sûre,  profonde,  dans  laquelle  débouchent  plusieurs 
cours  d'eau  ;  le  rio  des  Contas,  dont  l'embouchure 'est  fréquen- 
tée par  les  marins  de  la  côte  ;  la  petite  baie  d'Ilhéos,  où  débouche 
le  rio  Cachoeira  ou  des  llhéos,  dont  le  cours,  sur  une  étendue  de 
2  lieues,  est  navigable  pour  les  navires  de  14  pieds  de  port; 
Olivença  ;  Canavieiras,  à  l'embouchure  du  rio  Pardo  ou  Patipe  : 
Belmoute,  à  l'embouchure  du  Jequitinhonha,  accessible  aux 
petites  barques  ;  Santa-Cruz,  où  Pedro  Alvares-Cabral  débarqua 
le  24  avril  1500  ;  Porto-Seguro,  à  l'embouchure  du  rio  Buranhem  ; 
le  cap  Ioacema  ou  Insuacome,  facile  à  reconnaître  à  cause  de  ses 
blancs  rochers,  les  premiers  qui  frappent  les  yeux  du  navigateur 
qui  vient  du  nord,  ayant  dans  son  voisinage,  à  20  milles  de  dis- 
tance vers  ouest-sud-ouest,  le  mont  Paschoal,  qui  se  dresse  à  536 
mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  et  qui  fut  le  premier  site 
aperçu  par  Cabrai;  la  barre  de  Cramimuan,  à  l'embouchure  du 
petit  cours  d'eau  de  ce  nom,  remarquable  à  cause  du  voisinage 
des  Itacolumis.  On  donne  ce  nom  à  un  groupe  de  récifs  et  de  bancs 
de  corail,  situés  entre  16°49'  et  16°57"  sud,  sur  une  étendue  de 
7  milles  du  nord  au  sud  et  de  4  milles  de  l'est  à  l'ouest,  qui 
restent  à  nu  pendant  la  marée  basse.  En  dehors  de  ce  groupe  de 
récifs,  il  n'y  a  pas  d'autres  bancs  de  corail,  si  ce  n'est  sur  4  points 
de  cette  région:  entre  Bahia  et  le  Morne  de  San-Paulo;  entre 
Boipeba  et  Camamû  ;  en  face  d'Ilhéos,  et  entre  Santa-Cruz  et 
Porto-Seguro.  Ces  récifs  sont  connus  et  ne  présentent  plus  aucun 
danger. 

La  deuxième  division  de  la  côte  s'étend  depuis  les  Itacolumis 
jusqu'à  Espirito-Santo,  de  17°  à  20°  sud.  Elle  est  très  basse,  excepté 
sur  une  étendue  de  5  à  6  milles  entre  le  Prado  et  Comaxatiba.  La 
côte  court  du  nord  vers  le  sud  jusqu'à  la  pointe  de  Baleia,  où  elle 
penche  vers  sud-ouest;  à  Porto-Alegre  elle  revient  à  la  direction 
nord-sud,  qu'elle  garde  jusqu'à  l'embouchure  du  rio  Dôce.  Delà, 
elle  prend  la  direction  sud-sud-ouest.  —  Les  points  les  plus  remar- 
quables de  cette  section  sont  :  la  barre  du  Prado,  à  l'embouchure 
du  Jacurucû,  entrée  assez  dangereuse  :1a  pointe  de  Baleia,  la  partie 


6  LK     BRÉSIL     EN      1889. 

la  plus  orientale  de  cette  côte  ;  Caravellas,  à  l'embouchure  du 
cours  d'eau  de  ce  nom,  accessible  aux  navires  de  fort  tonnage  ; 
Porto-Alegre,  à  l'embouchure  du  Mucury;  San-Matheus;  la  barre 
du  rio  Dôce,  à  l'embouchure  du  cours  d'eau  de  ce  nom  ;  la  barre 
de  Santa-Cruz  ou  d'Aldeia-Velha  ;  la  barre  d'Almeida,  à  l'embou- 
chure du  rio  des  Reis-Magos  ;  la  baie  d'Espirito-Santo,  l'une  des 
meilleures  entre  Bahia  et  Hio-de-Janeiro,  mais  d'un  accès  peu 
facile  et  dans  laquelle  ne  peuvent  pas  pénétrer  des  navires  dépla- 
çant plus  de  12  pieds  d'eau. 

D'Espirito-Santo  à  Rio-de-Janeiro  la  côte  présente  une  série 
de  hautes  montagnes,  qui,  d'abord,  se  montrent  isolées  ou 
réunies  en  groupe,  et,  ensuite,  à  partir  du  rio  Parahvba,  sous 
forme  de  chaînes  ininterrompues,  visibles  à  15  ou  20  lieues.  Le 
lond  va  en  diminuant  graduellement  à  mesure  que  Ton  se  rap- 
proche de  la  côte.  La  direction  moyenne  de  la  côte  entre  la  baie 
d'Espirito-Santo  et  le  cap  San-Thomé  est  S.-S.-O.,  en  décrivant 
une  courbe  concave  peu  prononcée.  Du  cap  San-Thomé  jusqu'au 
cap  Frio  la  direction  change  vers  O.-S.-O.,  et  du  cap  Frio  jusqu'à 
l'entrée  de  Rio-de-Janeiro  elle  court  directement  vers  l'ouest. 

Les  points  les  plus  remarquables  de  cette  partie  de  la  côte 
sont  :  le  golfe  de  Guarapari,  où  débouche  le  cours  d'eau  du  même 
nom,  abrité  par  un  groupe  d'iles  ;  la  baie  de  Benevente,  entre  la 
pointe  de  ce  nom  au  nord  et  File  Franceza  (Française)  au  sud  ;  l'île 
Franceza,  séparé  du  continent  par  un  petit  canal  ;  l'embouchure 
de  l'Itabapoâna;  San-Joao-da-Barra,  à  l'embouchure  du  Parahyba; 
le  cap  San-Thomé,  entouré  de  lagunes,  dont  la  plus  grande  est  la 
lagune  Feia  ;  Imbityba  ;  Macahé,  ayant  à  5  milles  de  distance  le 
groupe  des  îles  de  Santa-Anna;  la  barre  de  San-Joâo,  située  sur 
une  belle  baie,  dont  la  partie  nord  s'appelle  baie  Formosa,  et  la 
partie  sud,  baie  de  Santa-Anna  ;  le  cap  des  Buzios,  qui  forme  la 
limite  méridionale  de  la  baie  de  Santa-Anna  ;  à  l'ouest  de  ce  cap 
on  trouve  un  excellent  mouillage. 

Entre  le  cap  des  Buzios  et  le  cap  Frio  on  trouve:  la  nouvelle 
barre  du  cap  Frio,  à  l'embouchure  de  la  lagune  d'Araruama,  où 
est  située  la  ville  de  Gabo-Frio  ;  le  cap  Frio,  extrémité  escarpée 
de  File  du  même  nom,  dont  le  point  le  plus  élevé  se  trouve  à 
394  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  L'île,  séparée  du  conti- 
nent par  un  détroit  de  150  à  200  mètres  de  largeur,  offre  aux 
navires  un  mouillage  profond  à  L'abri  des  tempêtes  du  Sud. 

Du  cap  Frio  jusqu'à  l'entrée  de  Rio-de-Janeiro  la  côte  se  dirige 
vers   l'ouest,    présentant,  jusqu'à  la  pointe   Negra  (Noire),  une 


NOTIONS    GENERALES.  / 

plage  sablonneuse  et  stérile,  qui  sépare  les  lagunes  intérieures  de 
l'Océan;  entre  La  pointe  Negra  et  celle  d'Itaipû,  on  trouve  le 
petit  groupe  des  îles  de  Marica. 

L'entrée  de  lasplendide  baie  de  Rio-de-Janeiro,  dans  laquelle 
on  trouve  de  nombreuses  îles,  dont  la  plus  importante  est  File 
Basa,  n'a  ni  récifs  ni  banes.  S'élargissant  entre  des  murs  graniti- 
ques verticaux,  elle  offre  une  entrée  libre  aux  plus  grands  navires, 
et,  même  à  marée  basse,  elle  n'a  jamais  moins  de  11  à  1°2  mètres 
de  profondeur.  Tout  de  suite  après  la  passe,  qui  n'a  que  1 .500  mètres 
de  large,  la  baie  s'étend  considérablement  à  droite  et  à  gauche, 
tonnant  de  ce  côté  la  baie  de  Botafogo,  et,  de  l'autre,  la  baie  de 
Jurujuba.  Au  nord  de  la  ville  de  Rio-de-Janeiro,  située  à  gauche, 
sur  une  élévation  au  nord  de  Botafogo,  la  baie  prend  des  propor- 
tions imposantes  et  forme  un  bassin  ovale  de  30  à  36  kilomètres 
de  long  sur  18  à  24  de  large,  peuplé  d'îles  pittoresques,  entouré  de 
montagnes,  dont  les  plus  hautes  se  trouvent  à  l'Ouest  de  la  barre. 

A  partir  de  l'entrée  de  la  baie  de  Rio-de-Janeiro,  la  côte  suit 
la  même  direction  ouest,  jusqu'au  morne  de  Marambaya,  Monta- 
gneuse et  escarpée  jusqu'à  la  pointe  de  Guaratiba,  elle  présente 
ensuite  une  plage  sablonneuse,  qui  sépare  les  eaux  de  la  baie  de 
Sepitiba  de  l'Océan. 

Ensuite,  elle  décrit  une  courbe  prononcée  vers  le  sud- 
ouest,  en  suivant  les  contours  de  File  Grande  et  en  terminant  à  la 
pointe  Cairoçu;  puis,  jusqu'au  port  de  Santos,  elle  suit  la 
direction  moyenne  S.-S.-O.;  de  Santos  jusqu'à  la  baie  de  San- 
Francisco  elle  se  dirige  vers  S. -0.,  en  décrivant  ainsi  une  autre 
courbe,  après  laquelle  elle  court  en  ligne  droite  vers  le  sud, 
jusqu'à  l'île  de  Santa-Catharina. 

Sur  toute  cette  étendue,  la  côte  est  plus  accidentée  que  partout 
ailleurs  au  Brésil,  et  ses  points  les  plus  remarquables  y  sont:  la 
pointe  de  Guaratiba,  ayant  800  pieds  de  haut,  contrefort  des 
chaînes  de  montagnes  qui  entourent  Rio-de-Janeiro  ;  l'île  de 
Marambaya,  basse  et  couverte  de  palétuviers,  mais  dont  l'extré- 
mité occidentale  forme  une  colline  de  700  pieds  de  haut  ;  la  baie 
de  Sepetiba  ;  l'île  Grande,  haute  et  triangulaire  ;  la  baie  d'Angra- 
dos-Reis,  assez  grande,  avec  un  excellent  mouillage  ;  l'île  de 
San-Sebastiâo,  avec  un  bon  mouillage  dans  le  canal  qui  la  sépare 
du  continent  ;  la  baie  de  Santos,  port  à  l'abri  de  tous  les  vents, 
excepté  de  ceux  soufflant  de  sud-ouest;  l'île  d'Iguape,  basse, 
composée  de  dunes,  devant  laquelle  s'étend  l'étroite  lagune  de 
Mar-Pequeno,  dont  la  partie  sud-ouest  offre  de  bons  mouillages; 


8  LE     BRESIL     EN     18  8  9. 

la  baie  de  Paranaguâ,  avant  une  superficie  de  15  milles  ;  l'île  de 
Mol,  située  devanL  la  baie  précédente,  qu'elle  abrite  et  dont  elle 
partage  l'entrée  en  deux  canaux  ;  le  cap  Joào-Dias,  extrémité 
élevée  de  l'île  de  San-Franciseo;  l'île  de  Santa-Catharina,  séparée 
du  continent  par  un  bras  de  mer  étroit  ;  le  cap  de  Santa-Martha, 
extrémité  d'une  chaîne  de  montagnes  qui  suit  la  cote  à  10  lieues 
de  distance  de  la  lagune  sur  laquelle  est  située  la  ville  de  Laguna. 

Depuis  le  Cap  de  Santa-Martba  jusqu'à  la  barre  de  Rio- 
Grande,  sur  une  étendue  de  283  milles,  la  cote  se  dirige  vers  le 
sud-ouest  et  est  basse  et  uniforme. 

Depuis  Le  31°  sud  jusqu'à  l'entrée  de  Rio-Grande,  la  côte  affecte 
la  forme  d'un  isthme  étroit,  composé  de  dunes,  appelées  plage  de 
Pernambuco  et  plage  de  l'Estreito,  qui  séparent  la  lagune  des 
Patos  (canards)  de  la  mer.  Cette  lagune  s'étend  du  nord-est  au 
Sud-Ouest;  elle  est  navigable  jusqu'à  Porto-Alegre,  et  reçoit 
plusieurs  cours  d'eau;  aussi  ses  eaux  sont-elles  douces  jusqu'au 
sud  de  l'île  des  Marinheiros,  dans  le  voisinage  de  San-José-do- 
Norte  et  de  Rio-Grande,  situés  l'un  vis-à-vis  de  l'autre.  La  barre 
de  Rio-Grande,  embouchure  de  l'unique  canal  qui  conduit  de  la 
mer  à  la  lagune  des  Patos,  a  généralement  11  pieds  d'eau,  et 
moins  encore  à  proximité  de  la  ville  ;  elle  est  entourée  de  sables 
qui  changent  de  position  parfois. 

Depuis  l'embouchure  du  Rio-Grande  jusqu'au  rio  Chuy,  limite 
du  Rrésil  avec  la  République  orientale  de  l'Uruguay,  la  cote  se 
dirige  vers  le  sud-ouest,  sous  le  nom  d'Albardào.  On  ne  peut 
guère  l'approcher  sans  danger,  à  cause  des  bancs  de  sable.  Elle 
forme  une  zone  couverte  de  dunes,  presque  inhabitée,  entre 
l'Océan  et  la  lagune  Mirim,  lagune  navigable  qui  communique 
avec  la  nier,  au  moyen  du  rio  Chuy,  et  avec  la  lagune  des  Patos, 
au  moyen  du  rio  San-Gonçalo. 

Iles  et  groupes  d'iles.  —  Nous  avons  déjà  signalé  plusieurs 
îles,  et  nous  allons  en  signaler  d'autres,  tout  en  revenant  sur 
quelques-unes  déjà  citées  précédemment. 

L'Amazone  possède  des  îles  fort  nombreuses.  Elles  sont  de 
deux  sortes.  Les  unes  se  trouvent  au  milieu  du  fleuve  dont  elles 
émergent;  elles  sont  basses,  planes,  sans  rochers  ni  récifs, 
rarement  marécageuses,  couvertes  d'une  végétation  épaisse  spé- 
ciale où  dominent  les  embaubas  (cecropia  peltata)  au  tronc  blanc. 
D'autres  sont  des  parties  du  continent,  découpées  et  modifiées 
par  les  eaux;  elles  ont  l'aspect  des  terres  adjacentes  et  attei- 


NOTIONS     GENERALES.  9 

gncnt  parfois  de  grandes  dimensions.  L'île  de  Paricatuba  a 
166  kilomètres  carrés  et  est  plus  grande  que  la  Principauté  de 
Liechtenstein.  L'île  de  Tupinambarâna  a  2.453  kilomètres  cariés, 
et  est  presque  aussi  grande  que  le  grand-duché  de  Luxembourg 
(2.587).  L'île  de  Marajô  a  5.328  kilomètres  carrés  et  est  incompa- 
rablement plus  grande  que  les  Açorcs,  Madère,  lïéligoland,  Malte 
et  Gibraltar  renais.  Cette  île,  quoique  située  dans  la  mer,  est 
entourée  d'eau  douce  de  tous  les  côtés,  et  elle  sépare  le  rio  Para 
de  l'Amazone.  C'est  de  là  que  vient  tout  le  bétail  qui  approvi- 
sionne la  ville  de  Para,  port  de  premier  ordre. 

Parmi  les  autres  îles  dn  Brésil,  en  remontant  du  nord  vers  le 
sud,  on  peut  citer  :  Pile  de  Maranhâo,  qui  a,  à  son  extrémité 
nord-ouest,  la  ville  de  San-Luiz-do-Maranhâo  ;  Itamaracâ,  île 
fertile,  sur  laquelle  est  bâti  un  fort  ;  Itaparica,  où  l'on  a  installé 
une  usine  de  houille;  Governador,  la  plus  grande  de  la  baie  de 
Rio-de-Janeiro  ;  Villegaignon,  dont  le  nom  rappelle  celui  d'un 
aventurier  français  qui  s'y  installa  au  xvic  siècle  ;  Grande,  possé- 
dant des  terres  exceptionnellement  fertiles  ;  des  Porcos-Grande, 
avec  des  terres  propres  pour  la  culture  et  un  bon  mouillage  ;  de 
San-Sebastiào,  presque  aussi  vaste  et  aussi  fertile  que  la  Grande; 
de  San-Francisco,  à  l'embouchure  du  San-Francisco-du-Sod, 
ayant  18  milles  sur  9  ;  de  Santa-Catharina,  mesurant  30  milles 
sur  10,  assez  élevée,  sur  laquelle  est  bâti  le  chef-lieu  de  la  pro- 
vince de  ce  nom. 

Toute  la  zone  de  la  côte  comprise  entre  le  Cap  Frio  et  le  Cap 
de  Santa-Martha  est  peuplée  d'un  assez  grand  nombre  d'iles. 
Outre  celles  que  nous  venons  de  citer,  il  y  en  a  d'autres,  moins 
importantes  ;  elles  se  trouvent  tantôt  isolées,  tantôt  formant  des 
groupes  plus  ou  moins  considérables.  Le  plus  remarquable  de  ces 
groupes  est  celui  de  la  baie  d'Angra-dos-Reis,  qu'on  pourrait 
appeler  l'archipel  d'Angra.  Le  sol  de  toutes  ces  îles  se  prête  à  des 
cultures  variées. 

Nous  avons  encore  l'archipel  des  Abrolhos  ou  de  Santa-Bar- 
bara,  autrefois  dangereux,  mais  bien  connu  des  navigateurs  de 
nos  jours.  Il  se  compose  de  5  îles  et  de  plusieurs  récifs,  situés  à 
30  milles  de  la  côte  à  peu  près.  Dans  le  voisinage,  les  poissons  et 
Les  baleines  abondent.  L'île  de  Santa-Barbara,  la  plus  grande  et 
lapins  septentrionale  des  cinq,  a  1.500  mètres  sur  300,  et  possède 
un  phare.  Les  quatre  autres  sont  :  Redonda,  Seriba,  Suéste  et 
Guarita.  Ces  iles  ont  à  proximité  un  grand  banc  de  corail,  appelé 
parcel  dos  Abrolhos. 


10  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

L'autre  archipel  est  celui  de  Fernando-de-Noronha,  composé 
de  la  grande  île  du  même  nom,  de  quelquesautresîleset  de  récifs» 
Fernando-de-Noronha  est  à  75  lieues  du  Cap  de  San -Roque,  et 

sert  de  prison  aux  galériens.  Au  nord-est  de  cette  île,  on  trouve 
six  autres  petites  îles,  dont  la  plus  considérable,  Tîle  Rata,  d'une 
lieue  d'étendue,  possède  des  dépôts  de  guano. 

Entre  ce  groupe  et  le  continent,  il  y  a  un  banc  de  corail 
dangereux,  appelé  Rocas. 

On  trouve  finalement  l'île  de  la  Trindade  avec  les  îlots  adja- 
cents de  Martim-Vaz. 

Aspect  physique,  Montagnes  et  Plateaux1.  —  La  plus 
grande  partie  du  pays  se  compose  d'un  plateau  de  300  à  1.000 
mètres  de  hauteur,  borné  au  nord  et  à  l'ouest  par  les  grandes 
dépressions  continentales  de  l'Amazone  et  du  Paraguay,  presque 
unies  au  moyen  de  la  vallée  du  Madeira  et  de  son  tributaire,  le 
Guaporé.  Elle  comprend  également  une  partie  du  plateau  de  la 
Guyane,  la  plus  grande  partie  de  la  dépression  de  l'Amazone  et 
la  partie  supérieure  de  celle  du  Paraguay.  Il  faut  encore  ajouter 
à  ces  quatre  divisions  une  région  maritime,  qui  occupe  une 
bande  étroite  entre  l'Océan  et  le  bord  oriental  du  grand  plateau 
brésilien.  Quoique  on  le  représente  généralement  comme  monta- 
gneux, le  plateau  brésilien  se  compose  en  grande  partie  de 
vastes  plaines  profondément  creusées  par  les  vallées  de  fleuves 
nombreux.  Les  véritables  montagnes  —  celles  qui  sont  dues 
au  soulèvement  du  sol  —  se  trouvent  principalement  à  l'Est  et 
au  centre,  et  on  peut  les  considérer  comme  constituant  deux 
chaînes  presque  séparées  par  les  hautes  plaines  du  bassin  du 
San-Francisco  et  de  celui  du  Paraguay. 

La  chaîne  orientale  ou  maritime  suit  la  côte  de  l'Atlantique  à 
une  petite  distance  du  littoral,  depuis  le  voisinage  du  cap  de 
San-Roque,  et  se  prolonge  presque  jusqu'aux  limites  méridionales 
du  pays. 

La  chaîne  centrale  ou  Goyana  occupe  une  partie  du  Sud  de 
Goyaz,  une  partie  de  la  province  de  Minas-Geraes  à  l'ouest  du 
San-Francisco,  et  se  joint  à  la  chaîne  orientale  par  une  saillie 
transversale  qui  s'étend  vers  l'ouest  à  travers  le  sud  de  Minas- 

1.  M.  Orville  A.  Derby,  directeur  de  la  section  de  géologie  nu  Muséum 
National  de  Etio-dc- Janeiro,  nous  a  autorisé  à  puiser  dans  la  notice  qu'il  a 
rédigée  pour  le  Brazil  Geographico  e  Historico,  de  MM.  Capistrano  de  Abreu 
et  Valle-Cabral. 


NOTIONS     CKNÉRALES.  H 


Geraes.  Celle  saillie  transversale  fait  partie  de  la  grande  ligne 
départage  des  eaux  du  continent,  à  laquelle  on  donne  généra- 
lement le  non,  de  Serra  das  Vertente*  ou  Chaîne  des  Versants, 
dénomination  peu  appropriée,  car  une  partie  considérable  de  la 
liene  de  partage  des  eaux  n'est  pas  précisément  montagneuse. 
'  1  es  montagnes  du  système  oriental  forment  une  zone  longue 
et  comparativement  étroite,  de  20  lieues  environ  dans  sa  plus 
grande  longueur  dans  les  provinces  au  Sud  de  Rio-de-Jane.ro 
ae  l  ou  S  lois  davantage  dans  le  Sud  de  Minas-Geraes,  et  de  oO 
;,  60  lieues  à  l'Est  du  rio  San-Francisco. 

Dans  les  provinces  de  Paranâ,  San-Paulo,  Bio-de- Janeiro, 
Espirito-Santo,  et  dans  le  sud-est  de  Minas-Geraes,  où  cette 
chaîne  atteint  son  plus  grand  développement,  il  y  a  deux  divi- 
sions parallèles  bien  définies  :  la  Serra  do  Mar  et  la  Serra  de  la 
Mantiqueira,  qui  s'étendent  du  sud-ouest  vers  nord-est.  Leurs 
points  culminants  sonl  :  les  pics  des  Orgues  (2.232  mètres),  devant 
la  baie  de  Rio-de-Janeiro,  dans  la  Serra-do-Mar  ou  chaîne  mari- 
time •  etritatiaia  (2.712  mètres),  le  plus  élevé  du  Brésil,  dans  la 
Serra  de  la  Mantiqueira,  à  l'angle  des  trois  provinces  de  Rio-de- 
Janeiro,  San-Paulo  et  Minas-Geraes. 

Au  Nord  du  parallèle  de  Rio-de-Janeiro,  la  ligne  culminante 
de  la  chaîne  passe  de  la  Serra  de  la  Mantiqueira  (qui  continue 
dans  la  direction  du  nord-est)  à  un  embranchement  qui,  sous  le 
nom  de  Serra  do  Espinhaço  (chaîne  de  l'épine  dorsale),  s  ache- 
mine vers  le  nord,  le  long  de  la  rive  orientale  du  bassin  du  San- 
Francisco.  Les  points  les  plus  élevés  de  celte  chaîne  sont:  les 
pics  dïtacolumi  (1.752  mètres)  et  Caràça  (1.953  mètres)  près 
d'Ouro-Preto  ;  Piedade  (1.783  mètres)  près  de  Sabarâ  ;  et  Itamhe 
(1.823  mètres)  dans  la  région  de  Diamantina.  Les  montagnes  de 
cetlo  chaîne  orientale  deviennent  plus  basses  au  nord  et  au  sud 
des  provinces  citées  plus  haut,  et  au  nord  du  San-Francisco  elles 
sont  représentées  par  de  petites  chaînes  et  des  sommets  arrondis 

isolés. 

La  chaîne  centrale  ou  Goyana  se  compose  au  moins  de  deux 
divisions  distinctes:  celle  des  chaînes  de  la  Ganastra  et  delà 
Matta-da-Corda,  —  qui  s'étendent  généralement  vers  le  nord, 
depuis  les  sources  du  San-Francisco  jusqu'au  bord  méridional  du 
bassin  de  son  grand  affluent  occidental,  le  Paraguay,  -  et  celle 
des  montagnes  du  sud  de  Goyaz,  qui  s'étendent  vers  nord-est, 
entre  les  sources  des  bassins  du  Tocantins-Araguaya  et  du 
Paranâ.    La  première  se  détache  de  la  saillie  dorsale  déjà  citée 


12  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

qui,  partant  de  la  Serra  de  la  Mantiqueira,  s'étend  à  travers  le  sud 
de  Minas-Geraes,  et  dont  le  point  culminant  est  la  Serra  de  la 
Canastra,  ou  prend  naissance  le  San-Francisco,  et  qui  a  L.282 
mètres  d'élévation.  La  seconde  est  moins  connue  scientifique- 
ment. Ses  points  culminants  sont  les  Monts-Pyrénées,  près  la  ville 
de  Goyaz,  avant  de  2.310  à  2.932  mètres. 

Les  grandes  plaines  à  couches  horizontales  ou  presque  hori- 
zontales du  plateau  brésilien  sont  celles  des  bassins  du  Paranâ, 
de  l'Amazone,  du  San-Francisco  et  du  Parnahyba. 

La  grande  plaine  du  bassin  de  Paranâ  —  qu'on  peut  consi- 
dérer comme  comprenant  également  le  bassin  de  l'Uruguay  — 
renferme  la  plus  grande  partie  des  provinces  de  Rio-Grande-du- 
Sud,  de  Santa-Catharina  et  de  San-Paulo,  une  partie  du  sud-ouest 
de  Minas-Geras  et  du  Sud  de  Goya/  et  la  partie  élevée  de  Matto- 
Grosso.  Son  élévation  maxima,  le  long  de  la  rive  orientale  dans 
les  provinces  de  Paranâ  et  de  San-Paulo,  est  de  1.000  mètres  à 
peu  près,  moyenne  qui  diminue  un  peu  plus  au  sud  et  à  l'ouest. 

La  grande  plaine  de  l'Amazone  renferme  la  plus  grande  partie 
des  provinces  de  Matto-Grosso  et  de  Goyaz,  une  grande  partie  du 
sud  de  Para  et  une  partie  relativement  petite  du  sud  de  la  pro- 
vince de  l'Amazone  et  l'ouest  de  Maragnon.  Le  Tocantins- Ara- 
guaya,  le  Xingû,  le  Tapajoz  et  le  bas  Madeira  avec  son  tributaire 
le  Guaporé  descendent  tous  de  ce  plateau  par  une  série  de 
rapides,  à  100  ou  200  milles  de  l'Amazone.  Sun  bord  méridional 
est  un  escarpement  de  800  à  1.000  mètres  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer,  en  face  de  la  dépression  du  Paraguay  et  du  Guaporé  ; 
cet  escarpement  a  pris  le  nom  de  Serra  des  Parecis. 

La  grande  plaine  du  San-Francisco  se  trouve  spécialement  à 
l'ouest  de  ce  lleuve,  dans  la  partie  occidentale  de  Minas-Geraes 
et  de  Bahia,  et  il  est  élevé  de  800  mètres  environ. 

La  grande  plaine  du  Parnahyba  occupe  toute  la  province  de 
Piauby  à  peu  près,  une  partie  du  sud  de  Maragnon  et  de  l'ouest 
de  Géarâ,  et  forme  peut-être  un  tout  ininterrompu  avec  la  grande 
plaint;  amazonienne  le  long  de  la  ligne  de  partage  des  eaux  entre 
le  Tocantins  et  le  Parnahyba. 

Toutes  ces  grandes  plaines  sont  profondément  découpées  par 
de  nombreuses  vallées  de  fleuves,  de  sorte  que  presque  partout 
elles  offrent  un  aspect  assez  accidenté,  et  leurs  sommets  arrondis 
et  leurs  escarpements,  produits  par  la  dénudation,  sont  géné- 
ralement cités  comme  des  montagnes  et  figurent  sous  cette  forme 
sur  les  cartes  du  pays. 


NOTIONS     GÉNÉRALES.  13 

On  ne  connaît  que  d'une  manière  assez  imparfaite  encore  la 
partie  brésilienne  du  plateau  de  la  Guyane.  Le  long  de  la  ligne 
de  partage  des  eaux  entre  les  fleuves  qui  coulent  vers  la  mer  des 
Antilles  et  l'Amazone,  il  y  a  des  montagnes  dont  les  points  cul- 
minants s'élèvenl  à  2.000  mètres  et  même  davantage,  et  les  hau- 
teurs se  rapprochent  assez  près  du  fleuve  en  plusieurs  endroits 
entre  l'embouchure  du  rio  Negro  et  la  mer.  Cette  région  est  bai- 
gnée par  le  rio  Negro  et  par  son  tributaire,  le  rio  Branco,  et  par 
un  grand  nombre  d'autres  rivières  de  moindre  importance,  parmi 
lesquelles  il  faut  citer  le  Jamundâ,  le  Trombetas,  le  Paru,  le  Jary 
et  l'Araguary. 

La  grande  dépression  de  l'Amazone  est  relativement  étroite 
dans  la  partie  inférieure  du  fleuve,  au-dessous  de  l'embouchure 
du  rio  Negro  :  dans  cette  partie,  la  largeur  moyenne  est  de  100  à 
200  milles.  Dans  la  partie  supérieure,  entre  le  rio  Negro,  le 
Madeira  et  les  contreforts  des  Andes,  elle  s'élargit  considéra- 
blement et  prend  la  forme  d'un  flacon  florentin.  En  général,  le 
fleuve  est  bordé  par  de  basses  plaines  d'alluvion,  parfois  assez 
larges,  sujettes  à  des  inondations,  où  l'on  trouve  un  grand 
nombre  de  lacs  peu  profonds  et  de  canaux  latéraux  du  grand 
fleuve  et  du  cours  inférieur  de  ses  tributaires.  Les  terres  les  plus 
élevées  y  sont  :  soit  des  plaines  n'ayant  pas  plus  de  300  mètres 
d'élévation,  formées  par  des  dépôts  particuliers  à  la  dépression, 
soit  des  contreforts  ou  des  sommets  arrondis  et  dénudés  des 
bords  des  grands  plateaux  orientaux  sur  les  deux  côtés  ou  du 
plateau  andin  au  commencement  du  bassin. 

La  partie  brésilienne  de  la  dépression  du  Paraguay  se  compose 
de  la  partie  supérieure  des  immenses  plaines  du  bassin  de  ce 
fleuve  qui  forment  une  grande  partie  de  la  République  Argentine, 
du  Paraguay  et  de  la  Bolivie  orientale.  Ces  plaines  se  trouvent  à 
quelques  centaines  de  mètres  au-dessous  du  niveau  général  des 
terres  du  plateau  qui  les  entourent  et  du  niveau  des  nombreux 
sommets  arrondis  et  contreforts  qui  s'élèvent  de  leur  sein.  La 
plupart  du  temps  elles  se  trouvent  très  peu  au-dessus  du  niveau 
du  Paraguay  et  de  ses  tributaires,  qui  les  traversent,  et,  pendant  la 
saison  des  pluies,  elles  se  transforment,  en  plus  d'un  endroit,  en 
immenses  lagunes  ou  marécages. 

La  région  atlantique  se  compose  d'une  bande  de  terres  basses, 
ayant  généralement  à  peine  quelques  lieues  de  largeur,  situées 
entre  la  côte  et  le  bord  du  plateau  central.  Au  sud  de  Rio-de- 
Janeiro,  elle   se  compose  de   basses  plaines  sablonneuses,   rem- 


14  LE     BRESIL     EN      1889. 

plies  de  lagunes,  et  do  contreforts  et  sommets  dénudés  du  pla- 
teau. Au  nord  de  Rio-de- Janeiro,  on  trouve,  outre  ces  contreforts 
et  sommets  arrondis,  des  mornes  et  des  plaines  d'une  formation 
particulière  à  cette  ceinture  de  côte,  s'élevantdelOO  à  200  mètres. 

Structure  géologique  et  Minéraux.  —  La  géologie  de  la 
vaste  aire  du  Brésil  est  relativement  peu  connue.  Avant  1807,  on 
n'y  avait  pas  rencontré  des  fossiles,  et  les  investigations 
d'Eschwege,  Sellow,  Martius,  Pissis,  d'Orbigny  et  autres  étaient 
exclusivement  géognostiques.  Quoique  possédant  une  grande 
valeur,  l'identification  et  la  classification  de  terrains  qu'ils  pré- 
sentaient étaient  fort  incomplètes,  car  elles  ne  s'appuyaient  pas 
sur  la  paléontologie.  La  base  d'une  véritable  division  paléontolo 
gique  a  été  posée  par  les  récentes  investigations  de  Ilartt  et  de 
ses  collaborateurs.  Il  y  a  encore  beaucoup  à  faire,  mais  on  a 
déjà  obtenu  une  notion  plus  claire  de  la  structure  géologique  du 
pays. 

La  base  du  grand  plateau  brésilien  se  compose  d'anciennes 
roches  métamorphiques,  qui  forment  la  presque  totalité  des 
montagnes  et  se  montrent  isolées  dans  toutes  les  provinces,  sur 
presque  tous  les  points  où  les  plaines  ont  été  profondément 
dénudées. 

Elles  se  divisent  en  deux  grandes  séries. 

La  plus  ancienne,  composée  de  roches  hautement  cristallines, 
telles  que  granit,  syénite,  gneiss  et  micaschistes,  Ilartt  l'a 
rapportée  au  système  laurentien,  opinion  confirmée  par  la  décou- 
verte, en  plusieurs  endroits,  de  YFozoon  canadense  qui  le  carac- 
térise. 

La  seconde  série,  moins  parfaitement  cristalline,  se  compose 
de  quartzites,  de  schistes,  de  minerais  de  fer  et  de  calcaires,  et 
on  peut  la  rapporter  avec  une  certitude  presque  égale  au  système 
huronien. 

Le  système  laurentien  se  développe  principalement  dans  les 
régions  de  la  Serra-do-Mar  et  de  la  Mantiqueira,  dont  il  forme  les 
pics  principaux.  On  le  trouve  également  dans  toutes  les  autres 
montagnes,  mais  subordonné  au  système  huronien  ou  aux  forma- 
tions plus  modernes,  partout  où  celles-ci  se  trouvent  relevées  en 
forme  de  plis  montagneux.  Dans  la  Serra-do-Mar,  les  roches  les 
plus  abondantes  et  caractéristiques  sont  les  gneiss  granitiques, 
qui,  en  conséquence  de  l'abondance  et  de  la  grandeur  des  cris- 
taux  feldspathiques,  présentent  souvent  un  aspect  porphyrique; 


NOTIONS     GÉNÉRALES.  15 

et  qui,  à  cause  de  leur  stratification  très  indistincte,  apparaissent 
dans  les  magnifiques  coupoles  et  aiguilles  qui  caractérisent  la 
partie  la  plus  élevée  de  cette  chaîne,  le  long  de  la  côte  de  Rio-de- 
Janeiro,  San-Paulo  et  Paranâ.  Une  grande  partie  de  ce  gneiss  est 
granitifère.  Dans  la  serra  de  la  Mantiqueira,  quoique  les  princi- 
pales hauteurs  soient  formées  de  granit  ou  de  gneiss  granitoïde, 
les  roches  prédominantes  sont  les  gneiss  schisteux  et  les  micas- 
chistes. Les  marbres  sont  rares  dans  cette  formation,  mais  il  en 
apparaît  encore  quelques  couches  légères  qui  persistent  d'une 
manière  remarquable  sur  de  longs  espaces. 

Le  système  laurentien  du  Brésil  n'est  pas  remarquablement 
riche  en  minerais  d'une  valeur  économique,  et  sous  ce  rapport  il 
est  bien  inférieur  à  l'autre  série.  On  y  trouve  des  dépôts  étendus 
de  minerais  de  fer,  et  dans  sa  partie  supérieure  l'or  est  distribué 
peu  abondamment.  A  Test  de  Minas-Geraes  on  rencontre  en 
abondance  des  pierres  précieuses,  et  dans  la  môme  région  on 
connaît  de  beaux  dépôts  de  graphite. 

Le  système  huronien  est  spécialement  caractéristique  des 
régions  de  la  Serra-do-Espinhaço,  de  la  Ganestra,  de  la  Matta-da- 
Corda  et  des  montagnes  de  Goyaz,  où  ses  roches  forment  les 
principales  élévations  de  la  surface.  Il  apparaît  aussi,  concurrem- 
ment avec  le  système  laurentien,  dans  la  plaine  montagneuse  du 
sud  de  Minas-Geraes,  dans  la  partie  méridionale  de  la  Serra-do- 
Mar  et  de  la  Mantiqueira,  dans  la  partie  accidentée  de  la  vallée 
du  haut  Paraguay,  et  généralement  dans  les  vallées,  partout  où 
les  roches  métamorphiques  fondamentales  sont  mises  à  nu  par 
la  dénudation. 

Les  roches  prédominantes  de  cette  série  sont  les  schistes 
hydromicacés  et  chloritiques,  et  les  quartzites  schisteux  et  mica- 
cés, parfois  flexibles,  qui  ont  reçu  le  nom-  d'itacolumite.  Le  mica 
de  cette  série  est  remplacé  souvent  par  le  fer  micacé,  donnant 
une  roche  particulière,  appelé  itabirite,  laquelle  avec  la  dispari- 
tion du  quartz,  passe  à  des  couches  massives  d'hémétite  ou,  plus 
rarement,  de  magnétite.  Ces  couches  de  fer,  d'une  abondance  et  d'une 
étendue  extraordinaires,  placent  les  régions  huroniennes  du  Brésil 
au  nombre  des  plus  riches  du  monde  en  minerais  de  fer.  Les  affleu- 
rements de  ces  roches  ferrugineuses  donnent  naissance  à  une 
croûte  de  conglomérat  de  formation  plus  récente,  composée  de 
masses  de  minerais  de  fer  cimentées  par  du  limonite,  connu  sous 
le  nom  de  tapanhoacanga,  qui  parfois  couvre  des  aires  de  plu- 
sieurs milles  d'étendue.  On  trouve  aussi,   dans  cette  série,  de 


16  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

Longues  couches  de  marbre.  Le  caractère  presque  universelle- 
ment schisteux  dos  strates  huroniens,  qui  partout  s'inclinent  en 
angles  très  élevés,  communique  une  apparence  particulière, 
dentelée,  aux  montagnes  dont  ils  forment  les  principales  éléva- 
lions  et  qui  ainsi  présentent  un  contraste  remarquable  avec  les 
coupoles  et  les  aiguilles  du  système  laurentien. 

C'est  dans  cette  série  que  se  trouve  le  grand  dépôt  minéral  du 
Brésil.  L'abondance  du  fer  de  première  qualité  y  est  extraordi- 
naire. Presque  tout  l'or  extrait  à  Minas-Geraes,  San-Paulo. 
Paranâ,  Goyaz,  Matto-Grosso  et  Bahia  a  été  extrait  de  mines 
appartenant  à  cette  série  ou  principalement  d'alluvions  qui  en 
dérivent.  Le  tapanhoacanga  y  a  été  travaillé  longuement,  car 
Vitabirite  dont  il  se  compose  est  parfois  extraordinairement  riche 
en  or,  qui  se  montre  en  lignes  irrégulières  d'un  mélange  parti- 
culier de  fer  et  d'oxyde  de  manganèse,  appelé  jacutingua  par  les 
mineurs,  formation  spéciale,  à  ce  qu'il  semble,  aux  terrains  auri- 
fères brésiliens. 

Dans  les  autres  roches  de  cette  série,  l'or  se  montre  dans  des 
veines  de  quartz  accompagné  de  sulfures  de  fer,  d'arsenic,  et 
aussi,  mais  plus  rarement,  de  cuivre,  de  bismuth,  de  plomb  et 
d'antimoine.  Quelques-unes  de  ces  veines  pyritifères  sont  extra- 
ordinaires par  la  taille  et  par  la  constance.  Les  mines  de  topaze 
d'Ouro-Preto  sont  situées  dans  des  veines  de  lithomarge  et  de 
quartz,  qui  traversent  les  schistes  de  cette  série. 

Depuis  longtemps  on  soupçonnait  qu'il  y  avait  connexité 
entre  les  roches  huroniennes  et  les  alluvions  diamantifères  de 
Minas-Geraes,  de  Goyaz,  de  Matto-Grosso  et  de  Bahia.  De  récentes 
investigations  de  Derby  et  Gorceix  ont  prouvé  définitivement 
que  près  de  Diamantina  les  diamants  apparaissent  dans  des 
veines  associées  au  schiste  huronien  et  semblables  à  celles  qui 
contiennent  des  topazes  près  d'Ouro-Porto.  Il  est  probable  que, 
dans  tout  le  Brésil,  ils  ont  eu  la  môme  origine,  et  que  les  casca- 
Ihos  dont  ils  ont  tous  été  tirés  exclusivement,  à  une  seule  excep- 
tion près,  sont  dérivés  directement  soit  de  ces  roches  soit  de 
formations  ultérieures  constituées  par  les  détritus  de  ces  mêmes 
roches. 

La  Serra  do  Espinhaço,  dans  une  partie  de  son  étendue  à 
travers  le  Nord  de  Minas-Garaes  et  le  centre  de  Bahia,  est 
revêtue  d'un  grand  linceul  de  grès,  qui  parfois  devient  du  con- 
glomérat et  présente,  dans  ses  parties  les  moins  grossières,  une 
grande   ressemblance  avec    Vitacolumite   du   système  huronien T 


NOTIONS     GENERALES.  17 

avec  lequel  on  l'a  confondu  généralement.  Ses  plis  sont  simples 
et  il  s'étend  sur  les  arêtes  des  strates  huroniens  et  laurentiens. 
Comme  ou  n'y  a  pas  encore  rencontré  des  fossiles,  son  horizon 
géologique  est  douteux;  mais  on  peut  le  rapporter  avec  quelque 
certitude  au  silurien.  Très  probablement  il  faut  rapporter  à  la 
même  série  une  partie  des  grès  de  la  ligne  de  partage  des  eaux 
du  San-Francisco-Tocantins,  et  peut-être  ceux  du  versant  de 
l'Amazone  et  du  Paraguay. 

L'extrémité  méridionale  de  la  Mantiqueira,  au  sud  de  San- 
Paulo  et  à  Paranâ,  et  quelques-unes  des  montagnes  du  bord  du 
plateau  continental,  àl'estdela  serra  do  Espùihaeo,  dans  le  nord 
de  Bahia  et  de  Se'rgipe,  présentent  encore  une  formation  ou  des 
formations  consistant  en  grès,  schistes  argileux  et  calcaires, 
plus  modernes  probablement  que  le  huronien,  et,  par  consé- 
quent, probablement  silurien. 

La  grande  plaine  du  bassin  du  Paranâ  se  compose,  en  grande 
partie,  de  couches  horizontales  ou  presque  horizontales  de  grès 
et  de  schiste  argileux  et  calcaire,  dont  une  partie  considérable, 
pour  ne  pas  dire  le  tout,  appartient  aux  époques  devoniennes  et 
carbonifères.  Jusqu'à  présent  on  n'a  pas  déterminé  d'une  ma- 
nière définitive  la  distribution  et  les  limites  de  ces  deux  forma- 
tions. On  sait,  d'après  les  fossiles,  que  la  formatinn  devonienne 
occupe  une  aire  étendue  dans  les  campas  généraux  ou  grandes 
prairies  du  Paranâ.  Les  strates  carbonifères  couvrent  une  région 
très  vaste  plus  à  l'ouest,  dans  la  môme  province,  au  sud  et  au 
centre  de  San-Paulo,  à  Santa-Catharina  et  à  Rio-Grande-du-Sud. 
Les  deux  formations  se  rencontrent  probablemedt  à  l'Ouest  de 
Minas-Geraeset  à  Matto-Grosso.  On  a  trouvé  de  la  houille  dans 
toutes  les  provinces  depuis  San-Paulo  jusqu'à  Rio-Grande-du- 
Sud,  et  dans  cette  dernière  province  il  y  a  déjà  des  mines  de 
charbon  de  terre  en  exploitation.  Les  couches  de  ces  deux  for- 
mations sont  traversées  par  de  nombreuses  et  immenses  digues 
de  diorite,  qui  produisent  par  décomposition  un  terrain  rouge 
foncé,  appelé  terra  rôxa  (terre  violette),  célèbre  par   sa   fertilité. 

A  l'ouest  des  zones  devonienne  et  carbonifère,  une  aire  très 
vaste  du  bassin  du  Paranâ  est  couverte  d'un  long  linceul  de 
grès  associé  à  de  nombreux  dykes  et  nappes  de  trapp  amygda- 
loïde,  très  semblable  par  l'aspect  et  par  les  minéraux  qu'il  con- 
tient aux  roches  de  l'Europe  et  de  l'Amérique  du  Nord  de  l'âge 
triassique,  auquel  cette  formation  est  attribuée  provisoirement. 
"Cette  formation   couvre  le   bord   oriental   du   plateau   h  Santa- 


18  LE      15KÉSIL     EN      1880. 

Catharina,  cl  elle  forme  de  vastes  plaines  à  l'ouest  des  province* 
de  Eiio-Grande-du-Sud,  de  Paranâ  cl  de  San-Paulo.  La  forma- 
lion  amygdaloïde  présente  presque  partout  de  belles  améthystes 
et  des  agates,  qui  sont  exportées  en  grande  quantité  des  pro- 
vinces méridionales  du  Brésil. 

La  plaine  amazonique  du  plateau  se  compose,  la  plupart  du 
temps,  comme  celle  du  bassin  du  Paranâ,  de  grès  et  de  schistes 
argileux  adossés  à  des  roches  métamorphiques  qui  apparaissent 
dans  les  vallées  des  fleuves  et  rivières.  On  ne  connaît  pas  l'âge 
géologique  de  ces  strates,  car  on  n'a  pas  encore  rencontré  des 
fossiles  dans  cette  région.  D'Orbigny  a  rapporté  à  l'âge  carbo- 
nifère  les  couches  adjacentes  à  la  barre  du  Guaporé,  apparem- 
ment parce  qu'elles  ressemblent  aux  couches  carbonifères  de  la 
Bolivie  orientale  où  Ton  a  rencontré  des  fossiles.  Aussi  bien  la 
formation  devonienne  que  la  formation  carbonifère  se  trouvent 
représentées  le  long  des  rives  amazoniques  du  plateau.  11  est 
très  probable  que  ces  couches  s'étendent  à  travers  le  plateau  et 
constituent  en  partie  la  plaine  dont  nous  nous  occupons.  La  ressem- 
blance apparente  des  plaines  de  F  Amazone  et  du  Paranâ  favo- 
rise cette  manière  de  voir.  D'un  autre  côté,  on  peut  supposer 
que  les  strates  de  l'âge  secondaire  des  bassins  du  Parnahyba  et 
du  San-Francisco  s'étendent  à  travers  la  ligne  de  partage  des 
eaux  du  Tocantins  et  forment  une  partie  de  la  zone  amazo- 
nique. 

Outre  les  formations  déjà  citées  comme  formant  les  mon- 
tagnes des  deux  côtés  du  San-Francisco,  on  en  a  reconnu  deux 
et  peut-être  trois  dans  son  bassin. 

La  première  et  la  pins  ancienne  de  ces  formations  se  com- 
pose de  grès  dur  et  bleuâtre,  de  schiste  argileux,  en  partie  altéré 
en  ardoise  et  en  calcaire,  qui,  d'après  les  indications  des  quel- 
ques fossiles  qu'on  y  a  rencontrés,  appartiennent  à  l'époque 
silurienne  et  devonienne.  Ces  couches  sont  troublées  et  pré- 
sentent des  plis  simples.  Cette  circonstance  a  ramené  bien  sou- 
vent le  calcaire  à  la  superficie  ;  de  là  est  venue  l'idée  qu'il  est  la 
roche  prédominante  dans  la  série,  idée  peu  exacte,  car,  si  l'on 
tient  compte  de  l'épaisseur,  il  y  a  d'autres  roches  plus  impor- 
tantes. Ces  strates  forment  do  hautes  saillies  dorsales  sur  les 
deux  côtés  de  la  vallée  qui  s'étend  parallèlement  aux  montagnes 
huroniennes;  mais  elles  ne  forment  pas,  à  ce  qu'il  semble,  les 
hauteurs  culminantes  de  la  Ligne  de  partage  des  eaux.  On  ren- 
contre  des  formations  semblables  et  peut-être  identiques  dans 


NOTIONS     GÉNÉRALES.  19 

la  vallée  du  Tocamtins  et  an  centre  de  Bahia,  à  Test  de  la  serra 
doEspinhaço.  Dans  Le  calcaire  de  cette  série  abondent  les  grottes 
salitreuses,  qui  ont  fourni  à  Lund  des  restes  importants  de  mam- 
mifère- de  l'âge  quaternaire.  Sur  plusieurs  points  on  y  trouve  de 
la  galène  argentifère. 

L a  seconde  formation  se  compose  de  strates  horizontaux  de 
grès  et  de  schiste  argileux,  qui  composent  de  vastes  étendues  à 
l'ouest  de  Minas-Geraes  et  de  Bahia.  11  n'y  a  pas  encore  de 
fossiles  qui  permettent  d'en  déterminer  l'âge  géologique.  Quel- 
ques auteurs  la  rapportent  à  l'époque  secondaire,  d'autres  a 
fâge  tertiaire  ;  mais  il  est  probable  qu'elle  correspond  égale- 
ment  à   la  formation  carbonifère   ou   devonienne   du  bassin  du 

Paranâ. 

Dans  la  partie  inférieure  de  la  haute  vallée,  dans  les  provinces 
de  Pernambuco,  Bahia  et  Alagôas,  on  voit  des  grès  et  des  schistes 
argileux,  dans  lesquels  on  a  rencontré  des  fossiles  crétacés  qui 
apparemment  correspondent  à  la  formation  du  bassin  du  Par- 
nahyba.  Ils  peuvent  appartenir  à  la  même  formation  que  les 
couches  quelque  peu  semblables  de  la  partie  supérieure  de  la 
vallée  ;  mais  il  y  a  des  raisons  de  croire  qu'ils  s'en  distinguent 
en  réalité.  Dans  toute  cette  région  le  sol  est  imprégné  de  sel,  et  il 
est  probable  que  des  couches  salifères  entrent  dans  cette  formation. 
Le  bassin  du  Parnahyba  est  presque  exclusivement  occupé  par 
une  grande  formation  de  grès,  dans  laquelle  on  trouve  des  nodules 
calcaires  qui  contiennent  de  beaux  échantillons  de  poissons  fos- 
siles de  Page  crétacé.  La  même  formation  se  retrouve  également 
dans  la  province  de  Géarâ,  à  quelque  distance  des  limites  du 
bassin. 

La  formation  tertiaire  est  représentée  sur  divers  points  du 
plateau,  comme,  par  exemple,  dans  les  vallées  du  haut  Parahyba 
et  du  haut  Tiété  à  San-Paulo,  et  sur  divers  points  entre  les  mon- 
tagnes de  Minas-Geraes,  par  de  petits  bassius  de  dépôts  d'eau 
douce,  qui  parfois  contiennent  des  lignites.  Des  dépôts  sembla- 
bles se  retrouvent  probablement  sur  d'autres  points  dans  les 
vallées  des  fleuves;  mais,  dans  le  grand  plateau  continental,  on 
ne  connaît  d'une  manière  positive  aucune  formation  tertiaire 
d'origine  marine. 

L'époque  quaternaire  est  représentée  par  des  dépôts  fluviaux 
et  lacustres,  et  par  une  couche  terreuse  à  fleur  du  sol,  qui  couvre 
une  grande  partie  du  plateau  et  résulte  de  la  dénudation 
subaérienne. 


20  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

L'existence  de  véritables  dépôts  glaciaires  dans  le;  pays  n'est 
pas  prouvée.  Cependant,  quelques  géologues  rapportent  à  l'action 
des  glaciers  certains  dépôts  artificiels  dont  l'origine  est  encore 
problématique. 

Le  peu  que  l'on  sait  sur  la  partie  brésilienne  du  plateau  de  la 
Guyane  fait  penser  que,  quant  à  la  structure  géologique,  il  ne 
diffère  pas  beaucoup,  probablement,  du  plateau  brésilien.  Les 
roches  fondamentales  sont  laurehtiennes  et  huroniennes,  et.  les 
montagnes  les  plus  élevées  sont  couvertes  d'un  grand  drap  de 
grés  d'âge  inconnu,  qui  peut  être  comparé  peut-être  à  celui  de  la 
chaîne  d'Espinhaço.  Le  long  du  bord  méridional  du  plateau  les 
couches  de  la  dépression  amazonique  s'étendent  sur  les  roches 
cristallines.  Mais  on  ne  sait  pas  encore  jusqu'où  elles  s'étendent 
dans  les  terres  plus  élevées  du  plateau. 

Dans  la  dépression  amazonique,  les  formations  silurienne 
supérieure,  devonienne  et  carbonifère  —  chacune  avec  ses  fos- 
siles caractéristiques,  très-abondants  et  variés  dans  les  deux 
dernières  —  se  retrouvent  dans  la  partie  étroite  de  la  vallée  qui 
demeure  au-dessous  de  la  barre  du  rio  Negro.  Elles  se  composent 
de  grès  et  de  schiste  argileux,  auxquels  s'ajoute  le  calcaire  dans 
la  formation  carbonifère.  Une  partie  du  schiste  argileux  silurien 
est  aluminifère.  Les  digues  de  diorite  sont  nombreuses  et 
considérables. 

Les  couches  de  ces  trois  formations  sont  un  peu  troublées  et 
présentent  en  général  une  inclinaison  suave  de  chaque  côté  vers 
la  ligne  centrale  de  la  vallée. 

Couvrant  ces  formations  plus  anciennes,  on  trouve  des  cou- 
ches horizontales  de  grès  mou  et  d'argile  brillante,  diversement 
colorés,  formant  des  mornes  aplatis  de  300  mètres  d'élévation  à 
peu  près,  qui  semblent  appartenir  à  l'époque  tertiaire.  Les 
plaines  basses  adjacentes  à  l'embouchure  sont  probablement  des 
formations  plus  modernes  de  la  même  époque. 

Dans  la  région  du  haut  Amazone  on  voit  apparaître  la  forma- 
tion crétacée  avec  des  reptiles  fossiles  caractéristiques  dans  le 
Purûs  ;  et  des  dépôts  tertiaires  avec  des  lignites  et  beaucoup  de 
mollusques  fossiles  du  type  des  mollusques  d'eau  salée  occupent 
une  aire  considérable  le  long  de  l'Amazone,  des  deux  côtés  de  la 
frontière  péruvienne. 

Les  vastes  aires  de  terres  basses  de  la  dépression  amazonique 
sont  formées  par  des  dépôts  de  l'époque  quaternaire  et  peut-être 
des  dernières  époques  tertiaires;  elles  s'élèvent  à  peine  à  quel- 


NOTIONS     GÉNÉRALES.  21 

ques  mètres  au  dessus  du  niveau  du  fleuve  et  sont  sujettes  à  des 
inondai  ions  en  grande  partie. 

La  dépression  du  Paraguay  est  occupée  par  des  sommets 
dégradés  des  différentes  formations  du  plateau  et  parla  grande 
formation  des  pampas,  célèbres  par  leurs  gigantesques  mammi- 
fères  fossiles.  Cette  formation  est  de  l'époque  tertiaire  et  de 
l'époque  quaternaire  ;  mais  il  est  probable  qu'on  rencontrera  des 
formations  plus  anciennes  à  proximité  des  limites  du  bassin. 

Les  traits  géologiques  de  la  région  du  littoral  sont  (outre  les 
récentes  plaines  sablonneuses,  les  lagunes  et  les  sommets  dont 
nous  venons  de  parler)  une  série  de  roches  crétacées,  qui  se 
montrent  sous  forme  de  bassins  isolés  dans  les  provinces  de 
Bahia  vers  le  nord,  et  une  série  tertiaire  qui  apparaît  le  long  de 
presque  toute  la  cote,  depuis  les  environs  de  Rio-de-Janeiro 
jusqu'à  l'embouchure  de  l'Amazone. 

La  formation  crétacée  des  îles  et  des  bords  de  la  baie  de 
Todos-os-Santos  consiste  en  dépôts  d'eau  douce,  en  grès  et  en 
schiste  argileux,  contenant  d'abondants  fossiles  de  reptiles  et  de 
poissons.  Les  couches  sont  légèrement  soulevées  et  se  dressent 
en  mornes  de  30  à  40  mètres  au  dessus  du  niveau  de  la  mer. 

Dans  les  provinces  de  Sergipe,  Alagôas,  Pernambuco,  Para- 
hyba  et  Para,  où  cette  formation  a  été  reconnue,  les  couches 
sont  d'origine  marine;  elles  sont  légèrement  soulevées  aussi  et 
ont  peu  d'élévation  au  dessus  du  niveau  de  la  mer.  La  partie  la 
plus  intéressante  de  cette  série  est  un  calcaire  sablonneux  conte- 
nant une  faune  variée  et  abondante,  surtout  en  mollusques.  On 
ignore  encore  le  rapport  qu'il  y  a  entre  cette  série  du  littoral  et 
les  couches  crétacées  du  plateau  qui  se  trouvent  à  un  niveau  plus 
élevé. 

La  formation  tertiaire  s'étend  horizontalement  et  forme  des 
plaines  qui  s'élèvent  à  une  hauteur  de  100  mètres  environ.  Les 
bords  de  ces  plaines  présentent  du  côté  de  la  mer  de  longues 
lignes  de  talus  de  sable  et  d'argile  brillamment  colorés,  qui 
constituent  un  trait  bien  caractéristique  de  la  côte  septentrionale 
du  pays. 

Il  n'y  a  point  de  volcans  au  Brésil.  Dans  la  partie  continentale 
on  ne  trouve  même  pas  de  vestiges  de  volcans  éteints.  La  petite 
ile  montagneuse  de  Fernando-de-Noronha  est  le  seul  point 
connu  du  territoire  brésilien  ayant  une  origine  volcanique. 


CHAPITRE   II 

HYDROGRAPHIE 

Par     M.     le     Baron     de     TEFFÉ 


Aucun  pays  au  monde  ne  possède  un  système  hydrographique 
aussi  complet  et  aussi  développé  que  le  Brésil.  Sur  une  su- 
perficie de  8.337.218  kilomètres  carrés,  comprenant  39  de- 
grés d'étendue  en  latitude  (depuis  la  Serra  Paracaïma  par 
5°,  10'N.,  jusqu'à  l'embouchure  du  Chuy  par  33°,46'S.)  et  39  1/2 
degrés  en  longitude  sur  le  même  parallèle  de  7°  au  sud  de 
Féquateur  (depuis  la  côte  de  Parahyba  jusqu'aux  sources  du 
Javary),  l'empire  du  Brésil  compte  un  nombre  .très  considérable, 
on  pourrait  même  dire  extraordinaire,  de  fleuves,  de  rivières,  de 
lacs  et  de  lagunes  navigables. 

Eu  première  ligne,  parmi  ses  fleuves,  il  faut  citer  le  colossal 
Amazone.  Dans  son  cours  de  5.400  kilomètres,  il  baigne  des  terres 
brésiliennes  sur  ses  deux  bords,  depuis  le  village  de  Tabatinga, 
sur  la  frontière  du  Pérou,  jusqu'à  l'Océan  Atlantique,  sur  une 
étendue  de  3.800  kilomètres,  soit  plus  des  deux  tiers  de  son 
parcours. 

Parmi  les  lagunes,  la  plus  remarquable  est  celle  des  Patos 
(Canards),  également  navigable,  mesurant  environ  200  kilomè- 
tres de  long  sur  60  kilomètres  de  large,  et  située  à  l'extrémité 
sud  de  l'empire. 

1.  Contre-amiral  de  la  marine  impériale,  directeur  du  Bureau  Hydrogra- 
phique de  Bio-do-Janeiro,  membre  correspondant  de  l'Institut  de  France 
Académie  des  Sciences)  et  de  l'Académie  des  Sciences  de  Madrid,  chambel- 
lan de  S.  M.  l'Impératrice  du  Brésil,  etc. 


24  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

L'hydrographie  brésilienne  est  encore  inconnue  des  géogra- 
phes en  grande  partie;  le  parcours  des  affluents  et  des  confluents 
des  principales  artères  mesure  des  milliers  de  kilomètres,  et  Leur 

nombre  est  si  grand*  que  cette  ignorance  s'explique  tout  natu- 
rellement. 

L'Amazone  compte  un  très  grand  nombre  d'affluents.  Au 
nombre  des  principaux  on  peut  citer,  pour  le  bord  septentrional 
du  fleuve,  les  suivants  :  l'içâ,  le  Japurâ,  le  rio  Negro,  ayant 
chacun  plus  de  1.000  kilomètres  de  cours;  le  Trombetas  et  le 
Paru,  en  ayant  plus  de  500;  le  Jary,  PAnamarapucû,  le  Jatapû,  et 
le  légendaire  Jamunda  ou  Nhamundâ,  qui  s'unit  au  Trombetas  à 
peu  de  distance  de  l'Amazone.  Sur  le  même  bord  gauche,  des 
centaines  d'autres  rivières  se  jettent  dans  le  Fleuve-Océan 
jusqu'auprès  du  cap  du  Nord,  où  débouche  l'Araguary  dont  on 
connaît  les  terribles  porôrôcas. 

Sur  la  rive  droite  ou  méridionale,  en  partant  de  la  frontière 
péruvienne,  on  trouve  d'autres  affluents  remarquables  par  le 
volume  de  leurs  eaux,  tels  que  le  Javary,  le  Jutahy,  le  Juruâ,  le 
Tefle,  le  Coary,  le  Puriïs,  le  Madcira,  le  Tapajoz,  le  Xingû,  et  le 
ïoeantins,  qui  communique  avec  ce  bassin.  Tous  ils  ont  un 
parcours  de  1.500  à  3.000  kilomètres,  et  presque  tous  sont  navi- 
gables à  la  vapeur,  et  sont  déjà  sillonnés  par  des  lignes  régu- 
lières de  bateaux  à  vapeur. 

A  l'embouchure  même  du  fleuve  gigantesque,  on  trouve  Pile 
de  Marajô,  mesurant  environ  300  kilomètres  de  long  sur  220  de 
large,  possédant  des  cours  d'eau  navigables  sur  une  étendue  de 
plus  de  100  kilomètres,  comme  l'Arary,  par  exemple,  qui  prend 
sa  source  dans  le  lac  de  ce  nom. 

Sur  la  rive  méridionale  de  l'Amazone,  on  trouve  encore  plus 
de  30  rivières  ayant  un  cours  de  100  à  500  kilomètres,  sans  parler 
des  longs  et  innombrables  sous-aifluents  qui  se  rencontrent  sur 
les  deux  rives. 

Un  grand  nombre  de  fleuves  se  jettent  dans  l'Atlantique.  Les 
principaux  en  commençant  par  le  Nord,  sont  :  le  Gurupy,  le 
Tury-Assû,  le  Pindaré,  le  Méarim,  l'Itapicurû  (dans  la  baie  de 
San-Marcos  et  dans  celle  de  San-José),  le  Parnahyba  (dont  les 
sources  coulent  do  la  même  chaîne  de  montagnes  qui,  par  le 
versant  occidental,  envoie  ses  eaux  alimenter  le  Tocantins), 
PAcaraû,  le  Jaguaribc,  le  Mossorô,  i'Assû,  le  Parahyba-du-Nord, 
le  Capiberibe,  l'Ipojûca,  le  Formoso,  le  Mundahu,  le  grand  San- 
Francisco  (dont  le  cours  est  de  3.000  kilomètres  environ),  leYasa- 


HYDROGRAPHIE.  25 

Barris,  l'Itapicurû-du-Sud,  le  Paraguassû,  le  rio  des  Contas,  le 
Jequitinhonha,  le  Mucury,  le  San-Matheus,  le  Dôce,  le  Parahyba- 
du-Siul,  l'Iguâpe,  le  San-Francisco-du-Sud  (qui  serait  plutôt  un 
bras  de  mer),  L'Itajahy,  le  Tijucas,  le  Tubarâo  (à  l'intérieur  de  la 
barre  de  Laguna),  l'Araranguà,  le  Mampitûba,  et  enfin  le  petit 
fleuve  Chuy,  qui  sépare  le  Brésil  de  la  République  Orientale  de 
l'Uruguay. 

Dans  la  lagune  des  Patos  débouchent  le  Jaeuhy,  le  Gahy,  le 
Camaquam  et  le  rio  des  Sinos.  Dans  la  lagune  Mirim  se  jette  le 
Jaguarao,  et,  dans  le  canal  de  San-Gonçalo,  le  Piratiny. 

Au  nord  de  l'Amazone,  il  faut  encore  citer  l'Oyapock,  et  le 
grand  rio  Branco,  affluent  du  rio  Negro,  qui  court  entièrement 
sur  le  territoire  brésilien  ;  et,  au  sud,  il  faut  relever  une  partie 
navigable  de  l'Aquiri  (bras  du  Purûs),  le  Guaporé  (bras  principal 
du  Madeira),  le  Juruena,  TArinos  et  le  San-Manoel  (qui  forment 
le  rio  ïapajoz),  le  rio  des  Mortes  (qui  grossit  l'Araguaya,  principal 
bras  du  Tocantins). 

Dans  les  versants  occidentaux  de  la  chaîne  générale  (Serra 
Gérai),  naissent  également  des  fleuves  de  premier  ordre  qui  arro- 
sent et  fertilisent  l'intérieur  du  Brésil,  et  qui,  après  un  long 
parcours,  vont  jeter  leurs  eaux  dans  l'Océan  par  le  rio  de  la 
Plata.  Ainsi,  l'Uruguay  prend  sa  source  dans  la  province  de 
Santa-Catharina;  l'Iguassû,  dans  celle  de  Paranâ;  le  Paranâ, 
dans  celle  de  Minas-Geraes.  Il  est  formé  par  le  Paranahyba,  grossi 
parles  eaux  du  rio  des  Velhas,  du  Corumbà,  du  rio  des  Bois,  du 
rio  Grande,  du  Tieté,  du  Pardo,  du  Paranâpanema,  de  Fïvahy,  et, 
enfin,  par  l'Iguassû,  qui,  à  son  confluent,  forme  la  frontière  du 
Brésil  avec  la  République  Argentine. 

Finalement,  le  Paraguay  prend  naissance  dans  la  Serra  du 
Pary;  du  versant  septentrional  de  cette  chaîne  coulent  les  eaux 
qui  forment  l'Arinos,  principal  bras  du  Tapajoz,  qui  lui-même  se 
jette  dans  l'Amazone. 

Les  amateurs  de  géographie  doivent  étudier  avec  attention 
l'intéressante  région  qui  forme  la  province  de  Matto-Grosso.  C'est 
là  le  véritable  cœur  du  Brésil.  C'est  de  là  que  sortent  les  grandes 
artères  qui  portent  la  vie  aux  points  les  plus  extrêmes  de  ce 
grand  corps.  En  effet,  près  de  Yilla-Bella,  les  sources  du  Guaporé, 
bras  principal  du  Madeira,  sont  à  peine  éloignées  de  quelques 
centaines  de  mètres  des  ruisseaux  Aguapehy  et  Estiva,  qui  se 
jettent  dans  le  Jaurû,  bras  considérable  du  Paraguay.  Au  moyen 
d'un  petit  canal,  que  les  Portugais  ont  tenté  d'établir  au  siècle 


20  LE     BRÉSIL     BU     18  89. 

dernier,  de  petites  barques  à  fond  plat  pourraient  passer  de  l'un 
à  lauliv.  el  effectueraient  ainsi  Te  plus  étonnant  des  voyages,  en 
allant  de  L'embouchure  de  I&Plata  à  L'embouchure  de  l'Amazone 
par  L'intérieur  des  terres  ! 

De  même  le  Cuyabâ,  bras  important  du  Paraguay,  naît  sur  le 
versanl  méridional  de  cette  même  Serra  Azul,  sur  le  versant  sep- 
tentrional de  laquelle  se  forment  le  Paranàtiuga  et  d'autres 
sources  du  rio  San-Manoel,  bras  considérable  du  ïapajoz.  La 
Serra  de  la  Chapada  sépare  encore  d'autres  bras  orientaux  de  ce 
même  rio  Cuyabâ  de  la  source  la  plus  importante  du  rio  des 
Mortes,  bras  considérable  de  l'Âraguaya. 

La.  province  de  Matto-Grosso  est  donc  la  région  où  se  trouve 
la  ligne  de  partage  des  eaux  qui  s'acheminent  vers  les  deux 
grands  bassins  de  l'Amazone  et  de  la  Plata. 

Les  lacs  sont  fort  nombreux.  La  province  de  l'Amazone  seule 
en  compte  une  infinité.  Mais  là  comme  ailleurs  beaucoup  de  ces 
lacs  sont  peu  connus,  et  les  cartes  ne  font  mention  que  d'un  petit 
nombre  d'entre  eux.  En  partant  du  Nord,  on  peut  citer  les  sui- 
vants : 

Amazonas.  —  Les  lacs  d'El-Rei,  d'Amapâ,  d'Urubûquâra, 
Taperibatûba,  Saracâ,  Matary,  Macuary,  Manacapurû.  Cudajaz, 
Trocary,  Gupeia,  lagune  Amanâ,  Marahâ  et  Marihé,  tous  au  nord 
die  l'Amazone.  Au  sud,  on  trouve  les  lacs  :  Andirâ,  Hyapuâ,  Aba- 
iuiis,  Larv,  Paratary,  Autaz,  Maraquiry,  Canuman,  Jacaré,Maués, 
Macary,  Andirâ,  Uaicurapâ,   le  lac  Grande,  la  lagune  de  l'Ouro. 

Para.  —  Dans  l'île  de  Marajo,  les  lacs  Arary,  Aruan,  Mon- 
dango  et  d'autres  moins  importants. 

Màragnon.  —  La  lagune  Burigiatiba,  du  Yianna,  Jacaré-Assû, 
Taveira,  de  Ïres-Pontas,  de  la  Matta,  du  Capim,  de  Jussâra  et  de 
la  Morte. 

Piauhy.  —  Lagune  de  Parnaguâ,  du  Matto,  Itans,  Mujû, 
lagune  Dourada,  lagune  de  Pimenteiras. 

Rio-Grande-du-Nbrd*.  —  Lagunes  Piatô,  Ponta-Grande,  Groa- 
bvras  et  Papary. 

PcriKimlniro.  —  Lagune  de  Yilla-Bella. 

Alaijôns.  —  Lagune  Manguâba,  Mundabû,  Jequiâ,  Escura, 
Timbô,  Jacaracica,  Taboleiro,  Auuaxiuma,  Pacas,  lagune  Gom- 
prida,  Boassica,  Coqu(>iro,  lgi'eja,  Azeda. 


HYDROGRAPHIE. 


27 


Bahia.  —  Lagune  de  la  Cachoeira. 

Espirito-Santo.  —  Lagune  Juparanan,  Jacunem,  du  Boquei- 
râo,  (TAguiar,  du  Chôro-d'Agua,  du  Pâo-Dôce,  du  Pâo-Gigante. 

Rio-de-Janeiro.  —  Lagune  Araruâma,  Saquarema,  Cururu- 
pina,  Maricâ,  Piabanha;  Jésus,  Paulista,  Carapcbûs,  Jurupatiba, 
lagune  de  Cima,  Imboacica,  Jacuné,  lagune  Fcia,  Jacarépaguâ, 
Marapondy,  Rodrigo-de-Freitas. 

Rio-Grande-rdu-Sud.  —  Lagune  des  Patos,  Mirim,  Mangucira, 
Mostardas,  San-Simao,  de  la  Réserva,  des  Quadros,  et  un  grand 
nombre  d'autres  qui  vont  se  relier  à  la  lagune  de  Santa-Martha, 
du  Camaclio,  de  la  Laguna,  dans  la  province  de  Santa-Catharina. 

Matto-Grosso.  —  Lagunes  d'Uberâba,  Jauy,  Gahyba,  sur  la 
frontière  de  la  Bolivie,  Câceres,  Bahia-Negra  et  Mandioré. 

Cette  courte  notice  resterait  par  trop  incomplète  si  je  ne  disais 
pas  quelques  mots  de  la  partie  du  Brésil  baignée  par  l'Océan. .La 
côte  maritime  de  L'empire  a  un  développement  de  G. 600  kilo- 
mètres, depuis  LOyapock  jusqu'au  Chuy;  elle  offre  à  la  naviga- 
tion plusieurs  ports  excellents,  un  grand  nombre  de  mouillages 
et  la  plus  belle  et  la  plus  vaste  baie  du  inonde,  celle  de  Rio-de- 
Janeiro. 

Parmi  les  ports  qui  reçoivent  des  navires  de  plus  de  G  mètres 
de  tirant  d'eau,  citons  : 

Para.  —  Le  port  de  Belém,  dans  la  baie  de  Guajarà. 

Maragnon.  —  Les  ports  de  l'Eira,  Alcantara,  et  île  du  Medo, 
dans  la  baie  de  San-Marcos. 

Céard.  —  Les  ports  de  Fortaleza,  Mucuripe,  Parâ-Curû,  Jeri- 
quaquâra  et  Retiro-Grande. 

Rw-Grande-du-Nord.  —  Les  ports  de  Bahia-Formosa  et  Piti- 
tinga. 

Parahyba-du-Nord.  —  Ceux  de  Pitimbû  et  de  la  baie  de  la 
Traiçâo. 

Pernambuco.  —  Ceux  de  Tamandaré,  Lamarâo  et  de  File  de 
Fernando-de-Noronha. 

Alagôas.  —  Celui  de  Maceiô. 

Bahia.  —  Ceux  de  San-Salvador ,  Morro-de-San-Paulo , 
Cimamû,  Ilhéos,  Santa-Cruz,  Cabralia,  Joacema,  Abrélhos. 


28  LE     BRÉSIL     EN     1S8  9. 

Rio-de- Janeiro.  —  La  baie  de  Guanabâra,  celle  de  Vile  Grande, 
les  anses  de  Cabo-Frio,  Buzios,  Imbetiba,  l'ancrage  des  iles  de 
Santa-Anna. 

San-Paulo.  —  Ceux  de  San  Los,  San-Sebastiào,  île  des  Porcos, 
île  du  Bom-Abrigo. 

Paranâ.  —  Les  baies  de  Paranaguâ  et  Antonina. 

Santa-Catharina.  —  La  baie  du  Norte,  Ratones,  Caieira, 
Ganchos,  Bombas,  Itapacorôy. 

Pour  les  navires  moins  importants  et  pour  la  navigation  de 
cabotage,  le  nombre  des  ports  et  abris  est  encore  plus  considé- 
rable. Je  n'en  citerai  que  les  principaux  : 

Para.  —  Les  baies  et  anses  de  Caïté,  Burunanga,  Toquem- 
boque,  Imburaby  et  Guaperôba;  la  baie  de  Maracanâ,  formée  par 
File  de  la  Praia-Grande,  est  bien  abritée. 

Maragnon.  —  Dans  le  delta  du  rio  Parnahyba  on  trouve  les 
barres  du  Meio,  du  Cajû,  du  Carrapato  ou  Carnaûba  et  de  la 
Tutoya,  les  trois  premières  pour  des  navires  d'un  faible  tonnage, 
et  la  dernière,  offrant  un  port  bien  abrité,  pour  les  navires  de 
plus  de  4  mètres  de  tirant.  La  barre  du  rio  Guarapirâ  reçoit  des  na- 
vires de  4  mètres  1/2.  Les  barres  de  PreguiçasetduLago  donnent 
accès  aux  petits  yachts.  La  baie  du  Pria,  où  débouche  le  rio  Mairy, 
est  parsemée  de  bancs  au  milieu  desquels  naviguent  les  caboteurs. 
La  baie  de  San-José  est  presque  complètement  obstruée.  Dans  le 
voisinage  du  port  d'Alcantara,  il  y  a  plusieurs  ancrages  abrités. 

Piauhy.  —  Cette  province  n'a  que  10  milles  de  cote  dans  le 
delta  du  Parnahyba  ;  malgré  cela,  elle  a  deux  ports.  Celui  de 
l'Amarraçào  est  formée  par  Tune  des  six  bouches  du  Parnahyba, 
qui  la  sépare  de  la  province  de  Céarâ  ;  il  peut  recevoir  des  barques 
de  3  mètres  1/4  jusqu'au  port  de  ce  nom,  à  deux  milles  de  la 
barre.  Celui  des  Canarias  a  environ  3  mètres  de  profondeur,  mais 
à  l'intérieur  de  la  barre  il  y  a  de  G  mètres  à  7  mètres  1/2. 

Céarâ.  —  La  barre  de  Jaguaribe  (Aracaty),  dont  le  canal  est 
changeant  à  cause  du  mouvement  des  sables,  a  4  mètres  d'eau 
aux  marées  basses  ordinaires  ;  les  bateaux  à  vapeur  des  compa- 
gnies de  Pernambuco  et  Maragnon  y  font  escale.  La  barre  du 
Choro*  est  accessible  aux  petits  navires.  Le  port  de  la  Lagoinha 
est  peu  spacieux,  mais  il  offre  un  bon  mouillage.  L'anse  du  Mun- 
dahù  est  un  port  d'escale  pour  les  bateaux  à  vapeur  de  la   côte, 


HYDROGRAPHIE.  20 

et,  malgré  ses  lianes  et  ses  récifs,  il  a  deux  ancrages  surs  pour 
les  navires  de  3  mètres.  Les  anses  de  Pcrnambuquinho  et  de 
l'Aracaty-Assû  sont  de  simples  ouvertures  situées  à  l'intérieur 
d'un  récif,  niais  elles  ont  un  excellent  fond  de  vase  de  10  à  12 
mètres  de  profondeur.  Les  caboteurs  pénètrent  dans  les  barres 
de  l'Acarahû,  Marisco  et  Presidio,  malgré  les  écueils.  Le  meilleur 
porl  de  la  province  et  le  pins  abrité  est  celui  de  Camocim,  ayant 
4  mètres  de  profondeur.  Les  barres  du  Comorupim,  Comoropim- 
Baixo  et  ïimonha donnent  accès  aux  petits  navires. 

Rio-Grande-du-Nord.  ■ —  La  barre  du  chef-lieu  de  la  province 
est  d'un  accès  difficile  pour  les  grands  navires  ;  mais,  à  l'endroit 
le  plusbas  du  canal,  qui  se  trouve  entre  les  bouées,  il  y  a  toujours 
2  mètres  60  d'eau  à  la  marée  basse,  et  tout  le  reste  du  canal  n'a 
pas  moins  de  -4  mètres.  L'entrée  serait  facile  n'étaient  les  détours 
rapides  et  étroits.  Le  cap  de  San-lloque,  Mara-Cajahû  et  la  baie 
du  Touro  ont  assez  d'eau  pour  les  navires  moyens,  car  la  sonde 
trouve  toujours  de  5  à  G  mètres  de  profondeur.  La  barre  du 
Mossoro  est  fréquentée  par  les  bateaux  à  vapeur  cùtiers,  qui  vont 
mouiller  dans  un  port  où  l'ancre  prend  bien  et  qui  a  7  mètres 
de  profondeur. 

Parahyba-du-Nord.  ■ —  Le  port  de  Cabedello  reçoit  des  navires 
de  i  mètres  60  ;  mais  ceux-ci  ne  peuvent  remonter  le  fleuve  jus- 
qu'en face  du  chef-lieu  de  la  province  que  pendant  la  marée 
haute.  Le  port  de  Mamanguâpe,  à  l'embouchure  du  Parahyba, 
reçoit  des  navires  cô tiers. 

Pernambuco.  —  Le  port  du  rio  Formoso  est  excellent  et  a  un 
fond  suffisant  pour  les  grands  navires,  mais  la  barre  en  est  fort 
étroite,  elle  n'est  guère  qu'une  solution  de  continuité  du  récif  qui 
longe  la  côte,  de  sorte  que  ce  port  n'est  accessible  qu'aux  petits 
navires.  La  barre  du  Serinhaém  n'est  assez  profonde  que  pour  les 
petits  caboteurs.  Le  port  des  Gallinhas  et  lerioSuapese  trouvent 
dans  les  mêmes  conditions.  L'anse  de  Guaybû,  célèbre  pour  sa 
forteresse,  est  un  ancrage  sûr  pour  les  navires  de  haut  port.  Le 
port  du  Uecife  ou  Mosqueiro  a  5  mètres  1/2  de  profondeur.  C'est 
une  des  meryeilles  de  la  nature  :  à  200  mètres  de  la  rive  et  dans 
une  direction  parallèle  se  prolonge  en  ligne  droite,  sur  une  éten- 
due d'une  lieue,  un  récif  en  forme  de  muraille,  élevée  aujourd'hui 
par  la  main  de  l'homme,  mais  qui,  avant  ces  travaux,  défendait 
tout  naturellement  le  port  contre  la  fureur  des  vagues  de 
l'océan.  La  barre  du  Pào-Amarello    est    fréquentée  par   des  na- 


30  LE     BRÉSIL     EN      18  8  9. 

vires  n'ayant  pas  besoin  de  plus  de  3  mètres  d'eau.  L'ancrage 
d'Itamaracà  est  excellent  et  a  5  mètres  de  profondeur.  La  petite- 
barre  du  Gerimunha  donne  accès  aux  navires  qui  ont  besoin  de 
3  mètres  de  tirant  d'eau.  Le  port  de  Goyanna  a  4  mètres  de  pro- 
fondeur. Celui  de  Pitimbû  ou  des  Français  est  spacieux,  mais 
son  lit  est  mauvais  pour  l'ancre,  quoiqu'il  ait  de  8  à  10  mètres 
de   profondeur  dans  la  barre. 

Alagôas.  —  La  barre  de  Camaragipe  reçoit  des  navires  de 
5  mètres  de  tirant. 

Sergipc.  —  La  barre  du  rio  Real  donne  entrée  aux  petits  na- 
vires. Celle  du  Vasa-Barris  n'a  que  4  mètres  à  marée  haute  et  est 
d'un  accès  difficile  ;  mais  le  fleuve  est  navigable,  jusqu'à  20milles 
de  son  embouchure,  par  de  petits  navires.  Celle  d'Aracajû,  dans 
le  rio  Gotindiba  ou  Cotinguiba.,  n'a  que  2  mètres  1/2  d'eau,  et, 
comme  elle  est  formée  de  bancs,  on  n'y  peut  pénétrer  qu'avec 
un  bon  pilote.  Le  rio  Japurâtuba  a  une  barre  peu  profonde  qui 
n'admet  que  de  petits  caboteurs.  Le  rio  San-Francisco,  l'un  des 
plus  considérables  du  Brésil,  prend  sa  source  près  d'Ouro-Preto, 
dans  la  province  de  Minas-Geraes,  traverse  les  provinces  de 
Bahia  et  Pernambuco,  et,  à  230  kilomètres  de  la  mer,  sépare  les 
provinces  de  Sergipe  et  d'Alagôas  en  formant  leur  limite  jusqu'à 
la  côte,  ^a  barre  a  4  mètres  1/2  à  marée  haute. 

Bahia.  —  La  barre  du  rio  Caravellas  a  5  mètres  1/2  à  marée 
haute  :  à  l'intérieur,  elle  a  de  9  à  10  mètres  sur  un  lit  de  vase. 
Alcobâça  et  Prado  sont  deux  ports  pour  les  caboteurs  qui  n'ont 
pas  besoin  de  plus  de  2  mètres  de  tirant.  Le  port  de  Como- 
xatiba  est  formé  par  le  récif  qui  longe  la  côte  et  il  offre  un  bon 
ancrage  de  5  à  G  mètres  de  profondeur  pour  une  douzaine  de 
navires  ;  cependant,  la  barre  est  tellement  étroite  qu'elle  n'ad- 
met que  des  navires  d'un  faible  tonnage. 

La  barre  de  Cramimuan  a  2m,2  de  profondeur.  Le  port  de 
Joacema  est  abrité,  peut  recevoir  de  grands  navires  et  a  8  mètres 
de  profondeur.  La  barre  duFrade  est  dangereuse,  mais  le  fleuve  est 
navigable  sur  une  grande  étendue  pour  les  caboteurs.  Le  port  de 
Porto-Scguro  est  abrité  contre  les  vents  du  Nord-Est,  mais  il  est 
complètement  ouvert  à  ceux  du  Sud  et  du  Sud-Est.  Les  baies  de 
Santa-Cruz  et  Cabralia  constituent  de  magnifiques  ancrages  ;  le 
fond  est  de  vase  et  a  de  13  à  14  mètres  de  profondeur  dans  la 
première  et  de  7  à  8  mètres  dans  la  seconde  de  ces  baies.  Le  port 
de  Belmonte,  à  l'embouchure  du  fleuve  de   ce  nom  ou  Jequitin- 


II  Y  DROGUAI* II IE.  31 

honha,  n'offre  que  2m,30  aox  navires,  à  la  marée  haute.  La  barre 
de  Ganavieiras  a  de  Am,(\  à  An\\)  de  profondeur,  à  marée  haute, 
dans  le  canal  du  milieu;  la  navigation  côtière  fréquente  beaucoup 
ce  port.  Olivenca  et  Comaûratuba  n'ont  que  2m,5  de  profondeur. 
Dans  le  rio  des  Contas,  le  canal  d'entrée  n'a  que  4m,o  d'eau  à 
marée  haute,  mais  à  l'intérieur  de  la  barre,  vis-à-vis  le  village, 
le  fond  a  de  10  à  12  mètres.  Les  bassins  formés  par  les  rios  Aratû 
et  Real  près  de  leur  embouchure  ont  2m,5  d'eau. 

Espirîto-SantQ.  —  Les  cours  d'eau  appelés  Camaquam,  Itapé- 
mirim  et  Piûma  sont  accessibles,  à  leurs  embouchures,  aux 
navires  d'un  faible  tonnage.  Le  port  de  Guarapary  est  l'un  des 
meilleurs  de  cette  côte,  et  il  peut  recevoir  des  navires  ayant 
besoin  de  5  mètres  d'eau.  A  Benevente  on  ne  trouve  que  lm,50 
d'eau.  Le  port  de  Victoria,  bien  abrité,  admet  des  navires  de 
6  mètres.  Les  rios  Dôce,  San-Matheus,  Mucury  et  Villa-Nova- 
d'Almeida  ne  sont  accessibles  qu'aux  petites  barques. 

Rin-de- Janeiro.  —  Angra-dos-Reis  a  5  mètres  d'eau;  Mangara- 
tiba,  Paraty,  Jerumerim,  Mambucaba  en  ont  3  mètres.  La  baie  de 
Sepetiba  a  20  milles  de  long  sur  6  de  large  ;  sa  profondeur  varie 
de  2m,20  à  3  mètres,  mais  l'entrée  n'a  parfois  que  lm,80  d'eau.  La 
barre  de  Cabo-Frio,  qui  est  la  môme  que  celle  de  la  grande  lagune 
Araruâma,  a  5  mètres  d'eau,  mais  l'entrée  de  la  barre  offre  quelque 
difficulté.  La  barre  de  San-Joâo  a  4  mètres  d'eau  à  marée  haute. 
Le  port  du  rio  des  Ostras,  à  l'embouchure  du  cours  d'eau  de  ce 
nom,  est  bien  abrité,  et  a  4  mètres  d'eau.  Celui  d'Imbetiba  est 
très  fréquenté,  il  est  profond,  mais  se  trouve  exposé  aux  vents  de 
N.-N.-E.  jusqu'à  E.-E.-E.,  malgré  son  brise-lames.  Celui  de  Macahé 
a  une  passe  très  étroite,  au  milieu  de  bancs  et  de  récifs,  et  il 
n'est  accessible  qu'aux  caboteurs  qui  n'ont  pas  besoin  de  plus  de 
2m,80  à  3  mètres  d'eau.  A  San-Joâo-da-Barra,  à  l'embouchure  du 
Parahyba,  il  y  a  un  ancrage  très  fréquenté  par  les  caboteurs,  car 
ce  port  dessert  la  ville  de  Campos,  l'une  des  plus  commerçantes 
de  la  province.  A  l'époque  des  plus  hautes  marées,  ce  port  n'a 
pas  plus  de  2m,50  à  3  mètres  d'eau. 

San-Paulo.  —  Le  port  des  Palmas,  dans  l'île  des  Porcos,  est 
une  excellente  baie,  abritée  contre  les  vents;  il  a  7m,30  de  profon- 
deur et  un  lit  de  vase.  L'ile  du  Bom-Abrigo  est  un  mouillage  de 
8  à  0  mètres  de  fond.  La  baie  de  Cananéa  a  3  mètres  d'eau.  Iguape 
donne  accès,  par  la  barre  de  l'Icapâra,  à  des  navires  qui  ne  dépla- 
cent pas  plus  de  2  mètres  d'eau. 


32  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

Paranâ.  —  A  Paranagué  des  navires  déplaçant  jusqu'à 
6  mètres  d'eau  peuvent  pénétrer  jusqu'à  Antonina,  à  l'extré- 
mité occidentale  d'une  longue  et  belle  baie,  où  il  y  a  un  ancrage 
de  (')  ;'i  6m,50  de  profondeur. 

Santa-Catharina.  —  Les  anses  do  Garopaba  et  Imbituba  ont 
3m,50  d'eau  et  sont  abritées  contre  l«is  vents.  Laguna  est  un  port 
commerçant  qui  n'a  que  de  21",--*)  à  2m,50  de  profondeur.  Le  port 
de  Desterro  est  un  excellent  ancrage  et  les  naviges  ayant  besoin 
de  moins  de  4  mètres  d'eau  peuvent  y  entrer.  Pinheiro,  Pantano- 
do-Sul  et  Lagoinha  sont  des  anses  ayant  .'Jm,50  d'eau.  Porto-Bello 
est  une  anse  de  4  mètres  de  profondeur.  Caixa-d'Aço,  véritable 
merveille  de  beauté  et  de  sécurité,  est  un  mouillage  de  5  mètres 
de  profondeur.  Le  port  de  San-Francisco-do-Sul  est  bon  et 
sûr,  mais  sa  barre  n'a  que2m,50  d*eau.  Les  navires  qui  ont  besoin 
de  pilote  s'abritent  bors  de  la  barre,  près  des  iles  de  la  Graça. 
Gambriû  est  une  anse  assez  vaste  qui  a  2m,50  d'eau.  Itajahy  est 
un  cours  d'eau  navigable  et  sa  barre  est  fréquentée  par  les  paque- 
bots de  la  côte. 

Bio-Grande-du-Sud.  —  La  barre  de  ce  port  commerçant  n'a 
que  3m,70  d'eau  à  l'époque  des  marées  ordinaires,  mais  le  service 
de  pilotage  qu'on  y  trouve  est  le  plus  parfait  de  toute  la  côte  du 
Brésil. 


32  bis. 


ESQUISSE    DE    LA    CARTE  GÉOLOGIQUE   DU   BRÉSIL 

ORGANISÉE  PAR  ORVILLE  A.  DERBY 
''Extraite   du    tl  Brazil   Geographipo   e    Ilistorico  ") 


CvCH      Terrain  Arcl 


Laurent  i  en. 


)  Huronien. 
{  Silurien. 
—      Palaeozoïque  )  Devonien 


(  Car  boni  1ère 


—      Carbonifère. 


Terrain  Triassique  (?) 

—  Crétacé. 

—  Tertiaire  et  Quaternaire. 


32  ter. 

ESQUISSE  DE  LA  CARTE  PHYSIQUE  BU  BRÉSIL 

Organisée  par  Orville  A.  Derby  (Extraite  du  "  Brazil  Geographico  e  Historico  ") 
PROVINCES 

XV  Paranâ. 

XVI  Santa  Catharina. 

XVII  Rio  Grande  do  Sul 
XVIII Minas  Geracs. 

XIX  Goyaz. 

XX  Matto  Grosso, 


I 

Ama/.onas. 

VIII 

Pernambuco. 

il 

Par;». 

IX 

Alagoas. 

J 11 

Maranhào. 

X 

Sergipe. 

IV 

Piauhy. 

XI 

Bahia. 

V 

XII 

Espirito  Santo 

VI 

Rio  Grande  do  Norte. 

XIII 

Rio  de  Janeiro 

VII 

Paraln  lia. 

XIV 

S.  i'aulo. 

FLEUVES    ET    RIVIERES 

A  Amazonas. 

c   Xingû. 

k   Branco. 

B  Paraguay. 

d   Tapajoz. 

1    Jequitinbonha 

C  Parai îî. 

e  Madeira 

m  Doce. 

D  Uruguay. 

i'   Guaporc 

n   Parahyba. 

E  S.  Francisco. 

g  Punis, 
b   Juruâ. 

o   Rio  Grande. 

F  Parnahvba. 

p   Tieté. 

a  Tocantins. 

i    Javary 

q  Paranapenema 

b  Araguaya 

j    Negro. 

r    Iguassù. 

rr^g     Elévation  de     0    à   300  mètres, 

lliUlUJ  —        —      0  à  1000       » 

—        —  plusdelOOO      » 


HYDROGRAPHIE. 

TABLE  DE  LA  DIFFÉRENCE  DE  NIVEAU 


33 


A   L  ÉPOQUE   DES    SYZIGIES    DANS    LES    PRINCIPAUX   PORTS    DE   LA  COTE   DU   BRESIL, 
Organisée  par  le  Bureau  Hydrographique 


PROVINCES 


Marauhùo 


Piauhj 
Cear.'i  . 


Rio  Grande  do  Norte, 


Par; 


Pernarabuco 


Alagôas . 
Bahia..] 


Espirito-Santo  . 

Rio  de  Janeiro 


Sanla  Galbarina 


M  IMS 

ES    PORTS 


Rio  Grande  do  Sul. 


Belem 

Salinas 

Caïté 

Gurupj 

S.    Lui/. 

Illia  de  Sanla  Anna 

Preguiças 

Tutoya 

Amarraçâo 

(Iranja , 

Acaraluï 

Portaleza , 

Aracaty 

Mossorô 

Cabo  de  S.  Roque  

Natal  (port) 

Natal  (barre) , 

Parahyba  (port) 

Parahjba  (barre) 

Itamaracu 

Recife 

Tamandarc 

Barra  Grande 

Maceiô  (Jaraguû) 

S.   Salvador  

Aralû  

Paraguassù 

Ilaparica 

Rio  Una 

Gamamû 

Rio  de  Coulas 

Ilhéos 

Canavieiras 

Sanla  Cruz,  Cabralia 

Porto  Seguro 

Joacema 

Caravellas 

Victoria 

Macabc 

Buzios 

Cabo-Fro  (ville) 

Rio  de  Janeiro 

Sepetiba 

Paraty 

Enseada  l'aimas  (ilha  Grande 

S.  Sebastiâo  (ilha) 

Qbatuba 

Santos 

S.  Francisco  do  Sul 

Cambriû 

Itapacoroy  

Desterro , 

Rio  Grande  do  Sul  (barre). . 


ÉTABLISSEMENT 

DU  POllI 

121 

i.OO  m. 

7 

30 

7 

00 

(i 

30 

7 

00 

G 

00 

5 

45 

5 

00 

4 

30 

5 

30 

5 

00 

5 

30 

4 

45 

5 

00 

4 

00 

5 

00 

4 

30 

5 

30 

5 

00 

5 

00 

4 

30 

4 

00 

4 

30 

5 

00 

4 

2o 

5 

0G 

5 

20 

5 

15 

4 

00 

4 

00 

4 

00 

4"  00 


00 
40 

45 
30 
35 
00 
2    50 

2  30 

3  00 


2  58 

2  00 
1  45 
1  45 

3  00 


4  00 

3  05 

2  10 

2  00 

2  30 

2  30 
Irréeulier 


Différence  de  niveau 
entre  la  marée  basse 
et  la  plus  liante  marée 


lm98 

2  07 


97 

G2 
94 
95 
32 
(J8 
G4 
97 
98 
Gt 
05 
31 
65 
3L 
31 
65 
98 
65 
98 
98 
30 
30 
30 
30 
30 
30 
80 
00 
00 
^0 
60 
70 

85 

60 

30 

05 

38 

50 

00 

01 

80 

50 

70 

65 

30 

20 

50 

20 

20 

80 


0  60 


CHAPITRE  III 

CLIMATOLOGIE 

Par     M.    HENRI     MORIZE1 


Un  empire  aussi  vaste  que  le  Brésil,  qui  s'étend  sur  la  plus 
grande  partie  du  continent  sud  américain,  depuis  5°10'  de  lati- 
tude nord  jusqu'à  33°45'  sud,  doit  présenter  nécessairement 
une  grande  variété  de  climats  différents.  Par  suite  de  sa  posi- 
tion dans  l'hémisphère  austral,  la  disposition  des  saisons  s'y 
trouve  entièrement  renversée,  et,  bien  que  la  succession  de  ces 
divisions  de  l'année  n'y  soit  guère  tranchée  le  plus  souvent,  on  y 
a  conservé,  cependant,  l'usage  des  termes  :  printemps,  été, 
automne,  hiver;  seulement,  le  printemps  correspond  à  l'automne 
de  l'Europe  et  vice  versa. 

Jusqu'à  présent  les  observations  suivies  qui,  seules,  peuvent 
donner  une  idée  exacte  des  éléments  météorologiques  qui  carac- 
térisent une  contrée,  y  ont  été  peu  nombreuses  relativement.  On 
peut,  cependant,  en  les  combinant  avec  celles  qui  ont  été  exé- 
cutées par  les  voyageurs  qui,  depuis  longtemps  déjà,  ont 
sillonné  le  Brésil,  diviser  le  Brésil  entier  en  trois  grandes  zones  : 
la  zone  tropicale,  la  zone  sous-tropicale  et  la  zone  tempérée 
douce. 

La  première  zone,  que  nous  appelons  tropicale,  torride  ou 
équatoriale,  comprend  toute  la  partie  du  Brésil  dont  la  tempé- 
rature moyenne  s'élève  au-dessus  de  25°.  La  ligne  qui  limite  cette 
zone,  c'est-à-dire  l'isotherme  de  25°,  passe   au  sud   de  Pernam- 

i.  Astronome  à  l'Observatoire  Impérial  de  Rio-de-Janeiro.  M.  L.  Cruls 
directeur  de  cet  Observatoire,  a  revu  tout  ce  travail,  fait  sous  sa  direction. 


36  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

buco,  peut-être  par  Alagôas  ou  Sergipe,  coupe  une  parlie  de 
Goyaz,  et  descend  dans  Matto-Grosso,  au-dessous  de  Guyabâ.  Les 
provinces  de  Pernambueo,  Parahyba-du-Nord,  Rio-Grande-du- 
Nord,  Céarâ,  Piauhy,  Maranhâo,  Para  et  Amazonas  sont  donc 
entièrement  situées  sous  cette  zone. 

La  deuxième  zone,  que  nous  appelons  sous-tropicale  ou  chaude, 
s'étend  entre  l'isotherme  de  25°  et  celui  de  20°.  Cet  isotherme 
passe  au  sud  de  la  province  de  San-Paulo,  coupe  celle  de  Paranâ, 
en  séparant  entièrement  les  provinces  de  Santa-Catharina  et 
Rio-Grande-du-Sud,  ainsi  que  la  plus  grande  partie  de  celle  de 
Paranâ  et  une  partie  de  la  province  de  San-Paulo. 

La  troisième  zone,  que  nous  appelons  tempérée  douce,  s'étend 
à  travers  tout  le  Sud  et  comprend  les  provinces  de  Paranâ, 
Santa-Catharina,  Rio-Grande-du-Sud,  ainsi  qu'une  fraction  de 
San-Paulo.  La  température  moyenne  y  oscille  entre  15  et  20 
degrés. 

1.  —  La  zone  tropicale  peut  se  subdiviser,  suivant  M.  Draenert, 
professeur  à  l'École  agricole  de  Bahia,  qui  a  spécialement  étudié 
la  distribution  pluviométrique  au  Brésil,  en  trois  parties  dis- 
tinctes, suivant  l'époque  de  pluies  :  1°  le  Haut-Amazone  ;  c2°  l'in- 
térieur de  toutes  les  provinces  de  Maraiihao,  Para,  Matto-Grosso, 
Piauhy  (et  môme  Bahia  et  Minas-Geraes)  ;  3°  la  région  littorale 
de  Para,  Maranhâo,  Piauhy,  Céarâ,  Rio-Grande-du-Nord  et  Para- 
hyba-du-Nord. 

1°  Dans  la  région  du  Haut-Amazone,  Tannée  météorologique 
peut  se  diviser  en  deux  époques  :  l'une  des  grandes  pluies,  et 
l'autre  des  petites  pluies,  qui  toutes  deux  produisent  une  crue 
des  eaux  du  fleuve.  La  grande  crue  commence  à  la  fin  de  février 
et  va  jusqu'en  juin  ;  la  petite  crue  commence  à  la  mi-octobre  et 
se  termine  vers  le  commencement  de  janvier.  Le  niveau  des 
eaux  du  lleuve  varie  considérablement,  et  la  différence  de 
niveau  peut  atteindre  ï\  mètres  entre  l'étiage  inférieur  qui 
se  présente  en  septembre,  et  l'étiage  supérieur  qui  se  produit 
d'avril  à  mai.  Entre  ces  deux  crues  sont  intercalées  deux  périodes 
de  sécheresse,  une  grande  et  une  petite,  qui  se  produisent  :  la 
première,  de  juillet  à  la  mi-octobre,  et  la  dernière  de  janvier  à 
février.  A  la  fin  de  la  grande  crue,  il  se  produit  une  chute  de 
température  qui  ne  dure  que  quelques  jours  et  qui  est  fréquem- 
ment favorisée  par  le  vent  du  sud.  L'abaissement  de  tempéra- 
ture est  tel  que  l'on  prétend  que  beaucoup  de  poissons  du  rio 
TefTé  en   meurent   tous  les  ans.    M.  J.  Pinkas,  qui  a  longtemps 


CLIMATOLOGIE.  37 

séjourné  dans  ces  régions  comme  ingénieur  en  chef  du  chemin  de 
fer  projeté  du  Madeira  à  Mamoré,  y  a  fait  quelques  observations 
Intéressantes. 

La  température  moyenne  du  Haut-Madeira  serait  de  26°  cen- 
tigrades, soit  2°  au-dessous  de  la  température  de  l'équateur, 
suivant  Humholdt.  La  température  la  plus  élevée  a  été  de  39°5, 
ce  qui  est  relativement  faible.  Toutefois,  la  sensation  de  chaleur 
est  toujours  très  forte,  à  cause  du  degré  hygrométrique  de  l'air 
qui  est  très  élevé,  L'hygromètre  oscille  constamment  entre  80 
et  100,  et  la  condensation  nocturne,  qui  se  produit  immédiatement 
après  le  coucher  du  soleil,  est  si  forte,  que  les  explorateurs,  qui 
dormaient  sous  d'épaisses  tentes,  trouvaient  le  matin  tous  leurs 
vêtements  mouillés,  et  la  couverture  de  la  tente  ruisselante 
d'eau,  comme  si  une  forte  pluie  eût  tombé  pendant  la  nuit. 
Cette  humidité,  des  plus  préjudiciables  à  la  santé,  se  comprend 
quand  on  voit  une  hauteur  de  2  mètres  d'eau  tomber  entre  les 
mois  de  novembre  et  de  mai.  Dans  cette  partie  de  l'Amazone,  le 
vent  dominant  est  celui  de  sud-ouest,  fréquemment  entrecoupé 
de  calmes.  Suivant  M.  Pinkas,  le  refroidissement,  dont  nous 
avons  parlé  plus  haut,  se  produit  indifféremment  pendant  les 
mois  de  mars,  d'avril  et  de  mai.  La  cause  en  serait  dans  réchauf- 
fement rapide  de  la  colonne  d'air  qui  couvre  ces  régions  et  qui, 
s'élevant  dans  les  parties  plus  hautes  de  l'atmosphère,  produi- 
rait un  puissant  appel  qui  serait  comblé  par  la  brusque  arrivée 
de  l'air  glacé  qui  entoure  les  hauts  sommets  des  Andes.  Par  cette 
explication,  on  conçoit  que  ce  phénomène,  auquel  on  a  donne 
le  nom  de  «  friagem  »,  ne  peut  se  produire  que  par  une  journée 
calme  et  chaude.  L'arrivée  de  ce  courant  se  produit  toujours 
peu  d'heures  après  le  passage  du  soleil  au  méridien,  et  est  inva- 
riablement précédée  par  une  température  très  élevée,  une  satu- 
ration hygrométrique  presque  complète  de  l'air  et  une  dépres- 
sion barométrique  de  5  à  G  millimètres. 

2°  Ces  brusques  changements  de  température  se  produisent 
dans  toute  la  zone  tropicale  continentale.  C'est  ainsi  que  nous 
les  retrouvons  dans  la  deuxième  subdivision  de  M.  Draenert,  qui 
comprend  l'intérieur  de  toutes  les  provinces  du  Nord.  Dans  ces 
contrées,  qui  sont  caractérisées  par  de  fortes  pluies  de  printemps 
et  d'été,  il  est  très  fréquent  de  voir  des  sauts  de  plus  de  20°  se 
produire  en  quelques  heures.  Le  docteur  J.  Severiano  da 
Fonseca,  médecin  militaire,  qui  a  longtemps  séjourné  dans  la 
province  de  Matto-Grosso,  a  rapporté  dans  un  ouvrage    intitulé 


38  LE     BRESIL     EN      1889. 

Viagem  no  rcdor  do  Brazil,  les  résultats  de  ses  observations  dans 
ces  provinces. 

Les  vents  généraux  y  soufflent  du  nord-ouest  et  du  sud-est. 
Les  premiers  sont  chauds  et  humides,  tandis  que  les  derniers 
sont  toujours  très  froids.  Ces  deux  vents  se  succèdent  souvent 
avec  rapidité,  ce  qui  amène  de  brusques  chutes  thermométri- 
ques. 11  arrive  souvent  aussi,  pendant  l'été,  que  le  vent  de  la 
pampa  qui  souffle  du  sud-ouest  amène  de  véritables  tempêtes 
accompagnées  elles-mêmes  de  forts  abaissements  de  tempéra- 
ture. Suivant  le  général  Hermès  da  Fonseca,  la  température 
moyenne  annuelle  de  Cuyabd  a  été,  en  1870,  de  25°",  et  de  26°7 
en  1877;  la  température  la  plus  basse  observée  en  1876  a  été  de 
de  7°5,  et  s'est  produite  le  18  août.  Suivant  le  docteur  Joâo 
Severiano  da  Fonseca,  la  température  au  point  du  jour  est  de 
4°  à  G0  au-dessous  de  celle  de  midi,  et  elle  continue  à  croître 
jusqu'à  4  ou  o  heures  de  l'après-midi,  pour  retomber  ensuite. 
Les  explorateurs  allemands,  les  frères  Von  den  Steinen,  qui  ont 
parcouru  la  province  pendant  ces  dernières  années,  ont  laissé  à 
Cuyabâ,  entre  les  mains  du  major  Americo  de  Vasconcellos, 
d'excellents  instruments  météorologiques  avec  lesquels  celui-ci 
a  commencé  à  faire  des  observations  suivies  qui  ne  peuvent 
manquer  d'être  d'une  grande  utilité.  Nous  ne  possédons  encore 
que  deux  mois,  août  et  septembre  de  l'année  1888,  mais 
ces  deux  mois  sont  très  instructifs.  Pendant  le  mois  d'août, 
nous  ne  notons  qu'un  jour  de  pluie,  car  c'est  à  cette 
époque  que  finit  la  saison  sèche  ;  les  vents  dominants  soufflent 
alors  du  nord,  nord-ouest  et  nord-est.  Quant  ils  soufflent  fai- 
blement, ou  bien  quand  ils  sont  substitués  par  des  calmes,  la 
température  monte  aisément,  comme  le  ï27  août,  par  exemple, 
à  39°8.  Si,  par  contre,  les  vents  du  sud  sont  un  peu  forts,  comme 
le  17,  le  thermomètre  tombe  à  10°.  Si  le  vent  saute  brusquement 
du  sud  au  nord,  on  peut  avoir  une  variation  subite  de  tempéra- 
ture de  plus  de  20°.  C'est  ce  qui  est  arrivé  le  15,  où  le  thermo- 
mètre a  marqué  le  matin  1G°,  et  est  monté  dans  l'après-midi 
jusqu'à  30",  soit  une  variation  de  23°.  La  température  moyenne, 
à  7  heures  du  matin,  a  été,  pour  le  mois  d'août,  de  21°i,  et  à 
4  heures  de  l'après-midi  de  35°.  L'oscillation  moyenne  de  la  tem- 
pérature pendant  la  journée  a  donc  été  de  près  de  11°.  Le  mois 
suivant  (septembre),  la  saison  pluvieuse  est  commencée  ;  on  note 
déjà  10  jours  de  pluie  ;  la  température  est  encore  élevée,  et,  à  la 
date  du  1er  septembre,  nous  notons  il0  centigrades,  ce  qui  du  reste 


CLIMATOLOGIE.  39 

est  le  maximum  du  mois.  La  température  moyenne  à  7  heures 
du  matin  est  devenue  25°1,  et  à  4  heures  33°1  ;  si  la  chaleur  au 
matin  a  augmenté,  par  contre  elle  a  diminué  le  soir,  puisque 
l'oscillation  n'est  plus  que  de  8°. 

En  somme,  ces  observations  et  celles  de  M.  le  docteur 
J.  Severiano  da  Fonseca  permettent  de  dire  qu'à  Cuyabâ,  et  pro- 
bablement aussi  dans  le  reste  de  la  province,  la  température  est 
toujours  élevée,  moins  toutefois  pendant  les  périodes  de  fria- 
gem,  mais  que  pendant  la  saison  sèche,  si  les  journées  sont 
chaudes,  les  nuits  et  les  premières  heures  de  la  matinée  jouissent 
d'une  fraîcheur  relative. 

Quoique  les  tremblements  de  terre  n'y  soient  pas  fréquents,  on 
peut  cependant  mentionner  ceux  qui  eurent  lieu  le  24  septembre 
1749,  et  qui  fut  précédé  d'une  forte  rumeur  comparable  à  un 
orage  souterrain,  celui  du  18  septembre  1832,  et  ceux  du 
1er  octobre  1860  et  du  26  juin  1876. 

Corumbd  (180S5'  latitude  sud),  qui  est  une  des  villes  les  plus 
importantes  de  la  province,  possède  un  climat  à  peu  près  sem- 
blable à  celui  de  Cuyabâ,  et  les  brusques  variations  de  tempéra- 
ture y  sont  aussi  fréquentes,  ainsi  qu'à  Bescalvado,  qui  se  trouve 
par  16°45'  sud  et  où,  le  21  octobre  1875,  le  thermomètre  étant 
à  39°9,  survint  tout  à  coup  un  orage  du  sud-ouest,  accompagné 
de  grêle,  phénomène  rare  dans  ces  latitudes,  qui  fit  baissera  tel 
point  la  température,  qu'à  8  heures  du  soir  le  thermomètre 
n'accusait  que  15°5  ;  il  avait  donc  baissé  de  près  de  25°  en  peu 
d'heures. 

Il  existe  dans  la  province  de  Matto-Grosso  des  régions  sèches, 
sur  les  plateaux  élevés,  où  la  température  est  naturellement  plus 
tempérée,  et  il  n'est  même  pas  très  rare  d'y  voir  des  gelées  au 
mois  de  juillet. 

3°  Les  différences  entre  les  températures  moyennes  des  mois 
de  l'année  diminuent  à  mesure  qu'on  se  rapproche  du  littoral, 
qui  constitue  la  troisième  subdivision  de  la  zone  tropicale,  en  adop- 
tant la  méthode  de  M.  Draenert.  Cette  région  est  caractérisée  par 
des  pluies  qui  dominent  en  été  et  en  automne,  et,  en  général,  sur- 
tout pendant  le  mois  d'avril.  Les  mois  les  plus  chauds  sont  ceux 
d'été,  mais  la  différence  avec  ceux  d'hiver  n'est  pas  très  accentuée. 
A  Vizeu,  par  1°  12'  sud,  dans  la  province  de  Para,  on  a29°l  à  9  heures 
du  matin  en  décembre,  qui  est  le  mois  le  plus  chaud,  tandis 
qu'on  a  26°  5  en  juillet,  mois  le  plus  frais.  A  San-Lniz-de-Ma- 
ranhtïo,  par  2°31'  sud,  dont  nous  possédons  deux  années  d'obser- 


40  LE     BRESIL     EN      1889. 

vations,  les  mois  les  plus  chauds  sont  décembre  et  février,  avec 
28°,6  et  le  mois  le  plus  frais  juillet,  avec  27°, 4.  La  première  de 
ces  deux  stations  compte,  pendant  les  années  1887  et  1888,  71 
jours  de  pluie  assez  irrégulièrement  distribués,  mais  dont  le 
maximum  est  tombé  en  février-mars.  Le  vent  dominant  a  été  le 
sud-est  pendant  toute  l'année.  San-Luiz-de-Maranhâo  possède  un 
climat  très  pluvieux.  La  hauteur  annuelle  d'eau  précipitée  monte, 
suivant  les  observations  de  M.  Fabio  de  Moraes-Rego,  ingénieur 
de  la  commission  hydraulique,  à  2m  455,  repartis  sur  86  jours, 
soit  approximativement  1  jour  de  pluie  pour  3  de  temps  sec.  11 
pleut  surtout  en  avril  et  principalement  en  mars,  qui  accuse  lm040 
d'eau  en  21  jours;  par  contre,  les  mois  d'octobre,  de  novembre 
et  décembre  sont  d'une  sécheresse  presque  absolue.  La  tempé- 
rature moyenne  annuelle  est  de  27°, -4.  Les  températures  absolues 
observées  ont  été  33°, 8  et  21°, 1  et  ont  eu  lieu  toutes  deux  en 
septembre,  ce  qui  est  assez  extraordinaire.  La  température  des 
différents  mois  varie  fort  peu,  et  l'on  ne  peut  guère  signaler  de 
mois  plus  chaud  ou  plus  frais,  car  les  petites  différences  qui 
existent  se  distribuent  inégalement  sur  toute  l'année.  Les  mois 
les  plus  humides  sont  naturellement  ceux  de  mars  et  d'avril  ;  et 
l'état  hygrométrique  de  l'air  y  arrive  à  87°.  Le  vent  dominant  est 
uniformément  l'est-nord-est  pour  tous  les  mois  de  l'année. 

Therezina,  capitale  de  la  province  de  Piauby  par  5°,G'  de 
latitude  sud,  appartient  à  la  même  zone  et  à  la  même  subdivision. 
La  température  annuelle,  prise  à  9  heures  du  matin,  y  est  de 
2G°,8.  Les  mois  les  plus  chauds  sont  ceux  de  la  fin  de  la  saison 
sèche,  c'est-à-dire  septembre  et  décembre,  dont  la  température 
est  en  moyenne  de  28°, 5;  le  mois  le  plus  frais,  qui  est  mai,  avec 
26°,  1,  est  le  dernier  de  la  saison  pluvieuse.  Comme  on  le  voit, 
l'amplitude  delà  variation  annuelle  est  inférieure  à  2°,4.  Pendant 
la  saison  sèche,  le  vent  dominant  souffle  du  sud,  sud-est  et  est, 
et,  pendant  la  période  pluvieuse  du  nord.  On  compte,  pour  toute 
l'année,  05  jours  de  pluie,  et  la  hauteur  maximum,  14%,  est 
tombée  eu  avril.  Les  orages  sont  fréquents,  20  en  moyenne  par 
an,   distribués  entre  les  mois  de  septembre  à  mai. 

M.  Benjamin  Franklin,  ingénieur  chargé  de  l'étude  du  rio 
Parnahyba,  a  fait  exécuter,  pendant  l'année  1883,  des  observa- 
tions météorologiques  sur  différents  points  voisins  de  la  ville 
d1 Amarante  (lat.  0°  13'  sud,  long.  lm28s  W  de  Rio).  La  température 
moyenne  a  été  de  27°, 13,  le  maximum  35°,.'),  et  le  minimum  18°, 0. 
La  variation  de  température  d'un  mois  à  l'autre  y  est  très  faible, 


CLIMATOLOGIE.  41 

et,  par  une  singulière  anomalie,  les  mois  de  juin,  juillet  et  août 

(mois  d'hiver),  ont  moine  une  moyenne  sensiblement  plus  élevée 
que  celle  des  mois  de  décembre  et  de  janvier  (été). 

Pendant  les  mois  de  juin,  juillet  et  août,  que  dans  la  localité 
on  dénominë  mois  d'été,  il  tombe  très  peu  d'eau,  et,  dans  Tannée 
citée,  on  n'en  a  pas  même  recueilli  une  goutte;  le  même  fait  s'est 
reproduit  en  1882  et  1884.  Le  niveau  du  fleuve  suit  les  variations 
de  la  pluie,  avec  un  léger  retard,  et  arrive  par  conséquent  à  son 
niveau  le  plus  bas  au  mois  de  septembre. 

La  Province  de  Cèarâ,  située  à  Test  de  celle  de  Piauhy,  parti- 
cipe de  son  climat.  Sur  le  littoral,  comme  du  reste  dans  les  autres 
localités  de  la  région  équatoriale  maritime,  les  températures 
mensuelles  ne  diffèrent  que  faiblement.  Suivant  un  certain 
nombre  d'années  d'observations  recueillies  par  M.  Pompeu, 
la  température  annuelle  de  Fortaleza,  par  3°, 44'  de  lat. 
la  capitale  de  la  province,  est  de  26°,6  ;  la  température  minimum 
moyenne  23°,  1,  et  la  température  maximum  30°, 4.  A  mesure  que 
l'on  pénètre  davantage  dans  l'intérieur,  l'amplitude  de  la  varia- 
tion augmente.  A  Icô  (6°,  13'  de  lat.  sud)  la  moyenne  des  maxima 
est  35°, 2,  celle  des  minima  26°,6  et  la  moyenne  diurne  30°,8. 

Dans  la  petite  ville  de  Qalxeramoblm,  située  dans  une  région 
plus  élevée,  la  moyenne  devient  29°,27  et  oscille  entre  24°, 85  et 
33°,58.  A  Crato  (6°, 50'  de  lat.  sud),  la  moyenne  annuelle  est  de 
27%95,  et  son  oscillation  est  de  8°,85.  La  région  montagneuse  est 
naturellement  plus  fraîche,  et,  suivant  M.  Pompeu,  la  température 
dans  les  montagnes  d'ibiapaba,  Baturité  et  Maranguape  varie 
entre  14°  et  24°. 

La  division  de  l'année  en  deux  saisons  :  l'une  sèche,  l'autre 
pluvieuse,  est  encore  plus  accentuée  dans  la  province  de  Céarâ 
que  dans  les  provinces  adjacentes.  La  saison  sèche  s'écoule 
souvent  sans  qu'il  tombe  une  goutte  d'eau  (Pompeu,  Chorogra- 
phia  da  Provincia  do  Cearâ),  et  malheureusement  il  arrive  quel- 
quefois que  cette  sécheresse  se  prolonge  pendant  la  saison  qui 
devrait  être  pluvieuse1,  amenant  ainsi  de  grands  malheurs.  La 
saison  sèche  commence  en  juillet  et  se  prolonge  souvent  jusqu'en 
février.  La  saison  humide  prédomine  pendant  le  reste  de  l'année, 
mais  surtout  pendant  les  mois  de  mars,  avril  et  mai. 

Suivant  28  années  d'observations  pluviométriques  faites  à 
Fortaleza,  de  1849  à  1876,  la  hauteur  moyenne  d'eau  précipitée  a 

1.  C'est  ce  qui  a  lieu  en  ce  moment  (décembre  1888). 


42  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

été  de  lm50,  la  plus  forte  de  2m45Û,  et  la  plus  faible  de  0"\S5().  La 
quintité  recueillie  pendant  la  saison  humide  (de  janvier  à  juin) 
est  en  moyenne  de  lm340,  distribuée  sur  84  jours,  et  pendant  la 
saison  sèche  (juillet  à  décembre)  140  millimètres  pour  23  jours. 
La  plus  forte  pluie  dont  on  ait  souvenance  est  tombée  le  20  mars 
1870;  elle  produisit  250  millimètres. 

Pendant  toute  la  période  de  sécheresse,  les  prairies  qui  servent 
de  pâturage  aux  immenses  troupeaux  qui  sont  encore  aujourd'hui 
nue  des  principales  richesses  de  la  province,  sont  entièrement 
desséchées  et  brûlées  par  le  soleil.  Tout  le  bétail,  dont  Fétat  de 
maigreur  et  de  faiblesse  inspire  la  pitié,  se  retire  alors  dans  les 
parties  boisées,  et  vit  tant  bien  que  mal  de  feuilles  à  demi  sèches 
jusqu'au  retour  de  la  saison  pluvieuse.  A  ce  moment,  de  vastes 
espaces,  qui  paraissaient  stériles  et  calcinés,  se  couvrent  en  quel- 
ques semaines  d'une  luxuriante  végétation  ;  les  cultures  de  café 
et  de  canne  à  sucre,  qui  semblaient  perdues,  repoussent  avec  une 
vigueur  inconnue  dans  les  autres  contrées  et,  en  peu  de  temps, 
grâce  à  l'alimentation  abondante  qu'il  retrouve,  le  bétail  rede- 
vient gras  et  vigoureux.  Mais  il  arrive  assez  souvent,  par 
malheur,  que  la  saison  pluvieuse,  au  lieu  de  succéder  à  la  séche- 
resse, se  fasse  attendre  en  vain  pendant  toute  une  année  ou 
même  pendant  plusieurs  années.  C'est  alors  la  famine,  avec  son 
cortège  d'horreurs,  qui  s'abat  sur  cette  malheureuse  province. 
Le  bétail  meurt  en  masse,  les  communications  sont  interrompues 
et  d'immenses  caravanes  de  fugitifs  se  dirigent  vers  le  littoral, 
en  marquant  leur  route  par  les  cadavres  des  malheureux  morts 
de  misère,  de  faim  et  de  soif. 

La  première  sécheresse  dont  l'histoire  ait  conservé  la  trace 
est  celle  de  1710-1711;  vinrent  ensuite  celles  de  1723-1727,  1734- 
173G,  1714-1745,  1777-1778,  et  surtout  celle  de  1790-1793.  Il 
parait  que  l'année  de  1792  se  passa  sans  qu'il  tombât  une  seule 
goutte  d'eau;  aussi  la  mortalité  devint-elle  effrayante.  Le  capi- 
taine-général de  Pernambuco  informa  la  Couronne  de  Portugal 
que  plus  d'un  tiers  de  la  population  avait  succombé.  Ce  fléau  a 
continué  et  continue  dans  le  siècle  courant  avec  une  certaine 
régularité;  les  principales  sécheresses  ont  eu  lieu  de  1808  à  1809, 
1816  à  1817,  182 i  à  1825,  1844  à  1815  et  finalement  de  1877  à 
1879.  On  peut  reconnaître  à  la  simple  vue  que,  sauf  la  seconde, 
toutes  ces  époques  correspondent  à  celles  du  siècle  passé.  Au  mo- 
ment même  ou  j'écris  ces  notes  (décembre  1888)  la  saison  est  exces- 
sivement sèche,  et  la  misère  est  déjà  grande;  peut-être  est-ce  le 


CLIMATOLOGIE. 


43 


commencement  d'une  sécheresse  qui  correspondrait  à  celle  qui 
a  été  désastreuse,  de  1790  à  L7931- 

Bien  que,  par  sa  température  élevée,  la  province  de  Pernam- 
huru  soif  située  dans  la  zone  tropicale,  son  climat  sert  de  transition 
entre  cette  zone  et  la  zone  sous-tropicale;  et,  comme  au  point  de 
vue  des  pluies,  elle  se  place  à  côté  du  littoral  de  Bahia,  Alagôas 
etSergipe,  c'est  avec  elle  que  nous  l'étudierons. 

Par  sa  température  plus  élevée  et  par  sa  plus  grande  accen- 
tuation des  saisons,  la  zone  sous-équatoriale  se  rapproche  du 
climat  des  régions  les  plus  chaudes  de  l'Europe  et  de  celles  du 
nord  de  l'Afrique. 

IL  —  La  zone  sous-tropicale  peut  se  subdiviser  au  point  de  vue 
du  régime  des  pluies  en  deux  parties  distinctes  : 

1°  A  la  première,  qui  comprend  les  provinces  d' Alagôas,  Sergipe 
et  le  littoral  de  celle  de  Bahia,  nous  ajouterons  la  province  de 
Pernambuco. 

Cette  partie  reçoit  de  la  pluie  toute  Tannée  et,  par  cela,  se 
distingue  déjà  des  régions  de  latitude  moins  haute;  mais  la  plus 
grande  partie  de  cette  pluie  tombe  pendant  les  mois  de  juin, 
juillet,  août.  Toutefois,  on  note  à  Bahia  une  légère  recrudes- 
cence, due  aux  orages,  pendant  les  mois  d'octobre  et  novembre. 

Nous  possédons  pour  la  province  de  Pernambuco  les  observa- 
tions de  trois  stations,  une  sur  le  littoral,  et  deux  dans  l'intérieur, 
dont  les  résultats  ont  été  recueillis  et  publiés  par  le  professeur 
Draenert  dans  le  Meteorologische  Zeitschrift.  Ces  trois  stations 
sont:  Recife2,    Victoria  et  Colonia-Isabel. 

Recife  (8n4' de  latitude  sud)  est  un  port  de  mer,  et  est  très- 
connu,  comme  étant  la  capitale  de  la  province  de  Pernambuco. 
Son  altitude  est  de  3  mètres  et  sa  température  moyenne  2G°2.  Le 
mois  le  plus  chaud  est  février,  avec  une  température  moyenne 
de  28°0  ;  le  mois  le  plus  frais  est  juillet  avec  23°5.  Comme  on  le 
voit,  l'amplitude  de  la  variation  de  la  température  mensuelle  est 
très  faible,  ce  qui  provient  de  l'action  régulatrice  de  l'Océan,  qui 
tend  à  rendre  les  climats  plus  stables.  La  température  maximum 
absolue  est  37°3  et  le  minimum  absolu  16°3,  donnant  une  ampli- 

1.  «  Les  sécheresses  sont  périodiques;  celles  qui  sont  de  plus  grande 
«  phase  viennent  de  100  en  100  ans,  et  de  20  en  20  ans,  sans  compter  les 
«  petites  sécheresses.  »  . 

( Considérantes  rjeraes  sobre  as  provincias  do  Ceard,  etc.,  por  Ahpio  L. 
Pcreira  da  Silva  —  Kio-de-Janeiro  1885). 

2.  Désigné  plus  généralement,  dans  les  ouvrages  en  langue  française 
sous  le  nom  de  Pernambuco  ou  Fernambouc. 


44  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

tu  de  extrême  de  21°.  Pendant  la  saison  des  pluies,  le  vent  qui 
prédomine  est  celui  du  sud,  qui  passe  à  Test  en  octobre,  au 
nord-est  en  novembre  et  décembre,  et  revient  au  sud,  en  passant 
par  Ni  sud-est,  aux  mois  de  mars  et  avril.  La  pluie  recueillie  en 
mn\ cune  par  année  est  2  mètres  08  :  le  mois  le  plus  humide, 
juin,  donne  0  mètre  580,  et  le  mois  le  moins  pluvieux,  décembre, 
51  millimètres  08. 

Victoria,  par  8°9'  de  latitude  sud,  dans  la  même  province,  pré- 
sente une  moyenne  de  25°1  de  température  annuelle,  déduite  de 
sept  années  d'observations.  Le  mois  le  plus  chaud  est  toujours 
celui  de  février,  dont  la  moyenne  accuse  20"7.  Le  mois  le  plus 
froid  est  juillet,  dont  la  moyenne  est  23°.  Le  maximum  et  le  mi- 
nimum absolus  sont  respectivement  39  0  et  11°6,  dont  la  diffé- 
rence est  27°4.  Pendant  la  saison  pluvieuse,  le  vent  dominant  est 
celui  du  sud-est,  et  celui  d'est  pour  le  reste  de  Tannée.  La  hauteur 
d'eau  annuelle  est  1  mètre  05.  Le  mois  pendant  lequel  la  pluie 
est  le  plus  intense  est  celui  de  juillet,  qui  produit  0  mètre  170 
d'eau. 

Les  observations  effectuées  dans  la  Colonie- Isabelle,  apparte- 
nant à  la  même  province,  pendant  6  années  et  demie,  accusent 
une  température  moyenne  de  23°7  à  peine,  ce  qui  est  dû  à  son 
élévation  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  (230  mètres).  Le  mois  le 
plus  chaud  est  mars  et  celui  où  la  température  est  la  plus  fraîche 
c'est  août.  La  température  la  plus  élevée  qu'on  y  ait  observée 
est  35°5  et  s'est  produite  pendant  le  mois  de  janvier  ;  le  minimum 
absolu  estll°6;  l'amplitude  extrême  de  la  variation  de  tempéra- 
ture estdonc  23°9.  Les  vents  qui  prédominent  sont  ceux  du  sud 
pendant  la  saison  des  pluies,  et  ceux  du  nord-est  pendant  le 
reste  de  l'année.  La  hauteur  de  pluie  annuelle  est  de  1  mètre  037. 
Le  mois  le  plus  pluvieux  est  mai  avec  0  mètre  193,  et  le  plus  sec, 
octobre,  avec  0  mètre  109. 

Suivant  les  observations  faites  à  Bah/'a,  par  12°58'  de  latitude 
sud,  pendant  les  années  1883-1888,  par  le  conseiller  Rozendo  A. 
Guimarâes,  professeur  à  la  faculté  de  médecine,  la  pression  baro- 
métrique moyenne  annuelle,  prise  à  64  mètres  d'altitude,  est  de 
755  millimètres  22,  et  réduite  au  niveau  de  la  mer  760  milli- 
mètres 83.  La  température  annuelle  est  de  26°01.  Le  maximum 
et  le  minimum  extrêmes,  31°5et21°0,  sont  notablement  peu  éloi- 
gnés. Les  mois  de  plus  forte  chaleur  sont  ceux  de  décembre, 
janvier,  février  et  mars,  dont  la  température  moyenne  diffère  peu 
et  se  maintient  au-dessous  de  28°.  Les  mois    les   plus  frais  sont 


CLIMATOLOGIE.  -15 

juin,  juillet,  août,  pendant  lesquels  la  température  moyenne  est 
de  24°  à  peu  près.  On  compte  par  an  li°2  jours  de  pluie  et  1°2 
d'orage.  La  hauteur   d'eau  annuelle  est  de  2  mètres  163 1.    La 

pluie  est  fréquente,  surtout  pendant  les  mois  de  mars,  avril, 
mai,  juin,  et  ensuite  pendant  ceux  d'octobre  et  de  novembre. 
Le  mois  le  plus  sec  est  février  avec  6  jours  et  demi  de  pluie  et 
une  hauteur  de  83  millimètres.  Pendant  les  mois  d'avril  à  sep- 
tembre, le  vent  oscille  autour  du  sud-est  et  pendant  le  reste  de 
l'année  autour  du  nord-est. 

San-Bento-das-Lages,  dans  la  province  de  Bahia,  siège  d'une 
Ecole  d'Agriculture  où  M.  Draenert  a  été  professeur  pendant 
longtemps,  et  où  il  a  fait  des  observations  suivies,  est  situé  par 
12°37'  sud.  La  moyenne  de  10  années  y  donne  comme  tem- 
pérature annuelle  2i°8.  L'oscillation  est  assez  faible  :  on  a 
±2°i  pour  juillet  et  26°7  pour  février,  mois  de  températures 
extrêmes.  L'humidité  relative  de  l'air  est  en  moyenne  de  74 
et  la  nébulosité  4.4.  Le  vent  dominant  pendant  la  saison  plu- 
vieuse souffle  du  sud  et  pendant  le  reste  de  l'année  du  sud- 
est.  On  compte  par  an  46  jours  d'orage  et  2053  millimètres 
de  pluie,  dont  la  majeure  partie  tombe  pendant  les  mois  d'avril  à 
juillet. 

2°  Le  sud  de  la  province  de  Bahia,  les  provinces  d'Espirito- 
Santo,  de  Rio-de-Janeiro,  et  une  partie  du  littoral  de  San-Paulo, 
ainsi  que  la  partie  orientale  de  Minas,  constituent  le  reste  de  la 
zone  sous-tropicale.  Cette  subdivision  est  caractérisée  par  le  fait 
que  les  pluies  y  prédominent  surtout  pendant  l'automne  et  l'été, 
c'est-à-dire  de  décembre  à  avril. 

On  n'a  pas  d'observations  suffisantes  sur  la  province  iïFspiriio- 
Santo,  mais  tout  porte  a  croire  que  sa  température  moyenne 
oscille  autour  de  24°. 

La  série  la  plus  complète  d'observations  qui  existe  au  Brésil, 
est  celle  de  Rio-de-Janeiro.  Les  premières  remontent  à  1781  et 
ont  été  faites  par  le  père  jésuite  Sanches-Dorta,  astronome  dis- 
tingué, qui  a  longtemps  séjourné  au  Brésil.  Après  bien  des  inter- 
ruptions au  commencement  de  ce  siècle,  on  a  recommencé,  avec 
la  fondation  de  l'Observatoire  impérial,  à  prendre  régulièrement 
note  des  observations  journalières  qui  forment  aujourd'hui  une 
série  de  37  ans.  D'après  toutes  ces  observations,  la  moyenne  de 
la  température  prise  à  l'ombre,  au  sommet  de  la  colline    du   Cas- 

\ .  Suivant  le  Professeur  Draenert,  2^395.  —  moyenne  de  5  années. 


46  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

tello,  à  66  mètres  d'altitude,  est  de  23°5.  La  chaleur  est  à  son 
maximum  pendant  les  deux  mois  de  janvier  et  février,  dont  la 
température  moyenne  est  de  26°6  ;  à  partir  de  cette  époque,  elle 
baisse  jusqu'en  juillet,  où  elle  arrive  à  20°8.  La  température 
annuelle  la  plus  élevée  a  été  observée  en  18G8  et  a  donné  2i°8r 
tandis  que  Tannée  la  plus  fraîche  a  été  1882  avec  22°1. 

La  température  maximum  absolue  à  Rio-de-Janeiro  est  37°5 
et  a  été  notée  le  25  novembre  1883.  Elle  est  considérablement  plus 
faible  que  celle  de  Paris  qui  est  de  40°0  (en  1720  et  1765).  La 
température  la  plus  basse  à  Rio-de-Janeiro  est  10°2  (notée  le 
1er  septembre  1882).  Pendant  la  saison  chaude,  la  température 
s'élève  graduellement  depuis  le  lever  du  soleil  jusqu'au  moment 
où  la  brise  de  la  mer  du  sud-sud-est  commence  à  souffler,  c'est- 
à-dire  entre  midi  et  deux  heures.  Ace  moment,  il  n'est  pas  rare  de 
voir  le  thermomètre  baisser  brusquement  de  -4°  ou  0°.  Si,  par 
hasard,  en  raison  de  perturbations  atmosphériques,  la  brise  ne 
souffle  pas,  la  température  continue  à  monter  jusqu'à  plus  de  30°; 
c'est  pendant  ces  jours-là  qu'on  observe  les  températures  les 
plus  hautes,  dont  la  sensation  est  encore  augmentée  par  le  calme 
de  l'atmosphère.  Heureusement  les  orages  sont  très  fréquents  pen- 
dant les  mois  chauds  et  viennent  rafraîchir  l'atmosphère  em- 
brasée pendant  les  dernières  heures  delà  journée. 

Les  vents  dominants  sont  ceux  du  sud-sud-est,  et  du  nord- 
nord-ouest.  Le  sud-sud-est  commence  à  souffler,  comme  brise  de 
mer,  entre  onze  heures  et  une  ou  deux  heures,  suivant  la  saison, 
jusqu'après  le  coucher  du  soleil,  et  est  d'autant  plus  intense  que  le 
soleil  est  plus  proche  de  sa  plus  grande  excursion  australe.  Après 
la  tombée  de  la  nuit,  survient  habituellement  une  période  de 
calme,  fréquemment  entrecoupée  de  brises  folles,  qui  durent  pen- 
dant un  temps  excessivement  variable.  Après  ce  moment,  sur- 
vient le  vent  de  terre  qui  dure  jusqu'au  matin,  mais  avec  une 
intensité  beaucoup  moindre  que  celle  de  la  brise  de  la  mer. 
Quand  le  soleil  repasse  dans  l'émisphère  boréal,  les  vents  du 
sud-est  et  du  sud-sud-est  deviennent  moins  forts  et  moins  fré- 
quents, tandis  que  le  vent  du  nord-nord-ouest  se  renforce  et  se 
prolonge  parfois  jusqu'autour  de  onze  heures  ou  midi.  La  quantité 
de  pluie  qui  tombe  annuellement  à  Rio  est  de  1123  millimètres, 
dont  la  plus  grande  portion  se  manifeste  pendant  les  mois  de 
novembre  à  avril. 

On  note  104  jours  de  pluie  et  29  d'orages  par  an  ;  les  mois 
pendant  lesquels  ces  derniers  se  font  le  plus  sentir   sont  surtout 


CLIMATOLOGIE.  47 

ceux  de  janvier  et  de  février.  Les  orages  de  l'été  viennent  du 
nord-ouest-ouest  ou  sud-ouest  et  sont  toujours  précédés  d'une 
baisse  barométrique  sensible.  Les  pluies  qui  viennent  du  sud-est 
sont  accompagnées  de  vent  frais  et  fort  de  la  même  direction  ; 
elles  durent  quelquefois  plusieurs  jours  et  sont  signalées  par  une 
hausse  barométrique  qui  dure  aussi  longtemps  que  la  perturba- 
tion. Les  pluies  du  sud-est  sont  plus  fréquentes  pendant  la 
saison  sèche  que  pendant  le  reste  de  l'année,  tandis  que  le  con- 
traire se  produit  pour  les  orages  de  l'ouest,  qui  durent  générale- 
ment peu,  mais  se  répètent  fréquemment  pendant  les  mois  de 
décembre  à  mars.  La  grêle  est  très-rare  ;  on  l'a  toutefois  notée 
trois  ou  quatre  fois  pendant  ces  dix  dernières  années  ;  la  plus 
mémorable  chute  eut  lieu  en  1886. 

ASanta-Cruz,  par  30' de  longitude  ouest  de  Rio  etpar22°55'  de 
latitude  sud,  il  existe,  depuis  près  de  deux  années,  un  annexe 
de  l'observatoire,  situé  à  une  altitude  de  37  mètres.  La  tempé- 
rature moyenne  a  été,  pendant  l'année  1887  1,  de  22°24,  avec  un 
maximum  absolu  de  36°6  et  un  minimum  de  10°2.  Le  mois  le 
plus  chaud  fut  décembre,  et  le  plus  frais  juillet.  Le  nombre  de 
jours  de  pluies  a  été  de  116,  qui  ont  produit  1682  millimètres 
d'eau. 

Les  vents  y  sont  assez  variables,  et,  bien  que  la  localité  soit 
située  non  loin  de  la  mer,  et  qu'il  n'y  ait  pas  d'obstacles  à  la  cir- 
culation des  vents,  les  brises  diurnes  périodiques  ne  s'y  font  pas 
sentir,  bien  qu'elles  se  manifestent  d'une  façon  très  sensible  à 
plus  de  200  kilomètres  dans  les  terres,  sur  les  hauts  plateaux  qui 
avoisinentla  ville  de  Sorocaba,  dans  la  province  de  San-Paulo. 

Xoca-Friburgo,  dans  la  province  de  Rio-de-Janeiro,  ancienne 
colonie  suisse,  située  sur  les  contreforts  de  la  chaîne  de  Macahé, 
par  22°19'  de  latitude  sud,  et  à  2  minutes  de  longitude  à  l'est  de 
Rio,  jouit,  malgré  sa  faible  latitude,  d'un  climat  excellent,  grâce  à 
son  altitude  de  876  mètres.  Suivant  M.  Engert,  à  qui  l'on  doit 
4  années  d'observations,  la  température  annuelle  moyenne  est 
de  17°2  à  peine.  Pendant  le  mois  de  janvier,  le  plus  chaud  de 
l'année,  la  température  moyenne  ne  dépasse  pas  20°3  et  le  maxi- 
mum habituel  24°2.  Pendant  les  mois  de  juillet  et  d'août,  la  tem- 
pérature moyenne  tombe  à  14°  et  le  minimum  habituel  à  9°4.  Les 
températures  extrêmes  observées  sont  29°0  et  1°0.  La  pluie  se  fait 


\.  Pendant  cette  même  année  1887,  on  compta,  à  Rio-de-Janeiro,  145  jours 
de  pluie,  qui  produisirent  131omm6  d'eau. 


4S  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

sentir  surtout  d'octobre  à  mars  ;  sa  hauteur  pour  l'année  est  de 
13J  i  millimètres.  Le  mois  le  plus  pluvieux  est  celui  de  janvier,  et 
le  plus  sec  celui  d'août. 

La  ville  de  Queluz,  dans  la  province  de  Minas-Geraes,  nous 
offre  un  climat  analogue.  Placée  à  1.000  mètres  au-dessus  du 
niveau  de  la  mer,  sa  température  moyenne  est,  malgré  sa  latitude 
de  20°40',  inférieure  à  20°.  Le  mois  le  plus  chaud  est  encore 
janvier,  avec  22°8,  et  le  plus  frais  juillet  avec  15°8.  Le  maximum 
absolu  est  32°4  et  le  minimum  1°0  ;  l'amplitude  de  la  variation 
est  déjà  considérable.  La  quantité  annuelle  de  pluie  est  1461 
millimètres  qui  tombent,  pour  la  plus  grande  partie,  d'octobre 
jusqu'en  mars. 

Lagoa-Santa,  (19°40'  de  latitude),  notable  parle  séjour  qu'y  a 
fait  le  célèbre  naturaliste  Lund,  est  située  un  peu  au  nord-est 
de  Ouro-Preto,  capitale  de  la  province  ;  on  y  a  observé  une 
température  moyenne  de  20°5. 

La  Compagnie  anglaise  qui  exploite  les  mines  d'or  de  Morro- 
Velko,  situées  à  13  kilomètres  au  sud  de  Sabarâ3  possède  une 
série  de  25  années  d'observations  pluviométriques.  La  moyenne 
annuelle  est  de  1G37  millimètres,  et  la  quantité  annuelle  la  plus 
forte,  qui  correspond  à  l'année  1858,  2200  millimètres. 

La  petite  ville  d' Uberaba,  située  dans  l'ouest  de  Minas  à  une 
altitude  de  750  mètres  par  19°33'  de  latitude  sud,  nous  offre  un 
vrai  climat  continental.  Suivant  le  père  Germain  d'Annecy,  prêtre 
français  qui  y  a  longtemps  séjourné,  la  température  moyenne  y 
est  de  21°  et  le  minimum  de  2°5  au-dessous  de  zéro.  Cette  basse 
température  a  été  confirmée  par  les  observations  faites  par  le 
naturaliste  Martius  qui  déclare  qu'il  n'est  pas  très  rare  de  voir 
tomber  de  la  neige  dans  ces  contrées  qui  sont  pourtant  situées  à 
peine  sous  le  20°  parallèle  ;  et  par  celles  du  Dr  Julius  Hann  qui, 
dans  sa  Climatologie,  rapporte  que  dans  quelques  endroits  situés 
entre  Barbacena  (21°13'de  latitude)  et  Ouro-Preto,  un  abaissement 
extraordinaire  se  fit  sentir  en  juin  1870.  On  nota  une  tempéra- 
ture de  —  3°5  qui  dura  cinq  à  six  jours,  et  qui  à  Barbacena  (1000 
mètres  d'altitude)  descendit  jusqu'à  —  0°.  Le  même  auteur 
rapporte  aussi  que,  le  19  juin  1843,  il  y  eut  une  forte  chute  de 
neige  à  Ouro-Preto  par  20°28'  de  latitude  sud. 

Sur  la  Serra  de  Caldas,  à  une  hauteur  de  1.270  mètres,  entre 
les  provinces  de  Minas-Geraes  et  de  San-Paulo,  il  existe  une 
station  appelée  Cascata,  dont  la  latitude  est  de  21°53'.  Pendant 
l'année  1884  on  y  a  observé  une  température  de  40°0  au  mois  de 


CLIMATOLOGIE.  49 

janvier,  et  jusqu'à  0°0  en  juin  ;  l'amplitude  de  la  variation  est 
énorme,  eu  égard  à  la  latitude,  et  est  due  à  la  position  d<>  la 
localité  loin  de  la  mer.  La  température  moyenne  est  à  peu  près 
de  18°0  et  coincide  sensiblement  avec  la  température  du  mois 
d'avril.  La  hauteur  d'eau  annuelle  est  de  1  mètre  50. 

Toute  la  région  voisine  participe  à  peu  près  du  même  climat. 
A  Ribeirâo-Preto,pa,v  21010'  et  i°32' ouest  de  Rioetune  altitude  de 
520  mètres,  la  température  moyenne  est  de  20°.  Il  gèle  quelque- 
fois pendant  les  mois  de  juin  et  de  juillet. 

La  petite  ville  de  Casa-Branca  fait  exception  à  la  modération 
de  ces  températures  moyennes.  Bien  que  son  altitude  soit  de 
710  mètres  et  sa  latitude  de  21°47,  sa  température  moyenne  est 
de  23°  et  oscille  entre  9°  et  36°. 

La  ville  de  San-Paulo,  à  730  mètres  d'altitude,  capitale  de 
la  province  du  même  nom,  est  située  sur  le  plateau  qui  s'étend 
sur  le  côté  intérieur  de  la  Serra  do  Mar.  Par  la  position  de  cette 
chaîne,  et  parla  direction  du  vent  de  mer,  le  versant  extérieur 
est  extrêmement  pluvieux.  C'est  ainsi  qu'en  haut,  à  Alto  da  Serra, 
on  recueille  3577  millimètres  ;  et  à  Cubatào,  en  bas,  3613  milli- 
mètres de  pluie  annuelle  ;  tandis  qu'à  San-Paulo,  qui  se  trouve 
entièrement  au  delà  de  la  chaine,  sur  un  plateau  où  les  vents 
arrivent  à  demi  desséchés,  on  trouve,  suivant  M.  Joyner,  1500  mil- 
limètres. Suivant  le  même  observateur,  la  température  moyenne 
annuelle  oscillerait  peu  autour  de  17°0.  La  température  maximum 
habituelle  est  de  31°8  et  le  maximum  absolu  33°1.  Il  gèle  souvent 
pendant  les  mois  de  juin  et  de  juillet  ;  mais  la  température  la 
plus  basse  ne  s'éloigne  guère  de  0°.  La  température  minimum 
absolue,  observée  par  M.  Joyner,  est  seulement  —  1°0. 

Pendant  les  mois  d'octobre  à  décembre,  le  vent  de  mer  du 
sud-est  domine  ;  de  janvier  à  mars,  c'est  le  vent  de  terre,  le 
nord-nord-ouest  ;  et  pendant  le  reste  de  l'année  le  nord-est  et  le 
sud-est.  La  nébulosité  y  est  assez  forte  7.2,  ainsi  que  le  nombre 
des  jours  de  pluie  147,  et  des  jours  d'orages  68. 

Le  climat  de  San-Paulo,  ainsi  que  celui  des  hauts  plateaux  de  la 
province  du  même  nom  et  de  celles  de  Rio  et  de  Minas-Geraes, 
sert  de  transition  entre  celui  de  la  zone  sous-tropicale  et  celui  de 
la  zone  tempérée  douce.  Par  suite  de  l'altitude,  la  température 
s'abaisse  considérablement,  et,  par  ce  fait,  ce  climat  s'éloigne  de 
celui  de  la  zone  sous-tropicale,  mais  il  s'en  rapproche  par  la  pé- 
riodicité dans  la  distribution  de  la  pluie. 

III.  —  Le  sud  delà  province  de  San-Paulo  et  les  provinces  de 

4 


50  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

Paranâ,  Santa-Catharina  et  Rio-Grande-du-Sud  constituent  la 
troisième  grande  division  du  Brésil.  Ce  climat  est  un,  des  plus  beaux 
qui  soient  au  monde.  La  température  y  est  1res  douce,  et  la  moyenne 
s'y  conserve  toujours  au-dessous  de  .20°.  Les  froids  peu  intenses 
qui  se  produisent  pendant  le  mois  de  juillet  sont  aussi  favorables 
à  la  saule  dos  Européens  qu'au  développement  de  toutes  les 
cultures  de  l'Ancien  Monde.  Aussi  ces  provinces  ont-elles  été, 
avec  celle  de  San-Paulo,  presque  exclusivement  choisies  par  les 
émigrants  européens. 

La  saison  des  pluies  diffère  beaucoup  de  celle  des  autres 
régions  de  l'empire  ;  bien  que  les  observations  qu'on  possède 
n'embrassent  pas  une  période  suffisante  pour  faire  connaître 
avec  certitude  les  époques  annuelles  des  pluies,  on  peut  affirmer 
qu'elles  dominent  pendant  l'automne  ou  l'hiver,  dans  la  majeure 
partie  de  cette  zone.  Du  reste,  à  mesure  que  l'on  s'éloigne  de 
l'équateur,  la  transition  entre  la  saison  sèche  et  la  saison  hu- 
mide devient  moins  distincte,  tandis  que  l'amplitude  de  la  varia- 
tion de  température,  pendant  les  différents  mois,  augmente  cons- 
tamment. 

D'après  4  années  d'observations  faites  à  Joinville  (26°17'  lati- 
tude sud)  dans  le  sud  du  littoral  de  la  province  de  Santa- 
Catharina,  la  saison  des  pluies  comprendrait  le  printemps  et 
l'été,  tout  comme  dans  la  zone  continentale,  à  Cu}rabâ  par 
exemple.  Deux  années  d'observations  ont  fourni  comme  quan- 
tité de  pluie  annuelle  228  centimètres,  ce  qui  paraît  trop  consi- 
dérable. 

Sur  les  hauts  plateaux,  à  Lages  (27°  43'  latitude  sud  et 
987  mètres  d'altitude),  les  pluies  se  produisent  en  hiver,  ainsi 
qu'il  semble  résulter  de  la  courte  description  que  le  docteur 
Avé-Lallemant  nous  a  laissée  de  ce  climat  pendant  le  mois  de 
juin  :  «  En  m'éveillant  le  matin  (à  Lages)  les  carreaux  des  fenêtres 
étaient  recouverts  de  glace,  les  étangs  étaient  gelés  et  les 
champs  couverts  de  givre.  »  —  Les  orages  se  manifestent  même 
pendant  cette  période  de  froid  :  «  En  m'éveillant  le  matin,  écrit 
encore  M.  Avé-Lallemant,  le  tonnerre  se  faisait  entendre  avec  des 
roulements  prolongés  au-dessus  des  eu  -'iMos,  et  une  pluie  fine 
tombait  d'un  ciel  gris  et  monotone.  » 

Suivant  le  même  auteur,  la  grande  chute  de  neige  qui  se 
produisit  dans  le  municipe  de  Lages,  du  2G  au  30  juillet  1858, 
coûta  la  vie  à  plus  de  30.000  tètes  de  bétail.  Quand  il  traversa  la 
Serra-do-Mar,  au  mois  d'août,  depuis  Joinville  jusqu'aux  campos 


CLIMATOLOGIE 


51 


de  Paranâ,  il  ne  se  pas3a  pas  un  seul  jour  sans  orage  on  pluie, 
et  surtout  pendant  la  nuit. 

A  Coritiba  (25027'  de  latitude    sud  et  900  mètres  d'altitude) 

ainsi  que  sur  les  hauts  plateaux  de  Paranâ,  il  neige  fréquemment 
pendant  l'hiver.  Suivant  Schultz,  les  pluies  dominent  en  hiver 
dans  toute  la  province  de  Rio-Grande-du-Sud,  au  sud  de  luSerra- 
do-Espigaô  ;2T'-V  de  latitude).  Mais  des  pluies  fréquentes  et  pro- 
longées commencent  souvent  en  mai  (automne)  et  produisent  des 
crues.  Le  vent  du  sad-ouest,  qu'on  dénomine  minuano,  amène  fré- 
quemment des  pluies  occasionnelles,  avec  baisse  de  tempéra- 
ture. 

A  Palmeira  (27°45'  sud  et  580  mètres  d'altitude),  il  tomba 
pendant  le  mois  d'août  1879  de  5  à  6  centimètres  de  neige  ;  en 
même  temps  il  y  en  eut  10  centimètres  à  Passo-Fundo  (28°28'  sud) 
et  jusqu'à  l'énorme  quantité  de  80  centimètres  à  Vaccaria  (28033'). 
Plus  au  sud,  à  San-Leopoldo  et  à  Santa-Cruz,  il  neige  quelquefois 
à  100  mètres  d'altitude.  Dans  la  ville  de  Rio-Grande,  il  en  est 
tombé,  pendant  la  nuit  du  9  au  10  août  1885,  une  épaisseur  de 
7  centimètres,  ainsi  que  12  centimètres  à  Bagé,  et  22  centimètres 
à  Cassimbinhas.  La  grêle  est,  paraît-il,  assez  fréquente,  surtout 
pendant  l'été. 

La  quantité  annuelle  de  pluie  qui  tombe  à  Bio-Grande  (32°6' 
de  latitude  sud),  ville  de  cette  province,  est  assez  faible.  Les 
observations  de  M.  Loppo  Netto,  ingénieur  du  port,  donnent 
911mm,6,  dont  le  maximum  se  produit  nettement  pendant  les 
mois  d'automne,  d'hiver  et  de  printemps.  Pendant  les  mois 
d'été,  il  en  tombe  fort  peu,  177  millimètres;  tandis  que  les 
autres  saisons  donnent  :  automne,  230  millimètres;  hiver, 
269  millimètres  et  printemps  235  millimètres.  Les  nombres  de 
jours  de  pluie  de  chaque  mois  diffèrent  peu,  ce  qui  indique  que 
les  pluies  d'été  sont  passagères,  au  lieu  que  celles  d'hiver  durent 
souvent  plusieurs  jours. 

La  période  de  1877  à  1885  a  fourni  une  température  moyenne 
annuelle  de  18°8,  avec  un  maximum  absolu  de  32°4,  arrivé  pen- 
dant le  mois  de  janvier  1884,  et  un  minimum  de  +  1°0,  en  juin 
1885.  Les  vents  qui  soufflent  dans  cette  localité  sont  extrêmement 
variables,  et  viennent  de  toutes  les  directions  ;  on  peut  toutefois 
noter  une  certaine  prépondérance  des  vents  d'est-nord-est, 
-est  et  sud-ouest. 

Les  quelques  données  climatologiques  que  l'on  possède  sur 
les  autres  stations  de  la  région  tempérée  douce  du  Brésil,  ont  et 


52  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

recueillies  dans  l'ouvrage  du  docteur  Lange  Sud-Brasilien,  dont 
nous  les  extrayerons. 

La  ville  de  Coritiba,  capitale  de  la  province  de  Parana,  est 
située  par  25°27'  de  latitude  sud  et  une  altitude  de  900  mètres. 
Des  observations  faites  par  M.  Keller  lui  attribuent  une  tempé- 
rature moyenne  de  19°92,  avec  des  extrêmes  de  —  4°4  et  37°8. 

kJoinville,  par  26°19',  le  docteur  0.  Dorfell  a  trouvé  20°G  et 
une  oscillation  comprise  entre  4°0  et  33°0. 

La  colonie  allemande  de  Nova-Petropolis,  située  dans  la  pro- 
vince de  Santa-Catharina,  a  une  température  de  19°1,  avec  des 
températures  extrêmes  de  2G°8  en  décembre,  et  o°9  en  juin.   ' 

Le  docteur  Blumenau,  fondateur  de  la  colonie  qui  porte  son 
nom  (26°55'  sud),  y  a  fait  des  observations  pendant  de  nombreuses 
années.  La  température  moyenne  est  relativement  élevée.  Les 
températures  extrêmes  habituelles  sont  31°0  et  8°0.  On  compte 
par  an  113  jours  de  pluie  et  41  jours  d'orages.  La  pluie  tombe 
d'une  façon  irrégulière  à  peu  près  pendant  toute  Tannée,  au 
lieu  que  les  orages  sont  localisés,  surtout  pendant  les  mois  de 
novembre  à  mars. 

Les  observations  faites  par  M.  Beschoren  à  Passo-Fundo 
(28°28'  sud  et  altitude  628  mètres)  pendant  l'année  1881,  donnent 
une  température  de  17°1,  avec  des  extrêmes  de  34°4  et  0°0. 

Le  village  de  Taquâra,  au  confluent  du  rio  Santa-Maria  et  du 
rio  des  Sinos,  présente,  suivant  M.  Lange,  une  température 
moyenne  de  18°7,  ainsi  distribuée  :  été,  23°7  ;  automne,  19°4  ; 
hiver,  14°1  ;  printemps,  17°8,  avec  113  jours  de  pluie  distribués 
à  fort  peu  près  également  sur  toute  Tannée. 

Sunla-Cruz.  par  29°451  sud,  donne  une  température  annuelle 
de  19°2  avec  30°  comme  maximum  et  0°  comme  température 
minimum  absolue.  On  y  compte  115  jours  de  pluie  contre  Ï203  de 
beau  temps. 

La  ville  de  Pelotas  est  une  localité  importante  de  la  province 
de  Rio-Grande  ;  elle  est  située  à  31046'  de  latitude  sud.  La  tem- 
pérature moyenne  est  de  17°2.  Le  mois  le  plus  chaud  est  janvier 
avec  24°4  et  le  plus  frais  juin.  La  température  la  plus  basse 
observée  pendant  ce  mois  est  —  0°5  et  pendant  le  mois  de  juillet 
-+-  0°2.  La  température  la  plus  élevée,  37°5,  est  arrivée  au  mois 
de  janvier.  On  compte  33  jours  d'orages  et  83  de  pluie.  Le 
régime  des  vents  est  très  variable,  et  on  ne  saurait  guère  y  noter 
de  vent  périodique. 


CLIMATOLOGIE.  53 

Vents  dominants  sur  les  côtes  du  Brésil.  —  Les  vents 
alises  de  l'Atlantique  Sud  paraissent  se  mouvoir  en  spirale  di- 
vergente autour  d'un  centre  qui  se  mouvrait  lui-même  dans  le 
triangle  formé  par  les  îles  de  Sainte-Hélène,  Tristan-da-Cunha, 
et  Trinidade,  suivant  la  saison  de  Tannée. 

Ce  centre  est  formé  par  une  aire  de  haute  pression,  d'où  les 
vents  divergent  en  exécutant  une  révolution,  en  sens  opposé  à 
celui  de  la  rotation  des  tempêtes,  sous  la  même  latitude,  c'est- 
à-dire  en  tournant  dans  le  sens  contraire  des  aiguilles  d'une 
montre. 

Au  mois  de  janvier,  ce  centre  se  trouve  à  peu  près  à  moitié 
chemin  entre  Tristan-da-Cunha  et  Sainte-Hélène  ;  et  les  vents 
qui  soufflent  au  nord  de  sa  position  vont  jusqu'à  l'équateur  avec 
la  direction  sud-est.  A  mesure  que  l'on  s'approche  du  Brésil, 
cette  direction  change  peu  à  peu,  en  passant  par  l'est  autour  de 
Bahia,  par  le  nord-est  près  de  Rio,  et  par  le  nord  à  la  latitude 
de  l'estuaire  du  Rio  de  la  Plata.  On  dénomine  ces  vents:  alises 
du  sud-est  et  du  nord-est,  suivant  la  direction  d'où  ils  vien- 
nent, et  qui  ne  varie  que  peu  durant  toute  l'année.  Pendant  les 
mois  de  forte  chaleur,  les  alises  du  sud-est  s'arrêtent  à  l'équa- 
teur, mais  pendant  les  mois  de  juin,  juillet,  août,  septembre, 
ils  pénètrent  dans  l'hémisphère  nord  jusqu'au  delà  du  10e  pa- 
rallèle. 

Pendant  cette  saison,  le  centre  de  haute  pression,  qui  leur 
donne  naissance,  s'est  déplacé  du  côté  du  Brésil  et  se  trouve 
alors  à  peu  près  à  mi-distance  entre  Trinidade  et  Tristan-da- 
Cunha. 

A  Rio-de-Janeiro,  on  note,  comme  nous  l'avons  vu,  deux 
vents  dominants  :  le  sud-sud-est  pendant  l'été,  et  le  nord- 
nord-ouest  pendant  l'hiver  ;  tandis  que,  au  large  et  sous  la  même 
latitude,  le  vent  vient  de  l'est.  La  raison  de  cette  apparente 
divergence  provient  de  ce  qu'à  Rio,  la  brise  journalière  pério- 
dique est  très-puissante,  et  que  le  vent  qu'on  y  observe  est  la 
résultante  de  cette  brise  et  de  l'alise  du  large.  La  brise  de  mer 
qui  souffle  tous  les  jours,  mais  dont  l'intensité  varie  fortement 
avec  la  déclinaison  du  soleil,  devrait  venir  normalement  à  la 
direction  de  la  côte,  c'est-à-dire  du  sud  ;  mais  comme  l'alise 
souffle  du  nord-nord-est,  il  en  provient  un  vent  qui  souffle  sui- 
vant la  résultante  géométrique  des  deux  composantes;  cette 
direction  peut  varier  elle-même  suivant  l'intensité  des  deux 
vents  primordiaux. 


54  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

Quand,  après  le  coucher  du  soleil,  la  brise  de  terre  se  lève, 
comme  sa  direction  est  presque  opposé  à  celle  de  l'alise,  il  en 
résulte  des  calmes  ou  des  vents  qui  peuvent  prendre  une  direc- 
tion très  oblique  relativement  à  celle  des  composantes  ;  et, 
comme  celles-ci  sont  à  peu  près  opposées,  la  résultante  doit  en 
être  très  faible,  comme  le  démontre  l'observation  journalière  qui 
donne  des  vitesses  de  10  à  12  mètres  par  seconde  pour  le  sud- 
sud-cst,  contre  2  ou  3  mètres  pour  le  vent  de  terre. 

Les  orages  sont  fréquents  sur  la  côte  du  Brésil  et  sont  accom- 
pagnés d'un  grand  développement  d'électricité.  Heureusement 
ils  sont  à  peu  près  inoffensifs,  et  les  vrais  cyclones  y  sont  aussi 
rares  qu'ils  sont  communs  à  la  latitude  correspondante  de  l'hé- 
misphère nord. 

Toutefois  il  existe  dans  le  sud  des  vents  dangereux,  qui  sont 
bien  connus  sous  le  nom  de  pamperos,  et  qui  ont  été  décrits 
depuis  longtemps  par  l'amiral  Fitzroy.  Ces  vents,  qui,  comme 
leur  nom  l'indique,  viennent  des  Pampas  ou  plaines  des  districts 
delà  Plata,  qui  ont  des  milliers  de  kilomètres  carrés,  sont  pré- 
cédés par  de  fortes  chaleurs,  par  des  vents  modérés  et  variables, 
par  des  éclairs  et  quelquefois  par  l'arrivée  de  bandes  d'insectes. 
Des  nuages  se  massent  dans  le  sud-ouest,  et  deviennent  chaque 
fois  plus  denses,  en  même  temps  que  le  tonnerre  se  t'ait  continuel- 
lement entendre  au  loin.  Le  vent  souffle  alors  avec  furie  du 
sud-ouest,  et  dure  ainsi  quelquefois  pendant  plusieurs  jours. 

Un  autre  genre  de  vent  qui  est  plus  rare,  mais  aussi  plus 
dangereux,  c'estle  sud-est  qui  souffle  quelquefois  en  tempête  et 
jette  alors  les  navires  à  la  cote  qui,  dans  cette  région,  n'offre  que 
peu  de  ports  et  encore  ces  ports  sont-ils  d'accès  difficile. 

Gomme  conclusion,  on  peut  dire  que  le  Brésil  présente  à 
l'Européen  :  une  zone  chaude  qui  ne  lui  est  pas  très  propice;  une 
seconde  zone,  où,  avec  une  hygiène  bien  entendue,  il  peut  facile- 
ment s'adapter;  et  une  treizième  zone  où  il  n'a  besoin  d'au- 
cune acclimatation,  car  il  y  trouve  le  plus  beau  et  le  plus  sain 
des  climats. 

Cette  dernière  partie  comprend  toute  la  zone  tempérée  douce, 
ainsi  que  les  hauts  plateaux  de  San-Paulo,  de  Minas-Geraes  et  de 
Rio-dc-Janciro. 


CLIMATOLOGIE.  55 


BIBLIOGRAPHIE 

Meteorologiscke  Zeitschrift,  herausgegeben  von  der  œsterreis- 
chen  Gesellschaft  fur  Météorologie  und  der  deutschen  meteoro- 
logischen  Gesellschaft, redigirt  von  DM.  Hann  und  Dr  W.  Koppen. 

—  Berlin. 

Dr  Julius  Hann.  —  Climatologie.  —  Wien. 

Revista  do  Impérial  Observatorio .  —  Rio-de-Janeiro. 

Revista  da  Sociedade  de  Geograpkia.  —  Rio-de-Janeiro. 

Revista  de  Engenharia.  —  Rio-de-Janeiro. 

Wappàus.  —  Geograpkia  Physica  do  Brazil.  —  Rio-de- 
Janeiro.  1884. 

Prof.  Draenert.  —  Die  Vertheilung  der  Regenmengen  in  Brasi- 
lien.  —  In  der  «Meteorologische  Zeitsçhrift».  — September  188G. 

Prof.  F.  M.  Draenert.  —  Das  Kùsienhlima  der  Provinz  Per- 
nambuco.  —  Meteorologische  Zeitsçhrift.  —  April  1887. 

Viagem  ao  redor  do  Brazil,  pelo  Dr  Joâo  Severiano  da  Fonseca 

—  2  vol.  Rio-de-Janeiro,  1881. 

Dr  Henry  Lange.  —  Sùdbrasilien.  —  Leipzig,  1885. 

Mappa  das  Observaçôes  meteorologicas  da  Bahia,  pelos  Drs  Con- 
selheiro  Rozendo  A.  Guimarâes  et  Pedro  da  Luz  Carrascosa. 

José  Pompeu  de  A.  Gavalcanti.  — ■  0  Ceard  em  i  8  87.  — Cho- 
rographia  da  provincia  de  Cearà.  — Rio-de-Janeiro.  —  Imprensa 
Nacional,  1888. 

Rulletin  quotidien  du  Service  Météorologique  de  V Empire  eu 
Brésil,  contenant  les  observations  simultanées,  exécutées  chaque 
jour  à  9  heures  7  minutes  du  matin  (temps  moyen  de  Rio-de- 
Janeiro  ,  ou  midi  de  Greenwich,  dans  les  stations  météorolo- 
giques du  service  des  Télégraphes  de  TÉtat,  dans  celles  des 
chemins  de  fer  de  Dom  Pedro  II,  dans  celles  de  la  Commission 
Géographique  et  Géologique  de  la  province  de  San-Paulo, 
et  de  diverses  compagnies  et  usines,  —  et  centralisées  à 
l'Observatoire  Impérial   de  Rio-deManeiro. 

The  Weather  Book,  by  rear  admirai  Fitz-Roy.  —  1  vol.  Lon- 
don,  1863. 

Atlas  der  Météorologie,  bearbeitet  von  Dr  J.  Hann.  Gotha,  1887. 


5G 


LE  B  H  KSI  L  EN   188  9. 


HAUTEUR  DE  PLUIE  ANNUELLE 


ET    TEMPÉRATURES    MOYENNES,    MAXIMUM    ET    MINIMUM,   DE  PLUSIEURS  POINTS 
DE     L'EMPIRE     DU     BUÉSIL. 


local m;  s 


-do-Maranh 


San  Lui 

Fortaleza 

Quixeramobim 

Amarante 

Recife 

Colonia  da  Victoria. . . . 

Colonia  Isabel 

Sào  Bento  das  Lages. . 

Babia 

Queluz  di1  Minas 

Ribeirùo  Preto 

Casa-Branca 

Cascata 

Nova-Friburgo 

Rio-de-Janeiro 

Santa-Cruz 

Sâo-Paulo 

Colonia  Nova-Petropolis 

Coriliba 

Colonia  Blumenau 

S.  Antonio-da-Palmeira 

Passo-Fundo 

Taquara  

Santa  Cruz 

Pelotas 

Rio  Graude  do  Sul. . . . 


3 
161 
229 

30 
ci 
» 

520 

710 
1270 

876 
06 
2b 

730 
» 

900 


(.2s 


1875 
16 


1 
<s 

G     £ 
10 

5 

3     l 

3/4 

3  4 

3  1 

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35 

1 

5 

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27°  r 

26  <i 
29  3 

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23  7 

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23  5 
18  0 
17  2 

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22  2 
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1U  1 
17  D 

21  4 
1S  0 


33°  81 

33  6 

35  5 

37  3 

3!)  0 

35  5 


31     0 

30  0 
40  0 
20     0 

37  5 
36     0 

33  1 
» 

38  0 
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34  0 

31  4 


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24  8 

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16  3 

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11  5 

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0  0 
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1  0 
10  2 

19  2 
-0  9 

5  9 
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0  0 

» 

0  0 
-0  5 

1  0 


-  = 


2155 
1500 


790 


2053 
2103 
1  ICI 
GOO  0 
1000 
1300 
1311 
1126 
4682 
15C0 


1512 


1066 

912 


AUTORITES 


Moraes  Rego. 
Pompeu. 
Pompeu. 
B.Franklin. 
Met.  Zeits*. 
Met.  /.(-Us. 
Met.  Zcils. 
Ilozendo  Gui  marées 
i)1  H.  de  Almeida 

Observations 

du 
chemin  de  fer. 
C.  Engert. 

Observatoire 
Impérial 
Met.  Zeits. 

Dr  Lange. 
!)>■  Lange. 
I)1  Lange. 
Met.  /cits. 
D'  Lange. 
!)•  Lange. 
!>'■  Lange. 
IK  L.  Netto. 


1.  Abréviation  de  Meteorologische  Zeitsclirift. 


CLIMATOLOGIE. 

DISTRIBUTION   DE   LA   PLUIE   AU   BRÉSIL 

SUIVANT  LE  PROFESSEUR  M.  F.  DRAENERT 


57 


PLUIES    D'ÉTÉ   ET    D'AUTOMNE 


1*1-1  1K    KN    Mll.l  imi:  nu:' 


Latitude  S 

Longitude  W  de  Greenwich. 

AlUtude  

Années  d'observations 

Décembre 

.l;m\  ier 

Février 

Mars 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 


Septembre 
Octobre.. . 
Novembre. 

Année  .... 


Eté 

Automne. 

Hi\  er.  .  .  . 

Printemps 


Rio  de  Janeiro 

Santos. 

Alto 
da  Serra 

Cubatào. 

San-Paulo. 

22    51 

43       8 
06  m. 

29 

23     56 

40     17 

15 

23     45 
46     30 

800  ni. 
15  a. 

23     36 

40     30 

729  m. 

4 

127.4 

116.4 

96 .  î 

252.3 
314.4 

352.3 

354.6 
466.8 

459.0 

495.9 
383.5 
231.3 

105.5 
103.X 

78.1 

319.5 

209.2 
135.0 

382.8 
391.5 
182.1 

131.4 

107.3 

51.0 

49.4 
30.0 
•49.9 

140.2 
120.2 
104.9 

215.1 

208.5 
190.9 

74.7 
42.7 
18.2 

52.7 
75.2 
83.1 

113.0 
150.2 
171.2 

220.2 
251.8 
241.4 

88.0 

60.9 

100.2 

974.6 

2503.0 

3576.7 

1504.1 

340.5 

287.4 
135.9 
210.8 

919.0 
724.3 
365.3 
404.4 

1280.4 
956.4 
620.5 

719.1 

810.7 
292.7 
135.0 
255.1 

PLUIE   DE   PRINTEMPS   ET  D'ÉTÉ 


PLUE    EN    MILLIMETRES 


Latitude 

Longitude  W  de  Greenwich 

Altitude 

Années  d'observations 

Décembre 

.1  a 1 1 \  ier 

Février 

Mars 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 

Septembre 

Octobre 

Novembre 

Année 

Elé 

Automne 

Hiver 

Printemps 


G 

43     30 

121  m. 

1 

80.8 
219.0 
109.8 

231.4 

81.4 
55.4 

0.0 
0.0 
0.0 

0.0 
93.8 
91.0 

905.6 

409.6 

371.2 

0.0 

181.8 


Uberaba. 

S      « 

o  — 

Congo- 
Soco. 

Itabira 

do 
Campo. 

19    33 

48      5 

750  m. 

3 

19    47 

44    19 

695  m. 

25 

19    58 

43    33 

1090  m. 

2 

20    15 
13    55 
833  m. 

1 

211.3 
308.3 
321.3 

390.0 

299 

221 

369.6 
604.3 
537.7 

232.9 
222.9 
277.1 

142.3 

109.3 

31.3 

192 
58 
5a 

253.0 
172.0 

57.9 

150.3 
60.0 
14.0 

25.0 
13.7 
29.3 

15 
11 
13 

55.1 
34.0 
20.3 

0.0 
0.0 
0.0 

59.7 
137.3 
172.0 

53 
121 

231 

93.2 
169.7 

673.5 

125.3 

108.7 
112.3 

1560.8 

1637 

2939.3 

1303.5 

840.9 

282.9 

68.0 

369.0 

910 

280 

39 

408 

1511.6 
4  2.9 
109.4 
836.4 

732.5 

224.3 

0.0 

346.3 

Queluz. 


20  40 

44     17 

982  in. 

1  2/3 

t  339.1 
301.7 
303.1 

94.5 
29.2 
31.2 

12.0 
22.3 
19.5 

109.0 

87.5 
101.0 

1453.1 
913.9 
154.9 

3C0.5 


58  LE     BRÉSIL     EN     1880. 

DISTRIBUTION   DE   LA   PLUIE  AU   BRÉSIL 

SUIVANT  LE  PROFESSEUR  If.  F.   DRAENERT 

PLUIES  D'ÉTÉ  ET  D'AUTOMNE 


l'Ll'lE    E.N     MILLIMETRES 


Latitude  S 

Longitude  W  de  tireenwicl 

Altitude 

Aimées  d'observations 

Décembre 

.Ian\  ici- 

Février 

Mars 

Avril 

Mai 

Juin 

Juillet 

Août 

Septembre 

Octobre 

Novembre 

Année 

Eté 

Automne 

Hiver 

Priotemps  


Par; 
Belei 


1    21 
48    3" 


58, 
105. 
269. 

291. 
307. 

25(3. 

133. 
82. 

77. 

52. 
17. 


1788.' 

439.! 

858. 
294." 
142.: 


san-Luiz-do- 
Maranhào. 


2    31 

45    1 

4  m. 

2 

23.2 

82.0 

237.5 

1010.2 
435.9 
376.5 

196.0 

37. 5 
35.0 

5.4 
0.0 

0.0 

2470.2 

313.7 

lN.V2.li 

208.4 
5.4 


Fortaleza 

(Cearâ). 


3    41 

38   31 

28 

38.6 

08.0 

200.0 

291.0 

372.6 
276.8 

137.5 
48.9 
15.3 

12.7 
14.3 
14. 


1491 

307 
941 

201 
41 


PLUIES  D'AUTOMNE  ET  D'HIVER 


PLUIE    EN    MILLIMÈTRES 


LatitudeS 

Longitude  W  de  Greenwich 

Altitude 

Années  d'observations 

Décembre 

Janvier 

Février 

Mars 

Avril 

Mai    

Juin 

Juillet 

Aoûl  

Septembre 

Octobre 

Novembre 

Année 

Eté 

Automne 

Hiver  

Printemps  


Pernambuco 
(Santo- 
Antonio.) 

8     4 

34    51 

3  m. 

8 

51.8 
109.8 
151.9 

150.3 
277.3 
37S.7 

586.4 
718.1 

32H.1 

173.1 
26.0 
28.9 

2972.7 

313.5 
805.6 
1624.6 
228.0 

Vicie 


35    27 
101  m. 


8 1 . 5 
50.2 

101.1 
156.2 
125.3 

112. s 
170.2 
103.8 

48.8 
L0.9 
21.9 

1050.5 

109.5 
382.6 
416.8 

81.0 


C  o  1  o  n  i  a 
Isabel. 


s  45 
35  12 
loi  m. 

0  1  2 

25.9 
36.1 
46.6 

Il  il  7 
193.0 

144.8 

153.7 
124.9 

19.9 
19.2 
19.5 

1037.0 
10s.(i 
115.  I 
424.4 

88. G 


Sào  Rcnlo 

das 

Lages. 


12  37 
38  40 
30   m. 


107.7 
10!). 7 
400.9 

275.2 

305.  I 

208.7 
111.7 
si  s 
132.3 
112.5 

2179.5 

258.3 
845.8 
715.8 

359.0 


Bahia. 


12    58 

38    30 

05  m. 

5 

1  0.6 

00.3 

101.4 

178.2 
129.7 

400.7 

319.9 
25 1 . 5 
135.2 

89.8 

100.3 
200.2 

2391.8 

268.3 

KH5.6 

709.6 

402.3 


CLIMATOLOGIE. 


59 


HAUTEUR    ANNUELLE    DE    PLUIE 


EN    PLUSIEURS    POINTS    DU    BRÉSIL,    SUIVANT    M.    F.   DRAENERT, 


LOCALITES 


Serra  de  Cubatào,  à  San-Paul 

Pernambuco 

Gongo-Soco    Minas) 

Santos 

Bahia 

Sanlo  Antonio  (Rio  Madeira) 

Sâc  Bento  das  Liages 

Para 

Sahara 

Dberaba 

Manaos 

Itabira  do  Campo 


HAUTEUR 

NOMBRE 

DE    PLUIE 

d'années 

1)1 1  Ul  111  - 

3580 

15 

2970 

6 

2940 

2 

2500 

15 

2390 

5 

2320 

1 

2180 

5 

1790 

4 

1640 

25 

1560 

3 

1400 

1 

1300 

1 

TEMPÉRATURES    MOYENNES 


DE    PLUSIEURS    POINTS    DU    BRÉSIL,    SUIVANT   M.  F.   DRAENERT. 


LOCALITES 


Para 

Manaos 

Sanlo  Antonio  (Rio  Madeira) 

Santa  Anna  do  Sobradinhoo  (Rio  S.  Francisco) 

Sâo  Lento  das  Lages 

Gongo  Soco 

Sâo  Paulo  

Joinville 

Lagoa  Santa  

Palmeira 

Santa  Cruz 

Taquara 

Coriliba 


TEMPÉRATURE 

ANNUELLE 

NOMBRE 
d'années 

27.0 

26.1 
26.0 
26.8 
24.8 
19.8 
19.1 
20.6 
20.5 
18.2 
18.9 
18.7 
17.0 

4  1/2 
5/6 
1 

3  1/2      . 

10 
1 

3 

8 

1  1/2 

3 

1 

CHAPITRE  IV 

MINÉRALOGIE 

Par     M.    HENRI     GORCEIX 


Le  Brésil,  depuis  le  dix-septième  siècle,  a  toujours  été  connu 
comme  l'un  des  pays  producteurs  des  deux  matières  les  plus  pré- 
cieuses :  l'or  et  le  diamant.  Pendant  près  de  deux  siècles,  il  n'a 
pas  cessé  d'en  exporter  des  quantités  considérables.  La  découverte 
de  l'or  coïncide  presque  avec  celle  du  pays,  et  c'est  à  la  recherche 
de  ce  métal  qu'on  doit  l'exploration  d'une  grande  partie  de  ce 
vaste  empire  par  des  aventuriers  qui  ont  parcouru  bien  des 
régions  encore  aujourd'hui  incomplètement  connues,  et  dont  les 
richesses,  à  peine  entrevues  par  eux  et  indiquées  dans  leurs 
routiers,  sont  passées  à  l'état  de  légendes.  Mais  si  les  mines  d'or 
et  de  diamants,  auxquelles  cette  partie  du  Nouveau  Monde  doit 
sa  réputation  de  richesse,  sont  jusqu'à  présent  les  seules  qui 
aient  donné  lieu  à  de  grandes  exploitations,  il  en  est,  comme  celles 
du  fer,  dont  l'importance  est  peut-être  plus  grande  encore  pour 
le  pays,  et  d'autres  dont  la  découverte  s'effectue  tous  les  jours 
à  mesure  que  le  sol  est  mieux  connu. 

Les  substances  minérales  dont  on  connaît  au  Brésil,  avec  cer- 
titude, des  gisements  exploitables  ou  exploités,  sont  :  le  diamant, 
l'or,  le  fer,  le  cuivre,  le  manganèse,  le  plomb  argentifère  ;  les 
pierres  précieuses  colorées  :  améthystes,  topazes,  cymophanes, 
béryls,  grenats,  tourmalines,  quartz  et  agate;  le  mica;  les  pierres 

1.  Directeur  de  l'École  des  Mines  d'Ouro-Preto,  Chevalier  de  la  Légion 
d'honneur,  ancien  élève  de  l'École  Normale  Supérieure  de  Paris,  agrégé  de 
l'Université  de  France,  lauréat  de  l'Institut  de  Franee. 


G2  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

ollaires,  les  marbres,  L'amiante  ;  les  combustibles  minéraux,  le 
schiste  bitumineux,  le  graphite,  le  salpêtre. 

Seuls  l'or,  le  diamant,  les  pierres  colorées,  le  quartz,  l'agate 
et   le  mica  donnent  lieu  à  un  commerce  d'exportation. 

Je  ne  m'occuperai  avec  détails  que  des  mines  en  exploitation. 
Toutefois,  avant  de  jeter  un  coup  d'œil  rapide  sur  les  ressources 
que  le  sol  du  Brésil  offre  à  l'industrie  extractive  et  à  la  métallurgie, 
je  tiens  à  rappeler  en  quelques  lignes  les  grands  traits  de  l'oro- 
graphie et  de  la  géologie  du  Brésil,  tels  qu'ils  ont  été  fixés  par 
le  savant  géologue  Derby  dans  deux  petites  cartes,  l'une  hypso- 
métrique,  l'autre  géologique,  qui  accompagnent  les  notices 
publiées  par  lui  sur  ce  sujet  clans  le  Traité  de  Géographie  de 
Wappaeus,  et  qui  sont  reproduites  ici. 

Le  vaste  plateau  qui  constitue  la  plus  grande  partie  du  pays 
est  séparé  de  la  côte  par  une  grande  chaîne  de  montagnes  qui 
s'en  écarte  plus  ou  moins  au  nord  et  au  sud.  Ce  plateau  peut 
bien  même  être  divisé  en  une  série  de  plaines  élevées,  séparées 
par  de  profondes  dépressions  de  peu  de  longueur.  Sur  la  cote, 
depuis  le  cap  San-Roque  jusqu'à  la  province  de  Rio-Grande-du- 
Sud  et  pénétrant  longuement  dans  l'intérieur,  domine  une  puis- 
sante formation  de  roches  sans  fossiles  appartenant  à  la  série  la 
plus  ancienne  de  terrains  géologiques:  gneiss  granitiques,  micas- 
chistes, amphibolitoschistes  et  tout  un  groupe  de  roches  méta- 
morphiques, schistes  micacés,  quartz  micacés,  chistes  chlori- 
teux,  argileux,  itabirites.  —  Ces  derniers,  formés  essentiellement 
de  quartz  et  d'oligiste,  se  transforment  souvent,  par  la  disparition 
presque  complète  du  premier  de  ces  minéraux,  en  puissantes 
couches  de  minerais  de  fer  d'une  grande  pureté.  On  y  rencontre 
fréquemment  des  couches  de  calcaire  cristallin,  fournissant  ou 
de  la  pierre  à  chaux  d'excellente  qualité  ou  des  marbres  blancs 
et  de  couleurs  variées,  très  propres  à  l'ornementation,  et  de 
nombreux  dykes  de  roches  éruptives,  diabases,  porphyrites 
augitiques,  diorites,  foyaites,  phonolithes,  etc.  Les  gneiss,  micas- 
chistes, amphibolitoschistes,  formant  la  division  inférieure,  cor- 
respondraient au  laurentien  des  géologues  américains  ;  les 
quartz  micacés  (itacoloumites).  schistes  chloriteux,  micacés,  ita- 
birites, au  huronien  des  mêmes  géologues.  Ces  terrains  forment 
une  grande  partie  du  sol  des  provinces  de  Bahia,  Espirito-Santo, 
Rio-de-Janeiro,  Goyaz,  San-Paulo,  Paranâ,  Santa-Catharina,  Rio- 
Grande-du-Sud,  et  se  retrouvent  certainement  dans  toutes  les 
autres. 


MINÉRALOGIE.  63 

Les  terrains  palœozoïques  fossilifères,  dont  la  découverte  est 
surtout  due  aux  travaux  des  géologues  Hartt,  Derby  et  des 
membres  de  l'expédition  scientifique  d'Agassiz,  forment  une 
série  de  bassins,  dont  l'étude  est  à  peine  commencée,  dans  les 
provinces  de  l'Amazone,  Para,  San-Paulo,  Paranâ,  Santa-Catha- 
rina,  Rio-Grande-du-Sud;  ils  s'étendent  probablement  dans  celles 
de  Minas-Geraes,  Goyaz,  Matto-Grosso. 

Les  terrains  silurien,  devonien  et  carbonifère  y  sont  repré- 
sentés. Le  carbonifère  marin  a  fourni  de  très  nombreux  fossiles 
dans  les  provinces  de  l'Amazone,  de  Para  et  de  Paranâ;  c'est  à 
cet  horizon  géologique  qu'appartiennent  les  dépôts  de  combus- 
tible découverts  à  San-Paulo,  à  Santa-Catharina  et  Rio-Grande- 
du-Sud. 

Comme  les  terrains  plus  anciens,  ils  sont  traversés  par  de 
nombreux  dykes  de  roches  éruptives,  diabases,  porphyrites, 
mélaphyres,  dont  la  composition  produit,  comme  dans  la  pro- 
vince de  San-Paulo,  des  terres  à  café  d'une  fertilité  extraordi- 
naire. 

Les  terrains  secondaires  sont  connus  dans  les  provinces  du 
nord  :  Amazone,  Piauby,  Céarâ,  Rio-Grande-du-Nord,  Pemam- 
buco,  Sergipe,  Alagôas,  Bahia,  où  les  dépôts  crétacés  sont  sou- 
vent très  fossilifères. 

Aux  dépôts  tertiaires  appartient  une  longue  bande  de  terrain 
au  centre  de  la  vallée  où  coule  l'Amazone  ;  on  les  retrouve  for- 
mant des  plateaux  le  long  de  la  côte  et  de  petits  bassins  lacustres 
dans  l'intérieur  du  pays.  Dans  le  bassin  de  l'Amazone,  ces  terrains 
contiennent  des  couches  de  lignite,  combustible  que  Ton  re- 
trouve dans  le  tertiaire  le  long  de  la  côte  et  dans  la  province  de 
Minas-Geraes. 

Les  formations  quaternaires  sont  représentées  par  de  nom- 
breux bassins  en  général  de  peu  d'étendue,  auxquels  appar- 
tiennent les  placers  diamantifères,  et  par  les  dépôts  des  grottes 
calcaires  remarquables  parla  forme  de  mammifères  éteints  qu'ils 
ont  fournis  et  les  terres  salpêtrières  qu'ils  contiennent.  Au  point 
de  vue  industrielils  tirent  un  grand  intérêt  d'une  couche  de  conglo- 
mérat ferrugineux,  connu  vulgairement  sous  le  nom  de  «  canga  », 
formée  aux  dépens  des  itabirites  et  qui,  à  Minas-Geraes,  et  pro- 
bablement dans  d'autres  provinces,  couvre  comme  d'un  man- 
teau de  minerai  de  fer  le  haut  des  vallées  et  le  flanc  des  mon- 
tagnes. 


G4  le     B ri':  si  l    EN     1  889. 

I.  Mines  d'or.  —  C'est  à  la  plus  ancienne  série  de  ces  ter- 
rains et  particulièrement  à  leur  division  supérieure  qu'appar- 
tiennent presque  tous  les  gisements  d'or  et  de  fer  du  Brésil,  et, 
si  le  diamant  est  exploité  dans  des  graviers  de  formation  rela- 
tivement récente,  c'est  aussi  dans  ces  couches  d'âge  si  ancien 
que  se  trouve  son  gîte  primitif.  Il  n'est  guère  de  province  de 
L'Empire  où  l'or  n'ait  été  exploité,  et  on  peut  citer  comme  ayant 
des  mines  encore  en  activité  ou  abandonnées  depuis  peu,  celles 
de  Minas-Geracs,  Rio-Grande-du-Sud,  Goyaz,  Bahia,  Matto- 
Grosso,  Paranâ,  San-Paulo  et  Maranhâo.  Parmi  les  six  pre- 
mières, qui  fournissent  chaque  année  une  certaine  quantité  de 
ce  métal  précieux,  Minas-Geraes  occupe  toujours  le  premier 
rang,  et  il  serait  impossible,  malgré  la  décadence  relative  de 
l'industrie  extractive,  de  citer  toutes  Les  mines  ou  placers  encore 
exploités  par  des  Compagnies,  des  particuliers  ou  de  simples 
orpailleurs  dans  cette  province,  où  deux  siècles  de  travaux  sont 
loin  d'avoir  épuisé  la  richesse  du  sol. 

Comme  l'a  déjà  fait  remarquer  d'Eschwège,  tous  les  gise- 
ments aurifères  de  quelque  importance  se  groupent  autour  des 
trois  grandes  chaînes  méridiennes  qui  forment  comme  l'ossature 
du  pays.  La  chaîne  de  la  Mantiqucira,  se  prolongeant  dans  la 
province  de  San-Paulo,  et  dont  se  détacherait  la  chaîne  d'Espi- 
nhaço,  qui  traverse  du  nord  au  sud  la  province  de  Minas-Geraes, 
pénètre  dans  celle  de  Bahia  et  va  se  perdre  dans  la  province  de 
Pernambuco.  En  second  lieu,  la  grande  ride  qui  sépare  les  eaux 
du  San-Francisco  de  celles  de  la  Plata,  servant  de  limites  entre 
Minas-Geraes  et  Goyaz,  se  continue  dans  la  province  de  Piauhy 
et  se  termine  à  Céarâ.  A  la  troisième,  qui  accompagne  la  rive 
gauche  de  l'Araguayet  du  Paraguay,  appartiendrait  la  chaîne  des 
Paricis  dans  la  province  de  Matto-Grosso. 

C'est  principalement  dans  la  chaîne  d'Espinhaço  que  ce  grou- 
pement des  mines  d'or  autour  d'une  ligne  méridienne  paraît 
bien  régulier  ;  de  la  ville  de  Barbacena  jusqu'à  celle  de  Jaco- 
bina,  dans  la  province  de  Bahia,  sur  une  longueur  de  plus  de 
1.200  kilomètres,  ces  gisements  occupent  à  l'est  et  à  l'ouest  du 
méridien  de  Rio-de-  Janeiro  une  étroite  bande  de  terrain.  Leur 
altitude  varie  de  700  à  1.200  mètres,  et  de  cette  situation  on  peut 
conclure  à  la  salubrité  du  climat  des  régions  où  ils  sont  placés, 
salubrité  que  l'expérience  a  confirmée  depuis  longtemps. 

Ces  mines  d'or  appartiennent  à  deux  grands  groupes  :  gise- 
ments d'alluvions,  liions.  Ce  sont  naturellement  les   premiers 


MINERALOGIE.  65 

qui  ont  d'abord  attire  l'attention  des  chercheurs  d'or,  et  pen- 
dant plus  d'un  siècle  ils  ont  fourni  tout  For  exporté  par  le 
Brésil.  Ils  sont  situés  ou  sur  les  plateaux  ou  dans  les  fonds  des 
vallées,  dans  le  lit  et  sur  les  rives  des  cours  d'eau,  dont  en  géné- 
ral il  ne  s'éloignent  pas  beaucoup.  La  plupart  d'entre  eux  sont 
de  formation  récente,  mais  un  certain  nombre  appartient 
certainement  à  l'époque  quaternaire.  Souvent  à  fleur  de  terre, 
ils  sont  fréquemment,  comme  à  Minas-Geraes,  Bahia,  Matto- 
Grosso,  recouverts  d'une  couche  d'argile  d'épaisseur  variable. 
Leur  exploitation  facile  a  attiré  partout  l'attention  des  orpail- 
leurs, et  il  n'en  est  guère  où  on  ne  retrouve  aujourd'hui  des  in- 
dices d'anciens  travaux;  mais,  comme  les  travailleurs  ne  possé- 
daient que  des  moyens  très  primitifs,  il  en  est  bien  peu  qui  aient 
été  complètement  épuisés.  Aujourd'hui  encore,  sauf  dans  la  pro- 
vince de  Paranâ  dans  le  rio  Tibagy,  à  Minas-Geraes  dans  le 
rio  des  Mortes,  ces  dépôts  ne  sont  exploités  que  par  de  simples 
orpailleurs.  Pourtant,  depuis  quelques  années  ils  semblent  avoir 
repris  une  certaine  faveur,  et  des  études  et  des  tentatives  ont 
été  faites  pour  l'établissement  de  lavages  au  moyen  du  système 
hydraulique  californien. 

Quant  à  leur  richesse  et  à  leur  étendue,  elles  sont  très  diffi- 
ciles à  fixer,  la  première  étant  très  variable  dans  un  gisement,  et 
la  seconde  étant  encore  plus  incertaine  par  suite  de  leur  dissémina- 
tion dans  un  grand  nombre  de  provinces  et  des  lavages  partiels 
fort  irrégulièrement  poursuivis  par  les  orpailleurs  du  siècle  der- 
nier. Je  citerai  les  données  suivantes  pour  les  quatre  provinces 
de  Matto-Grosso,  San-Paulo,  Minas-Geraes,  Bahia. 

A  Matto-Grosso,  dans  le  bassin  du  rio  Cabaçal,  au  milieu  de 
la  région  connue  sous  le  nom  de  «  Campos  dos  Indios  Gobexis  », 
d'après  un  ingénieur  chargé  de  faire  un  rapport  pour  l'obtention 
d'une  concession,  il  existe  un  gisement  d'alluvion  encore  vierge, 
reposant  sur  les  gneiss,  couvrant  une  superficie  de  50  kilomètres 
carrés,  ayant  une  épaisseur  moyenne  de  1  m.  03,  et  dont  la 
richesse,  d'après  le  même  ingénieur,  serait  de  23  gr.  2  d'or  par 
tonne.  Dans  la  môme  province,  le  bassin  du  Cayapô  contiendrait 
de  vastes  dépôts  d'alluvions  aurifères  qui  ont  donné  lieu  à  une 
immence  concession. 

A  San-Paulo,  un  ingénieur  des  mines  de  l'école  d'Ouro-Preto, 
M.  Gonzaga  de  Campos,  a  étudié,  dans  le  municipe  d'Apiahy, 
avec  beaucoup  de  soin,  des  gisements  de  cette  nature  reposant 
sur  le  granit  et  le  micaschiste,  gisements  en  partie  déjà  exploités 

5 


GG  LE     BRÉSIL     EN      18S9. 

et  dont  la  richesse  moyenne,  sur  laquelle  on  peut  baser  une  en- 
tre prise,  serait  de  2  gr.  36"  d'or  par  mètre  cube,  chiffre  encore 
deux  fois  supérieur  à  celui  que  donnent.,  terme  moyen,  les  allu- 
vions  de  Californie.  Il  signale  dans  la  même  région  des  points  où 
la  teneur  en  or  atteint  et  dépasse  souvent  4  grammes  d'or  par 
tonne. 

Dans  la  province  de  Minas-Geraes,  près  de  la  ville  de.Cam- 
panha,  l'ingénieur  des  mines  Tavares,  de  l'école  d'Ouro-Preto, 
après  une  étude  faite  sur  le  gisement  aurifère  dit  du  «  Barro 
Alto  »,  fixe  à  10  gr.  par  mètre  cube  la  richesse  des  alluvions  de 
ce  dernier,  dont  une  grande  partie  est  encore  inexploitée.  Dans 
la  môme  région,  sur  les  bords  du  rio  Verde,  des  dépôts  d'allu- 
vion,  dont  la  concession  a  été  demandée,  contiendraient,  d'après 
l'ingénieur  des  mines  Von  Sperling,  de  l'école  d'Ouro-Preto,  de 
1  à  3  gr.  6  c.  d'or  par  mètre  cube. 

Dans  la  province  de  Bahia,  une  série  de  bassins  d'alluvions 
aurifères  occupe  une  vaste  superficie  au  milieu  de  la  chaîne  de 
montagnes  d'Assurua,  dont  la  direction  nord-sud  est  la  même 
que  celle  d'Espinhaço.  Ces  alluvions,  où  depuis  longtemps  sont 
établis  des  lavages  d'orpailleurs,  ont  donné  lieu  à  une  tentative 
d'exploitation  sur  une  grande  échelle.  D'après  les  études  préli- 
minaires, l'épaisseur  de  ces  dépôts,  formés  par  des  graviers  avec 
gros  blocs  de  quartz,  varie  de  0,25  à  1  m.  Ils  sont  en  général 
couverts  d'une  couche  d'argile  de  0m.  20 à  5  m.  d'épaisseur  ;  leur 
superficie  attendrait  50  k.  carrés;  leur  richesse,  très  variable,  est 
comprise  entre  les  limites  de  0  gr.  47  c.  à  21  gr.  par  tonne.  En 
1887,  dans  un  seul  placer  de  ces  bassins,  les  orpailleurs  lavant 
simplement  les  graviers  à  la  batêa  ont  tiré  50  kil.  d'or. 

Les  travaux  des  orpailleurs  sont  très  irréguliers  et  intermit- 
tents. Un  grand  nombre  d'entre  eux  sont  à  la  fois  chercheurs 
d'or  et  cultivateurs,  et  ne  consacrent  au  lavage  qu'un  partie  de 
leur  temps.  Leur  nombre abeaucoup  diminué,  et,  à  Minas-Geraes, 
il  ne  doit  guère  dépasser  3.000,  en  y  comprenant  les  chercheurs 
de  diamants  qui  retirent  en  même  temps  de  l'or  des  lavages  des 
graviers  diamantifères.  Comme  importance  viennent  ensuite  les 
provinces  de  Bahia,  ltio-Grande-du-Sud,  Paranâ  et  Matto-Grosso. 
A  Minas-Geraes,  les  municipes  où  se  trouve  encore  un  certain 
nombre  d'orpailleurs  sont  ceux  de  Ouro-Preto,  Marianna,  Ponte- 
Nova,  Santa-Barbara,  Caêté,  Sabarâ,  Itabira,  Conceiçâo,  Serro, 
Diamantina,  Minas-Novas,  Gram-Mogol,  Pitanguy,  Paracatés, 
San-Joâo-del-ltcy.  Ceux  de  Diamantina,  Gram-Mogol,  Minas-Novas 


MINÉRALOGIE.  67 

en  possèdent  le  plus  grand  nombre.  A  Bahia,  on  les  rencontre 
dans  ceux  de  Chique-Chique,  Rio-das-Contas,  Jacobma;  et,  aRio- 
Grande-du-Sud,  dans  le  municipe  de  Caçapava. 

En  général,  l'or  d'alluvion  an  Brésil  est  en  grains  fins,  for- 
mant souvent  une  véritable  poudre  ;  les  pépites  volumineuses 
sont  très-rares  ;  les  plus  considérables  viennent  des  dépôts  de 
sable    exploités   il    y    a  quelques  années   dans  la   province  de 
Maranhào,  des  mines  d'Assuruâ  dans  la  province  de  Bahia,  et, 
dans  la  province  de  Minas-Geraes,  des  gisements  deMinas-Novas. 
Les  beaux  cristaux  sont  surtout  abondants  à  Goyaz,  et  dans  les 
alluvions  des  environs  de  la  ville  de  Serro  (Minas-Geraes).  Le 
titre  de  For  d'alluvion  est  en  général  très-élevé  :  il  ne  descend 
pas  au  dessous  de  20  cent,  au  833,  et,  quelquefois,  comme  dans 
les  dépots  des  environs  du  village  d'Antonio-Pereira  (municipe 
d'Ouro-Preto),  il  atteint  24  k.  au  1.000.  Dans  les  sables  qui  pro- 
viennent de  la  décomposition  des  itabirites,  il  est  fréquemment 
allié  au  palladium. 

Les  gisements  d'or  autres  que  les  placers  ne  sont  exploites 
d  une  manière  suivie  que  dans  les  provinces  de  Minas-Geraes, 
Rio-Grande-du-Sud  et  Bahia.  Cette  dernière  ne  compte  à  l'heure 
qu'il  est  qu'une  seule  mine  en  activité,  celle  de  Jacobina.  Dans  la 
province  de  Rio-Grande-du-Sud,  il  existe  un  certain  nombre  de 
filons  de  quartz  aurifère  exploités  par  des  entreprises  locales. 
C'est  donc  encore  la  province  de  Minas-Geraes  qui  occupe  ici  le 
premier  rang,  et  c'est  surtout  d'elle  que  je  m'occuperai. 

Au  point  de  vue  de  leur  nature,  ces  gisements  se  groupent 
autour  de  trois  types:  1°  filons  de  quartz  avec  minerais  sulfurés 
rares;  2°  filons  de  pyrites  aurifères;  3°  couches  d'itabirites 
aurifères. 

Les  filons  de  quartz  contenant  de  l'or  sont  excessivement 
nombreux  à  Minas-Geraes  comme  dans  beaucoup  d'autre  provin- 
ces ;  ce  sont  eux  qui,  après  les  alluvions,  ont  d'abord  attiré 
l'attention  des  anciens  mineurs.  L'or  y  est  en  général  visible  à 
l'œil  nu,  facile  à  distinguer  et  à  séparer  par  un  broyage  et  un 
simple  lavage  dans  la  batêa.  Leur  puissance  s'élève  rarement  au- 
dessus  de  2  mètres,  descend  même  à  quelques  centimètres.  L'or 
y  est  irrégulièrement  disséminé,  et  quelquefois  il  y  forme  de  véri- 
tables nids,  fournissant,  comme  cela  est  arrivé  pour  un  filon  de 
quartz  encore  exploité  dans  la  ville  d'Ouro-Preto,  plus  de  1  kil. 
d'or  pour  moins  d'un  mètre  cube  de  roche.  Le  dénombrement 
complet  de   ces  filons  est  impossible  à  faire,   même  à  Minas- 


68  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

Geraes.  On  en  compte  cinq  importants,  autrefois  exploités,  dans 
la  ville  d'Ouro-Preto.  Il  n'y  a  pas  pour  ainsi  dire  de  paroisse  dans 
le  plateau  central  de  Minas  qui  n'en  compte  que  quelques-uns;  je 
citerai  les  localités  d'Antonio-Pereira,  Forquim,  Cata-Preta,  Cata- 
Branca,  Roça-Grande,  Caêté.  A  cette  catégorie  de  liions  se  ratta- 
chent des  gisements  plus  complexes,  comme  ceux  de  Sumidouro 
(municipe  de  Marianna),  de  Gatas-Altas,  de  Noruega,  où  l'or  est 
disséminé  dans  de  petites  veines  de  quartz  friable,  formant  un 
lilon  composé  au  milieu  de  schistes  argileux,  qui  eux-mêmes  se 
chargent  d'or,  et  d'autres  plus  difficile  à  définir  où  la  roche 
quartzeuse  ou  schisteuse  s'imprègne  d'or  très  fin  et  forme  une 
série  de  grains  de  chapelet  d'une  grande  richesse. 

Les  filons  aurifères  pyriteux  sont  les  plus  importants  ;  ce  sont 
eux  qui  fournissent  la  plus  grande  partie  de  l'or  produit  au 
Brésil.  Leur  puissance  peut  atteindre,  comme  dans  la  mine  de 
Morro-Velho,  plus  de  10  mètres  ;  leur  extension  en  direction  est 
très  considérable.  Ils  constituent  ou  de  vrais  filons  coupant  les 
strates  de  schistes  ou  de  quartzites,  ou  des  couches  intercalées 
dans  ces  mêmes  roches.  Les  minerais  qui  forment  la  gangue  de 
l'or  sont  essentiellement  pyriteux:  pyrites  arsenicales,  pyrites 
martiales  avec  proportions  variables  de  quartz  en  petits  grains. 
Ils  sont  accompagnés  de  minéraux  plus  rares  :  comme  pyrite 
magnétique,  dont  la  mine  de  Morro-Velho  fournit  de  très  beaux 
cristaux  et  qui  se  retrouve  dans  les  mines  de  Gaêté  et  de  Passa- 
gem  ;  Tourmalines  (mine  de  Passagem,  d'Antonio-Perreira  Cata- 
Preta);  de  pyrite  cuivreux,  galène,  stibine,  albitc,  caliste,  sidérose, 
jozéite,  etc.  La  teneur  en  or  du  minerai  est  en  général  peu 
élevée.  La  moyenne  de  la  mine  de  Morro-Velho,  par  exemple, 
pour  une  période  de  20  années  d'exploitation,  est  de  18  grammes 
par  tonne,  ce  qui  représente  à  peu  près  les  trois  quarts  de  la 
teneur  réelle.  Dans  certains  cas,  cette  richesse  augmente  considé- 
rablement. La  Compagnie  «  The-Ouro-Preto  gold  mines  »  expose 
des  pyrites  arsenicales  donnant  près  de  200  grammes  à  la  tonne  ; 
celle  de  «  St-John  del  ltey  »,  un  bloc  de  pyrite  de  même  nature 
rendant  82  grammes  à  l'essai.  Mais,  d'un  autre  côté,  cette  teneur 
est  généralement  constante  et  à  une  profondeur  verticale  de 
G00  mètres.  La  mine  de  Morro-Yelho  rendait  encore,  en  1886, 
17  grammes  par  tonne,  lorsque  à  une  profondeur  de  moins  de 
100  mètres  cette  teneur  était  à  peu  près  la  même  ou  même  infé- 
rieure. 

Les  couches  oVItabirilcs  aurifères  forment  un  gisement  spécial 


MINÉRALOGIE.  69 

et  particulier  au  Brésil.  Ces  roches,  comme  nous  l'avons  déjà  dit, 
sont  formées  de  fer  oligiste  et  de  quartz  avec  proportions  variables 
d'oxyde  de  manganèse  et  souvent  un  peu  de  lithomarge.  Elles 
occupent  en  général  la  partie  supérieure  des  terrains  archéens 
de  Miuas-Geraes.  Leur  structure  est  en  général  schisteuse,  leur 
consistance  peu  considérable,  et  fréquemment  au  milieu  d'elles 
apparaissent  d'énormes  couches  friables  de  même  nature,  dési- 
gnées sous  le  nom  de  Jacoutinga,  et  qui  souvent  contiennent  de 
l'or.  Ce  métal  en  général  y  est  disséminé  irrégulièrement,  mais  il 
forme  souvent  de  véritables  lignes  de  plusieurs  centimètres  de 
grosseur  apparaissant  au  milieu  de  la  roche  noire  comme  des 
cordons  jaunes.  Ces  gisements  sont  alors  d'une  richesse  extraor- 
dinaire, comme  on  peut  le  voir  par  les  échantillons  exposés  par 
la  Compagnie  «  Dom-Pedro-North-del-Rey  »  qui  exploite  la  mine 
de  Maquiné  (municipe  de  Marianna),  dont  quelques-uns  fournis- 
sent à  l'essai  plus  de  81  kilogrammes  par  tonne.  Cette  même 
exploitation  a  extrait,  en  1868,  103  tonnes  de  minerai  qui  ont 
donné  124  kilogrammes  d'or.  La  roche  étant  très  friable,  l'or  en 
général  en  petites  écailles  ou  en  pépite  de  grosseur  notable,  la 
séparation  est  facile  et  peu  coûteuse.  Les  plus  célèbres  de  ces 
mines  sont  celles  de  :  Gongo-Socco  (municipe  de  Caêté)  dont  les 
travaux,  commencés  en  1826,  interrompus  en  1856,  avaient  pro- 
duitpour  1.118. 195  livres  sterlingd'or;  de  Cocaes(dansle municipe 
de  Santa-Barbara)  dont  on  peut  voir  des  échantillons  exposés  ; 
de  Pitanguy,  Agua-Quente  (dans  le  même  municipe)  ;  Taquaril 
(dans  celui  de  Sabarâ),  qui  toutes  ont  produit  des  quantités 
considérables  d'or.  L'or  des  itabirites  est  souvent  allié  au  palla- 
dium ;  les  orpailleurs,  qui  aujourd'hui  lavent  les  sables  des 
petits  cours  d'eau  aux  environs  de  Gongo-Socco,  en  extraient  de 
couleur  noirâtre  qui  contient  jusqu'à  12  p.  100  de  palladium. 

Six  Compagnies  étrangères  poursuivent  des  exploitations  d'or 
à  Minas  ;  cinq  ont  leur  siège  à  Londres,  la  sixième  à  Paris.  Ce 
sont: 

«  St-John  del  Rey  gold  mines,  limited  »,  siège  à  Londres, 
capital  social  253.000  livres  sterling,  ou  environ.       6.388.000  fr. 

«  Santa-Barbara  Gold  mine,  limited  »,  siège  à 
Londres,  capital  social  60.000  livres,  ou 1.515. 000 

«  Pitanguy  »,  siège  à  Londres,  capital  social 
25.000  livres,  ou 031 .  000 


A  reporter 8.534.000  fr. 


70  LE     BRÉSIL    EN     18  89. 

Report 8.534.000  fr. 

Dom  Pedro  North  del  Itey  »,  siège  à  Lon- 
dres, capital  social  125.000  livres,  ou 3.19G.000 

«  The  Ouro-Preto  Gold  mines,  limited»,  siège 
à  Londres,  capital  social  800.000  livres,  ou 10.100.000 

«  Compagnie  des  mines  d'Or  de  Faria»,  siège 
à  Paris,  capital  social 1 .800.000 


Soit  la  somme  totale  de 23.590.000  fr. 

engagée  dans  les  exploitations  d'or  de  Minas.  Ce  chiffre  serait 
bien  plus  considérable  si  on  y  ajoutait  celui  des  capitaux  de 
Compagnies  possédant  encore  des  mines  dans  la  province,  mais 
dont  les  travaux  sont  arrêtés  depuis  plusieurs  années. 

La  Compagnie  de  St-Jolm  del  Rey  exploite  depuis  1835  un 
filon  de  pyrites  arsenicales  au  lieu  dit  Morro-Velho,  près  du  bourg 
de  Congonhas,  à  12  kilomètres  au  sud  de  la  ville  de  Sabarâ.  La 
partie  riche  du  filon  forme  une  espèce  de  colonne  inclinée  de  45° 
sur  l'horizon;  sa  puissance  moyenne  peut  être  évaluée  à  8 mètres 
sur  une  extension  de  plus  de  100  mètres.  Les  travaux  ont  été 
poursuivis  depuis  1835  et  à  peine  interrompus  en  1867  par  un 
incendie,  et  en  1886  par  un  éboulement  qui  les  a  fait  provisoi- 
rement suspendre,  lorsqu'ils  atteignaient  une  profondeur  de  plus 
de  600  mètres,  jusqu'à  l'achèvement  de  nouveaux  puits.  De  1835 
à  1887,  la  quantité  d'or  fourni  par  cette  mine  atteint  en  nombre 
rond  près  de  50.000  kilogrammes.  En  estimant  à  2.800  francs  le 
prix  du  kilogramme  d'or  au  titre  de  19  à  20  on  trouve  140.000.000 
de  francs  pour  la  valeur  de  l'or  produit  par  la  mine  pendant  ce 
laps  de  temps.  A  ce  chiffre  il  faudrait  ajouter  celui  de  l'or  extrait 
de  1725  à  1835,  presque  un  siècle,  temps  pendant  lequel  la  mine 
a  été  exploitée  par  des  particuliers.  La  production  la  plus  élevée 
correspond  à  l'année  1875;  elle  a  été  de  2.170  kilogrammes, 
chaque  tonne  de  minerai  produisant  34  gr.  7  d'or.  La  moyenne 
de  vingt  années,  de  1855  à  1875,  a  donné  18  gr.  d'or  par  tonne;  en 
1886,  cette  moyenne  pour  10  mois  de  l'année  a  été  de  16  gr.  5. 
La  teneur  réelle  doit  être  environ  de  un  quart  supérieure  à  ce 
chiffre  par  suite  des  pertes  qui  se  produisent  dans  la  préparation 
mécanique.  La  richesse  de  certaines  parties  du  filon  est  beaucoup 
plus  considérable,  comme  on  peut  le  voir,  dans  le  bloc  de  pyrites 
arsenicales  qui  donne  à  l'essai  82  gr.  d'or.  L'importance  de  cette 
exploitation  est  considérable;  en  pleine  activité  elle  occupe  plus 


MINÉRALOGIE. 


71 


de  1.200  ouvriers  de  toute  qualité,  et  extrait  en  moyenne  près  de 
150  tonnes  de  minerai  par  jour;  elle  peut  être  considérée  actuel- 
lement comme  le  type  des  grandes  mines  d'or  de  l'Amérique 
autant  par  la  puissance  du  filon  que  par  l'ensemble  des  procèdes 
qui  mit  été  adoptés  pour  l'extraction  de  l'or. 

Depuis  huit  ans,  la  même  Compagnie  exploite  à  13  kilomètres 
de  la  ville  de  Sabarâ  un  autre  gisement  de  pyrites  aurifères  au 
village  de  Cuyabâ.  Les  couches  de  minerai  sont  très  puissantes, 
mais  leur  teneur  en  or  est  bien  moindre  que  celle  de  Morro-Velho. 
Du  1er  mars  1887  au  27  février  1888,  la  mine  a  produit  87  kilo- 
grammes d'or.  L'or  extrait  ne  dépasse  pas  une  moyenne  de 
5  gr  5  par  tonne,  mais  de  même  que  dans  les  autres  mines,  on 
pe^ut  rencontrer  des  parties  plus  riches,  comme  celles  exposées 
par  l'Ecole  des  Mines  provenant  de  cette  localité  et  donnant  à 
l'essai  il  gr.  d'or  par  tonne. 

La  mine  de  Panj  appartient  à  la  Compagnie  de  «  Santa-Barbara 
Gold  Mine»;  elle  est  située  près  du  village  de  San-Francisco, 
dans  le  municipe  de  Santa-Barbara,  à  12   kilomètres  environ  de 
cette  ville.  La  gangue  de  l'or  est,  comme  à  Morro-Velho,  la  pyrite 
arsenicale,  à  laquelle  il  faut  joindre  les  grenats,  l'amphibole  et 
quelques  autres  minéraux.  Le  filon  dirigé  nord-sud  est  nettement 
intercalé  au  milieu  des  schistes  micacés  et  amphibolifères  qui  en 
forment  le  toit  et  le  mur,  et  dont  il  suit  les  ondulations;  c'est  un 
filon-couche   dont  l'inclinaison  vers  l'ouest  varie  de  30°  à  40°. 
Comme  à  Morro-Velho,  le  minerai  est  broyé  dans   des  bocards, 
dont  le  sabot  en  fer  est  fabriqué  dans  les  petites  forges  du  pays. 
La   préparation    mécanique   laite   sur   des    tables  inclinées   est 
complétée  par  l'amalgamation  dans  des  tonneaux.  La  Compagnie 
a  commencé  ses  travaux  en  1862,  et  la  mine  a  produit  jusqu'à 
ce   jour    2.038  kilogrammes  d'or.  Actuellement    la   Compagnie 
emploie  trois  cents  personnes,  mineurs  ou  ouvriers  de  la  surface. 
En  1887,  la  quantité  d'or  extrait  s'est  élevée  à  196  kilogrammes, 
la  teneur  moyenne  a  été  de  11  grammes  par  tonne;  mais,  comme 
les  pertes  sont  plus  considérables  qu'à  Morro-Velho,  j'estime  à 
environ  18  grammes  d'or  par  tonne  la  teneur  réelle  du  minerai. 
La   Compagnie    The  Ouro-Preto   gold  Mme    a   commencé  ses 
travaux  en  1884  dans  les  quatre  mines  de  Passagem,  Raposos, 
Espirito-Santo  et  Borges.  Aujourd'hui  ses  efforts  se  sont  concen- 
trés sur  le  gisement  de  Passagem,  situé  dans  le  village  du  môme 
nom,  sur  la  route   d'Ouro-Preto   à  Marianna,  à  7  kilomètres  de 
la  première  de  ces  villes.  Le  filon  appartient  à  la  môme  catégorie 


72  LE     BRESIL     EN      1889. 

qus  celui  de  Pary;  il  est  intercalé  au  milieu  de  schistes  micacés 
qui  forment  le  muret  des  itabiritesau  toit;  sa  direction  est  nord- 
est,  sud-ouest;  son  inclination  vers  le  sud-est  est  en  moyenne  de  20°, 
sa  puissance  est  variable  comme  on  peut  le  voir  sur  les  sections 
de  la  mine  exposées  par  la  Compagnie,  mais  elle  atteint  souvent 
plus  de  5  mètres.  La  gangue  de  l'or  est  encore  le  quartz,  la  pyrite 
arsenicale  accompagnée  de  pyrite  martiale,  la  pyrite  magnétique, 
le  bismuth, les  grenats,  la  galène,  etc.  La  Compagnie  emploie  plus 
de  500  ouvriers.  Le  minerai  est  broyé  sous  56  bocards  ordinaires 
et  20  du  système  californien.  L'amalgamation  présente  le  fait 
particulier  de  fournir  une  quantité  notable  de  bismuth  qui  passe 
à  l'état  d'amalgame  liquide  avec  une  proportion  notable  d'or.  Au 
mois  de  novembre  1888  la  quantité  de  minerai  traité  a  été  de 
1.930  tonnes,  qui  ont  fourni  21.268  grammes  d'or,  12  grammes 
environ  par  tonne,  et  plusieurs  kilogrammes  de  bismuth.  Comme 
on  peut  le  voir  par  les  beaux  échantillons  de  pyrites  arsenicales 
à  grains  fins  exposés  par  la  Compagnie,  cette  teneur,  dans 
certaines  parties  du  filon,  est  beaucoup  plus  considérable.  Le 
titre  de  l'or  est  un  des  plus  élevés  de  la  province  de  Minas,  il  ne 
descend  pas  au-dessous  de  23  karats  au  958.  En  1887,  la  mine 
a  fourni  270  kilogrammes  d'or;  cette  production  va  augmentant 
chaque  jour  par  suite  du  développement  des  travaux.  A  Raposos, 
les  travaux  sont  beaucoup  moins  importants  ;  le  gisement  consiste 
en  une  série  de  colonnes  riches  placées  dans  des  couches  de 
schistes,  relevées  vers  Test;  la  production  journalière  y  est  d'en- 
viron 65  grammes  d'or. 

La  mine  de  Faria  appartient  à  la  Compagnie  des  Mines  d'Or 
de  Faria,  dont  les  travaux  préliminaires,  commencés  depuis  un 
peu  plus  d'un  an,  ne  tarderont  pas  à  être  terminés.  Le  filon  auri- 
fère, dont  l'exploitation  est  entreprise,  est  situé  dans  le  municipe 
de  Sabarâ,  à  quelques  kilomètres  de  distance  de  celui  de  Morro- 
Velho.  La  gangue  de  Tory  est  constituée  par  des  pyrites  de  fer  qui 
ont  été  exploitées  jusqu'à  une  petite  profondeur  par  les  anciens 
propriétaires,  qui  à  l'aide  de  procédé  très  imparfaits  retiraient 
24  grammes  d'or  par  tonne.  L'exploitation  d'or  de  Faria  qui,  dans 
peu  de  temps,  entrera  comme  facteur  dans  la  production  de  For  à 
Minas,  est  déjà  remarquable  par  son  installation,  où  se  trouve 
une  application,  unique  au  Brésil  et  peut-être  dans  l'Amérique 
du  Sud,  du  transport  au  moyen  de  l'électricité  de  la  force  néces- 
saire aux  principes  d'épuisement  et  à  l'extration  du  minerai. 

Le  gisement  de  Maquiné  appartient  au  type  déjà  indiqué  des 


MINÉRALOGIE.  73 

itabirites  friables,  où  l'or  est  placé  au  milieu  de  ces  roches  à  fer 
oligiste.  La  mine  est  située  à  3  kilomètres  de  la  ville  de 
Marianna,  à  15  kilomètres  de  celle  d'Ouro-Preto;  elle  appartient 
à  la  Compagnie  «  Dom  Pedro  Northdel  Rey»  qui  l'exploite  depuis 
1865.  Depuis  cette  époque  jusqu'à  Tannée  1868  elle  a  produit 
2.427  kilogrammes  d'or,  et  aurait  payé  cent  pour  cent  du  capital 
employé  dans  l'exploitation.  Après  plusieurs  années,  les  travaux 
on  été  arrêtés  par  les  eaux,  à  une  profondeur  relativement  peu 
considérable,  où  le  minerai  conservait  encore  une  grande  richesse. 
On  peut  se  faire  une  idée  de  sa  richesse  par  la  «  Jacoutinga  », 
exposée  par  la  Compagnie,  où  il  est  facile  de  séparer  à  la  main 
des  pépites  d'or.  Les  couches  superficielles,  par  de  simples 
lavages  à  la  batêa,  ont  produit,  encore  en  1888,  3  à  4  kilogrammes 
d'or  par  mois. 

Les  mines  de  Jacoutinga  aurifère  sont  à  peine  représentées 
aujourd'hui  par  celles  de  Maquiné,  de  Pitanguy  et  d'Itabira-de- 
Matto-Dentro  ;  cette  dernière,  exploitée  par  de  simples  travail- 
leurs, a  produit  encore,  en  1888,  40  kilogrammes  d'or. 

Le  nombre  de  celles  qui  ont  été  abandonnées,  soit  à  cause  de 
l'invasion  des  galeries  par  les  eaux,  soit  à  cause  de  l'irrégularité 
de  la  teneur  en  or,  qui  disparait  presque  complètement  à  certains 
moments,  est  considérable  ;  je  citerai  celles  de  Cocaes,  Taquaril, 
Agua-Quente  et  la  plus  célèbre  de  toutes,  celle  de  Gongo-Socco. 


A  ces  grandes  Compagnies,  qui  forment  comme  l'aristocratie 
des  mineurs  du  Brésil,  il  faut  joindre  à  Minas-Geraes  une  série 
de  petites  exploitations,  appartenant  à  des  particuliers  et  dont  le 
nombre  s'élève  actuellement  à  24.  Chacune  d'elles  a  un  petit 
moulin  à  or  de  4  à  10  bocards  ;  quelques-unes  comptent  seule- 
ment deux  ou  trois  travailleurs,  dont  fait  presque  toujours  partie 
le  propriétaire  ;  d'autres  en  ont  de  15  à  20.  En  général  elles  sont 
établies  sur  des  filons  de  quartz  d'où  l'or  est  plus  facile  à  extraire 
par  de  simples  lavages  à  la  batêa,  après  que  les  sables  ont  été 
enrichis  sur  des  tables  inclinées  ou  dans  des  canaux  par  un 
système  qui  au  siècle  dernier  était  généralement  employé  au 
Brésil.  C'est  un  phénomène  curieux  même  à  observer  à  Minas- 
Geraes  que  de  voir  avec  quelle  facilité  des  gens  ayant  quelques 
économies  n'hésitent  pas  à  les  hasarder  dans  une  exploitation 
d'or,  espérant  presque  toujours  arriver  plus  tard  à  vendre  leur 
mine   à   une  Compagnie    pouvant  disposer  de   ressources  plus 


74  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

considérables.  Dans  cette  province  on  ouvre  une  galerie,  on 
creuse  an  puits,  on  installe  une  pompe  avec  la  môme  facilité 
qu'ailleurs  on  défriche  an  champ.  Les  plus  intéressantes  de  ces 
exploitations  (et  qui  se  sont  fait  représenter  à  l'Exposition  par 
de  beaux  échantillons)  sont  celles  groupées  autour  de  la  ville  de 
Gaêté,  San-Luiz-do-Encanto,  Carrapatos,  Serro,  et  plusieurs  autres 
qui  n'ont  pas  envoyé  de  minerai;  celles  de  Tillage,  deSumidouro 
et  de  Barri  (dans  le  municipe  de  Santa-Barbara)  et  celle  de  Cata- 
Preta,  une  des  plus  anciennes  du  pays,  car  sa  découverte  daterait 
de  1690. 

La  mine  de  San-Luiz-do-Encanto,  appartenant  à  M.  Luîz 
A.ugusto  de  Figueiredo,  consiste  en  un  filon  irrégulier  de  quartz 
où  l'or  est  accompagné  de  pyrites  diverses,  de  galène  et  de 
stibure.  Celle  de  Carrapatos  se  trouve  dans  les  mêmes  conditions; 
mais  il  existe  aussi  une  couche  de  quartzite,  avec  pyrites  mar- 
tiales aurifères.  Les  exploitations  du  Sumidouro  sont  établies  sur 
un  filon  composé,  formé  de  petites  veines  de  quartz  granuleux 
avec  limonite,  oxyde  de  manganèse  cobalteux  et  rarement  des  py- 
rites martiales.  Les  schistes  en  contact  contiennent  aussi  de  for. 
Le  filon,  dont  la  direction  est  nord-sud,  a  une  extension  de  plu- 
sieurs lieues,  et  depuis  plus  d'un  siècle  il  est  exploité  à  ciel  ouvert 
en  divers  points.  Les  mines  du  village  de  Barra  appartiennent  à  la 
famille  Penna.  Dans  celle  dite  de  Barra,  l'or  se  rencontre  dans  un 
filon  de  limonite  provenant  certainement  de  la  décomposition  de 
pyrites  et  offrant  un  intérêt  particulier.  Des  échantillons  de  ce 
chapeau  de  filon  rendent  15  gr.  d'or  à  la  tonne,  teneur  qui  s'élève 
à  45  gr.  pour  des  concrétions  ferrugineuses.  Ce  filon  est  accom- 
pagné de  quartzite  sableux,  de  sables  ocreux,  de  limonite  et 
hématite  concrétionnés,  dont  on  peut  voir  des  échantillons  rendant 
jusqu'à  260  gr.  d'or  par  tonne.  La  mine  de  San-Bento  se  trouve 
dans  les  mêmes  conditions,  et  son  propriétaire,  M.  Domingos 
Penna,  expose  des  sables  ocreux  contenant  de  30  à  75  gr.  d'or 
par  tonne.  Ces  mines  ont  été  exploitées  à  ciel  ouvert  dès  le  com- 
mencement du  siècle;  aujourd'hui  les  propriétaires  ont  ouvert 
des  galeries  et  occupent  en  moyenne  quinze  ouvriers  par  jour. 


De  1700  a  1820,  d'Eschwege  estime  à  1.404.965  livres  troy  ou 
531.403  kilogrammes  l'or  produit  par  Minas-Geraes,  ce  qui  donne 
une  moyenne  annuelle  de  4.450  kilogrammes.  De  1820  à  18G0,  la 
production  de  cette  province,    d'après  Henwood,  aurai!  été  de 


MINÉRALOGIE.  75 

171.000  livres  troy  ou  63.825  kilogrammes,  en  moyenne  par  an 
1.535  kilogrammes.  De  1800  à  ISSS,  j'évalue  à  G0. 000  kilogrammes 
cette  production,  ch  iflVe  qui  n'est  certainement  pas  exagéré,  vu  que 
pendant  cette  période  la  mine  de  Morro-Velho  a  été  en  pleine 
activité,  ainsi  que  celles  de  Morro-Santa-Anna,  Taquaril,  Morro- 
San-Vicente,  Roça-Grande,  [tabira;  la  moyenne  de  la  production 
annuelle  aurait  été  alors  de  2.142  kilogrammes.  Donc, en  résumé, 
d'après  les  calculs  qui  offrent  le  plus  de  garanties,  la  province  de 
Minas  a  elle  seule,  de  1700  à  1888,  aurait  produit  658.228  kilo- 
grammes d'or,  soit,  en  estimant  à  2.800  francs  le  kilogramme  d'or, 
une  somme  de  plus  de  1  milliard  813  millions  de  francs!  Et  les 
mines  sont  loin  d'être  épuisées.  Quelques-unes  même  sont  à  peine 
effleurées!  Castelnau,  dans  le  récit  de  son  expédition  dans 
l'Amérique  du  Sud,  évalue  cette  production  à  un  chiffre  beaucoup 
plus  élevé  qui  atteindrait  en  1849  près  de  5  milliards  de  francs  ! 
A  ce  chiffre  il  faudrait  joindre  l'or  produit  parles  autres  provinces 
—  Bahia,  Maranhâo,  San-Paulo,  Paranâ,  Rio-Grande-du-Sud, 
Goyaz  et  Matto-Grosso  —  qui,  d'après  le  même  auteur,  atteindrait 
la  valeur  de  500  millions  !  Ce  dernier  chiffre  ne  me  paraît  pas 
exagéré,  car  Goyaz  et  Matto-Grosso  ont  été  pendant  longtemps  des 
centres  de  production  très  actifs.  La  statistique  est  d'ailleurs 
d'autant  plus  difficile  à  faire  qu'une  partie  de  l'or  extrait  par  les 
orpailleurs  reste  dans  le  pays,  où  il  est  transformé  en  bijoux  ou 
même  gardé  à  l'état  de  poudre,  et  à  Minas-Geraes,  dans  bien  des 
familles,  il  existe  de  ces  petits  trésors  conservés  avec  soin  ! 

A  Goyaz,  près  de  Meia-Ponte,  une  Compagnie  formée  dans  le 
pays,  au  capital  de  700  contos  de  réis,  environ  2  millions,  exploite 
un  dépôt  superficiel  aurifère  provenant  de  la  décomposition  des 
roches  sous  jacentes. 

A  Rio-Grande-du-Sud,  plusieurs  concessions  ont  été  accordées 
dans  les  municipes  de  Caçapâva  et  de  Bagé,  et  quelques  particu- 
lier- exploitent  des  filons  de  quartz  compacte  avec  pyrites 
martiales. 

Dans  la  province  de  Bahia,  près  de  Jacobina,  une  Compagnie 
au  capital  de  700.000  francs  a  commencé  des  travaux  d'ex- 
ploitation sur  un  gisement  d'une  roche  fournissant  des  sables 
quart/eux  ([ni  donnent  à  Tessai  116  gr.  d'or  par  tonne  au  titre 
de  21  k.  5. 

II.  Mines  de  diamants.—  L'existence  des  diamants  dans  les 
terrains  aurifères  du  nord  de  la  province  de  Minas-Geraes  a  été 


7G  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

connue  avec  certitude  en  1789.  Depuis  cette  époque  jusqu'à  nos 
joins  cette  province  n'a  jamais  cessé  de  fournir  chaque  année  des 
quantités  notables  de  cette  pierre  précieuse.  Cette  production  a 
notablement  diminué  pendant  ces  dernières  années,  surtout 
depuis  1870,  par  suite  de  la  baisse  considérable  des  prix  produite 
par  La  quantité  de  diamants  que  les  mines  du  Cap  de  Bonne- 
Espérance  versent  tous  les  ans  dans  le  commerce.  Ce  n'est  qu'à 
la  qualité  supérieure  des  brillants  du  Brésil,  à  leur  éclat,  à  leur 
pureté  que  leur  valeur  a  pu  se  maintenir  à  un  taux  qui  a  sauvé 
d'une  ruine  complète  les  exploitations  du  pays. 

Aujourd'hui,  malgré  ces  conditions  défavorables,  dans  tous 
les  bassins  diamantifères  du  Brésil  on  trouve  encore  des  tra- 
vailleurs, dont  les  découvertes  journalières  montrent  que  ces 
gisements  ne  sont  pas  épuisés.  Ils  sont  situés  dans  les  provinces 
de  Minas-Geraes,  Bahia,  Paranâ,  Goyaz,  Matto-Grosso  et  San- 
Paulo.  Dans  d'autres  provinces  l'existence  de  cette  pierre  pré- 
cieuse a  été  signalée,  mais  je  ne  m'occuperai  que  des  gisements 
ayant  quelque  importance  et  dont  la  situation  est  bien  connue. 

C'est  encore,  comme  pour  l'or,  la  province  de  Minas-Geraes 
qui  est  la  plus  riche.  Dans  cette  province  comme  dans  les  autres 
le  diamant  est  exploité  dans  des  dépôts  aV  allumons  quaternaires.  On 
ne  connaît  encore  que  deux  gisements  faisant  exception  à  cette 
règle,  que  jusqu'à  ces  dernières  années  on  considérait  comme 
générale.  Dans  la  province  de  Minas-Geraes  les  gisements  les  plus 
importants  sont  ceux  de  Cocaes,  à  dix  lieues  au  nord  de  la  ville 
d'Ouro-Preto;  de  Diamantina,  le  plus  important  de  tous,  qui 
comprend  une  bande  de  terrain  de  plus  de  200  kilomètres  de 
longueur,  sur  quelques  lieues  de  largeur  appartenant  aux  bassins 
du  Jequitinhonha,  du  Rio-Dôce  et  du  San-Francisco,  depuis  la 
vallée  de  Conceiçào  jusqu'au  Jequitahy  ;  de  Gram-Mogol,  dans  le 
bassin  du  Jequitinhonha  ;  de  l'Abaeté  affluent  du  San-Francisco; 
de  Bagagem,  dans  celui  du  Paranà. 

Dans  la  province  de  Bahia,  les  terrains  diamantifères  couvrent 
de  vastes  surfaces  dans  le  municipe  de  Rio-das-Contas,  compris 
dans  le  bassin  du  Paraguassû,  autour  des  villes  de  Lençoes  et  de 
Sincoral  ;  c'est  même  sous  cette  dénomination  que  sont  connus 
les  gisements.  Dans  le  bassin  du  Rio-Pardo,  près  de  son  embou- 
chure, il  yaà  peine  deux  ans,  ont  été  découverts  d'autres  placers 
diamantifères  qui  portent  le  nom  de  Canavieiras. 

A  Paranâ,  les  graviers  diamantifères  du  rio  Tibagy  sont 
exploités  par  une  Compagnie. 


M I  N  E  R  A  L  0  G  IB. 

ats  se  présentent  partout  avec  les  mêmes  carac- 
- ,s oit  sur  leurs  rives,  soit  sur  des 
plateaux  traversés  petits  cours  d'eau  presque  à  sec  pen- 

dant Pété,  soit  même  au  milieu  des  g     -   -      -  montagnes. 

Qs  sont  formés  d'un  lit  de  cailloux,  Cascalho,  des  mineurs, 
uns  le  lit  des  rivières  el  recouverts  d'une  couche  de 
sables  plus  ou  moins  argileux,  à  angles  à  peine  usés,  «  gour- 
goulho  dans  les  montagnes  et  sur  quelques  plateaux,  et  alors  à 
fleur  de  terre.  Les  éléments  de  ces  graviers  appartiennent  à  un 
grand  nombre  de  minéraux  dont  près  de  40  espèces  ont  été  déter- 
minées par  moi  et  dont  on  peut  voir  une  collection  exposée  par 
les  Mines  d'Ouro-Preto. 

-  minéraux  forment  comme  les  satellites  des  diamants:  les 
plus  fréquents  et  les  plus  abondants  sont  les  oxydes  de  titane. 
rutile  [Agulhas  des  mineurs),  anatase  (Siricoria  ,  rutile  pseumor- 
phose   de    L'Anatas  tourmalines    roulées 

/       tes),   alumine   hydratée  avec  acide  phosphorique  et  terres 

-  de  la  famille  du  cérium    F   tas),  oxydes  de  fer,  hématite, 

-  neril,  cabocl  .jtc. 

A.  ces  es         -         .aunes  il  faut  joindre  des  minéraux  consi- 

-  jusqu'à  présent  comme  très  rares, la  xénotime,  la  monazite. 
].'  -       en  grains,  en  paillettes  dans  tous  les  gisements 

diamantifères  et  suffit  quelques  fois  à  payer  les  frais  d'une  exploi- 
tation ;  le    platine,  moins  fréquent,,   se  trouve  surtout  dans  les 

-  les  environs  de  la  ville  du  Serro. 

Dans  le  gisement  de  San-Joâo-da-Chapada,  à  30  kilomètres  à 

l'ouest  de  la  ville  de  Diamantina,  le  diamant  se  trouve  en  place  et 

iploité  au  milieu  de  schistes  altérés,  souvent  transformés  en 

s  de   liverses  couleurs,  dont  l'Ecole  des  Mines  d'Ouro-Preto 

a  au-  -  élection.  Ces  schistes,  souvent  imprégnés 

de  petits  cristaux  octaè'driques  de  martite,  sont  traversés  par  des 

veines  de  quartz  avec  oxyde  de  titane,  comme  ceux  où  se  trouvent 

placés      -  gisements  de  topazes  des  environs  d'Ouro-Preto,  et  ils 

appartiennent  au  même  horizon  géologique.  Auprès  de  la  ville  de 

Grau.        .       le  diamant  se  trouve  dans  des  quartzites  micacés  ou 

lumites  passant  à  des  poudingues,  où  les  galets  de  quartz  se 

fondent  dans  une  roche  de  même  nature  que  la  précédente. 

La  recherche  du  diamant  est  partout  précédée  de  celle  du 
gravier  qui  annonce  sa  présence,  et  la  découverte  d'un  gise- 
ment non  encore  exploité  d'un  de  ces  dépôts  d'alluvions  est  tou- 
jours suivie  de  celle  de  cette  pierre  précieuse.   Dans  le  Jequiti- 


78  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

nhonha  quelques  mètres  cubes  de  graviers  accumulés  dans  des 
marmites  de  géants  creusées  dans  le  lit  de  la  rivière  ont  souvent 
fourni  pour  plus  d'un  million  de  francs  de  diamants.  Les  travaux 
sont  faits,  soit  par  des  ouvriers  isolés,  orpailleurs  du  diamant, 
connus  sous  le  nom  de  Garimpeiros,  ou  par  des  associations  for- 
me, s  dans  le  pays.  Les  premiers  ne  peuvent  travailler  que  dans 
les  lits  des  petits  cours  d'eau,  sur  les  rives  des  rivières  ou  dans 
les  dépôts  superficiels  des  plateaux.  Les  autres  entreprennent 
souvent  des  travaux  considérables  pour  dessécher  le  lit  de  cours 
d'eau  exigeant  l'installation  de  pompes  d'épuisement,  la  cons- 
truction de  barrages  importants.  Dans  tous  les  cas,  le  gravier 
découvert  est  lavé  par  des  procédés  très  simples,  ou,  après  un 
simple  débourbage,  le  diamant  est  séparé  dans  des  toeasplus  pro- 
fondes que  celles  qui  servent  à  l'extraction  de  l'or.  Le  bassin  de 
Diamantina  est  le  seul  où  subsistent  encore  les  exploitations  en 
grand,  et  leur  nombre  a  beaucoup  diminué;  partout  ailleurs  on 
ne  rencontre  plus  que  des  travailleurs  isolés.  Les  centres  les  plus 
productifs  sont  ceux  du  Serro,  de  Diamantina,  qui  se  subdivisent 
en  un  grand  nombre  de  petits  districts,  comme  ceux  de  Curra- 
linho,  Gaêté-Mirim,  Jequitahy,  etc.,  de  Terra  Branca,  de  Gram- 
Mogol,  de  Sincoral  et  de  Canavieiras,  ces  deux  derniers  dans  la 
province  de  Bahia. 

En  général  les  diamants  du  Brésil  sont  bien  cristallisés,  inco- 
lores, les  pierres  colorées  sont  rares,  et  de  belle  eau.  Le  Boort 
et  le  Carbonado  ou  diamant  noir  sont  beaucoup  plus  rares. 
Ce  dernier  vient  surtout  des  gisements  de  Bahia,  mais  on  le 
rencontre  aussi  fréquemment  dans  le  district  de  Terra-Branca, 
province  de  Minas-Geraes.  Le  Brésil  n'a  guère  fourni  de  gros 
diamants,  et  parmi  les  parangons  on  ne  peut  citer  avec  certi- 
tude que  l'Etoile  du  Sud,  découverte  en  1853  dans  le  district  de 
Bagagem,  pesant  brut  254  karats  5  et  après  la  taille  125  karats  5, 
et  le  diamant  de  M.  Dresden,  découvert  dans  la  même  localité 
en  1857,  pesant  117  karats  5  et  après  la  taille  7G3  karats  5.  Tous 
deux  appartiennent  aujourd'hui  à  un  prince  de  l'Inde,  et  ont  été 
achetés,  le  premier  deux  millions  de  francs,  le  second  un  million 
de  francs.  Les  petits  diamants  connus  sous  le  nom  de  «  vitriers  » 
sont  assez  fréquents. 

Il  y  a  quelques  années  le  Brésil  exportait  tous  ses  diamants  à 
l'état  brut;  aujourd'hui  une  partie  est  taillée  dans  le  pays.  Dans 
le  municipe  de  Diamantina  on  compte  19  tailleries  occupant 
146  ouvriers,  taillant  460  karats  de  diamants  par  mois  au  prix 


MINÉRALOGIE.  79 

de  5.000  réis  le  karat  ou  environ  1  \  francs.  Dans  la  ville  de  Serro, 

il  existe  une  taillerie  et  dans  celle  de  Jequitahy  deux.   Une  partie 

s  diamants  est  montée  dans  le  pays,  l'autre  est  exportée. 

Je    n'ai  «les  données  exactes  sur  la  production  des  diamants 

que  pour  la  province  Minas-Geraes : 
Le    district  de  Diamantina    a 

produit  en  1S87 3.481  grammes  de  diamants. 

Celui  du  Serro 717         —  — 

1).'  Gram-Mogol 537        —  — 

De  Jequitahy 788        —  — 

J'estime  à 150  grammes 

ceux  des  antres  localités,  ce  qui 

donne   pour    la    production    de 

Minas-Geraes  en  1887.      .      .      .     5.673  grammes  de  diamants. 

Comme  les  diamants  sont  encore  exploités  à  Bahia,  dans  les 
districts  de  Sincoral,  Lençoes,  Bom-Jesus,  près  de  Franca  ;  dans 
la  province  de  San-Paulo,  à  Rio-Claro  :  à  Dois-Irmâos,  dans 
celle  de  Goyaz;  à  Matto-Grosso,  dans  un  grand  nombre  de  cours 
d'eau,  je  ne  crois  pas  être  au-dessous  de  la  vérité  en  évaluant  à 
8  kilogrammes  la  production  totale  du  Brésil.  Le  prix  moyen 
dans  le  pays  est  de  500  francs  par  octave  du  poids  de  3  gr.  589, 
et  par  conséquent  leur  vente  peut  avoir  produit  un  peu  plus  d'un 
million  de  francs.  J'ai  déjà,  dans  un  travail  publié  sur  ce  sujet, 
évalué  à  deux  tonnes  et  demie  la  production  de  cette  pierre 
précieuse,  jusqu'en  1830.  Comme  on  le  voit,  ce  chiffre  peut 
encore  être  considéré  comme  représentant  presque  exactement 
la  part  totale  du  Brésil  dans  le  commerce  du  diamant. 

III.  Mines  de  fer.  —  La  richesse  du  Brésil  en  minerais  de 
si  telle  que  dans  certaines  parties  de  la  province  de  Minas- 
Geraes,  des  minerais  de  première  qualité  sont  employés  aux 
usages  les  plus  vulgaires  :  pavage  des  rues,  construction  des 
murs  de  séparation  de  propriétés,  etc.  1  C'est  encore  cette  province, 
comme  pour  l'or  et  le  diamant,  qui  occupe  le  premier  rang  ; 
parmi  les  privilégiées,  viennent  ensuite  celles  de  San-Paulo, 
Santa-Catharina,  Matto-Grosso,  Goyaz,  Espirito-Santo,  Bahia  ;  et 
il  n'en  est  aucune,  je  crois,  où  l'on  ne  trouverait  quelque  gise- 
ment exploitable  pouvant  servir  à  la  fabrication  du  fer. 

A  Minas-Geraes,  les  minerais  de  fer  ne  forment  ni  filons  ni 
amas  profondément   enfouis   dans  le    sol,  mais  bien  d'énormes 


80  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

couches,  souvent  superficielles,  ou  dos  montagnes  de  centaines 
de  mètres  de  hauteur  1  Ils  appartiennent  à  deux  classes  bien 
distinctes:  celle  des  itabirites  et  celle  des  conglomérats  ferru- 
gineux ou  Canga.  Les  premières  roches  forment,  en  général, 
comme  il  a  été  indiqué  à  propos  de  For,  le  terme  supérieur  des 
terrains  archéens  de  Minas.  Lorsqu'elles  se  présentent  avec  leurs 
caractères  typiques,  elles  sont  formées  de  zones  parallèles,  souvent 
ondulées,  plissées,  d'oligiste  écailleux  et  de  quartz.  Parmi  les 
échantillons  exposés  par  la  Compagnie  Dom  Pedro-d'el-Rey  on 
en  voit  qui  donnent  une  idée  exacte  de  cette  structure.  Comme 
minéraux  accessoires,  les  oxydes  de  manganèse,  la  martite,  la 
magnétite,  la  lithomarge  y  sont  fréquents.  Je  n'y  ai  jamais  ren- 
contré de  sulfures.  Leur  consistance  est  en  général  assez  friable, 
la  structure  schisteuse  fréquente,  mais  souvent  la  roche  se 
réduit  à  une  masse  sableuse.  Le  quartz  venant  à  disparaître 
complètement,  elles  passent  à  des  roches  uniquement  formées 
de  fer  oligiste,  de  magnétite  et  d'oxyde  de  manganèse,  qui  repré- 
sentent les  plus  beaux  minerais  de  fer  que  l'industrie  puisse 
désirer.  Dans  ce  dernier  cas,  ce  sont  ou  des  couches  d'oligiste 
schisteux,  ou  des  amas  d'hématite  compacte,  ou  des  masses 
sableuses  d'oligiste  et  de  pyrolusite.  Tous  ces  différents  types 
sont  représentés  par  les  échantillons  qu'expose  l'Ecole  des  Mines 
d'Ouro-Preto.  Rarement  couvertes  par  des  couches  de  schistes 
argileux,  elles  sont  presque  toujours  à  fleur  de  terre,  et,  fréquem- 
ment, comme  à  Gandarela,  à  GO  kilomètres  au  nord  d'Ouro- 
Preto,  on  y  trouve  intercalées  de  puissantes  assises  de  calcaire 
cristallin.  Elles  ont  été  soumises  à  de  profondes  érosions,  et  les 
gisements  puissants  qu'elles  forment  encore  ne  représentent 
qu'une  faible  partie  de  l'extension  qu'elles  avaient  à  une  autre 
époque  géologique.  Leurs  débris  entraînés  par  les  eaux  sur  les 
flancs  des  montagnes,  où  se  sont  arrêtés  les  plus  gros  fragments, 
dans  le  fonds  des  vallées,  puis  cimentés  par  des  actions  secon- 
daires, ont  formé  la  deuxième  série  des  minerais  de  Minas- 
Gcraes,  représentée  par  le  conglomérat  ferrugineux,  connu  sous 
le  nom  de  Canga,  qui  donne  aux  régions  où  il  domine  un  aspect 
particulier  rappelant  celui  de  champs  de  laves  noires  solidi- 
fiées !  Ce  conglomérat  atteint  souvent  2  à  3  mètres  d'épaisseur, 
il  contient  les  mêmes  minéraux  que  les  itabirites  d'où  il  procède, 
aurifère  dans  certains  cas,  si  riche  en  magnétite  que  presque 
partout  il  rend  impossible  dans  le  pays  l'usage  de  la  boussole. 
Il  est  impossible  d'évaluer  même  approximativement  l'impor- 


MINERALOGIE.  81 

tance  totale  de  ces  minerais.  Ils  couvrent  les  flancs  des  monta- 
gnes, presque  sans  interruption,  sur  plus  de  200  kilomètres  de 
longueur.  Autour  d'Ouro-Preto  tous  les  mornes  en  sont  formés. 
Les  montagnes  de  Cocaes,  le  pic  d'Itabira-do-Campo,  d'Itabira- 
de-Matto-Dentro,  d'Itambé,  de  Morro-Gaspar-Soares  et  bien 
d'autres  en  sont  entièrement  constitués.  Sur  les  bords  du  Piri- 
cicaba,  affluent  du  Rio-Dôce,  dans  lesmunicipes  de  Bomfîm,  de 
Piumhy,  de  FAbacté  et  dans  d'autres  encore,  le  sol  en  est  couvert, 
alimentant  une  végétation  spéciale,  caractérisée  par  le  cinchonna 
ferruginea.  Autour  d'Ouro-Preto,  dans  un  rayon  de  10  kilomètres, 
j'évalue  à  plus  de  quarante  millions  de  mètres  cubes  la  masse 
des  itabirites  et  des  conglomérats  qui  couvrent  le  sol,  et,  à  plus 
de  100  millions  de  tonnes,  la  quantité  de  fer  qu'elle  peut 
fournir  ! 

Comme  qualité,  les  analyses  suivantes  montrent  la  valeur  des 
échantillons  exposés  par  l'École  des  Mines  d'Ouro-Preto  : 


1°  Hématite  compacte  de  Gandarela  : 

Sesquioxyde  de  fer 99.209  correspondant  à  69.666 

Sesquioxyde  de  magnésie 0.013                 de  fer. 

Chaux trace. 

Magnésie » 

Quartz  et  silice 0.240 

Acide  phosphorique 0.005  correspondant  à  0.0022 

Soufre 0.000      de  phosphore  0/0. 

Eau 0.455 

99.924 


2°  Oligiste   granuleux    de     Cacunda ,     près    Itabira-de-Matto- 
Dentro  : 

Sesquioxyde  de  fer 99.801  correspondant    à    69.86 

Sesquioxyde  de  magnésie 0.007  de  fer. 

Chaux trace. 

Silice 0.140 

Acide  phosphorique 0.003  correspondant  à  0.0024 

Soufre 0.000        de  phosphore  0/0. 

£au 0.000 

99.933 

6 


82  LK     BRÉSIL     EN     1880. 

o°  Itabirite  en  poudre  de  Gandarela  : 

Magnétite 83.83  correspondant  à  G8. 3  0/0 

Sesquioxyde  de  ffer .'{1.7:2  de  fer. 

Bioxyde  de  magnésie 0.7-4 

Quartz  et  silice 1.13 

Alumine 1.02 

Ct. aux 0.14 

Soufre 0.00 

Perte  par   calcination 1.41 

99. 99 

Dans  ces  minerais,  les  proportions  de  manganèse  sont  souvent 
plus  considérables;  dans  l'échantillon  exposé,  elles  dépassent  90/0, 
et,  dans  le  gisement  d'où  il  provient,  la  pyrolusite  forme  de 
petites  veines  et  souvent  des  amas. 

4°  Conglomérat  ferrugineux  (Canga)  de  Gandarda  : 

Sesquioxyde  de  fer 91 .49  correspondant 

Bioxyde  de  manganèse 0.27    à  64.04  0/0    de  fer. 

Quartz  et  silice 4.78 

Alumine 0.74 

Chaux 0.25 

.Magnésie traces. 

Acide  phosphorique » 

Soufre 0.00 

Perte  par  calcination 2.02 

100.15 

Les  conglomérats,  si  abondants  dans  la  province  de  Minas  et 
dont  le  traitement  au  haut  fourneau  est  facile,  offrent  une  compo- 
sition un  peu  variable:  l'acide  phosphorique  s'y  présente  souvent 
en  quantité  plus  notable,  mais  presque  partout  la  teneur  en  fer 
ne  descend  pas  au-dessous  de  60  0/0. 

Ces  minerais  sont  à  peine  utilisés,  encore  aujourd'hui,  dans 
un  certain  nombre  de  petites  forges,  disséminées  dans  la  pro- 
vince des  Minas  et  jalonnant  les  gisements  d'itabirite.  Le  fer  y 
est  préparé  par  la  méthode  directe,  soit  dans  des  fours  italiens, 
variante  du  procédé  catalan,  soit  dans  de  petits  fourneaux  à  cuve 


MINERALOGIE.  83 

femdinhos),  méthode  qui  parait  spéciale  à  la  province  des  Minas. 
Le  combustible  employé  est  le  charbon  de  bois  préparé  dans  des 
fosses  et  dont  le  prix  de  revient  varie  de  23  à  30  francs  la  tonne. 
Le  minerai  employé  est  le  fer  oligiste  pur,  provenant  des  itabi- 
rites  en  poudre,  Lavés  dans  un  petit  canal  ou  simplement  pris 
dans  le  cours  du  petit  ruisseau  le  plus  voisin.  La  valeur  du  mi- 
nerai est  si  minime  qu'elle  n'entre  pas  en  compte  dans  le  prix 
du  fer  préparé.  L'air  est  fourni  au  fourneau  par  une  trompe  ins- 
tallée sur  une  chute  d'eau  qu'on  trouve  facilement  dans  le  massif 
montagneux  de  la  province,  et  qui  sert  en  même  temps  de  force 
motrice.  J'estime  à  cent  le  nombre  de  ces  petites  forges  dont  le 
plus  grand  nombre  forment  cinq,  groupes  :  i°  celui  du  Gualaxo, 
à  l'est  d'Ouro-Preto;  2°  de  Gandarela  au  nord  ;  de  San-Miguel-de- 
Piricicaba  ;  4°  d'Itabira-de-Matto-Dentro  ;  5°  de  Conceiçâo-do- 
Serro.On  en  trouve  encore  quelques-unes  plus  au  nord  et  à  l'ouest. 

Ces  forges  produisent  à  peu  près  3,000  tonnes  de  fer  par  an, 
fer  qui  est  transformé  sur  place  en  instruments  de  travail,  faux, 
houes,  pelles,  fleurets  démines,  sabots  de  bocards,  clous,  fers  à 
mulets  et  à  chevaux.  La  qualité  des  produits  se  ressent  des  pro- 
cédés primitifs  employés,  mais  le  minerai  est  de  si  bonne  qualité 
que  souvent  d'habiles  ouvriers  obtiennent  soit  du  fer  nerveux 
très  doux,  comme  celui  exposé  par  la  forge  de  Gandarela,  soit  un 
acier  assez  dur  pour  être  employé  à  la  fabrication  des  fleurets  de 
mines. 

Les  prix  varient  d'une  zone  à  une  autre  ;  on  peut  prendre 
comme  moyenne  de  vente,  à  la  forge,  du  fer  en  verge  plate 
132  mille  réis  par  tonne,  ou,  au  change  actuel  de  350  réis  par 
franc,  377  francs,  ce  qui  donne  pour  la  valeur  du  fer  brut  fabriqué 
à  Minas  un  peu  plus  de  un  million  de  francs,  chiffre  qu'il  faut  cer- 
certainement  plus  que  doubler  pour  avoir  celui  des  objets  fabri- 
qués. 

Ces  chiffres  sont  bien  faibles  si  on  les  compare  aux  besoins 
d'une  province  comptant  plus  de  trois  millions  d'habitants,  et  où 
l'agriculture  et  l'industrie  minière  prennent  tous  les  jours  de 
nouveaux  développements  et  surtout  à  l'énorme  richesse  en  mi- 
nerais de  fer  qu'elle  possède.  Cet  état  de  choses  va  se  modifier 
avec  l'établissement  de  voies  de  communications  rapides  et  éco- 
nomiques. Déjà  une  Compagnie  organisée  dans  le  pays  a  com- 
mencé la  construction  d'un  haut  fourneau  et  d'une  mine  métal- 
lurgique près  du  bourg  d'Itabira-do-Campo. 

A  San-Paulo,  on  retrouve  en  certains  points  les  itabirites  avec 


84  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

leurs  caractères  ordinaires  ;  mais,  en  outre,  il  y  existe  des  amas 
considérables  de  magnétite  pure  en  relation  avec  des  diorites  et 
des  porphyrites  augitiques,  gisements  analogues  aux  célèbres 
mines  deTaberg  en  Norwège.  Un  de  ces  gisements  est  exploité  à 
[panéma,  près  delà  ville  de  Sorocaba,  pour  les  besoins  de  l'usine 
à  fer  d'Ipanema  qui  appartient  au  gouvernement.  Cette  usine, 
dont  les  produits  sont  exposés,  possède  deux  hauts  fourneaux  en 
travail  qui  ont  produit,  en  1887,  790  tonnes  de  fonte.  Le  minerai 
extrait  du  gisement  de  magnétite  voisin  de  l'usine  contient 
67,6  0/0  de  fer.  Dans  la  môme  province,  sur  les  bords  du  Jacou- 
piranguinha,  affluent  du  rio  Iguape,  en  partie  navigable  pour  des 
bateaux  de  fort  tonnage,  existent  des  gisements  encore  plus  con- 
sidérables du  même  minerai  en  relation  avec  des  couches  d'un 
calcaire  imprégné  en  plusieurs  points  de  cristaux  d'apatite.  Une 
Compagnie  a  commencé  la  construction  de  deux  hauts  fourneaux 
pour  l'utilisation  de  ce  minerai  et  l'exploitation  des  forêts  vierges 
qui  couvrent  encore  la  région. 

A  Santa-Catharina,  près  du  bord  de  la  mer,  non  loin  d'un  port 
accessible  à  tous  les  navires,  des  amas  d'hématite,  manganési- 
fères  passent  quelquefois  à  de  véritables  minerais  de  manganèse. 
Ces  minerais,  qui  forment  des  montagnes  entières,  contiennent, 
terme  moyen,  30  pour  100  de  manganèse  et  25  à  30  pour  100  de 
fer.  L'extraction  et  le  transport  de  ce  minerai  du  morne  Cariguaba 
est  si  facile  que  le  concessionnaire  de  la  mine  estime  de  3  à  5  francs 
le  prix  de  revient  d'une  tonne  rendue  à  bord. 

Il  est  impossible,  je  le  répète,  de  citer  tous  les  autres  gise- 
ments de  minerai  de  fer,  même  les  plus  importants,  des  provinces 
de  Rio-Grande-du-Sud,  Matto-Grosso,  Espirito-Santo,  Goyaz. 
Dans  cette  dernière  province,  comme  à  Minas,  les  itabirites 
forment  des  amas  puissants  et  le  conglomérat  ferrugineux  {canga) 
couvre  le  sol  sur  bien  des  lieues  carrées,  comme  aux  environs  de 
Corumbà. 

IV.  Manganèse.  —  Les  minerais  de  manganèse,  sauf  ceux 
de  la  province  de  Santa-Catharina,  n'ont  jamais  donné  lieu  à  des 
études  spéciales.  A  Minas-Geraes,  ils  sont  intimement  mélangés 
aux  minerais  de  fer,  et  sont  un  des  éléments  constituant  les 
titabirates  où,  comme  à  la  mine  d'or  de  Taquaril,  ils  atteignent 
des  proportions  comparables  à  celles  du  fer.  A  Gandarela,  ils 
forment  des  veines  de  pyrolusites  au  milieu  de  la  roche  aréneuse 
et  souvent  même  des  amas.  Les  eaux  ravinant  ces  roches  laissent 


MINÉRALOGIE.  85 

disséminés  sur  le  sol  des  blocs  de  ces  minéraux,  dont  on  peut, 
comme  à  Gandarela,  comme  à  Antonio-Pereira,  à  12  kilomètres 
est  d'Ouro-Preto,  recueillir  de  grandes  quantités  sans  difficultés. 
Le  titre  commercial  de  ces  minerais,  dont  on  peut  se  faire  une 
idée  d'après  les  échantillons  exposes  par  l'Ecole  des  Mines 
d'Ouro-Preto,  dépasse  souvent  80.  En  bon  nombre  d'autres  points, 
comme  aux  environs  de  Queluz,  d'Ouro-Preto,  de  Diamantina,  on 
trouve,  au  milieu  des  schistes  micacés  et  des  schistes  argileux,  des 
petits  filons  et  des  rognons  de  sécrétions  de  manganite  et  de  prilo- 
méiane.  Dans  les  mêmes  régions,  dans  les  bas-fonds,  il  s'est 
formé  des  dépots  considérables  de  manganite  analogues  aux 
minerais  de  fer  des  marais. 

A'.  Mines  de  cuivre.  —  En  de  nombreux  points  de  diverses 
provinces  du  Brésil,  des  indices  de  l'existence  de  minerai  de 
cuivre  ont  été  depuis  longtemps  signalés.  Dans  la  province  de 
Rio-Grande-du-Sud,  près  de  la  ville  de  Caçapâva,  au  milieu  de 
roches  diorites  et  métaphyriques,  des  gisements  de  calchosine 
avec  covelline  ont  donné  lieu  à  quelques  recherches,  ainsi  que 
dans  la  province  de  Matto-Grosso,  dans  le  bassin  du  Jaourou.  A 
Minas-Geraes,  la  calchopyrite  est  fréquemment  mélangée  aux 
pyrites  aurifères,  mais  en  petites  proportions.  On  en  trouve  dans 
quelques  filons  de  quartz  ou  aux  affleurements.  Sa  présence  est 
indiquée  par  des  tâches  vertes  de  malachite,  comme  près  de  la 
ville  de  Sete-Lagôas.  Dans  la  province  de  Céarâ,  un  gisement 
important  vient  d'être  concédé  par  le  gouvernement  au  lieu  dit 
Buhira  dans  le  municipe  de  Viçosa,  et  a  commencé  à  donner  lieu 
à  des  travaux  d'exploitation.  Le  filon,  de  0m,50  de  puissance  aux 
affleurements,  est  placé  au  milieu  de  schistes  superposés  à  des 
roches  gneissiques.  La  gangue  est  siliceuse  ;  le  minerai,  au 
moins  jusqu'à  la  profondeur  des  quelques  mètres  atteints  par  les 
premiers  travaux  de  recherche,  est  formé  de  cuivre  natif  et  de 
cuprites  donnant  à  l'essai  40  pour  100  de  cuivre. 

VI.  Mines  de  plomb.  —  Peu  nombreux  aussi  sont  les  gisements 
bien  connus  des  minerais  de  plomb.  Dans  la  province  de  Rio- 
Grande-du-Sud,  dans  le  district  aurifère  de  Lavras-de-Santo- 
Antonio,  on  rencontre  de  nombreux  filons  de  quartz,  contenant 
fréquemment  des  mouchetures  de  galène  qui  quelquefois  y  forme 
de  petits  amas.  Dans  la  province  de  San-Paulo,  je  citerai  les  gise- 
ments de  galène  argentifère  d'Iporanga,  qui  ont  donné  lieu,  à 


86  LB     BRÉSIL    EN     1889. 

quelques  recherches,  de  cérusite  et  de  galène  argentifère  dans  le 
même  municipe.  Dans  celui  d'Apiahy,  l'ingénieur  des  mines 
Go ozaga  de  Campo s  a  découvert  des  blocs  d'une  brèche  feldspa- 
thiqne  avec  galène  donnant  5O0  gr.  d'argent  par  100  kilogrammes 
de  plomb  d'oeuvre.  Dans  la  province  de  Minas-Geraes,  la  galène 
comme  la  calehopyrite  se  trouve  dans  presque  tous  les  gisements 
aurifères;  elle  prend  une  certaine  importance,  comme  on  peut  le 
voir  par  les  échantillons  exposés,  dans  les  filons  de  quartz  avec 
or  visible  des  environs  de  la  ville  de  Gaèté  et  plus  particulière- 
ment dans  la  mine  de  M.  Luiz-Augusto  de  Figueiredo.  Au  milieu 
du  filon  composé  aurifère  de  Sumidouro,  non  loin  de  la  ville  de 
Marianna,  au  lieu  dit  Yarado,  affleure  un  filon  de  quartz  conte- 
nant de  la  galène  quelquefois  avec  or,  donnant  à  Fessai,  en 
moyenne,  pour  100  kilogrammes  de  plomb  d'oeuvre,  50  gr.  d'or 
pur  et  111  gr.  d'argent.  Dans  le  bassin  diamantifère  de  Diaman- 
tina,  dans  la  propriété  de  l'abbé  Manoel  Alves,  on  trouve  un  gros 
filon  de  quartz  compacte,  vertical,  avec  mouchetures  de  galène  et 
or  visible  à  gros  grains. 

Un  gisement  beaucoup  plus  considérable  et  qui  a  donné  lieu 
à  des  travaux:  de  recherches  importants,  poursuivis  à  diverses 
reprises  depuis  le  commencement  du  siècle,  est  celui  de  l'Abaété. 
Il  est  situé  dans  le  municipe  de  ce  nom,  au  milieu  d'une  vaste 
propriété  appartenant  à  l'Etat,  à  700  kilomètres  au  nord-ouest 
d'Ouro-Preto.  Cette  mine,  connue  depuis  1877,  a  été  étudiée  avec 
soin  par  l'ingénieur  des  mines  de  l'Ecole  d'Ouro-Preto,  Oliveira, 
qui  en  a  fait  l'objet  d'un  travail  publié  dans  les  Annales  de 
V Ecole  des  Mines  d'Ouro-Preto.  Les  deux  filons  de  galène  sont 
dirigés  N.  25°  S.  25°  E.  ;  leur  inclinaison  est  de  50°  sur  l'hori- 
zon ;  leur  puissance  est,  à  la  petite  profondeur  atteinte,  peu 
considérable.  La  gangue  est  calcaire  ;  la  galène  en  gros  cristaux. 
Le  minerai  donne  50  à  60  p.  100  de  plomb  contenant  de  150  à 
200  grammes  d'argent  pour  100  kilogrammes  de  plomb  d'eeuvre. 

VII.  Bismuth  et  Antimoine.  —  On  ne  connaît  pas  encore 
de  gisements  proprement  dits  de  bismuth  et  d'antimoine,  mais 
leurs  minerais  sont  fréquents,  dans  les  gisements  aurifères 
de  Minas-Geraes.  Dans  un  filon  de  quartz  avec  or,  près  du 
village  de  Forquim,  a  45  kilomètres  à  l'est  de  la  ville  d'Ouro- 
Preto,  on  trouve  le  bismuth  combiné  au  soufre  et  au  sélénium,  for- 
mant l'espèce  minéralogique  si  rare,  la  jozéite.  Dans  la  mine 
d'or  de  Passagem,  il  est  assez  abondant  pour  donner  lieu   à  un 


MINÉRALOGIE.  87 

production  de  .v>0  à  00  kilogrammes  par  an,  tirés  de  l'amalgame 
liquide  qui  sert  à  la  séparation  de  l'or.  Dans  le  filon  de  quartz 
aurifère  de  la  mine  de  Cata-ÏJranca,  aujourd'hui  inexploitée,  la 
bîsmuthine  était  abondante.  La  stibine  se  présente  sous  les 
mêmes  conditions,  el  encore  plus  fréquemment  dans  les  mines  de 
Morro-San-Yironte  et  de  Gaété. 

VI II.  Gisements  de  combustibles.  —  Jusqu'à  présent  les 
dépôts  de  combustibles  minéraux  connus  sont  bien  loin  d'être 
en  rapport  avec  les  richesses  si  considérables  de  minerai  de  fer 
que  présente  le  pays.  Pourtant  le  terrain  carbonifère  est  aujour- 
d'hui bien  repéré  dans  les  provinces  de  Para,  de  l'Amazone,  de 
San-Paulo,  de  Paranâ,  de  Santa-Catharina  et  de  Rio-Grande-du- 
Sud. 

Dans  les  deux  provinces  de  Para  et  de  l'Amazone,  les  terrains 
appartenant  à  cet  horizon  géologique  sont  d'origine  marine,  et 
leur  faune  a  une  grande  analogie  avec  celle  du  carbonifère  des 
États-Unis  de  l'Amérique  du  Nord.  Il  n'y  a  clone  aucune  raison 
de  croire  à  l'impossibilité  de  rencontrer,  comme  dans  ces  pays, 
au  milieu  de  leurs  couches,  des  dépôts  de  combustibles.  Les 
quelques  sondages  faits  sans  méthode  jusqu'à  présent  ont  à 
peine  effleuré  les  couches  supérieures,  et  de  leur  non-réussite  on 
ne  peut  logiquement  tirer  aucune  conclusion  négative. 

Dans  la  province  de  San-Paulo,  dans  le  municipe  de  Tatuhy, 
où  il  existe  quelques  affleurements  de  charbon  de  terre,  un  son- 
dage beaucoup  pins  important  a  fait  reconnaître  l'existence  de 
quelques  minces  lits  de  combustible,  et  indiqué  l'utilité  pratique 
de  travaux  analogues  dans  cette  province,  où  d'autres  affleure- 
ments de  même  nature  ont  été  signalés. 

A  Santa-Catharina,  près  de  la  rivière  Tnbarao,  existe  un 
bassin  de  combustible  minéral  ou  charbon  bitumineux  de  bonne 
qualité,  dont  la  concession  a  été  donnée.  Dans  le  bassin  du  Rio 
Ararangua,  plus  au  sud,  dans  la  même  province,  se  montrent 
des  affleurements  de  combustible  analogue  au  précédent  et  qui 
ont  aussi  déterminé  une  concession  donnée  à  une  entreprise  par- 
ticulière. 

La  province  de  Rio-Grande-du-Sud  paraît  jusqu'à  présent  la 
mieux  dotée  sous  ce  rapport.  Le  charbon  de  terre  s'y  rencontre 
dans  une  série  de  petits  bassins  lacustres,  dont  l'âge,  d'après 
les  géologues,  serait  carbonifère,  encaissé  au  milieu  de  roches 
cristallines  :  granits  et  porphyres.  Les  couches  de  combustible 


88  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

alternent  avec  des  lits  d'argile  et  de  schistes.  Los  bassins  bien 
connus  sont  ceux  de  San-Sépé,  municipe  de  Caçapâva  ;  de  Can- 
diote et  Jaguarào,  municipe  de  Bagé  ;  de  San-Joâo  d'Herval, 
municipe  de  Piratiny,  et  enfin  de  Arroio-dos-Ratos,  municipe 
de  Porto-Alegre.  Le  bassin  de  Candiota,  où  le  charbon  affleure 
en  divers  points  sur  les  bords  du  petit  cours  d'eau  de  même  nom 
et  sur  ceux  du  Jaguarâo-Chico,  est  traversé  par  le  chemin  de  fer 
de  Pelotas  à  Bagé;  il  a  été  rapporté  par  Agassiz  et  Carruthers  au 
carbonifère.  Carruthers  y  a  découvert  une  série  de  plantes 
fossiles  appartenant  aux  genres  flemingites,  odoniopteris,  Nœgcr- 
rathia,  calamités,  etc.  Le  charbon  a  une  densité  de  i.24  à  1.80 
et  forme  60  à  G3  pour  100  de  coke.  Ce  bassin,  bien  que  considé- 
rable, n'a  pas  encore  donné  lieu  à  une  exploitation  régulière. 

Seul  le  gisement  de  Arroio-dos-Ratos  est  depuis  plusieurs 
années  exploité  par  une  Compagnie,  qui  fournit  du  combustible 
aux  machines  fixes  des  mines  des  villes  environnantes  et  aux 
petits  vapeurs  qui  font  la  navigation  des  cours  d'eau  et  des 
lagunes  Patos  et  Mirim  de  la  province  et  au  chemin  de  fer  de 
l'État.  La  Compagnie  a  creusé  plusieurs  galeries  et,  outre  le 
charbon,  vend  des  agglomérés. 

IX.  Substances  diverses.  —  A  côté  de  ces  mines  d'une 
importance  plus  ou  moins  considérable,  il  existe  dans  le  pays  un 
grand  nombre  de  gisements  de  substances  utilisables  dans  l'in- 
dustrie. Je  citerai,  sans  entrer  dans  de  grands  détails  sur  leurs 
gisements,  le  marbre,  la  pierre  ollaire,  l'amiante,  l'ocre,  les 
schistes  bitumineux,  les  argiles  plastiques,  le  kaolin,  le  gra- 
phite, la  plombagine,  la  pierre  à  chaux,  les  granits,  porphyres 
et  autres  pierres  de  construction,  le  salpêtre,  puis  le  quartz,  le 
mica,  les  agates  et  les  pierres  précieuses  colorées. 

Marbres,  —  Les  calcaires  cristallins  appartenant  aux  terrains 
archéens  ou  paléozoïques  sont  fréquemment  en  grains  assez 
fins  pour  pouvoir  bien  prendre  le  poli  et  fournissent  des  marbres 
d'ornementation.  A  Rio-Grande-du-Sud  et  à  San-Paulo,  il  existe 
des  établissements  préparant  en  grand  ces  marbres  du  pays. 
A  .Minas,  ils  sont  très  abondants;  on  les  trouve  à  Car  an  dah  y, 
Antonio-Pereira,  Gandarela,  etc.  L'Lcole  des  Mines  a  exposé  des 
marbres  de  ces  deux  localités,  qui  ont  déjà  été  employés  en 
grand  pour  l'ornementation  d'églises.  Les  marbres  de  Gandarela 
sont  très  durs,  de  couleur  variant  du  blanc  au  rouge,  avec 
moucheture  d'hématite.  Ils  résistent  très  bien  aux  agents  atmos- 


MINÉRALOGIE.  89 

phériques,  particularité  qui  doit  les  rendre  précieux  dans  un 
pays  où  les  marbres  importés  d'Europe  ne  tardent  pas,  dans 
les  constructions  exposées  à  la  pluie,  à.  s'altérer  et  à  perdre  leur 
poli. 

Pierres  ollaires.  —  La  pierre  ollairc  est  utilisée  dans  le  pays 
pour  la  fabrication  d'ustensiles  de  cuisine,  de  cuves,  de  bassins, 
de  tubes  de  conduite  d'eau.  Il  en  existe  à  Minas  un  grand  nombre 
de  variétés,  dont  quelques-unes,  homogènes,  prennent  un  beau  poli 
et  se  prêtent  à  l'ornementation  et  à  la  sculpture,  usages  auxquels 
elles  ont  été  employées  dans  un  grand  nombre  d'églises  de  la 
province.  On  trouve  de  véritables  carrières  de  cette  pierre  à 
Barbacena,  Ouro-Branco,  autour  d'Ouro-Preto,  de  San-Caetano, 
Santa-Luzia,  Catas-Altas,  Santa-Barbara ,  Conceiçâo-do-Serro, 
Serro,  etc.  Les  quelques  échantillons  exposés  par  l'Ecole  des 
Mines  représentent  les  divers  types  de  cette  pierre,  dont  la 
composition  minéralogique  et  les  propriétés  physiques  sont  très 
variables. 

Amiante.  —  Les  gisements  importants  de  cette  substance, 
d'ailleurs  très  fréquente  au  milieu  des  schistes  micacés  et  chlori- 
teux  de  Minas,  sont  au  nombre  de  deux.  A  4  kiloaiètres  d'Ouro- 
Preto.  au  lieu  dit  Taquaral,  se  montre  une  couche  de  cette  subs- 
tance intercalée  entre  les  itabiritas  et  les  schistes  inférieurs. 
L'échantillon  exposé  montre  sa  nature  soyeuse.  Une  variété 
fibreuse  blanche  forme  une  couche  exploitable  près  du  bourg  de 
Roças-Novas,  municipe  de  Caeté,  au-dessus  de  roches  gneissiques. 

Ocre.  — L'ocre  est  fréquente  dans  les  provinces  de  Minas  et  de 
Santa-Catharina.  On  l'utilise  dans  la  première  de  ces  provinces, 
pour  les  peintures  à  bon  marché  des  murs  des  maisons.  A  Ouro- 
Preto,  on  l'extrait  près  de  la  ville  même,  où  elle  se  vend  au 
détail  environ  30  centimes  le  litre,  d'une  couche  placée  entre 
les  itabirites  et  les  schistes. 

Deux  échantillons,  l'un  jaune,  l'autre  passant  à  la  sanguine, 
aussi  abondante  que  l'ocre,  sont  exposés  par  l'Ecole  des  Mines. 

Le  quartz,  les  agates,  le  mica,  les  pierres  précieuses  colorées, 
améthystes,  topazes,  béryls  et  aigues-marines,  cymophanes, 
grenats,  tourmalines,  donnent  lieu  à  un  commerce  d'exportation. 

Quartz.  —  Les  quartz  bien  purs,  propres  à  la  fabrication 
des  lentilles,  des  instruments  d'optique,  des  verres  de  lunette, 
proviennent  presque  tous  de  la  Serra-dos-Cristaes,  province  de 
Goyaz,  à  peu  de  distance  de  sa  limite  avec  celle  de  Minas-Geraes. 


90  LE     BRËSII     l'.N     18  89. 

Les  cristaux  de  quartz  se  trouvent  à  fleur  de  terre,  en  général 
recouverts  d'une  couche  terreuse,  d'oxyde  de  fer  au  milieu  d'ar- 
gile .m  d'un  tuf  arônacé  provenant  de  la  décomposition  des  roches 
granitiques  sous-jacentes.  Il  est  recueilli  par  les  gens  du  pays, 
vendu  sur  place,  et  transporté  à  Bio-de-Janeiro.  Le  minéral,  si 
abondanl  dans  La  province  do  Minas-Geraes,  ne  se  présente  que 
rarement  dans  un  état  physique  qui  permette  de  l'utiliser.  Dans 
le  Rio-Dôce,  près  de  la  ville  de  Pessanha,  il  existe  dansées 
conditions  un  gisement  qui  a  fourni  un  échantillon  exposé. 

Agates.  —  Les  Agates  viennent  de  la  province  de  Rio-Grande- 
du-Sud,  où  le  gisement  exploité  se  trouve  près  de  la  ville  de 
Santa-Anna-do-Livramcnto,  sur  les  frontières  de  l'Uruguay. 

Mica.  —  Le  mica,  en  grandes  lamelles  incolores,  jaunes  ou 
noirâtres,  vient  de  la  province  de  Goya/,  ou  il  se  trouve  près  du 
chef-lieu  de  la  province  et  près  de  la  ville  de  Meia-Ponte.  Dans  le 
pays,  il  est  utilisé,  comme  en  Russie,  pour  garnir  les  fenêtres 
et  remplacer  les  verres  à  vitre. 

Topazes.  —  Les  topazes  jaunes  ou  roses  sont  encore  exploitées 
dans  les  environs  d'Ouro-Preto  dans  la  carrière  de  Boa-Vista  que 
traverse  le  chemin  de  fer  de  Dom-Pedro  II.  Leurs  gisements  for- 
ment deux  filons  au  milieu  des  schistes  micacés,  jalonnés  par  les 
anciennes  exploitations  de  Serramenha,  Boa-Yista,  José-Correia, 
Capao-Fundâo  et  Morro-de-Caxambû,  où  cette  pierre  est 
accompagnée  de  l'euclase.  La  très  grande  dépréciation  qu'ont 
subie  sur  le  marché  les  pierres  colorées  a  fait  abandonner  presque 
complètement  ces  exploitations  qui  peuvent  encore  en  fournir 
de  grandes  quantités. 

Améthystes.  —  Les  améthystes  sont  exploitées  dans  trois 
carrières  à  peu  de  distance  des  limites  des  provinces  de  Bahia  et 
de  Minas-Geraes.  Le  centre  du  commerce  de  ces  pierres  sont  les 
villes  de  Gram-Mogol,  Minas-Novas  et  Arassuahy.  C'est  autour  de 
cette  dernière  ville  que  se  trouvent,  dans  les  graviers  des  cours 
d'eau  et,  en  place,  dans  des  filons  de  quartz,  au  milieu  des  roches 
granitiques,  les  cymophanes,  béryls,  andalousites,  dichroiques, 
tourmalines,  grenats. 

Cymophanes.  —  Les  cymophanes  en  fragments  roulés,  d'un 
beau  jaune  clair  c!  de  qualité  supérieure,  proviennent  d'un  petit 
cours  d'eau  affluent  du  Jequitinhonha,  le  Piauhy  ;  elles  sont 
accompagnées  d'un  Ires  grand  nombre  de  tréphanes. 

Tourmaline.  —  La  tourmaline  noire  est  l'un  des  minéraux  les 
plus  abondants  de  la  province  de  Minas,  où  il  forme  quelquefois 


MINÉRALOGIE.  91 

de  véritables  liions.  Colles  de  couleur  claire  bien  transparentes 
ne  se  trouvent  guère  que  dans  le  bassin  moyen  du  Jequitinhonha, 
souvent  en  énormes  cristaux  au  milieu  de  filons  de  quartz.  On 
les  exploite  autour  des  villes  d'Arrassuahy,  de  Santo-Antonio-de- 
Salinas,  dans  des  graviers  où  elles  sont  accompagnées  de  béryls 
et  de  grenats.  Le  centre  du  commerce  de  ces  pierres  est  la  ville  de 
Rahia,  niais  une  partie  est  utilisée  dans  le  pays  pour  la  fabrica- 
tion des  bijoux. 

Salprftrs.  —  Le  salpêtre  est  depuis  très  longtemps  exploité 
dans  les  grottes  calcaires  du  plateau  du  San-Francisco  et  du  rio 
des  Velhas,  dans  la  province  de  Minas-Geraes,  et  dans  celles  des 
provinces  de  Goyaz  et  de  Bahia.  Les  terres  salpétrées,  en  général 
très  riches,  sont  traitées  sur  place  même,  et  le  salpêtre  est  vendu 
à,  environ  un  franc  le  kilogramme  pour  la  fabrication  de  la 
poudre  de  chasse  et  des  feux  d'artifice.  La  présence  de  l'azotate 
dans  les  régions  à  élevage  de  Minas-Geraes  est  un  fait  important 
pour  l'agriculture.  Les  eaux  qui  lavent  ces  terres  se  réunissent 
dans  les  bas-fonds,  où  elles  forment  des  mares  que  fréquentent 
les  bêtes  à  cornes.  La  nitrifîcation  dans  ces  climats  chauds,  au 
milieu  de  terres  riches  en  alcalis  ou  en  chaux,  se  fait  avec  une 
puissance  extraordinaire,  et  le  salpêtre  peut  ensuite  être  trans- 
porté par  les  eaux  d'infiltration  dans  des  grottes  au  milieu  de 
roches  quartzeuses,  où  il  forme  des  amas,  des  filons  même, 
comme  dans  celle  découverte  près  de  Diamantina  il  y  a  quelques 
jours,  et  qui  a  fourni  déjà  plus  de  40  tonnes  d'azotate  pur  cris- 
tallin, dont  des  échantillons  sont  exposés. 

Graphite.  — Le  graphite  mélangé  à  l'argile  forme  fréquemment 
à  Minas-Geraes  des  couches  qui  pourront  fournir,  comme  à  Ita- 
bira-de-Matto-Dentro  de  la  plombagine  de  bonne  qualité.  Dans 
le  bassin  inférieur  du  Jequitinhonha  existe  un  filon  de  graphite 
de  0  m.  50  à  1  m.  de  puissance  au  milieu  des  roches  granitiques. 
Ce  gisement  fournit  des  échantillons  contenant  83  p.  100  de 
carbone  et  pouvant  servir  à  la  fabrication  des  crayons. 

Nombreux  sont  donc  les  gisements  métallifères  et  de  subs- 
tances utilisables  dans  l'industrie,  déjà  connus  au  Brésil.  Bien 
plus  nombreux  doivent  être  ceux  que  le  sol  renferme,  dans  cet 
immense  pays  où  une  bien  petite  parcelle  du  sous-sol  a  été 
étudiée  et  qui  offre  un  si  vaste  champ  de  recherches  dans  des 
régions  vierges  de  toute  exploitation  ! 

Lois  et  règlements  sur  les  mines.    —    Il   me   semble   utile   de 


92  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

c pléter  cette  notice  sur  les  gisements  métallifères  du  Brésil  en 

faisanl  connaître  brièvement  les  lois  et  les  règlements  Bur  la 
propriété  des  mines.  Ce  sujet  a  *'* l *>  traité  dans  un  bravai]  dû  au 
savant  jurisconsulte  M.  le  docteur  Antonio  II.  de  Souza-Bandeira. 

lui  premier  lieu,  depuis  La  loi  de  1867,  les  étrangers  peuvent 
acquérir  et  exploiter  des  mines  au  Brésil  dans  les  mêmes  condi- 
tions que  les  nationaux.  Les  compagnies  anonymes,  dont  Je 
siège  social  se  trouve  hors  du  pays,  n'ont  pour  fonctionner  au 
Brésil  qu'à  obtenir  du  gouvernement  une  permission  qui  exige 
fort  peu  de  formalités  et  à  accréditer  un  agent  responsable,  rési- 
dant dans  le  pays,  auprès  du  .Ministère  de  L'Agriculture,  du  Com- 
merce et  des  Travaux  publies.  Bien  que  le  Brésil  ne  possède  pas 
de  loi  codiliée  sur  les  mines,  et  que  la  matière  soit  encore  régie 
par  d'anciennes  lois  portugaises  et  par  des  décrets  et  des  arrêtés 
postérieurs  à  la  proclamation  de  L'indépendance,  il  ressort  des 
actes  du  gouvernement  que  la  propriété  des  mines  est  distincte 
de  celle  de  la  superficie.  Les  gisements  de  pierres  de  construc- 
tion et  d'ornementation,  des  substances  employés  dans  l'indus- 
trie  et  l'agriculture,  marbres,  pierre  à  chaux,  marnes,  argiles, 
amiante,  quartz,  mica,  tourbe,  pierres  précieuses  autres  que  le 
diamant  font  exception,  et  leur  propriété  suit  celle  du  sol  ;  le 
propriétaire  peut  en  disposer  à  son  gré  en  se  soumettant  simple- 
ment aux  règlements  municipaux  qui  peuvent  exister  sur  la 
matière.  La  propriété  de  tous  les  autres  gisements  peut  s'acquérir: 
1°  par  achat,  héritage  ou  donation  d'anciens  concessionnaires, 
ou  dates  minérales  accordées  par  le  gouvernement  portugais 
avant  l'indépendance  ou  depuis  cette  indépendance  par  décret 
du  gouvernement,  ou  bien  par  simple  décision  de  fonctionnaires 
spéciaux,  nommés  par  les  présidents  de  province,  mais  qui 
n'existent  de  fait  que  dans  la  province  de  Miuas-Geraes,  et  qui 
portent  le  nom  «  de  gardes  généraux  substituts  des  mines  »; 
2°  par  concession  obtenue  directement  du  gouvernement  central 
ou  des  mêmes  gardes-mines,  dont  les  attributions  et  les  carac- 
tères  sont  entièrement  différents  des  fonctionnaires  qui  portent  ce 
nom  en  France. 

Les  concessions  faites  par  les  gardes-mines  pour  un  temps 
indéterminé,  peuvent  s'étendre  sur  un  certain  nombre  d'unités 
de  superficie  [dates  minérales)  suivant  la  demande  des  in- 
téressés. Une  date  vaut  GS  hectares  b\070  centiares.  Leur  obten- 
tion n'est  précédée  que  d'une  simple  demande  faite  au  garde-mine 
du  district  qui,  à  l'aide  de  professionnels,  marque  les  limites  de  la 


MINÉRALOGIE.  93 

concession.  Les  concessions  accordées  par  le  gouvernement  sont 
précédées  d'un  permis  de  recherche  accordé  par  décret  sur 
demande  adressée  au  ministère  de  l'agriculture  en  indiquant  le 
municipe  où  ces  recherchés  doivent  être  effectuées.  Ce  permis 
donne  le  droit  de  faire  pendant  un  an,  délai  souvent  prorogé,  des 
recherches  dans  le  municipe  indiqué,  sur  une  superficie  de  cent 
hectares  dont  le  concessionnaire  peut  lui-même  choisir  l'empla- 
cement, à  condition  de  ne  pas  empiéter  sur  une  permission  anté- 
rieure à  la  sienne  et  d'indemniser  les  propriétaires  de  la  super- 
ficie des  pertes  et  dommages  que  peuvent  leur  causeries  travaux. 
Un  même  individu  peut  obtenir  plusieurs  permissions  analogues, 
pourvu  que  chacune  d'elles  soit  située  dans  un  municipe  diffé- 
rent. 

La  concession  définitive  est  donnée  par  décret  impérial  sur  la 
présentation  des  plans  avec  sections  du  gisement  découvert, 
d'une  carte  indiquant  la  composition  géologique  des  terrains 
environnants,  d'échantillons  des  minerais  découverts  et  d'un 
rapport  sur  la  puissance,  la  nature  du  gisement.  Ces  documents 
sont  soumis  à  l'examen  de  personnes  compétentes,  choisies  par 
le  ministre.  La  concession  est  faite  pour  un  temps  indéfini  et  crée, 
pour  celui  qui  Ta  obtenue,  une  propriété  soumise  aux  mômes  lois 
que  celles  de  toute  autre  espèce,  sauf  les  clauses  qui  peuvent  être 
indiquées  dans  l'acte  de  concession. 

D'après  la  loi  du  26  septembre  1867  le  gouvernement  indique 
que  le  concessionnaire  aura  à  payer  à  l'Etat  un  droit  fixe  de  5  réis 
(un  peu  plus  de  1  centime  au  pair;  par  4m,84  de  superficie  de  la 
concession,  et  une  redevance  proportionnelle  de  2  p.  100  sur  le 
produit  net  de  la  mine.  Mais  comme  cette  loi  n'a  pas  encore  pu 
être  exécutée,  car  le  règlement  qui  doit  l'accompagner  n'a  pas  été 
élaboré,  il  résulte  de  décisions  prises  par  le  ministre  des  finances 
que  les  concessionnaires  n'ont  à  payer  à  l'Etat  que  le  minime 
droit  fixe  annuel  de  2.000  réis  (un  peu  moins  de  6  francs  au  pair) 
pour  chaque  date  minérale  de  68  hectares  6.070  centiares  con 
formément  à  la  loi  budgétaire  de  1868  ! 

Aucune  redevance  n'est  fixée  en  faveur  du  propriétaire  de  la 
surface,  qui  n'a  droit  qu'aux  indemnités  qui  peuvent  lui  être 
allouées  pour  compenser  les  pertes  et  dommages  que  lui  causent 
l#s  travaux  d'exploitation. 

Les  gisements  de  diamants  sont  soumis  à  une  législation 
■spéciale,  où  il  est  clairement  et  nettement  établi  qu'ils  font 
partie  du  domaine  de  l'État.  Leur  concession,  véritable  fermage,  se 


M  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

fait  par  adjudication  publique,  et  il  est  en  outre  accordé  aux 
simples  laveurs  de  gra>  iers  (garimpeiros)  une  autorisation  qui  leur 
permet  et  leur  donne  le  droit  de  lavage  dans  les  terrai»  aea 
concédés.  La  concession  est  faite  pour  un  délai  de  1  an  à  10  ans, 
ei  moyennant  un  droit  minimum  de  2  réis  (un  peu  plus  de  1/2 
centime  par  mètre  carré  ;  siles  terrains  n'ont  jamais  été  exploités, 
le  droil  est  encore  abaissé  ;  si  les  terrains  ont  été  le  siège  d'an- 
ciennes exploitations,  l'unité  de  superficie  porte  le  nom  de  lot  et 
sa  valeur  varie  de  29.040  mètres  carrés  à  48-4. 000  mètres.  Un  seul 
individu  ne  peut  pas  obtenir  la  concession  de  plus  de  deux  lots. 
Les  Compagnies,  organisées  en  vue  d'exploiter  le  lit  des  rivières 
et  les  gisements  dont  la  situation  rend  les  travaux  plus  difficiles, 
peuvent  obtenir  des  concessions  plus  étendues  dans  les  conditions 
précédentes, et  dont  la  superficie  maxima soit  de  43. 5G0. 000 mètres; 
la  durée  de  la  concession  dans  ce  cas  est  élevée  à  15  ans. 

I /administration  spéciale  des  terrains  diamantifères  relève  du 
ministère  des  finances. 


ECOLE   DES   MINES   D'OURO-PRETO 


SON   ORGANISATION,   SON   ENSEIGNEMENT. 


Dès  1832,  l'idée  de  l'organisation  de  renseignement  pratique  de 
la  minéralogie  et  de  la  géologie  avait  été  adoptée  parle  gouverne- 
ment du  Brésil,  de  même  que  la  création  d'une  école  pour  l'ensei- 
gnement de  la  métallurgie,  l'exploitation  des  mines  et  la  do- 
cimasie  avait  été  décrétée. 

Le  siège  de  cette  école  devait  être  la  capitale  de  la  province 
de  Minas-Geraes,  Villa-Rica,  aujourd'hui  Ouro-Preto. 

Cette  institution  faisait  partie  du  plan  général  d'organisation 
(1  ■  l'enseignement  supérieur  qui,  dès  les  premiers  jours  de  l'in- 
dépendance, avait  été  l'objet  de  la  sollicitude  du  gouvernement 
sollicitude  d'autant  plus  nécessaire  que  jamais  la  Métropole 
n'avait  eu  souci  des  besoins  intellectuels  de  la  plus  riche  de  ses 
colonies.  Obligés  d'abord  de  faire  face  à  des  nécessités  plus 
urgentes  pour  le  pays,  les  divers  ministères  qui  se  succédèrent 
n'eurent  pas  l'occasion  d'exécuter  cette  partie  du  programme. 


MINÉRALOGIE.  95 

Il  appartenait  à  M.  le  conseiller  Joào-Alfrcdo  Correa  de  Oliveira, 
alors  ministre  de  l'Empire  (intérieur,  instruction  publique  et 
cultes  et  aujourd'hui  président  du  conseil  des  ministres,  qui  a 
donné  tant  de  preuves  de  son  dévouement  à  la  cause  de  l'instruc- 
tion publique,  de  reprendre  ce  projet  et  de  le  faire  exécuter. 

En  1874,  un  professeur  de  l'Université  de  France  appelé  au 
Brésil  pour  organiser  renseignement  delà  minéralogie  et  de  la 
géologie,  fut  chargé  par  lui  de  choisir  dans  la  province  de  Minas- 
Geraes  la  localité  qui  convenait  le  mieux  à  rétablissement  d'une 
Ecole  de  mines  et  d'organiser  les  programmes  et  le  règlement  de 
cette  institution. 

En  1875,  le  travail  étant  terminé,  l'École  des  mines  d'Ouro- 
Preto  put  commencer  ses  travaux  le  18  novembre  187G,  sous  le 
ministère  de  M.  le  conseiller  José  Bento  da  Cunha  e  Figueiredo, 
aujourd'hui  vicomte  de  Bom-Conselho. 

La  durée  des  cours,  la  nature  et  la  distribution  des  matières 
de  l'enseignement  ont  été  successivement  modifiées  par  divers 
décrets,  ayant  pour  but  de  mettre  l'organisation  de  l'Ecole  des 
mines  en  rapport  avec  les  besoins  du  pays  et  l'état  de  l'instruc- 
tion secondaire. 

En  1884,  l'Assemblée  provinciale  de  Minas-Geraes  vota  une 
subvention  annuelle  de  30  contos  de  réis  (près  de  90.000  francs 
au  change  actuel)  qui  devait  se  joindre  au  budget  ordinaire,  à 
condition  que  de  nouvelles  chaires  seraient  crées  de  manière  à 
permettre  aux  élèves  qui  en  sortiraient  de  pouvoir  exercer  les 
fonctions  d'ingénieur  des  mines  et  d'ingénieur  civil. 

Ces  conditions  furent  acceptées  par  le  gouvernement  général, 
et,  par  décret  du  27  juin  1885,  l'Ecole  fut  soumise  au  règlement 
qui  la  régit  aujourd'hui. 

Son  but,  comme  le  déclare  l'article  premier  de  ce  règlement, 
est  de  former  des  ingénieurs  pour  l'exploitation  des  mines,  pour 
les  établissements  métallurgiques,  et  en  général  pour  tous  les 
services  auxquels  correspond  son  enseignement. 

Le  régime  est  l'externat  et  les  élèves  sont  obligés  d'assister  à 
toutes  les  leçons,  de  prendre  part  à  tous  les  travaux  pratiques 
dont  le  nombre  est  fixé  chaque  année  par  la. réunion  des  profes- 
seurs. 

L'enseignement  est  complètement  gratuit,  aucune  rétribution 
n'est  exigée  des  élèves  pour  les  travaux  de  laboratoire. 

Il  leur  est  fourni  le  papier  à  dessin  dont  ils  peuvent  avoir 
besoin,   et   non  seulement  ils  peuvent  consulter  les  livres  à  la 


96  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

bibliothèque,  mais  aussi,  moyennant  un  reçu,  en  emprunter  un 
certain  nombre. 

En  nuire,  chaque  année,  le  budget  de  l'Ecole  comprend  un 
chapitre  destiné  à  venir  en  aide  aux  jeunes  gens  pauvres  qui  se 
recommandent  par  leur  travail  et  leurs  progrès,  et  qui  sans  ce 
secours  ne  pourraient  pas  continuer  leurs  études. 

L'enseignement  est  divisé  en  deux  parties  distinctes:  le  cours 
-encrai  et  le  cours  supérieur. 

Chacun  de  ces  cours  dure  trois  années,  et  chaque  année 
scolaire  comprend  dix  mois  de  travaux,  dont  le  dernier  est 
consacré  aux  examens  de  fin  d'année. 

Les  travaux  de  laboratoire,  les  excursions  scientifiques  peu- 
vent avoir  lieu  les  dimanches  et  les  jours  considérés  comme 
fériés. 

Cours  général.  —  Dans  le  cours  général,  les  élèves  acquièrent 
l'instruction  scientifique  nécessaire  pour  pouvoir  suivre  avec 
facilité  renseignement  technique  du  cours  supérieur. 

Les  élèves  ne  sont  admis  en  première  année  que  sur  la  pré- 
sentation de  certificats,  prouvant  qu'ils  ont  subi  avec  succès  les 
examens  de  portugais,  français,  anglais  ou  allemand,  histoire 
et  géographie,  devant  des  com'missions  chargées  de  faire  passer 
ces  examens  préparatoires,  examens  qui  peuvent  aussi  être  passés 
à  l'Ecole,  où  des  commissions  de  professeurs  sont  nommées  à  cet 
effet  par  le  directeur. 

Les  deux  premières  années  de  ce  cours  correspondent  à  ren- 
seignement secondaire  scientifique  des  lycées  de  France.  Leur 
création  a  été  rendue  nécessaire  par  les  difficultés  que  rencon- 
traient les  candidats  à  l'Ecole  pour  acquérir  les  connaissances  des 
sciences  physiques  et  naturelles  exigées  par  le  règlement,  et  dont 
l'enseignement,  dans  beaucoup  de  provinces,  ne  fait  pas  encore 
partie  des  programmes  de  l'instruction  secondaire.  Cette  dispo- 
sition, qui  certainement  complique  l'organisation  de  l'Ecole,  a 
pourtant  un  grand  avantage,  celui  de  donner  à  son  enseignement 
une  homogénéité  complète.  Presque  tous  les  professeurs  de  l'Ecole 
en  sont  d'anciens  élèves.  Ils  sont  pénétrés  des  mêmes  idées, 
suivent  les  mêmes  méthodes,  de  sorte  que  le  résultat  est  le  même 
que  si  le  même  professeur  accompagnait  les  élèves  pendant  toute 
la  durée  de  leur  séjour  à  l'Ecole. 

Tous  les  programmes,  depuis  les  plus  élémentaires  jusqu'à 
ceux  des  cours  les  plus  spéciaux,  sont  discutés  en  commun  et 
forment  un  tout,  dont  les  parties  se  complètent  mutuellement. 


MINÉRALOGIE.  97 

Les  programmes  de  troisième  année  sont  à  peu  près  ceux  de 
l'enseignement  des  cours  préparatoires  aux  écoles  supérieures 
de  même  nature  des  autres  pays. 

En  première  année, l'enseignement  comprend:  l'arithmétique, 
la  géométrie,  la  trigonométrie  et  l'algèbre  élémentaire,  les  pre- 
miers principes  de  physique  et  de  chimie,  le  dessin  d'imitation. 

La  deuxième  année:  les  compléments  de  l'algèbre,  le  calcul 
des  dérivées,  la  géométrie  analytique  à  deux  et  à  trois  dimen- 
sions, la  fin  de  la  trigonométrie  rectiligne,  la  cosmographie  et 
l'arpentage;  la  ligne  droite  et  le  plan,  en  géométrie  descriptive  ; 
la  chimie  des  métalloïdes,  la  chaleur,  l'électricité  et  le  ma- 
gnétisme, en  physique  ;  la  zoologie,  le  dessin  d'imitation. 

La  troisième  année  :  le  calcul  différentiel  et  intégral,  la  méca- 
nique rationnelle,  la  trigonométrie  sphérique  ;  les  plans  tangents 
et  l'intersection  des  surfaces,  en  géométrie  descriptive;  la  chimie 
des  métaux  et  des  matières  organiques  ;  en  physique,  le  son  et  la 
lumière;  la  botanique,  le  dessin  d'imitation. 

Un  certain  nombre  de  leçons  sont,  en  outre,  consacrées  à  la 
révision  des  parties  les  plus  importantes  du  cours  de  deuxième 
année. 

Les  leçons  sont  accompagnées  de  nombreux  exercices  prati- 
ques de  problèmes  à  résoudre,  d'épurés  à  dessiner,  et  les  élèves 
sont  soumis  à  de  fréquentes  interrogations  ;  en  première  année, 
une  composition  sur  des  sujets  mathématiques  est  faite  réguliè- 
rement chaque  semaine  sous  les  yeux  du  professeur. 

En  seconde  et  en  troisième  année,  les  élèves  sont  exercés  aux 
manipulations  de  chimie,  de  physique,  de  zoologie  et  de  bota- 
nique. 

Examens  de  passage.  —  Les  élèves  ne  peuvent  passer  d'une 
année  à  une  autre  qu'à  la  condition  d'avoir  remis  tous  les  travaux 
graphiques,  exercices,  levés  de  plans  dont  ils  ont  été  chargés,  et 
de  subir  avec  succès  les  examens  de  passage  qui  ont  lieu  à  la  fin 
de  chaque  année  scolaire;  ces  examens  portent  sur  toutes  les 
matières  de  l'enseignement  de  l'année,  et  les  élèves  ne  peuvent 
les  subir  que  si  la  moyenne  des  notes  de  l'année  atteint  le 
chiffre  8. 

Cours  supérieurs.  —  L'admission  aux  cours  supérieurs  se  fait 
par  concours,  pour  lequel  il  n'existe  aucune  limite  d'âge  inférieure 
ou  supérieure. 

Admissions.  —  Ace  concours  peuvent  se  présenter,  sans  distinc- 
tion de  nationalité,  non   seulement  les  élèves  qui  ont  terminé 

7 


LE     BRÉSIL     EH     1889. 

avec  SUccès  les  trois  années  du  cours  général,  mais  aussi  tous 
les  candidats,  de  quelque  école  qu'ils  proviennent,  qui  prouvent 
qu'ils  possèdenl  une   instruction   analogue  à  celle  donnée  dans 

ces  trois  années. 

Le  nombre  des  admissions  peul  être  fixé  par  le  ministre  de 
l'Empire.  Le  concours  porte  sur  les  matières  de  renseignement 
du  cours  généra]  et  a  lieu,  en  juin,  devant  une  commission 
nommée  par  le  directeur  de  l'école  et  dont  les  membres  doivent 
être    pris    parmi  les   professeurs.   Les  épreuves  sont  écrites  et 

orales. 

Enseignement  des  trois  années  du  cours  supérieur.  —  L'ensei- 
gnement  des  cours  supérieurs  comprend  : 

Première  année  :  Minéralogie,  docimasie,  leçons  de  physique 
et  de  chimie  industrielle,  première  partie  de  l'exploitation  des 
mines,  métallurgie  générale  et  du  1er,  stéréotomie,  charpente, 
ombres  el  plans  cotés,  mécanique  appliquée  aux  machines  à 
vapeur,  thermodynamie  hydraulique.  Travaux  pratiques  :  épures, 
analyses  de  substances  minérales,  déterminatives  de  minéraux. 
Deuxième  année:  Première  partie  de  la  géologie,  phéno- 
mènes actuels,  pétrographie,  fin  de  l'exploitation  des  mines. 
Métallurgie  :  petits  métaux,  mécanique  appliquée  à  la  résistance 
des  matériaux,  étude  des  matériaux  de  construction,  technologie 
des  petites  professions,  architecture,  topographie  superficielle  et 
souterraine,  tracé  d'une  route.  Travaux  pratiques  :  Détermination 
de  poches,  levés  de  plans,  excursions  géologiques,  visite  de 
mines  et  d'établissements  métallurgiques. 

Troisième  année  :  Seconde  partie  de  la  géologie,  description 
des  terrains  et  des  principaux  fossiles  qui  les  caractérisent, 
chemins  de  fer,  routes,  ponts  et  viaducs,  compléments  de  méca- 
nique appliquée  aux  courants  d'eau,  canaux  et  ports,  hydrau- 
Lique  agricole,  Leçons  sur  la  législation  des  mines,  économie 
politique,  droit  administratif  et  statistique.  Travaux  pratiques: 
détermination  de  fossiles,  dessins,  rédactions  de  projets  sur  la 
métallurgie,  L'exploitation  des  mines,  la  mécanique  appliquée 
ei  1rs  chemins  de  fer,  excursions  géologiques,  visites  d'usines 
et  de  travaux. 

Les  élevés  sont  obligés  de  remettre  dans  un  délai  d'un  mois 
des  rapports  sur  les  études  qu'ils  ont  faites  pendant  les  excur- 
sions scientifiques,  qui  ont  lieu  sous  la  direction  des  professeurs, 
durant  les  jours  de  congé  de  Tannée  et  les  vacances  qui  séparent 
Les  travaux  scolaires. 


MINÉRALOGIE.  00 

Les  conditions  de  passage  d'une  année  à  une  autre  sont  les 
mêmes  que  pour  le  cours  général.  A  la  fin  de  la  troisième  année, 
roux  qui  ont  satisfait  à  toutes  les  conditions  du  règlement  obtien- 
nent un  diplôme  signé  parle  ministre  de  l'Empire  et  le  directeur 
de  l'École.  L'État  ne  garantit  aucun  emploi  aux  ingénieurs 
pourvus  de  ce  diplôme,  et  comme  l'industrie  extractive  et  la 
métallurgie  sont  encore,  saut  dans  la  province  de  Minas-Geraes, 
fort  peu  développées,  ils  éprouvent,  malgré  leur  instruction 
scientifique  déjà  bien  reconnue,  des  difficultés  à  se  placer  dans 
des  entreprises  de  leur  spécialité. 

L'enseignement  est  donné  par  douze  professeurs:  six  pour 
chacun  des  cours  supérieur  et  général,  aidés  de  trois  répétiteurs- 
préparateurs  et  d'un  professeur  de  dessin.  Ces  professeurs  sont 
nommés  par  décret  impérial  après  concours;  ils  jouissent  de 
toutes  les  prérogatives  et  garanties  accordées  aux  magistrats  des 
Cours  supérieures. 

Administration.  —  L'administration  se  compose  simplement 
d'un  directeur  à  la  fois  professeur,  et  d'un  secrétaire  chargé  en 
même  temps  de  la  bibliothèque. 

Il  n'existe  ni  surveillants,  ni  agent  comptable,  et  la  nécessité 
ne  s'en  est  jamais  fait  sentir. 

Les  professeurs  indiquent  eux-mêmes,  sur  leurs  livres  de 
leçons,  le  nom  des  élèves  absents  et  les  notes  obtenues  par  les 
élèves. 

Les  collections  pour  l'enseignement  sont  les  suivantes  : 
Minéralogie  :    790   échantillons   représentant   les   principaux 
types  de  minéraux,  bien  cristallisés,  classés  dans  Tordre   suivi 
pour  les  leçons;  105  échantillons  des  minerais  des  métaux  usuels, 
modèles  en  bois,  tableaux  de  cristallographie. 

Collection  des  minéraux  et  roches  des  provinces  de  Minas- 
Gereas,  Rio-Grande-du-Sud,  San-Paulo  et  des  gisements  aurifères 
et  diamantifères  du  Brésil,  en  tout  633  échantillons.  Géologie  : 
686  échantillons  des  fossiles  caractéristiques  des  terrains,  116  des 
terrains  du  Brésil,  400  roches  types,  en  tout  2.730  échantillons 
bien  déterminés,  1.000  plaques  taillées  dans  ces  roches  pour  les 
études  pétrographiques. 

Métallurgie  et  exploitation  des  mines.  —  Le  cours  de  métallurgie 
et  d'exploitation  des  mines  est  doté  d'une  série  de  modèles  des 
principaux  appareils  et  des  fours  employés  pour  l'extraction  des 
minerais  etlapréparation  des  métaux,  et  d'une  série  de  100  échantil- 
lons de  matières  premières,  produits  secondaires  et  combustibles. 


100  i.i:     BRÉSIL    EN     1889. 

Ceux  de  mécanique  appliquée,  de  construction,  d'architecture, 
de  géométrie  descriptive  el  de  stéréotomie,  disposent  de  collec- 
tions analogues.  Pour  ces  derniers,  le  nombre  des  modèles  esl 
assez  considérable,  et  la  collection  esl  la  même  que  celle  adoptée 
en  France  pour  L'enseignement  secondaire  et  supérieur. 

Le  cabinet  de  physique  est  aussi  complet  que  l'exige  rensei- 
gnement el  renferme  plus  de  300  appareils  cl  instrument-  prove- 
nant des  meilleurs  fabricants  de  Paris. 

Les  Laboratoires  de  chimie  sont  munis  de  tous  les  réactifs, 
ustensiles,  balances  de  précision,  nécessaires  aux  travaux  «les 
élevés  et  des  professeurs.  Les  locaux  où  ils  sonl  établis  seront  à 
la  fin  de  l'année  remplacés  par  des  constructions  spéciales  en 
voie  d'exécution,  comprenant  une  salle  pour  la  chimie  générale 
où  pourront  travailler  simultanémenl  vingl  élèves,  un  Laboratoire 
«le  docimasie  avec  une  salle  spécialement  destinée  aux  profes- 
seurs, et  cabinet  de  balances  de  précision.  Le  gaz  qui  sert  pour 
les  appareils  de  chauffage  et  d'éclairage  est  fabriqué  dans  l'éta- 
blissement même  à  l'aide  de  graines  oléagineuses  de  coton  et  de 
ricin. 

La  bibliothèque,  ouverte  tous  les  jours  aux  élèves,. compte  265 
ouvrages  en  rapport  avec  les  diverses  branches  d'enseignement 
de  L'École.  Ils  sont  pour  la  plupart  écrits  en  français,  langue  que 
tous  les  élèves  entendent  et  qu'un  très  grand  nombre  parle. 
Elle  reçoit  36  publications  scientifiques  périodiques  :  6"  en  por- 
tugais ,  20  en  français,  /  en  espagnol,  4  en  anglais  et  2  en 
italien. 

Annales  de   V  Ecole   des   Mi  ans.   Recherches,   minéralogiques   et 

géologiques.  —  L'École  des  Mines   d'Ouro-Preto  ne  se  considère 

omme  simple  établissement  d'instruction   technique,  mais 

aussi  comme  un  foyer  de  propagande  pour  les  études  de  minera - 

logie  e1  de  géologie. 

Ces  études  au  Brésil  jusqu'à  ces  vingt  dernières  années  se 
limitaient  à  des  voyages  rapides  d'exploration  où  la  plus  grande 
part  appartenait  aux  étrangers. 

Ce  n'est  guère  qu'au  commencement  de  ce  siècle  même  que 
ces  voyages  devinrent  possibles  et  prirent  un  caractère  scienti- 
fique. 

L'Anglais  Mawe,  dans  ses  relations  de  voyage,  donne  des 
indications  exactes  sur  les  mines  d'or,  de  diamants,  les  gisements 
de  pierres  précieuses  el  de  salpêtre. 

Avant  lui,  en  1792,  le  patriarche  de  l'Indépendance  du  Brésil, 


MINÉRALOGIE.  101 

Bouifacio  de  Aadrada,  savant  auquel  on  doit  la  découverte  d'es- 
pèces minérales  comme  le  triphane,  si  abondant  dans  le  bassin 
moyen  du  Joquitinhonha,  avait  étudié  les  mêmes  gisements. 

Les  voyages  de  Spix  et  Martius,  si  importants  au  point  de  vue 
botanique,  apportaient  aussi  leur  contribution  aux  études  géolo- 
giques auxquelles  fournissent  encore  quelques  renseignements 
les  œuvres,  si  justement  populaires  au  Brésil,  d'Auguste  de  Saint- 
Hilaire. 

Les  deux  livres  du  baron  d'Eschwège,  Pluto  Brasiliensis  et 
Geognostisches  Gemalde  von  Brasilien,  contiennent  le  résultat 
d'observations  et  d'études  géologiques,  poursuivies  au  Brésil 
pendant  vingt  ans. 

Malgré  quelques  interprétations  fausses,  quelques  erreurs  de 
classification  de  terrains,  erreurs  provenant  surtout  de  l'état  peu 
avancé  de  la  géologie  à  l'époque  où  l'auteur  rédigeait  son 
ouvrage,  le  travail  d'Eschwège  n'en  reste  pas  moins  le  plus 
important  et  le  plus  intéressant  qui  ait  été  écrit  sur  le  Brésil,  et 
c'est  encore  un  des  plus  utiles  à  consulter.  La  province  de  Minas- 
Geraes  y  occupe  la  première  place.  Quelques  notes  du  naturaliste 
Glaussen  sont  aussi  à  citer,  et  fournissent  des  renseignements 
intéressants  sur  les  gisements  de  minéraux  rares  qu'il  a  fait  con- 
naître en  Europe.  A  la  même  époque,  Selow  recueillait  dans  la 
province  de  Rio-Grande-du-Sud  une  collection  de  roches  cristal- 
lines et  éruptives  qui  furent  étudiées  par  Weiss  et  forment 
la  matière  d'un  Mémoire  publié  dans  les  comptes  rendus  de  l'Aca- 
démie des  Sciences  de  Tienne. 

En  1843,  Pissis  publia  deux  Mémoires  importants,  accompa- 
gnés de  cartes  géologiques,  sur  les  provinces  de  Minas-Geraes  et 
San-Paulo,  dont  celui  qui  a  rapport  aux  soulèvements  des  mon- 
tagnes du  Brésil  obtint  l'honneur  d'être  inséré  dans  les  Mémoires 
des  Savantslétrangers ,  de  l'Académie  des  Sciences  de  France. 

Les  terrains  diamantifères  ont  donné  lieu  à  une  série  de  tra- 
vaux de  minéralogie  et  de  géologie  dus  à  Helmreichen,  Heuser  et 
Claraz  ;  l'étude  des  minéraux  qui  accompagnent  le  diamant  a  des 
Mémoires  de  MM.  Damour  et  des  Cloiseaux  qui  ont  servi  de  bases 
à  tous  les  travaux  ultérieurs  sur  ces  sujets. 

La  Paléontologie  du  Brésil  n'a  donné  lieu,  pendant  la  première 
moitié  de  ce  siècle,  qu'à  un  seul  travail,  mais  celui-là,  magistral, 
du  savant  de  Lagôa-Santa,  de  Lund,  sur  la  faune  quaternaire  des 
grottes  calcaires  des  plateaux  du  San-Francisco  et  du  rio  das 
Velhas. 


102  LE     BRÉSIL     i:n     18  89. 

Les  mines  d'or  ont  plu*  fréquemment  attiré  l'attention  des 
voyageurs,  el  on  trouve  but  elles  des  données  utiles  «la  us  les  récits 
des  \  de  Spix  ei  de  Martius,  Saint-Hilaire,  prince  de  Neu- 

wied,  Gardner.  Castelnau,  Burton,  \ve  Lallemand,  Von  Tschudi 
et  d'autres  encore.  L'histoire  de  ces  mines  a  été  résumée  avec 
beaucoup  de  soin  dans  l'ouvrage  d'Hennewood,  publié  en  1871 
mais  où  il  n'est  guère  question  que  de  la  province  de  Minas- 
Geraes. 

A  ce  même  ordre  d'études  se  rattachent  quelques  notices 
comme  celle  de  l'ingénieur  Bural  sur  les  gisements  de  l'or  dans 
les  itabirites  friables,  el  celles  publiées  par  M.  Vendeborn  sur  les 
mines  de  Montes  Aureos  de  la  province  de  Maranhào,  de  Natha- 
niel  Plant  sur  Les  dépôts  de  combustible  minéral  de  Rio-Grande- 
du-Sud. 

C'est  L'expédition  Thayer,  dirigée  par  A.gassiz,  qui  ouvrit  la 
nouvelle  ère  des  travaux  géologiques  au  Brésil. 

La  plus  grande  part  dans  les  travaux  géologiques  de  la  com- 
mission revient  à  llarlt,  qui,  après  avoir  visité  avec  soin  les  cites 
du  Brésil,  de  Bahia  à  Rio-de- Janeiro,  a  parcouru  plus  de 
1.000  kilomètres  à  pied  dans  l'intérieur,  pénétrant  de  Bahia 
jusqu'au  centre  de  Minas-Geraes. 

Hartt  dans  sa  Géologie  du  Brésil,  publiée  à  Boston  en  1870,  a 
résumé  tous  les  travaux,  se  rapportant  à  ce  sujet,  et  indiqué  les 
découvertes  de  l'expédition  d'Agassiz,  à  laquelle  on  doit  les  pre- 
mières  idées  nettes  et  exactes  sur  l'horizon  géologique  des  terrains 
palœozoïques  de  Paré  et  de  l'Amazone  et  des  dépots  secondaires 
des  provinces  du  nord,  de  Bahia  à  Para,  découvertes  auxquelles 
sont  associés  les  noms  de  naturalistes  brésiliens. 

C'est  à  la  suite  de  celle  expédition  que  fut  créé  le  service 
général,  aujourd'hui  supprimé,  de  la  carte  géologique  du  Brésil 
pour  l,i  directioD  duquel  Hartt  était  naturellement  indiqué. 

Les  quelques  années  que  ce  si  regretté  savant  a  passées  à 
La  tête  de  ce  service  ont  été  signalées  par  des  travaux  remar- 
quables de  paléontologie  et  degéologie  et  parla  formation  de  col- 
lections dont  l'étude  se  continue  encore.  Ces  travaux  auxquels, 
drs  Le  début,  se  trouve  associé  son  élève  et  ami  le  géologue  Derby, 
ont  été  déjà  en  partie  publiés  dans  les  Annales  du  Muséum  de  Itlo- 
de- Janeiro. 

C'est  a  M.  Derby  qu'appartenait  de  recueillir  L'héritage  scien- 
tifique de  Hartt,  donl  il  continue  aujourd'hui,  si  utilement  pour 
Je  pays  et  la  science,  les  travaux  dans  la  direction  du  service  de 


MINÉRALOGIE.  103 

lacarte  géologique  de    San-Paulo,  créé  et  subventionné  par  le 

gouvernement  de  cet  Le  province.  Les  roches  de  San-Paulo  et 
de  Rio-de-Janeiro  on!  déjà  donné  lieu  à  bien  des  études  des 
plus  intéressantes  publiées  par  ce  savant,  études  où  il  a  fait 
connaître  tout  une  série  de  roches  éruptives  dont  on  soup- 
çonnait à  peine  l'existence  dans  ces  régions  :  Fozaïtes,  Diabases, 
Métaphyres,  Phonolites,  etc.  Si  à  ces  travaux  on  joint  les  obser- 
vations île  M.  Liais,  du  Dr  Couto.  on  aura  une  idée  à  pe 
près  complète  des  naturalistes  qui  ne  sont  occupés  spécia- 
lemenl  d'études  minéralogiques  et  géologiques  au  Brésil  jus- 
qu'en   L874. 

Or  combien  petit  est  le  nombre  des  travailleurs,  surtout 
si  on  le  compare  à  l'immensité  des  champs  de  recherches 
qu'offre  un  territoire  aussi  vaste  que  celui  du  Brésil,  où  des 
provinces  entières,  comme  celles  de  Matto-Grosso  etGoyaz,  sont  à 
peu  près  complètement  inexplorées!  Combien  incomplètes  même 
sont  nos  connaissances  géologiques  de  la  province  de  Minas- 
Geraes  où  pourtant,  depuis  1792,  il  y  a  près  d'un  siècle,  le  grand 
patriote  Bonifacio  d'Andrada  a  inauguré  les  recherches  minéra- 
logiques!  Placée  au  milieu  des  montagnes  de  cette  province,  à 
i.160  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  mer,  entourée  de  mines 
en  exploitation,  au  milieu  de  gisements  de  minéraux  précieux  et 
rares  qui  lui  forment  comme  un  musée  naturel,  l'École  des  Mines 
d'Ouro-Preto  devait  naturellement  se  mettre  à  la  tête  des  travaux 
géologiques  et  minéralogiques  dont  la  connaissance  du  sol  est  la 
conséquence,  connaissance  qui  touche  à  tant  d'intérêts  dans  la 
société. 

Dès  le  début,  les  gisements  de  topazes  qui  entourent  Ouro- 
Preto  et  les  roches  qui  en  constituent  le  sol  ont  attiré  l'attention 
du  directeur  de  cette  Ecole,  et  ont  donné  lieu  à  une  série  de 
travaux  publiés  dans  les  comptes  rendus  des  Sociétés  scientifi- 
ques de  France. 

Puis  sont  venues  les  études  des  terrains  diamantifères,  des 
dépôts  tertiaires  d'eau  douce  du  plateau  supérieur  de  Minas,  des 
terrains  métamorphiques  et  des  roches  éruptives  si  fréquentes 
dans  la  province,  et  des  minéraux  peu  connus,  découverts  dans 
les  graviers  contenant  le  diamant. 

A  ces  travaux  se  sont  joints  ceux  des  professeurs  de  l'École, 
des  ingénieurs  qui  en  sont  sortis  et  dont  deux  sont  associés, 
sous  la  direction  de  M.  Derby,  au  service  de  la  carte  géologique  de 
la  province  de  San-Paulo. 


104  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

L'École  a  pu  alors  créer  une  publication  spéciale  :  Annaesda 
I       '/  de  Minas  de  Ouro-Preto,  dont  quatre  numéros  ont  déjà  paru. 

Malheureusement,  absorbés  par  un  enseignement  journalier 
pendanl  dix  mois  «1»'  L'année,  directeur  et  professeurs  ae  peuvenl 
consacrer  a  ces  études  qu'un  temps  très  Limité,  et  la  publication 
entreprise  n'a  pas  encore  pris  la  régularité  qu'elle  aura  bientôt,  on 
L'espère.  Les  nombreuses  collections  de  roches  de  la  province 
recueillies  à  l'École,  les  documents  déjà  publiés  permettent  dès  à 
présent  de  commencer  L'ébauche  de  la  carte  géologique,  ébauche 
qui  doit  être  précédée  de  travaux  topographiques.  L'assemblée 
provinciale  «le  Minas-Geraes  a  même  voie  L'année  dernière  L'exé- 
cution de  ces  travaux. 

A  sa  mission  officielle  de  former  des  ingénieurs  des  mines, 
l'Ecole  des  Mines  d'Ouro-Preto  a  donc  joint  celle  d'étudier  la 
richesse  du  pays  el  spécialement  celle  de  la  province  de  Minas- 
Geraes,  d'en  faire  connaître  le  sol  et  de  propager  les  méthodes 
d'études  et  de  recherches  telles  qu'  elles  sonl  appliquées  en  Europe 
dans  les  pays  qui  marchent  à  la  tète  du  progrès  scientifique.  Elle  a 
écrit  en  tête  de  ses  annales  les  paroles  qui  résument  l'espril  qui 
guide  son  enseignement  et  lui  servent  de  devise  :  Cum  mente  et 
malleo. 

Mais  tous  les  efforts  de  celui  qui  a  organisé  l'École  auraient 
été  vains  si,  des  le  début,  dans  la  mission  qu'il  avait  à  remplir,  il 
n'eût  rencontré  protection,  aide  et  secours  auprès  de  Sa  Majesté 
I  Empereur  Dom  Pedro  II,  qui  n'a  jamais  cessé  d'encourager  ses 
travaux. 

L'histoire  de  l'École  des  Mines  d'Ouro-Preto,  que  j'ai  essayé 
de  résumer,  est  d'ailleurs  celle  de  tout  ce  qui  touche  au  dévelop- 
pement matériel  et  inoral  du  pays,  développement  qui  a  toujours 
été  l'unique  souci  du  Prince  qui  préside  aux  destinées  du  Brésil, 
mais  nul  autre  établissement  d'enseignement  supérieur  ne  doit 
autant  à  Sa  Majesté  l'Empereur. 


CHAPITRE    V 

ESQUISSE    DE    L'HISTOIRE   DU    BRÉSIL. 

Par   M.   le    Baron    de    RIO-BRANCO1 


Découverte  du  Brésil.  —  Le  9  mars  1500,  une  escadre 
portugaise,  destinée  aux  Indes,  quittait  Lisbonne  sous  le  comman- 
dement de  Pedro  Alvares  Cabrai.  Des  navigateurs  déjà  connus, 
comme  Barthélémy  Dias  et  Nicolas  Goelho,  commandaient  en 
sous-ordre.  Les  instructions,  rédigées  par  Vasco  da  Gama, 
portaient  que  l'escadre,  après  avoir  dépassé  l'île  de  Santiago 
(archipel  du  cap  Vert),  devait  cingler  constamment  vers  le  sud 
tant  qu'elle  aurait  le  vent  en  poupe;  dans  les  embardées,  elle 
devait  prendre  la  direction  sud-ouest,  courant  bâbord  amure  la 
bordée  du  large,  lorsque  le  vent  serait  contraire,  jusqu'à  la  latitude 
du  cap  de  Bonne-Espérance  ;  il  faudrait  alors  gouverner  droit  à 
l'est.  Yasco  da  Gama  voulait  ainsi  écarter  l'escadre  de  Cabrai  des 
calmes  de  la  côte  de  Guinée,  et  lui  donner  l'onde  des  vents  alises 
et  du  courant  équatorial.  Mais,  d'autre  part,  il  est  fort  probable 
qu'il  avait  la  certitude  de  l'existence  d'une  terre  dans  la  direc- 
tion du  Brésil,  car  se  trouvant  lui-même,  le  22  août  1497,  fort 
près  du  Penedo  de  Sâo  Pedro,  il  avait  vu  des  oiseaux,  dit  son 
Routier,  «  qui,  le  soir,  se  sont  dirigés  vivement  vers  le  sud-sud- 
ouest  comme  des  oiseaux  qui  s'en  vont  vers  une  terre.  » 

Le  21  avril,  Cabrai  rencontra  des  herbes  marines,  et  le  22  il 
aperçut  une  montagne.  Il  donna  à  celle-ci  le  nom  de  Mont 
Paschoal  et  au  pays  celui  de  Terre  de  la   Vraie  Croix  (Terra  da 

1.  Membre  du  conseil  de  S.  M.  l'Empereur,  Membre  deTInstitut  Historique 
et  Géographique  du  Brésil. 


106  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

Vera  Cruz  .  ainsi  qu'il  esl  rapporté  dans  La  lettre  de  Caminha,  da 
I  ■  mai,  adressée  au  roi  Dom  Emmanuel.  Le  ~2'-\,  L'escadre  jetail 
L'ancre  à  une  demi-lieue  de  la  côte,  en  face  de  la  ri\  ière  Cahy,  et, 
Le  25,  dans  une  baie  qui  fut  nommée  Porto-Seguro,  mais  qui  pril 
|(.  m mu  de  baie  de  Sauta  Gruz  dès  qu'une  ville  de  ee  nom  y  fut 
fondée  au  wr  siècle. 

Cabrai  reprit  la  mer  le  2  mai,  continuant  son  voyage  après 
avoir  expédié  la  caravelle  du  capitaine  André  Gonçalves  pour  por- 
ter à  Lisbonne  la  nouvelle  de  la  découverte,  (ionçalves  longea  la 
côte,  probablement  jusqu'à  Pernambuco  ou  Parahyba. 

Avant  Cabrai,  un  Espagnol,  compagnon  de  Colomb,  Yicente 
Yaùe/.  Pin/on,  avait  découvert  tout  le  Littoral  nord  du  Brésil, 
depuis  le  cap  qu'il  nomma  de  Santa-Maria  «le  Consolacion  (26 jan- 
vier L500  , —  nom  changé  par  les  Portugais,  dès  l'année  suivante, 
contre  celui  de  cap  Saint-Augustin,  — jusqu'au  capdeSao  Vicente, 
aujourd'hui  cap  d'Orange.  Pinzon  découvrit  Les  bouches  de  L'Ama- 
zone Mai-  Dolce)  et  longea  la  cote  jusqu'au  golfe  de  Paria.  La 
même  année,  un  autre  Espagnol,  Diego  de  Lepe,  abordait  au  cap 
Saint-Augustin,  reconnaissait  la  côte  jusqu'à  la  rivière  San  Juliau 
(peut-être  le  Rio  de  Coulas1),  et  retournait  vers  le  nord,  en  sui- 
vant La  route  déjà  parcourue  par  Pinzon. 

Le  nom  de  Vera  Cruz,  donné  au  pays  par  Cabrai,  fut  remplacé 
par  celui  de  Terra  de  Santa  Cruz  dans  la  notification  faite  aux 
souverains  catholiques  par  le  roi  Dom  Emmanuel,  datée  de 
Cintra,  I'1  25  juillet  L50I  ;  mais  la  contrée  ne  tarda  pas  à  être  dési- 
gnée sous  le  nom  de  Brazil (Brésil),  nom  déjà  employé  dans  le 
commerce  et  qui  fut  donné  alors  à  un  bois  de  teinture  rouge 
[ibird  pitang,  des  indiens),  qu'on  trouva  en  abondance  dans  cette 
pailie  de  L'Amérique.  La  nouvelle  terre  est  déjà  nommée  Brésil 
dans  La  relation  d'Ëmpoli  qui  accompagna  Albuqerque  et  Pacheco 
au  Indes  (1503),  ainsi  que  dans  une  plaquette  de  La  Bibliothèque 
de  Dresde  (Presil,  Presillig  Landtj,  dont  la  date  parait  être  loOG,  et 
dan-  h'  Routier  du  navire  portugais  le  Bretoa, allant  au  cap  Frio 
en  L5I I. 

lue  bulle  du  Pape  Alexandre  VI  (4  mai  1493)  avait  fait  le 
partage  des  contrées  a  découvrir  entre  les  Portugais  et  les  Espa- 
gnols, en  divisant  le  monde   par  un   méridien  qui  passait  à  100 

1.  «  San  Giano,  c'est-à-dire  rivière  de  Saint-Julien  »  (chapitre  x  de  la 
Description  de  l'Amérique  qui  l'ail  suite  a  l'Histoire  de  /</  Navigation  de  Jean  11. 
Van  Linschotbn,  el  carte  du  même  auteur  j  la  première  édition  de  cet  oui  rage, 
en  hollandais,  est  de  lf.nl). 


ESQUISSE     DE     i/lIISTOIRE     DU     BRÉSIL.  107 

lieues  à  l'ouest  du  cap  Vert.  Toutes  les  terres  qui  se  trouveraient 
à  l'ouest  de  ce  méridien  étaient  attribuées  à  l'Espagne,  celles  à 
l'orient  au  Portugal.  Mais  l'année  suivante,  ces  deux  puissances 
modifièrent,  par  le  traité  de  Tordesillas  (7  juin  1494),  la  ligne  de 
démarcation,  en  la  reportant  à  370  lieues  à  l'ouest  des  îles  du 
cap  Vert.  Le  Pape  Jules  II  approuva  cet  arrangement  par  une 
bulle  du  24 janvier  1506. 

Premières  explorations.  —  De  1501  à  1502  et  de  1503  à  1504, 
il  y  eut  deux  expéditions  portugaises,  dont  Amerigo  Vespucci 
fit  partie.  La  première,  sous  le  commandement  d'André  Gonçalves, 
reconnut  la  côte  entre  le  cap  Saint-Roch  etCananéa,  poussant  en- 
suite vers  le  sud-est, jusqu'à  une  terre  qu'on  croit  être  la  Géorgie 
du  sud.  La  seconde,  sous  les  ordres  de  Gonçalo  Coelho,  visita  les 
mêmes  côtes,  de  Bahiaverslesud.  A  l'île  de  Fernando  de  Noronha 
le  chef  de  cette  seconde  expédition  et  Vespucci  s'étaient  séparés  ; 
ils  ne  purent  se  rejoindre.  Deux  petits  forts  furent  construits  : 
Tun  par  Vespucci  au  cap  Frio,  d'où  il  entreprit  un  voyage  à  l'inté- 
rieur des  terres  jusqu'à  quarante  lieues  de  la  côte;  l'autre  par 
Coelho  à  Rio-de-Janeiro,  baie  découverte  par  André  Gonçalves  et 
Vespucci  le  1er  janvier  1502.  Mais  ces  établissements  furent 
bientôt  détruits  par  les  Indiens  Tamoyos  [Tamoi,  les  aïeux),  qui 
occupaient  le  territoire  compris  entre  le  cap  Frio  et  la  partie 
orientale  du  Sâo-Paulo.  Vespucci  était  de  retour  à  Lisbonne  au 
mois  de  septembre  1504.  On  ignore  la  date  de  la  rentrée  de 
Coelho1.  Une  des  lettres  d'Amerigo  Vespucci,  publiée  en  1504, 
traduite  et  plusieurs  fois  réimprimée  à  cette  époque,  est  le  pre- 
mier document  qui  ait  fait  connaître  à  l'Europe  les  merveilles  de 
la  nature  du  Brésil  :  «  e  se  nel  mondo  »,  disait-il,  «  è  alcun 
paradiso  terrestro,  senza  dubio  dee  esser  non  molto  lontano  da 
questi  luoghi». 

1.  Varmiagen  prétend  que  ce  capitaine  a  séjourné  longtemps  dans 
la  baie  de  Rio-de-Janeiro,  et  cela  parce  que  sur  une  carte  du  Ptolémée 
de  1513  on  trouve  à  cet  endroit  deux  mots  que  Majolo,  au  xvie  siècle, 
avait  las  —  pinaculo  detentio,  —  et  qu'il  a  las  — pina  chullo  detetio  —  et  inter- 
prétés —  gonc.  choelho  detetio  (detentio).  —  Cette  interprétation  est  aujour- 
d'hui généralement  acceptée  au  Brésil,  d'après  un  mauvais  fac  simile 
publié  dans  les  Nouvelles  recherches  sur  Amerigo  Vespucci.  Dans  deux 
exemplaires  du  Ptolémée  de  1513,  que  nous  avons  examinés,  les  mots  en 
question  sont  très  lisibles  :  portogallo  detetio.  —  Le  premier  (Portugal) 
s'explique  de  lui-même;  le  second  est  évidemment  le  mot  detectio,  décou- 
verte, très  en  usage  dans  les  portulans  et  les  géographies  de  l'époque  (terra 
détecta,  etc).  On  trouve  fréquemment,  dans  les  anciennes  gravures  sur  bois, 
des  mots  mal  orthographiés  et  des  lettres  qui  manquent. 


108  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

D'autres  expéditions  portugaises  sur  lesquelles  les  détails 
manquent  furenl  envoyées  au  Brésil.  En  1503,  Fernando  de  Noro- 
iilia  découvril  nie  < j u ï  porte  son  nom.  La  même  année,  ou  peu 
après,  Jofto  Coelho  reconnaissait  La  côte  au  nord  du  cap  Saint- 
Ftoch.  En  1504,  un  Français  de  Honfleur,  Paulmier  de  Gonneville, 
abordail  surtrois  points  de  la  côte  déjà  visitée  par Gonçalves, 
Vespucci  el  Gonçalo  Coelho.  En  1505,  une  expédition  portugaise, 
dont  le  chef  paraît  avoir  été  Dom  Nuno  Manoel  (avec  Joâo  de 
Lisboa  el  Vasco  Gallego),  parcourut  la  côte  méridionale,  découvrit 
le  Rio  de  la  Plata  ei  poussa  jusqu'à  La  baie  de  San  Matiasen  Pata- 
gonie.  Vers  1512  ou  1513,  Affonso  Ribeiro,  dans  une  nouvelle 
exploration  de  la  côte  nord  du  Brésil,  fut  tué  par  les  Indiens. 
Presque  toutes  les  escadres  portugaises  se  rendant  aux  Indes 
commencèrenl.  depuis  1506,  à  relâcher  au  Brésil,  qui  fut  visité 
cette  même  année  par  Albuquerque  et  Tristam  da  Cunha. 

En  L508,  Solis  et  IMnzon,  les  premiers  explorateurs  espagnols 
des  mers  du  Sud,  Longèrent  les  côtes  du  Brésil  ;  puis  :  eu  lôll), 
Solis  ;  en  L519,  Magellan  (Fernào  de  Magalhâes),  qui  séjourna 
quatorze  jours  dans  Laradede  Rio-de-Janeiro  ;  en  K>20,  Diogo 
Garcia  et  Sébastien  Caboto. 

Le    Portugal   déporta  dans  cette   contrée,  dès  l'expédition  de 

1501,  quelques  criminels,  parmi  lesquels  un  bachelier,  qui  se  fixa 
à  Cananéa,  et  dont  le  nom  Duarte  Pères  nous  a  été  transmis 
par  Bui  Diaz  de  Guzman.  Vers  la  même  époque,  d'autres  Portu- 
gais s'établirent  au  Brésil.  Les  plus  connus  sont  :  Francisco 
Ghaves  et  Aleixo  Garcia,  sur  la  côte  de  Cananéa,  le  premier  dès 

1502,  comme  Pères;  Diogo  Alvares,  qui,  échappé  d'un  naufrage 
dans  l'île  d'Itaparica  (1510),  épousa  la  princesse  indienne  Para- 
guassû,  et  devint,  sous  le  nom  de  Caraniurû,  un  chef  puissant 
parmi  les  indiens  de  Bahia  ;  Joào  Bamalho,  qui  se  fixa  vers  1512 
à  Piratininga,  sur  les  plateaux  de  Paranapiacaba,  où  il  eut  de 
nombreux  enfants  de  son  union  avec  la  Pille  du  chef  indien 
Tibfriçâ  ;  et  Antonio  Rodrigues,  qui  s'unit  à  une  fille  du  chef 
Caâhobf,  et  s'établit  près  de  larivière  de  Gerybatiba  (littoral  de 
Sao-Paulo).  Presque  tous,  ils  ont  rendu  de  grands  services  au 
Portugal  lors  des  premiers  essais  de  colonisation. 

Aleixo  Garcia,  avec,  trois  autres  Portugais  et  une  armée  d'In- 
diens (!•'>-<>,  franchit  le  Paranâ,  s'adjoignit  un  grand  nombre  de 
Guaranys  du  Paraguay,  el  continua  sa  marche  jusqu'aux  fron- 
tières de  l'empire  «les  Incas.  Il  traversa  la  cordillère  de  Mizque, 
s'empara  de   plusieurs    villes,    arrivant  jusqu'aux   environs  de 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  100 

Tarabueo  (Bolivie),  et  retourna  au  Paraguay  avec  un  grand  butin 
et  des  objets  en  argent  et  en  or.  Mais,  avant  envoyé  à  Cananéa 
ou  à  Piratininga  la  nouvelle  de  la  découverte  de  ces  richesses,  il 
fut  assassiné  par  les  Guaranys1. 

En  1526,  le  Portugal  envoya  une  escadre,  sous  les  ordres  de 
Christovam  Jacques,  chargée  de  donner  la  chasse  aux  navires 
français  qui,  depuis  150  i,  trafiquaient  avec  les  Indiens. 

Jacques  établit  une  factorerie  à  Pernambuco,  visita  les  prin- 
cipaux ports  jusqu'à  la  Plata,  brûlantles  navires  qu'il  rencontrait, 
et  eut  un  combat  dans  le  Paraguassû  (1527)  avec  trois  navires 
bretons  dont  il  s'empara.  La  factorerie  de  Pernambuco  fut  prise 
et  saccagée  (déc.  1530)  par  un  galion  français2.  Williams  Iiawkins, 
de  Plymouth,  qui  vint  en  1530,  est  le  premier  Anglais  qui  ait  abordé 
au  Brésil3. 

Commencement  de  la  colonisation.  —  En  1531,  Martim  Af- 
fonso  de  Souza,  ayant  reçu  les  pouvoirs  nécessaires  pour  occuper 
le  pays,  arriva  avec  une  escadre  et  quatre  cents  colons,  s'empara 
de  trois  navires  français  qui  se  trouvaient  sur  la  côte  de  Pernam- 
buco, visita  Bahia,  stationna  trois  mois  dans  la  baie  de  Rio-de- 
Janeiro,  puis,  ayant  perdu  le  navire  qu'il  montait,  devant  l'em- 
bouchure du  Chuy,  il  envoya  à  la  Plata  son  frère  Pero  Lopes  de 
Souza,  et  retourna  avec  l'escadre  vers  le  nord.  Il  fonda  alors  la 
colonie  de  Sâo-Vicente  (22  janvier  1532),  dans  File  que  les  Indiens 
nommaient  Guirâpiran  ou  Uirâpiran  4,  nomma  le  vieux  Ramalho 
«  grand  gardien  de  la  campagne  »,  et  établit  une  partie  de  ses 
colons  dans  le  village  indien  qu'il  dirigeait  clans  le  Guapituba,  à 
l'endroit  nommé  Borda  do  Campo,  sur  le  plateau  au  nord  de  la 
chaîne  de  Paranapiacaba.  Cette  colonie  fut  désignée  plus  tard 
sous  le  nom  de  Santo-André.    De  Cananéa,  Martim  AfTonso  de 

1.  Rui  Diaz  de  Guzman,  La  Argentina,  Liv.  T,  chap.  v.  L'auteur,  qui  a 
connu  au  Paraguay  un  fils  d'Aleixo  Garcia,  a  achevé  cette  histoire  en  1612. 
Voir  aussi,  sur  Garcia,  les  ch.  50,  55  et  57  des  Comentarios  de  Alvar  Nunez 
(Cabeza  de  Vaca),  Valladolid,  1555. 

2.  Cette  factorerie  était  sous  la  direction  de  Diogo  Dias,  feitor  (gérant). 
Gaffarbl  {Histoire  du  Brésil  Français,  p.  96)  se  trompe  en  disant  que  c'était 
un  fort  commandé  par  Duarte  Coelho,  lequel  n'est  arrivé  au  Brésil  que  cinq  ans 
après. 

3.  C'est  vers  cette  année  qu'il  faudrait  mettre  un  prétendu  blocus  du  Tagc 
par  Ango.  Cette  fable  a  été  déjà  jugée  par  plusieurs  écrivains  français.  Voir 
Ferd.  Denis,  Le  Génie  de  la  navigation  (Paris,  1847),  et  Guérin,  Histoire  Maritime 
de  France,  t.  II. 

4.  Morpion,  selon  Thevet  ;  Urbioneme,  Orbionem,  ou  Orpiomma,  selon 
Stade  ;  Warapisumama,  selon  Purciias. 


110  i.i:     BH  ÈSII     EN      1  s^9- 

Souza  ;i\;iii  expédié  dans  L'intérieur,  à  la  recherche  de  l'or,    une 
petite  troupe  qui,  après  avoir  franchi  le  Paranâ,  fut  repoussée  par 

Guaranys,  el  détruite,  pendant  sa  retraite,  dans  l'Iguassû1. 

Lopes  «If  Souza,  qui  a  écrit  le  journal  desmi  voyage  maritime, 
explora  l«"  ni"  de  la  Plata,  l'Uruguay  <v(  l<'  Paranâ,  arriva  a  Sao 
Vicente  <■!  fut  expédié  en  Europe.  Chemin  faisant,  il  captura  deux 
navires  français  à  Pernambuco,  et  prit  un  fort  construit  dans  File 
d'Itamaracà  par  Jean  du  Péret,  capitaine  d'un  navire  appartenant 
au  baron  de  Saint-Blancard,  généra]  des  galères  françaises  de  la 
Méditerranée.  Il  laissa  une  garnison  dans  ce  fort. 

De  1532  ;i  1535,  le  pays,  dont  les  côtes  seulement  avaient  été 
explorées,  fut  divisé,  par  des  lignes  parallèles  à  l'équateur,  en 
quinze  sections  formanl  douze  capitaineries  héréditaires,  de  G00 
à  12.000 lieues  carrées,  dont  le  roi  Jean  III  lit  donation  à  plusieurs 
nobles  portugais  qui  devaient  y  établir  <\<'>  colonies.  Martini 
Afionso  de  Souza  fut  un  des  donataires  et  devint  (1532)  seigneur 
de  la  capitainerie  de  Sâo-Vicente  (aujourd'hui  Sao-Paulo).  11 
quitta  If  Brésil  en  I.");'»:;  el  se  rendit  célèbre  dans  les  guerres  des 
Indes;  niais,  quoique  absent,  il  s'occupa  toujours  de  son  iief 
brésilien,  envoyant  des  colons  à  Sào-Yicente  et  y  faisant  importer 
de  l'île  de  Madère  la  canne  à  sucre,  introduite  à  la  même  époque  à 
Pernambuco  par  Duarte  Coelho. 

Quelques-uns  des  donataires  ne  réussirent  pas  à  coloniser  leurs 
domaines.  Pero  Lopes  de  Souza,  par  ses  représentants,  fonda  la 
colonie  de  Santo~A»i<i,o  dunslile  de  G  uaimbé  (littoral  de  Sào-Paulo), 
et  un  autre  établissement  dans  l'île  d!Itamaracà  (1532).  Yasco  Fer- 
nandes  Coutinbo  fonda  Espirito-Santo  (1535),  aujourd'hui  Villa 
Velha,  et  Duarte  de  Lemos  commença,  en  1540,  dans  cette  capi- 
tainerie,  un  établissement  qui  devint,  à  partir  de  1558,  la  ville 
de  Victoria;  Pero  do  Campo  Tourinho  créa  la  ville  de  Porto- 
Seguro  (1530),  quelques  lieues  au  sud  de  la  baie  où  Cabrai 
.ivait  séjourné,  ainsi  que  la  ville  de  Santa-Cruz,  sur  la  baie  de 
Cabrai  (l'ancien  Porto-Seguro)  et  une  autre  colonie,  celle  de 
Santo-Amaro,  détruite  en  1564  par  les  Indiens.  Figueiredo  Correa 
envoya  des  colons  qui  furent  les  fondateurs  de  la  ville  d'Ilhéos; 
Duarte  Coelho  fonda  les  villes  tYOlinda  (1535)  et  d'Iguarassâ.  Deux 
autres  colonies  avaient  été  établies,  Tune  à  Bahia  (1530)  par 
Pereira  Coutinho.  l'autre  sur  les  rives  du  Parahyba  du  Sud  (15  in. 


1.  La  Argentine»,  «le  lî.  Diaz  de  <ii  /mvn:  Comentarios  de  À.  N.  Cabeza  m  Vaca  : 
et  Diario  <hi.  Navegaç&o  de  Pero  Lopes  de  Souza. 


ESQUISSE     DE     l/lIISTOIRE     DU     BRÉSIL.  111 

par  Pero  de  Gôcs  da  Silveira;  niais  elles  furent  bientôt  évacuées, 
les  colons  ne  pouvanl  résister  aux  attaques  des  Indiens.  D'autres 
capitaineries  furent  créées  postérieurement  (Itaparica,  155G, 
lleconcavo,  1566,  etc.);  mais  peu  à  peu,  les  rois  du  Portugal 
recouvrèrent  tous  ces  fiefs  par  héritage,  par  achat  ou  autrement. 
Les  dernières  capitaineries  qui  se  trouvaient  encore  sous  le 
régime  féodal  furent  rachetées  par  la  couronne  au  xvnr3  siècle, 
du  temps  de  Dom  José  1er  et  Pombal. 

En  L540,  l'Espagnol  François  Orellana,  venant  du  Pérou, 
descendit  le  premier  l'Amazone,  dont  les  bouches  seulement 
avaient  été  reconnues.  En  1541,  l'expédition  espagnole  d'Alvar 
Nufiez  Cabeza  de  Yaca  débarqua  en  face  de  l'île  Ste-Catherine 
(alors  ile  dos  Patos),  marcha  vers  l'intérieur  et  arriva  l'année 
suivante  à  l'Assomption  du  Paraguay. 

En  1549,  un  gouverneur  général,  Thomé  de  Souza,  fut  envoyé 
au  Brésil,  et  fonda,  la  même  année,  la  ville  de  Sâo  Salvador  de 
Bahia,  qui  fut  sa  résidence  et,  pendant  plus  de  deux  siècles,  la 
capitale  du  Brésil.  Elle  fut  érigée  en  évêché  en  1551.  Le  premier 
évoque  du  Brésil,  Sardinha,  fut  tué  par  des  Indiens  anthropo- 
phages (1556),  de  même  que  plusieurs  prêtres,  sur  la  rive  gauche 
du  Sâo  Miguel  (Alagùas).  Les  jésuites  étaient  arrivés  au  Brésil  en 
1549  avec  Thomé  de  Souza.  Ils  entreprirent  de  catéchiser  les  Indiens 
et  de  les  grouper  sous  leur  autorité  exclusive.  Parmi  eux  se  sont 
distingués  les  Pères  Joseph  de  Anchieta,  qui  envoya  les  premiers 
jésuites  au  Paraguay,  et  Emmanuel  da  Nobrega,  surnommés  les 
apôtres  du  Brésil.  En  1554  le  Père  Emmanuel  de  Paiva  créa 
une  maison  dans  le  village  indien  de  Piratininga,  qui  prit  le 
nom  de  Sâo-Paulo.  Peu  à  peu  les  habitants  de  l'ancienne  colonie 
de  Santo-André,  dirigée  par  Jean  Ramalho,  l'abandonnèrent  pour 
aller  se  fixer  à  Sâo-Paulo,  et  Santo-André  resta  désert.  En  1560, 
Sâo  Paulo,  ayant  été  élevé  au  rang  de  ville,  eut  une  municipalité. 
Dès  1539  un  gentilhomme  portugais,  Braz  Cubas,  avait  créé 
dans  la  capitainerie  de  Sâo-Vicente  une  colonie  dont  la  popula- 
tion a  grandi  et  qui  est  devenue  la  ville  de  Sanlos,  établie  en 
1545.  Les  habitants  de  cette  capitainerie  étaient  appelés  Vicen- 
tistas,  mais  la  ville  de  Sâo-Paulo,  dont  les  habitants  étaient 
nommés  Paulistas,  devenant  prépondérante,  tous  les  natifs  de 
cette  partie  du  Brésil  commencèrent  à  être  désignés  sous  ce 
dernier  nom.  Le  siège  du  gouvernement  de  cette  capitainerie 
fut  transféré  de  Sâo-Vicente  à  Sâo-Paulo  en  1683  seulement.  La 
population   se    composait   de    blancs,   Portugais,    ou   d'origine 


112  LE    BB  BS1  L     EN     1880. 

portugaise,  d'Indiens  civilisés  et  de  métis  nés  de  pères  euro- 
péens el  de  mères  indiennes.  Ces  derniers  étaient  surnommés 
mamelucos,  nom  dérive  de  manlu/mcu  lils  do  femme  indienne, 
selon  Aimeida  Nogueira]  et  ^'wim  célèbre  dans  l'Amérique  du 
Sud  pendanl  le  wirci  le  xvnie  siècle.  Les  jésuites  et  les  historiens 
du  Paraguay  el  de  la  Plata,  ont  répandu  alors  plusieurs  fables  au 
sujel  d»1  fori^inc  <1<>s  Paulistas  et  surtoul  des  mnmelucos  de  S&o- 
Paulo,  qu'ils  croyaient  descendants  d'Italiens,  de  Français  et  de 
Hollandais. 

Des  esclav.es  nègres  commencèrent  à  être  introduits  dans  le 
nord  du  Brésil,  à  Pernambuco  el  à  Bahia,  peu  de  temps  après 
la  fondation  de  ces  colonies. 

Les  Français  à  Rio-de-Janeiro.  Fondation  de  Rio.  —  Les 
marins  français  continuèrent  à  fréquenter  les  côtes  du  Brésil 
après  rétablissement  des  premières  colonies  portugaises,  qui 
étaient  encore  en  petit  nombre  et  trop  séparées  les  unes  des 
autres.  C'était  entre  le  cap  Saint-Koch  et  le  Parahyba-du-Nord, 
nommé  alors  Sào-Domingos,  sur  le  littoral  de  Alagoas,  de 
Sergipe,  et  de  Rio  de  Janeiro  qu'ils  venaient  faire  le  commerce 
avec  les  Indiens.  Sur  la  côte  de  Rio  ils  avaient  pour  alliés  les 
Tamoyos,  dont  les  flotilles  ont  souvent  attaqué  les  navires  portu- 
gais et  intercepté  les  communications  entre  les  colonies  de  Sâo- 
Vicente  et  Santo-Amaro  et  le  nord  du  Brésil.  Cunhambebe,  le 
«  grand  et  puissant  roi  Quoniambek  »,  dont  le  portrait  a  été 
publié  par  ïhevet  dans  deux  de  ses  ouvrages  (Vies  des  hommes 
illustres  et  ChosmograplueJ,  était  un  chef  Tamoyo.  Son  village 
fortifié,  nommé  Arirab,  se  trouvait  sur  la  rivière  Arirô  (rivière 
des  Vases  dans  la  carte  de  Thevet),  à  Angrados  Reis1. 

En   1550  Pero   de  Gôes  livra  un  combat,   sans  résultat,  à  un 

1.  Ce  Cunhambebe,  dont  parlent  Thevet  et  JIans  Stade  (ce  dernier  fut 
son  prisonnier  .n'est  pas  certainement  l'indien  du  môme  nom  dont  il  est  ques- 
tiondans  une  des  lettres  d'Anchieta.  Le  Cunhambebe  d'Anchieta  est  probable- 
ment un  (ils  de  l'autre.  Le  vieux  Cunhambebe  avait  dans  son  village  6  canons 

pris  sur  deux  caravelles  portugaises,  et  gardait  comme  trophée  l'habille ut 

complet  et  la  croix  de  chevalier  du  Christ  d'un  gentilhomme  portugais,  Ruy 
Pinto,  de  SSo-Vicente,  tué  dans  un  combat  naval  (1549),  où  six  petits  navires 
portugais  furent  pris.  C'est  Thevel  qui  parle  de  cette  victoire  de  Cunhambebe, 
sans  toutefois  donner  le  nom  de  Ruy  Pinto,  seul  chevalier  du  Christ  existant 
alors  dans  la  capitainerie  de  Sâo-Vicente,  et  mort  en  effet  à  cette  époque. 
Cf.  Gaspab  i>\  Madré  de  Deos,  Memorias  de  Scfo-Vicente,  54  et  55,  et  Histoire  de 
Thevet,  de  deux  voyages  par  lui  faits  aux  Inde*  australes  et  occidentales^ 
chapitre  De  la  bée  des  Roys  et  de  Beau-repaire  (Manuscrit  de  la  Bibliothèque 
nationale  de  Paris,  fonds  français,  15.454  . 


ESQUISSE     DE     L   HISTOIRE     DU     BRESIL.  113 

navire  français  près  de  Macahé1.  La  même  année,  Henri  II  de 
France  et  Catherine  de  Médicis  assistaient  à  Rouen  à  une  fête 
brésilienne  où  figuraient  cinquante  Indiens  Tobajaras. 

En  1555,  un  chevalier  de  Malte,  déjà  connu  par  ses  exploits  et 
par  ses  écrits-,  Nicolas  Durand  de  Villegaignon,  obtint  la  protec- 
tion d'Henri  II  et  de  l'amiral  de  Goligny  pour  fonder  une  colonie 
au  Brésil,  et  vint  s'établir  à  File  de  Serigype  située  dans  la  baie  de 
Rio-de- Janeiro.  Il  donna  au  pays  le  nom  de  France  antarctique  et 
éleva  dans  File  un  fort  qu'il  nomma  Goligny.  Ses  exigences 
religieuses  suscitèrent  des  difficultés  qui  nuisirent  à  rétablisse- 
ment composé  de  catholiques  et  de  calvinistes.  En  1559,  il  laissa 
à  la  tète  de  la  colonie  son  neveu  Bois  le  Comte,  pour  venir  en  Eu- 
rope demander  des  renforts  et  soutenir  de  longues  controverses 
religieuses  avec  Calvin  et  ses  adeptes.  Quelques  mois  après,  le 
gouverneur  général  du  Brésil,  Mem  de  Sa,  arrivait  à  Rio  avec 
une  escadre  et  s'emparait  du  fort  Coligny  (16  mars  1560),  qu'il 
rasa,  sans  toutefois  occuper  le  pays3.  L'île  fut  désignée  depuis 
£ette  époque  sous  le  nom  de  Villegaignon4. 

1.  Au  mois  d'août  1550,  et  non  pas  le  15  avril  1551,  au  cap  Frio,  comme  l'ont 
cru  Varnhagen  et  Gaffarel.  Le  combat  n'a  duré  qu'une  journée. 

2.  Yillegaignon,  né  à  Provins  en  1510,  mort  àBeauvaisen  1571,  était  neveu 
de  Villiers  de  l'Isle  Adam,  grand  maître  de  l'Ordre  de  Malte.  «  C'était  un  des 
hommes  de  son  siècle  le  mieux  fait,  l'esprit  orné  de  rares  connaissances,  et 
d'une  valeur  révérée  même  par  les  plus  braves  capitaines  de  son  temps  »  (Ver- 
tot,  Hist,  des  Chev.  de  Malte,  ITI,  251).  Il  avait  été  grièvement  blessé  à  l'expé- 
dition d'Alger,  sous  les  ordres  de  l'empereur  Charles-Quint  ;  avait  commandé 
des  escadres  sur  la  cote  d'Angleterre,  conduit  Marie  Stuart  en  France  (1518) 
malgré  les  croiseurs  anglais,  et  s'était  illustré  dans  les  guerres  de  Malte.  Lors  de 
son  départ  pour  le  Brésil  il  avait  déjàpublié  deux  livres  :  Caroli  V  imper atoris 
e.rpeditio  in  Africain  ad  Argieram  (Paris,  1542)  et  De  bello  Melitensi  ad  Carolum 
Cœsarem  et  ejus  eventit  Gallis  imposito  comment arius  (Paris,  1553.)  A  consul- 
ter :  Relation  de  l'expédition  de  Charles-Quint  contre  Alger,  par  Villegaignon, 
publiée  en  1874  par  H.  de  Gramont,  avec  notice  biographique. 

3.  11  n'y  avait  dans  le  fort  que  114  Français  et  quelques  centaines  d'Indiens, 
selon  Mem  de  Sa,  mais  le  nombre  de  ces  derniers  était  certainement  exagéré, 
car  l'île  n'est  pas  grande.  Après  le  bombardement  du  fort  par  l'escadre,  com- 
posée de  11  navires,  Mem  de  Sa  ordonna  (15  mars)  le  débarquement  de  260 
hommes,  dont  120  Portugais  et  Brésiliens  et  140  Indiens.  Il  n'y  a  pas  eu  de 
capitulation  comme  l'ont  dit  Thevet,  La  Popellinière,  l'historien  brésilien 
Varnhagen  et  plusieurs  autres  écrivains.  La  lettre  de  Mem  de  Sa,  sur  la 
prise  du  fort,  a  été  publiée  par  plusieurs  chroniqueurs  avec  un  change- 
ment de  phrase  :  ao  tempo  em  que  negociei.  C'est  ao  tempo  em  que  cheguei 
qu'on  doit  lire.  Voir  les  Carias  do  Brazil  do  Padre  Manoel  da  Nobrega 
(Rio,  1886  :  notes  de  Valle  Cabral,  p.  172-75)  et  première  partie,  chap.  LV1II 
de  Gabriel  Soares.  Le  père  Nobrega  s'y  trouvait  présent.  Deux  écrivains 
français,  André  Thevet,  qui  visita  deux  fois  le  Brésil  à  cette  époque,  et  Jean 
de  Lery,  arrivé  à  Rio  en  1557,  ont  raconté  cette  tentative  d'établissement 
français. 

4.  On  peut  voir  cette  île    dans    le   Panorama  de   Rio-de- Janeiro,    que  le 

8 


111 


LE     BRÉSIL     EN      1889, 


En  L961,  quatre  navires  français,  an  Mitre    L'année   suivante, 
,u,1.ui  repousses  à  Kspirito-Sanl..  par  Belcnior  d'Aeevedo. 

En  [56^  ans  alliance  ou  confédération  générale  des  tribus  des 
ramoyos  de  Rio-de-Janeiro  menaça  tes  établissements  portugais 
(1(\  ia  capitainierie  de  Sao-Vicente.  La  ville  do  Sâo-Pauk)  repoaasa 
,11H.  attaque  des  sauvages,que  les  Français  restés  à  Rio-de-Janeiro 
excitaient  contre  1rs  Portugais.  Los  pères  Anchieta  et  Nobrega, 
se  rendant  seuls  au  campement  des  Tamoyos,  parvinrent  a4é- 
sarmerles  principaux  chefs  ;  puis,  Estacio  de  Sa,  arrivé  de  Lis- 
bonne avec  quelques  navires,  réunit  les  volontaires  de  Bahia, 
d'Espirito-Santo,  de  Sâo-Vicente  et  de  Sao-Paulo,  pénétra  dans  la 
baie  de  Rio-de4aneiro  (1565)  et  y  établit,  prés  du  Pain-de-Sucre, 
un  camp  retranché  auquel  il  donna  le  nom  de  ville  de  Saint-Sé- 
bastien. Les  années  1565  et  1586  se  passèrent  en  combats  avec 
les  Tamoyos  et  les  Français.  L'année  suivante,  Le  gouverneurgé- 
néral  du  Brésil,  Mem  de  Sa,  arriva  avec  des  renforts,  ei  les  deux 
retranchements  que  L'ennemi  occupait,  L'un  à  LTruçumiri  (plage  du 
Flamengo,  faubourg  de  Rio),  L'autre  à  Paranapueuhy  (île  do  Gever- 
Qador  furent  enlevés  (20  janvier  1567).  Estacio  de  Sa  mourut  d'une 
blessure  reçue  devant  Uruçumiri. 

Mem  do  Sa  lit  démolir  Le  retranchement  et  les  cabanes  oons- 
s  près  du  Pain-de-Sucre  pour  établir  la  ville  de  Saint-Sébas- 
tien de  Rio-de-Janeiro  sur  une  colline  nommée  Morne  do  Castello 
après  la  construction  du  château  de  Saint-Sebastien1.  En  1568, 

peintre  brésilien  Victor  Meirelles  expose  actuellement  à  Paris    Du  temps  de 
Villegaignou  il  y  avait  on  rocher  à  chacune  des  deux  extrémités  de  1  île 

i    V    Gaffarel,    dans  son   Histoire  du  Brésil  français,    p.    350-51,     m., 
de  Jean  Bolès,  un  êrudit  français,  qui  aurait  été  exécuté  à  Rio  comme  lien - 
.,„,„„    567:  «...Mem  de  Sa  livra  à  leurs  rancunes  (il  est  questton  des  Jé- 
ultes  L'infortuné  Bolès,    qui    fut  jugé   pour  la    forme,  ron.lan.n,  et  aussitôt 
exécuté    Cet  acte  barbare  d'intolérance  marque  les  premiers  jours  de  la  nou- 
velle capitale.  »  -  Ce  fut  un  chroniqueur  jésuite,  Simao  de  \  ^onobllos,  qui, 
erôyant  faire  L'éloge  de  Mem  de  Sa  e1  du  père  Anchieta,  parla  de .cette >exécu- 
Sondans deux  ouvrages  qu'il  publia  en  1663et  en  1672.SelonSimao  deVascon- 
Sos  Anchieta  aurait  assisté  à  l'exécution.  Heureusement  «MPomiM 
trouve    cette  tache  dans  la  vie  du  père  Anchieta,  car  U  a  parlé  lui^êmed 
Boules,  dans  son  Information  du  Brésil  écrite  en  1,S,    1)  après  lui    Boni.  s 
envoyé à  Bahia,  de  Bahia  à  Lisbonne  (1562  et  du  Portugal  aux  Indes:  il  n  est  plu 
Sué  au  bre.il  (Voir  ce  document  page  il.  des   Informants  /'/-/--  <; 
Ittoricos   do  padre  Josar*  de  Anchieta,  B.J,  L584-1586  pubhés  à  Rio  eu  1886 
Par    MM.  Capistrano    de   Arreu  et  Valle  Cabral).   Le  baron  de  Ram iz    tom. 
?i  vil    Ze    partie,  de  la  Rev.  de  Vint.  H  est.  du   Brésil)  a  trouvé  a  la  b.bl.  ua- 
donalè  de  Rio  deix  exemplaires  d'une  brochure  pubUée  eu    1566  à  Lisbonne, 
en%ortugaïs%ar  cet  érudit  dont  le  nom  et  les   titres  étaient  :  Jean  Comtha 

^neurdl  Bollès,  gentil} fi çais,  docteur  en  Sorbonne^  -  outre  1  lnfor; 

motion  d'ANCHiETA  et  la  communication  citée,  du  baron  de  Ramu,  il  >    a 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRESIL.  115 

quatre  navires  français  entrèrent  dans  la  rade  de  Rio  et  essayèrent 
de  s'emparer  du  village  de  Sào-Lourenço,  en  face  de  la  ville,  occupé 
par  le  chef  indien  Ararigboia,  allié  des  Portugais.  Ils  furent  re- 
poussés. La  même  année  (8  juin),  Salvador  Correa,  gouverneur 
de  Rio,  et  Ararigboia  prirent  à  l'abordage  au  cap  Frio  un  navire 
français1,  dont  l'artillerie  fut  placée  dans  le  petit  fort  de  Guia,  cons- 
truit alors  sur  la  pointe  orientale  de  l'entrée  de  Rio,  où  se  trouve 
aujourd'hui  la  forteresse  de  Santa-Cruz.  En  1570  (15  juillet)  le 
corsaire  français  Jacques  Sore,  seigneur  de  Flocques,  s'empara, 
près  des  Canaries,  du  navire  portugais  le  Santiago,  qui  conduisait 
au  Brésil  trente-neuf  jésuites,  parmi  lesquels  le  père  Ignacio  de 
Azevedo.  Sore,  qui  était  hugenot,  força  ces  religieux  à  se  jetter 
eux-mêmes  à  la  mer2.  L'année  suivante  Jean  Capdeville  prit  au 
même  endroit,  après  un  combat  opiniâtre  (13-14  sept.)  un  autre 
navire  qui  transportait  à  Bahia  le  gouverneur  portugais  et  douze 
jésuites.  Les  prisonniers  furent  massacrés.  En  1576,  Salema,  gou- 
verneur de  Rio,  fit  une  guerre  d'extermination  aux  Tamoyos  et 
s'empara  d'un  fort  construit  au  cap  Frio  par  des  marins  français. 

Commencement  de  la  domination  espagnole.  Hostilités  des 
Français,  Anglais  et  Hollandais.  —  En  1580  le  roi  d'Espagne 
Philippe  II,  devenu  roi  du  Portugal,  fut  acclamé  dans  toutes  les 
provinces  portugaises.  L'union  des  deux  couronnes  attira  sur 
le  Brésil  les  attaques  des  ennemis  de  l'Espagne.  Des  navires  fran- 
çais envoyés  pour  soutenir,  contre  Philippe  II,  les  droits  d'Antoine, 
prieur  de  Crato  (quatre  navires  en  1580.,  trois  en  1581),  furent 
repoussés  à  Rio  par  Salvador  Correa.  Sur  les  côtes  de  Rio  Grand e- 
du-Nordet  deParahyba,  les  hostilités  entre  Français  et  Portugais 
continuèrent  jusqu'en  1607.  Onze  navires  français  en  1579,  cinq 
en  158  L,  furent  brûlés  dans  le  Parahyba.  En  1584,  l'amiral  espa- 
gnol Flores  Valdez  et  les  Portugais  de  Pernambuco  s'emparèrent 
d'un  ouvrage  fortifié  que  les  Français  avaient  élevé  sur  le 
Parahyba  de  concert  avec  les  Indiens,  et  détruisirent  sept  na- 
vires français.  Un  fort  portugais  y  fut   établi,  mais  abandonné 


cette  question  ud  mémoire  très   savant   de  C.  Mendes  (TAlmeida,    publié  dans 
la  Rev.  de  l'Inst.Hist.  du  Brésil,  t.  XLII,  2e  partie. 

1.  Des  volontaires  de  Sâo-Vicente  (à  S.  Paulo)  étaient  venus  pour  cette 
expédition  sous  le  commandement  d'un  colon,  Heliodore  Eoban,  qui  fut  tué 
dans  le  combat.  Il  était  fils  du  poète  et  historien  allemand  connu  sous  le 
nom  d'Helius  Eobanus  Hessus. 

2.  Barbosa  Machado.  Mem.  de  D.  Sebastiào,  P.  III,  1.  le,  chap.  2,  pag.  239. 
La  date  donnée  par  Jarric  (1555)  n'est  pas  exacte. 


116  LE     BRÉSIL     EN     18  80. 

l'année  suivante.  Un  autre  fort  fut  construit  en  1586  sous  Le  nom 
de  Cabedello,   à  L'entrée  de  cette  rivière. 

En  L583,  L'Anglais  Edward  Fenton,  qui  fut  plus  tard  un  des 
vainqueurs  de  VInvencible  Armada,  pénétra  dans  Le  port  de  San- 
id-,  qu'il  quitta  après  an  combat  contre  des  navires  espagnols 
de  passage;  en  K>S7  Withrington  ravagea  les  environs  de  Bahia, 
el  deux  navires  français  (capitaines  Pois  de  Mill  et  Goribault) 
furenl  pris  dans  le  Sergipe ;  en  l.V.H  Thomas  Gavendish  saccagea 
Santos,  et,  en  L592,  échoua  dans  nue  attaque  contre  Espirito- 
Santo.  En  1595  des  Français  débarqués  de  dix  navires  furent 
repoussés  à  llhéos,  et  les  corsaires  James  Lancaster,  Anglais. 
et  Le  Noyer,  Français,  prirent  Recife  et  y  firent  un  grand 
butin.  En  L596  le  fort  de  Cabedello,  dans  le  Parahyba,  repoussa 
une  attaque  des  Français,  débarqués  de  treize  navires.  A  ce 
moment  sept  autres  navires  français  se  trouvaient  à  l'ancre 
devant  le  Rio-Grande-du-Nord,  trafiquant  avec  les  sauvages.  En 
1599  un  navire  du  Havre,  capitaine  Jacques  Potcl,  fut  pris  au 
cap  Frio  par  Martini  de  Sa1.  La  même  année  Olivier  van  Noort, 
après  avoir  essayé  en  vain  de  pénétrer  dans  Rio,  poursuivit  avec 
son  escadre  un  voyage  autour  du  monde  ;  en  1604,  van  Carden, 
commandant  d'une  autre  escadre  hollandaise,  repoussé  à  Bahia, 
butina  dans  le  port;  en  1615,  Joris  van  Spilbergen  en  fit  autant 
dans  le  port  de  Santos.  Vers  1623,  le  commandant  Dirck  van 
lluyter  fut  fait  prisonnier  par  Martini  de  Sa,  gouverneur  de  Rio 
et  vice-amiral  de  la  mer  du  Sud. 

En  1585,  les  colonies  portugaises  du  Brésil  avaient  une 
population  d'environ  57.000  habitants,  dont  25.000  blancs  (250  à 
ltamaracâ,  8.000  à  Pcrnambuco,  12.000  à  Bahia,  750  dans  cha- 
cune des  capitaineries  d'Ilhéos,  Porto-Seguro,  Espirito-Santo  et 
Rio-de-Janeiro,  1.500  dans  celle  de  Sâo  Vicente),  18.500  Indiens 
civilisés  (2.000  à  Pernambuco,  8.000  à  Bahia,  4.500  à  Espirito- 
Santo,  3.000  à  Rio,  1.000  dans  la  capitainerie  de  Sâo-Vicente)  et 
14.000  esclaves  africains  (10.000  à  Pernambuco,  3  à  4. 000  à  Bahia, 
100  à  Rio-de-Janeiro)2. 

i.  La  Bibliothèque  Nationale  de  Paris  possède  deux  cartes  de  1579,  par 
Jacques  Vaudeclay,  de  Dieppe,  l'une  représentant  la  côte  du  Brésil  entre 
L'Amazone  et  le  Rio-Real,  L'autre  les  environs  de  Rio-de-Jaueiro  (Vrai  Pour- 
traict  de  Geneure  el  du  cap  de  Frie).  On  peut  aussi  voir  à  la  Bibliothèque 
Nationale  de  Paris  (Lf.  "),  la  «  Remonstrance  très  humble  en  forme  d'aver- 
tissement, que  font  au  roy  et  à  nosseigneurs  de  son  conseil  les  capitaines  <le  la 
manne.  <te  France.  »  Ces!  une  publication  du  commencement  du  xvmc  siècle. 

2.  Anchibta  dans  ['Information  de  1585  donne  les  chiffres  de  la  population 


ESQUISSE     DE    L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  117 

A  Rio,  le  premier  contrat  pour  l'importation  d'Africains  avait 
été  passé  en  1583  entre  le  gouverneur  Sa  et  un  nommé  Gutierres 
Yalerio.  Dans  la  capitainerie  de  Sao-Vicentc  (Sao-Paulo),  on 
employait  des  esclaves  indiens. 

Eu  L560,  Braz  Cubas,  en  1590  Affonso  Sardinha,  avaient  décou- 
vert des  mines  d'or  à  Sao-Paulo.  Déjà,  l'an  1600,  elles  étaient  en 
exploitation.  En  1590  la  ville  et  le  fort  de  Sâo-Christovâo  furent 
fondés  dans  le  Sergipe,  par  Ghristovâo  de  Barros,sur  la  rive  droite 
du  Cotindiba.  Vers  la  même  époque,  la  ville  de  Cachoeira  fut  fon- 
dée sur  le  Paraguassû  (Bahia),  et  celle  de  Natal  (1597)  dans  le 
Rio-Grande-du-Nord.  En  1608,  un  gouvernement  général  fut  créé 
pour  la  partie  méridionale  du  Brésil,  comprenant  Espirito-Santo, 
Rio  et  Sao-Vicente  (Sao-Paulo).  Rio-de-Janeiro  en  fut  la  capitale. 
En  1617.  ce  gouvernement  fut  supprimé  et  Bahia  redevint  la 
seule  capitale  du  Brésil.  En  1610,  les  Portugais  fondèrent  leur 
premier  établissement  au  Cearâ. 

Les  Français  à  Maranhao.  —  Un  gentilhomme  de  la  Touraine, 
Charles  des  Vaux,  qui  avait  été  laissé  en  1594  au  milieu  des 
sauvages  du  Brésil  par  le  capitaine  Jacques  Riffault,  rentra  en 
France  vers  1605,  et  proposa  à  Henri  IV  de  faire  occuper  le 
Maranhao,  lui  assurant  que  les  Indiens  étaient  désireux  de  rece- 
voir les  Français.  Henri  IV  confia  à  Daniel  de  la  Touche,  seigneur 
de  La  Ravardière,  qui  venait  de  faire  une  exploration  des  côtes 
de  la  Guyane1,  la  mission  d'aller  avec  Des  Vaux  s'assurer 
des  dispositions  des  sauvages.  Lorsqu'ils  retournèrent  en 
France,  Henri  IV  était  mort.  La  Compagnie  qui  devait  se 
charger  des  frais  de  l'expédition  ne  put  être  organisée  qu'en 
1612,  avec  l'appui  de  la  famille  des  Razilli.  Un  grand  nombre  de 
gentilshommes  s'enrôlèrent.  La  Ravardière,  François  de  Razilli, 
seigneur  des  Aumels,  et  Nicolas  de  Harlay-de-Sancy,  baron  de 
La  Molle  et  de  Gros  Bois,  furent  nommés  «  lieutenants-généraux 
du  roi  aux  Indes-Occidentales  et  terres  du  Brésil  »  par  la  régente 
Marie  de  Médicis,  qui  leur  accorda  en  même  temps  ses  étendards 
et  sa  devise.  Quelques  centaines  de  volontaires  partirent  de 
Cancale  sur  trois  navires,  et  arrivés  à  l'île  de  Maranhao  (6  août 
1612),    y   bâtirent  le  village   de  Saint-Louis  et  quatre  forts.  Le 

de    quelques  capitaineries.  Pour  les  autres  il  ne  donne  que    le  nombre  des 
feux    visinhos).  Nous  avons  compté  cinq  personnes  par  feu. 

1.  En  1604,  avec  Jean  Moquet.  La  Ravardière  amena  en  France  le  chef 
indien  Iapoco,  de  la  Guyane. 


118  LE     BRÉSIL     BM     1889. 

nom  de  France  équinoxiale  fut  donné  au  pays.  Mais  bientôt  La 
nouvelle  de  L'occupation  française  étant  connue  des  Portug 
ceux  ci  commencèrenl  [1613]  par  établir  an  fort,  qui  était  un  poste 
d'observation,  à  Jericoacara  Cearé  .  L'année  suivante  Jérôme 
d'Albuquerque,  qui  avait  construil  ce  fort,  fut  investi  du  comman- 
demenl  de  L'expédition  organisée  à  Pernambuco  pour  reprendre 
le  Maranliào.  ALbuquerque,  qui  était  un  Brésilien  né  de  mère 
indienne1,  avait  en  sous-ordre  le  Portugais  Diogo  de  Campos 
Moreno,  qui  fut  le  chroniqueur  de  cette  campagne2.  Arrivé  au 
Maranliào,  il  débarqua  (26  octobre  H*>lï  dans  la  baie  de  Saint- 
Joseph  sur  Le  continent,  à  l'endroit  nommé  Cuaxenduba  (aujour- 
d'hui  Villa  Velha  ou  Arguas  Boas).  Un  retranchement  fut  aussitôt 
construit,  et,  quelques  jours  après,  les  Français  commencèrent  les 
hostilités  en  s'emparant  de  trois  navires  portugais  ;  mais  le  19  no- 
vembre ils  subirent  un  échec  et  de  grain  le-  pertes  dan-  un  débar- 
quement à  Guaxenduba3.  Une  suspension  d'armes  fui  signée 
27  novembre  après  échange  d'une  correspondance  chevaleresque 
entre  La  Ravardière  et  Albuquerque4.  Deux  envoyés,  l'un  Fran- 

1.  Né  à  Olinda  on  1548,  mort  en  1618.  11  était  fils  de  Jérôme  d'Albuquer- 
que, beau-frère  de  Duarte  Coelho,  seigneur  de  Pernambuco. 

2.  Jornada  do  Maranhïïo,  dans  le  t.  I  des  Noticias  para  a  hist.  das  naçoes 
ultramarinas,  publiées  par  L'Académie  Royale  de  Lisbonne,  et  dans  le  t.  II  des 
Memorias  para  a  hist  do  Maranh&ù,  de  ('..  BIendes  de  Ai.mkida  [Rio,  1874).  A 
consulter  sur  ces  événements  Claude  d'AsBEvnxE,  Histoire  de  la  mission  en 
l'isle  de  Maragnan  Paris,  1614);  Yves  d'EvREUx,  Voyage  dans  le  nord  du  Brésil 
(édition  F.  Dénis,  Paris,  1864);  De  Lastre,  Histoire  véritable  de  ce  qui  s'est 
passé  de  nouveau  entre  les  François  et  les  Portugois  en  l'isle  de   Maragnan 

publiée  sans  nom  d'auteur  à  Paris,  1615);  Behredo,  Annaes  historicos  do 
MaranhSo,  Lisbonne,  174'.). 

:i.  Les  Français  débarqués  à  Guaxenduba  (180  Français,  1.500  Indiens) 
étaient  commandés  par  De  Pezieux,  gentilhomme  catholique,  cousin  de 
Marguerite  de  Montmorency,  princesse  de  Condé.  11  avait  sous  ses  ordres  Du 
Prat  et  le  capitaine  de  vaisseau  Claude  de  llazilli,  seigneur  de  Launay  (plus 
tard  vice-amiral  e1  gouverneur  général  du  Canada).  La  marée  basse  dc 
permit  pas  à  La  Ravardière  de  débarquer  lui-même  avec  une  colonne  qui 
devail  attaquer,  par  l'autre  Qanc,  le  retranchement  des  Brésiliens.  Parmi  les 
noms  des  gentilshommes  tués,  on  trouve  ceux  de  De  Pezieux,  de  Chabannes 
cousis  de  la  Ravardière  .  de  Rochefort,  de  Logeville,  de  Saint-Gilles,  de  La 
Haye,  de  Saint-Vincent,  d'Ambreville,  et  de  la  Roche  du  Puy.  —  Les  troupes 
de  Jeronymo  d'Albuquerque  au  combal  dc  Guaxenduba  se  composaient  de  300 
soldats  blancs  ou  métis  el  de  200  Indiens. 

4.  Une  lettre  de  La  Ravardière  du  23  novembre  commençait  ainsi:  —  «  La 
clémence  du  grand  capitaine  d'Albuquerque,  qui  fut  vice-roi  de  Sa  Majesté 
Dom  Emmanuel  aux  Indes  Orientales,  se  montre  en  vous  par  la  courtoisie 
que  vous  témoignez  à  mes  soldats  français,  el  par  le  soin  que  vous  avea  eu 
de  donner  une  Bépulture  aux  morts,  parmi  Lesquels  il  en  est  un  que  j'aimais 
comme  un  frère,  car  il  étail  brave  el  de  bonne  maison.  Je  loue  Dieu.  el  si 
nous  nous  rencontrons  de  nouveau  les  armes  à  la  main,  j'espère  qu'il  prendra 


ESQUISSE     DE    i/uiSTOIRE     DU     BRÉSIL.  119 

pus  el  l'autre  Portugais,  partirent  pour  l'Europe,  mais  l'année 
suivante  juillet)  des  renforts  arrivèrent  à  Albuquerque,  et  celui- 
ci  annonça  à  La  Kayardtère  i|ii'il  venait  de  recevoir  en  même 
temps  L'ordre  de  rompre  la  tréte.  Oiudques  mois  après,  une 
troisième  expédition  partie  de  Pernambuco  sous  le  commande- 
mont  d'Alexandre  de  Moura  arrivait,  et  La  Ravardière,  abandonné 
de  son  gouvernement,  capitula  (2  novembre).  Quatre  cents  Fran- 
çais retournèrent  en  Europe,  un  grand  nombre  restèrent  à 
Maranhào.  La  ville,  devenue  portugaise,  conserva  le  nom  de  Saint- 
Louis  de  Maranhào. 

Occupation  de  l'Amazone.  Division  du  Brésil  en  deux  gou- 
vernements. —  Alexandre  de  Moura  expédia  de  Maranhào 
(25  décembre  1615)  Francisco  Caldeira  pour  aller  occuper  l'Ama- 
zone, où  déjà  les  Hollandais  du  commandant  Nicolas  Oudaen 
possédaient  les  forts  de  Nassau  et  d'Orange,  sur  la  rive  gauche 
du  Xingû.  Caldeira  fonda  (1616)  le  fort  de  Belem  du  Para,  et 
la  même  année  les  Hollandais  construisirent  un  troisième  fort 
à  Gurupâ.  Les  hostilités  commencèrent  avec  la  prise  d'un  navire 
hollandais  par  Pedro  Teixeira  (1616).  Les  Indiens,  alliés  des 
Hollandais,  ayant  mis  en  danger  l'établissement  de  Para,  il  fallut 
d'abord  les  vaincre  ou  s'en  faire  des  alliés.  De  1620  à  1621  quelques 
centaines  d'Anglais  s'établirent  dans  la  Guyane  brésilienne.  Le 
fort  de  Gurupâ  fut  pris  en  1623  par  Bento  Maciel  Parente, 
ceux  du  Xingû  en  1625,  par  Teixeira,  qui  en  1629  s'empara  du 
fort  anglais  de  Taurege  dans  l'île  Tocujûs.  En  1631  (1er  mars)  le 
fort  Philippe,  anglais,  situé  dans  cette  même  île,  tomba  entre 
les  mains  de  Jacome  de  Noronha.  L'année  suivante  (9  juillet)  le 
dernier  fort  des  Anglais,  celui  de  Cumaû,  dont  le  gouverneur 
était  Roger  Frey,  fut  pris  par  Coelho  de  Carvalho  (François 
d'Albuquerque). 

En  1624,  le  Brésil  fut  partagé  en  deux  grands  gouvernements, 
dits  États  :  au  Nord,  Y  État  du  Maranhào,  capitale  Saint-Louis  de 
Maranhào,  comprenait  le  Para,  le  Maranhào  et  le  Cearâ  (ce  dernier 
territoire  fut  annexé  au  gouvernement  de  Pernambuco  en  1629, 
selon  Araripe,  en  1663,  selon  Varnhagen);  ausudl\£W  du  Brésil, 

sous  sa  protection  ma  juste  cause...  »  —  De  Lastre,  qui  était  uu  jeune  chirur- 
gien parisien,  fut  envoyé  au  campement  brésilien  pour  panser  les  blessés 
des  deux  partis  :  —  «  Jamais,  dit-il,  je  n'ai  vu  de  si  honnêtes  gens,  et  si  entiers 
comme  ils  sont  ;  mais  ils  avaient  bien  besoin  de  moi.  M.  de  La  Ravardière 
les  a  bien  obligés  de  préférer  leurs  blessés  aux  siens,  mais  la  France  ne  sera 
jamais  sans  courtoisie.  » 


120  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

capitale  Bahia,  B'étendait  depuis  le  Rio-Grande-du-Nord  (depuis 
le  Cearé  en  1629  ou  1663),  jusqu'à  Sainte-Catherine,  comprenant 
les  gouvernements  de  Pernambuco, de  Bahia  etdeRio-de-Janeiro, 
qui  occupaient  le  territoire  de  seize  provinces  actuelles. 

En  L633,  Richelieu  formaune  Compagnie  française,  qui  n'a  pu 
réussir,  pour  L'exploitation  des  terres  du  Cap  de  Nord,  dans  les 
limites  du  Maroni  et  de  l'Oyapock.  On  désignait  souvent  à  cette 
époque,  la  Guyane,  sous  le  nom  de  cap  de  Nord1.  Ce  territoire 
appartenait  à  l'Espagne,  et  Philippe  IV  l'incorpora  en  partie  au 
Brésil  en  créant  la  capitainerie  hn-sHicnnc  du  Cap  de  Nord  (14  juin 
1637),  dont  la  rivière  Oyapock  ou  Vincent  Pinçon  fut  la  limite 
septentrionale.  Bento  Maciel  Parente,  donataire  de  la  nouvelle 
capitainerie,  et  gouverneur  du  Maranlifio,  lit  construire  en  1638 
le  fort  de  Desterro  à  l'embouchure  du  Qacarapy,  dans  la  Guyane 
brésilienne.  Une  expédition,  partie  de  Para  sous  le  comman- 
dement de  Pedro  Teixeira,  explora,  par  ordre  du  gouvernement 
de  Madrid,  le  cours  de  l'Amazone  jusqu'au  Pérou  (1037-39). 

Invasions  Néerlandaises.  Guerre  de  trente  ans  au  Brésil. 
—  En  1024,  une  flotte  hollandaise2,  sous  le  commandement  de 
l'amiral  Willekens,  s'empara  de  Bahia,  capitale  du  Brésil  (10  mai). 
Les  habitants  de  la  ville  et  des  environs  ne  tardèrent  pas  à  y 
assiéger  les  vainqueurs,  et  des  renforts  arrivèrent  de  Pernam- 
buco et  de  Rio-de-Janeiro.  Ce  siège  fut  dirigé  d'abord  par  l'évê- 
que  Dom  Marcos  Teixeira,  puis,  successivement,  par  Marinho 
d'Eça  et  Dom  Francisco  de  Moura,  natif  de  Pernambuco.  Deux 
gouverneurs  de  la  place,  Van  Dorth  et  Albert  Schot,  son  succes- 
seur, furent  surpris  et  tués,  dans  les  environs  de  la  ville,  par 
le  capitaine  Padilha,  Brésilien.  Une  grande  expédition  hispano- 
portugaise,  sous  la  conduite  de  Dom  Fadrique  de  Tolède3,  reprit 
l'année  suivante  Bahia  (30  avril),  et  retourna  en  Europe  après 
cette  victoire.  Deux  mois  auparavant  (12-14  mars  1025),  la  petite 
ville  de  Victoria  (Espirito-Santo),  défendue  par  le  jeune  Salvador 
Correa  de  Sa,  de  Rio,  avait  repoussé  l'amiral  Pietlleyn,  le  même 
qui,  en  1027  (1er  mars),  essaya,   dans  une  attaque  infructueuse, 

i.  Caktano  da  Silva,  VOyapock  et  l'Amazone  :  Question  brésilienne  et 
française,  ±  volumes  in-8°,  Paris,  1SG1.  Ce  livre  est  un  monument  d'érudition. 

2.  26  navires,  509  canons,  .'{.300  hommes. 

3.  56  voiles,  946  canons,  3.200  matelots,  7.^)00  soldats.  —  Un  tableau  de 
Castello,  au  Musée  de  .Madrid,  représente  le  débarquement  de  Dom  Fadrique 
à  Bahia. 


ESQUISSE     DE     L'iIlSTOIRE    DU     BRÉSIL.  12t 

de  s'emparer  de  Bahia,  défendue  par  Diogo  de  Oliveira.  Padilha 
fut  tué  dans  le  combat  de   Pitanga  contre   Piet  Jlcyn  (12  juin). 

La  capture  de  la  flotte  dite  ^Argent,  en  1628,  par  Piet 
Heyn,  encouragea  la  Compagnie  hollandaise  des  Indes  Occi- 
dentales. Une  seconde  expédition1,  sous  les  ordres  de  l'amiral 
Lonck  et  du  colonel  Waerdenburch,  fut  envoyée  contre  le  Brésil. 
Du  16  février  au  2  mars  1630,  elle  s'empara  d'Olinda  et  de 
Réeife.  Les  Brésiliens,  commandés  par  le  général  Mathias  d'Al- 
buquerque,  commancèrent  alors  contre  les  envahisseurs  une 
lutte  qui  dura  vingt-quatre  ans.  Plusieurs  chefs  brésiliens,  nés 
dans  le  pays,  parmi  lesquels  Louis  Barbalho,  Yidal  de  Negreiros, 
l'Indien  Camarâo  et  le  nègre  Henri  Dias2,  acquirent  une  juste 
renommée  dans  cette  guerre. 

Quoique  ayant  reçu  des  renforts,  les  Hollandais  se  trouvaient 
encore  réduits  en  1631  aux  villes  d'Olinda  et  de  Réeife.  Cette 
année,  à  la  nouvelle  de  l'arrivée  de  quelques  troupes  que  trans- 
portait l'escadre  de  Dom  Antoine  de  Oquendo,  ils  brûlèrent 
Olindaetse  concentrèrent  à  Réeife.  Pourtant  les  renforts  destinés 
à  Pernambuco  ne  dépassaient  pas  le  chiffre  de  sept  cents  Portu- 
gais, Espagnols  et  Napolitains  commandés  par  Sanfelice,  comte 
de  Bagnoli3.  Une  bataille  navale  sans  résultat  décisif  fut  livrée 
près  des  Abrolhos  (12  septembre),  entre  Oquendo  et  Pater,  qui 
périt  dans  le  combat. 

Mathias  d'Albuquerque  avait  établi  entre  les  rivières  Beberibe 
et  Capiberibe  le  camp  retranché  nommé  Arraial  do  Bom  Jésus,  et 
des  postes  fortifiés  aux  environs  de  Réeife.  De  1630  à  1632,  les 
Hollandais  furent  repoussés  dans  plusieurs  attaques  qu'ils  tentè- 
rent, notamment  contre  le  fort  de  Cabedello  (Parahyba),  défendu 
par  Mattos  Cardoso  (1631),  et  contre  le  cap  Saint-Augustin, 
défendu  par  Maciel  Parente  (1632.)  Cependant  cette  dernière 
année  (20  avril),    la  désertion  de  Calabar,  natif  de  Porto-Calvo, 

1.  61  navires,  7.300  hommes. 

2.  Dans  le  journal  de  la  première  partie  de  cette  guerre  (Memorias 
Diarias)  publié  par  Duarte  d'Albuquerque,  seigneur  de  Pernambuco,  on  lit 
le  passage  suivant  à  la  date  du  14  mai  1633  :  —  «  Ce  que  fit  alors  un  nègre 
nommé  Henri  Dias  montre  bien  les  difficultés  de  notre  situation.  Estimant 
que  nous  avions  besoin  de  sa  personne,  il  vint  se  présenter  au  général,  qui 
l'accepta  pour  servir  avec  d'autres  hommes  de  couleur.  »  —  Heuri  Dias  est 
devenu  peu  après  colonel  d'un  régiment  composé  de  nègres.  Son  nom  arriva 
même  à  Paris  à  cette  époque  ;  on  le  trouvera  dans  un  numéro  extraordinaire 
de  la  Gazette  de  France,  du  3  juillet  1648  (n°  97),  dans  l'article:  «  Défaite  des 
Hollandois  au  Brésil  par  les  Portugais.  » 

3.  En  dialect  napolitain,  ce  nom  est  prononcé  Bagnolo. 


122  LE     BRÉSII     i\     1889. 

mulâtre  très  brave,  el  ayant  une  grande  connaissance  do  théâtre 
des  opérations,  changea  la  situation  des  deux  partis.  Guidés  par 
lui,  les  Hollandais  commencèrent  par  le  sac  et  l'incendie 
d'Iguarassû  1632  ,  et  ils  s'agrandirent  par  la  prise  de  ftio- 
Formoso,  malgré  la  résistance  héroïque  de  Pedro  d'Albuquerque 
ci  de  ses  soldats,  par  la  conquête  de  l'île  d'Itamaraca,  du  Rio- 
Grande-du-Nord  1633  ,  du  r»>H  du  PontaJ  (cap  Saint-Augustin)  et 
•  le  Parahyba  1634).  Au  camp  retranché  de  l'Arraial  ils  avaient  été 
repoussés  deux  fois  eu  ni:;:;  ;  mais  en  1635,  après  un  siège  de  trois 
mois,  dirigé  par  Arciszewski,  la  garnison  capitula,  réduite  parla 
famine  ((>  juin).  La  même  année  l'amiral Lichthardt  s'était  emparé 
de  Barra-Grande  el  «le  Porto-Calvo  (mars),  dans  l'Alagoas,  et  le 
2  juillet,  après  cinq  mois  de  siège,  von  Schkoppe  faisait  capituler 
le  fort  de  Nazareth.  Ces  revers  forcèrent  Mathias  d'Àlbuquerque  à 
abandonner  Pernambuco  età  faire  retraite  sur  l'Alagoas.  Quelques 
milliers  de  familles  le  suivirent,  préférant  l'émigration  à  la  domi- 
nation étrangère.  Albuquerque  reprit  Porto-Calvo  (19  juillet),  et 
Calabar,  tombé  entre  ses  mains,  y  fut  exécuté.  La  retraite  se 
continua  vers  le  sud,  et  quelques  renforts  étant  arrivés  avec  un 
nouveau  général,  Rojas  y  Borja,  celui-ci  reprit  l'offensive,  mais 
il  fut  lue  à  la  bataille  de  Malta  Hedonda  (18  janvier  1636), 
gagnée  par  Arciszewski.  Camarâo  couvrit  la  retraite  des  vaincus, 
et  Bagnoli,  le  nouveau  général  en  cbef,  réussit  à  se  maintenir 
pendant  quelque  temps  dans  l'Alagoas,  et  à  inquiéter  l'ennemi 
par  des  incursions  sur  son  territoire.  C'est  alors  que  la  Hollande 
envoya  à  Pernambuco,  avec  de  nouvelles  troupes,  le  prince  Jean 
Maurice,  comte  de  Nassau-Singen,  nommé  gouverneur  général 
du  Brésil  hollandais.  xMaurice  remporta  la  victoire  de  Comendai- 
tuba  (18  février  1637)  sur  l'avant-garde  de  Bagnoli  commandée 
par  Almiron,  s'empara  de  Porto-Calvo,  et  poussa  sa  marche  triom- 
phante jusqu'au  Sao-Francisco.  La  même  année  l'amiral  Lich- 
thardt  fut  repoussé  dans  un  débarquement  à  Ilhéos  (27  juin), 
Garstman  prit  d'assaut  le  fort  de  Cearâ,  et  von  Schkoppe  ravagea 
Sergipe  et  força  Bagnoli  à  battre  en  retraite  sur  Bahia. 

.Maurice  de  Nassau  essaya  alors  de  s'emparer  de  la  ville  de 
Bahia  (1638),  mais  il  échoua  dans  deux  assauts,  et  dut  se  rem- 
barquer, après  quarante  jours  d'investissement,  ayant  subi  des 
pertes  très  grandes.  Bagnoli,  qui  avait  dirigé  la  défense,  fut  créé 
prince  par  Philippe  II. 

Maurice  fonda,  dans  l'île  d'Antonio  Yaz,  liauritistadt, 
qui    est  aujourd'hui,    sous    le    nom    de   Santo-Antonio,  ww    des 


ESQUISSE      DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  123 

trois  quartiers  de  la  ville  de  Récife  ;  il  attira  au  Brésil  les 
naturalistes  Piso  et  Maregraf,  le  cosmographe  Ruiters,  le  mathé- 
maticien Cralitz,  le  savant  Herckmann,  le  poète  Plante,  les 
peintres  Franz  Post  et  A.  van  den  Eckhoute,  l'architecte  P.  Post  ; 
il  créa  un  observatoire,  proclama  la  liberté  des  cultes  (quelques 
restrictions  furent  faites  peu  après  sur  Tordre  de  la  métropole) 
et  obtint  des  États  généraux  la  liberté  du  commerce,  le  monopole 
de  la  compagnie  des  Indes  occidentales  restant  limité  à  l'impor- 
tation des  esclaves  et  à  l'exportation  des  bois  de  teinture  (1G38). 

En  1639,  le  comte  da  Torre,  arriva  à  Bahia  comme  gouverneur 
général  du  Brésil,  amenant  une  flotte  et  des  troupes  dont  le  nom- 
bre avait  été  réduit  de  moitié  par  suite  d'une  épidémie  pendant 
le  séjour  des  navires  en  Afrique.  Ayant  reçu  des  renforts  de  Rio- 
de-.laneiro  et  de  Sâo-Paulo,  il  fit  voile  pour  débarquer  l'armée 
près  de  Récife,  mais  les  courants  et  le  mauvais  temps  amenèrent 
la  flotte  jusqu'au  cap  Saint-Roch,  suivie  par  les  Hollandais  qui 
l'attaquèrent  quatre  fois  sans  succès  (13, 14, 15  et  17  janvier  1640). 
La  rupture  entre  le  comte  da  Torre  et  l'amiral  espagnol  Yega 
Bazan,  priva  le  premier  de  l'appui  de  cette  flotte.  Une  partie  de 
l'armée  débarqua  dans  le  port  de  Touro  (7  février)  sous  la  con- 
duite de  Louis  Barbalho,  l'autre  retourna  à  Bahia,  avec  le  comte 
da  Torre  et  le  prince  de  Bagnoli1,  sur  les  transports  qui  restaient, 
et  qui  auraient  pu  être  capturés,  les  navires  de  guerre  espagnols 
et  portugais  ayant  continué  leur  route  vers  le  golfe  du  Mexique. 
Dans  cette  marche  de  trois  cents  lieues  jusqu'à  Bahia,  Barbalho 
réussit  à  traverser  tout  le  territoire  occupé  par  les  Hollandais. 
Il  commença  par  faire  prisonnier,  dans  un  combat  sur  le  Potengy, 
le  gouverneur  de  Rio  Grande,  Garstman  ;  puis,  il  prit  d'assaut 
Goyana  (28  février),  et  remporta  de  nouvelles  victoires  à  Salgado 
(Alagoas,  rive  droite  du  Parahyba)  et  à  Unhaû  (Nhuanhû  dans 
la  carte  de  Barlœus),  où  deux  combats  furent  livrés2. 

Du  29  avril  au  30  mai,  les  plantations  et  les  fermes   des  envi- 


1.  Quelques  historiens  ont  prétendu  que  le  prince  de  Bagnoli  avait  quitté 
alors  le  Brésil.  Il  y  est  mort,  à  Bahia,  le  26  août  1640,  et,  selon  Pacte  de 
décès,  il  a  été  enterré  dans  l'église  du  Couvent  des  Carmes.  On  trouve  ce  ren- 
seignement au  §  407  de  YHistoria  Milita?  do  Brazil,  ouvrage  inédit  de  Miralles, 
qui  l'a  achevée  en  1762  à  Bahia. 

2.  Les  rapports  de  L.  Barbarlho,  du  comte  da  Torre  et  de  son  successeur 
n'ont  pas  été  découverts  jusqu'ici.  C'est  grâce  à  des  documents  espagnols  et 
hollandais  inédits,  et  à  des  lettres  de  Bahia  interceptées  par  les  Hollandais, 
qu'il  a  été  possible  de  donner  ici  quelques  renseignements  nouveaux  et  de 
rectifier  certains  faits  et  certaines  dates. 


121  LE      BRÉSIL     EN     18  89. 

rons  de  Bahia  furent  ravagées  par  l'amiral  Lichthardt.  Le  21  juin, 
Le  marquis  de  Montalvâo,  premier  vice-roi  nommé  pour  le  Brésil, 
arrivail  à  Bahia.  Louis  Barbalho  envoyé  au  Rio  Real,  y  défit 
L'ennemi  I  août),  et,  après  une  lutte  très  meurtrière,  réussit  à 
s'emparer  du  forl  principal  des  Hollandais  (10  septembre).  Les 
habitants  de  Victoria  et  Villa  Velha  dans  l'Espirito-Santo,  re- 
poussèrent une  attaque  du  colonel  Koen  [29-30  octobre). 

l'en  après,  la  nouvelle  de  la  révolution  du  Portugal  contre  la 
domination  espagnole  arrivait  à  Bahia  (15  février  1641)  et  se 
répandait  dans  tout  le  Brésil.  Le  duc  de  Bragance,  acclamé  roi 
du  Portugal,  sous  le  nom  de  Jean  IV,  était  aussitôt  reconnu  dans 
les  capitaineries  du  Brésil  non  occupées  par  les  Hollandais,  et  dans 
toutes  les  colonies  portugaises.  Un  ambassadeur  de  Jean  IV 
fut  reçu  à  la  Haye,  et  le  13  février  les  Etats  généraux  ordonnèrent 
que  désormais  les  Portugais  seraient  traités  en  amis.  Le  12  juin 
un  traité  fut  signé  à  la  Haye  stipulant  un  armistice  de  dix  ans 
entre  la  République  et  le  Portugal  et  une  alliance  offensive  et 
défensive  contre  l'Espagne.  Mais  Maurice  avait  profité  du  moment 
pour  occuper  le  Sergipe  jusqu'au  Rio-lleal  (avril  1641),  pour 
envoyer  l'amiral  Jol  s'emparer  de  Saint- Paul  de  Loanda  et  de 
l'île  de  Saint-Thomé,  en  Afrique,  et  pour  faire  la  conquête  de 
Maranhâo  (25  novembre),  sous  prétexte  que  le  traité  n'avait  pas 
encore  été  ratifié  par  le  Portugal. 

L'année  suivante,  les  habitants  du  Maranhâo,  dirigés  par 
Muniz  Barreiros  et  Teixeira  de  Mello,  se  soulevèrent,  et  réussirent 
à  chasser  les  Hollandais  en  1644.  Presque  en  même  temps  les 
Indiens  s'emparaient  du  fort  de  Cearâ  qu'ils  détruisirent,  mais 
bientôt  les  Hollandais  y  établirent  un  nouveau  fort. 

Le  déclin  du  pouvoir  hollandais  au  Brésil  commençait  ainsi  au 
moment  où  les  provinces  brésiliennes  conquises  se  voyaient 
abandonnées  de  la  métropole.  En  1644,  Maurice  de  Nassau 
retournait  en  Europe. 

Le  23  mai  L645,  Fernandes  Vieira,  Antoine  Cavalcanti  et  plu- 
sieurs autres  des  plus  riches  habitants  de  Pcrnambuco,  encouragés 
secrètement  par  le  gouverneur  général  du  Brésil  portugais, 
Antoine  Telles  daSilva,  signèrent  rengagement  de  provoquer  une 
insurrection  pour  «  libérer  leur  patrie  ».  La  révolution  éclata  le 
13  juin,  et  les  régiments  de  l'ancienne  armée  de  Pernambuco, 
commandés  par  Vidal,  Camarâo  et  Henri  Dias,  se  rallièrent  peu 
après  aux  insurgés.  Fernandes  Vieira  gagna  la  bataille  de 
Tabocas  (3  août),  et,  réuni  à  Vidal,  força  le  commandant  en  chef 


ESQUISSE     DE     L'iIISTOIRE     DU     BRESIL.  125 

hollandais    Hous  à   mettre  bas  les  armes  au  combat  de  Casa- 
Forte  (7   août).   Pour  venger   ces  revers,  Lircthardt  détruisit  à 
Tamandaré  (9   septembre)  une    petite  escadre  partie  de   Bahia 
sous    le    commandement    de    Serrao    de   Paiva.    Les  Brésiliens 
s'emparèrent   des    forts    de    Serinhaem  (3   août),   Porto    Galvo 
(17    septembre),     Pencdo    (17    septembre),    Sergipe    et    de     la 
ville  d'Olinda  qui  avait  été  rebâtie  du  temps  de  Maurice;  mais 
ils  furent  repoussés  à  Itamaracâ  (23  septembre).  Dans  les  ter- 
ritoires  de   Parahyba  et   Rio-Grande  ils   remportèrent   les   vic- 
toires de  Inhobim  (11  septembre)  et  de  Cunhaû  (23  novembre), 
puis  celle   de    Guajû   (26  janvier   1646),   gagnée   par   Camarâo. 
C'est  en  1646  (24  avril)  qu'a  eu  lieu  la  belle  défense  de  Tijuco- 
papo  par  Agostinho  Nunes.   La  même  année,  Vidal  et  Vieira  bat- 
taient l'ennemi   dans  l'île  d'Itamaracâ,  qu'ils  durent  cependant 
évacuer  à  la  nouvelle  de  l'arrivée  de   grands  renforts  conduits 
par  l'amiral  Banckert1  et  le   général  Sigemundt  von  Schkoppe. 
Celui-ci  subit  un  échec  dans  son  attaque  contre  la  ville  d'Olinda 
(5  août).  Vers  la  fin  de  l'année,  les  Hollandais  occupèrent  de  nou- 
veau Penedo  et  l'embouchure   du  Sâo-Francisco,   mais  une  de 
leurs  divisions  ayant  été  détruite  près  de  ce  fleuve,  à  Urambû, 
(31  décembre)  par  François  Rebello,  ils  évacuèrent  ces  parages. 
En  1647,  Schkoppe  menaça  la  capitale  du  Brésil  en  se  fortifiant 
dans   file   d'Itaparica.  Rebello  envoyé  contre   lui    fut  repoussé 
et    tué   (10   août).    Le   15    décembre,  Schhoppe   se   rembarquait 
à   la  hâte,   et   sept  jours   après  la  flotte    du   comte    de  Villa- 
Pouca,  nommé  gouverneur  général  du  Brésil,   arrivait  à  Bahia, 
amenant  quelques  troupes.  De  leur  côté,  les  Hollandais  recevaient 
de  grands  renforts  conduits  par  l'amiral  De  With,  et  le  général 
Schkoppe  se  décidait  à  sortir  pour  attaquer  l'armée  assiégeante, 
commandée  alors  par  le  général  Barreto  de  Menezes.  La  bataille 
eut  lieu  le  19  avril  1648  sur  les  collines  de  Guararapes,  et  la  vic- 
toire de  Barreto  fut  complète.  Peu  après,  dans  un  combat  naval 
devant  Bahia,  entre  De  With  et  une  partie  de  l'escadre  de  l'amiral 
Louis  da  Silva  Telles,  le   commandant  du  galion  partugais  le 
Rozario,  Pedro  Carneiro,  fut  abordé  par  deux  vaisseaux  ennemis. 


1.  Yarnhagen  l'appelle  Baucher.  Il  s'est  trompé  en  lisant  le  nom  ainsi 
orthographié  et  transformé  dans  l'ouvrage  de  Moreau,  à  qui  l'erreur  n'est  pas 
imputable,  car  Moreau  a  connu  personnellement  Banckert.  C'est  à  une  mau- 
vaise interprétation  du  manuscrit  à  l'imprimerie  qu'on  doit  attribuer  cette 
faute.  L'amiral  en  question  était  Joost  van  Trappen,  dit  Banckert,  déjà 
célèbre,  surtout  après  les  batailles  des  Dunes  (1639)  entre  Tromp  et  Oquendo. 


12G  LE     BRÉSIL     El      188t. 

Voyanl  mue  La  résistance  devenait  impossible,  il  mil  Le  feu  à  La 
Sainte-Barbe,  et  sauta,  entraînant  dans  sa  perte  les  deux  oarires 
hollandais  '. 

\  ,,,.  expédition  organisée  à  Elio  -  de  -  Janeiro  [»ar  L'amiral 
Salvador  Correa  de  Sa,  natif  de  cette  ville,  s'empara  des  forts  de 
Loanda,  et  repril  Angola  aux  Hollandais    1648  . 

Le  i!)  février  1649,  L'armée  hollandaise  ('prouva  des  pertes 
plus  considérables  que  L'année  précédente  dans  nue  nouvelle 
bataille  gagnée  par  Barreto  à  Oitiseiro  sur  les  mêmes  collines  de 
Guararapes.  Le  siège  de  Mauritzstadt  el  de  Récife,  commencé  en 
1645,  dura  encore  cinq  années,  les  Hollandais  se  trouvant  maîtres 
de  La  mer.  Enfin  nue  escadre  portugaise  sous  Le  commandemenl 
de  Jacques  de  Hagalhaes,  arriva  pour  bloquer  le  port,  et  Barreto 
commença  L'assaut  des  forts  extérieurs  dont  il  s'empara.  Le 
général  Schkoppe  capitula  26  janvier  1654)  cl  toutes  les  for- 
teresses qu'occupaient  encore  au  Brésil  Les  Hollandais  furenl 
remises  au  roi  de  Portugal. 

La  conquête  de  l'intérieur  au  XVIe  et  XVIIe  siècles.  Guerres 
des  Paulistas.  Découverte  des  mines  d'or.  —  De  1573  à  1578, 
peu, lui!  Le  gouvernement  de  Brito  e  Almeida,  plusieurs  expédi- 
tions pénétrèrent  dans  L'intérieur  des  terres.  Sébastien  Tourinho, 
qui  déjà  était  arrivé  à  Minas-Geraes  par  le  Rio-Dôce,  partit  de 
Porto-Seguro  (1573)  jusqu'aux  montagnes  des  Orgues  (Rio-de- 
Janeiro),  puis,  prenant  la  direction  nord-ouest,  il  traversa  le 
terri  Ici  ri'  de  Minas-Geraes  et  descendit  le  Jequitinhonha.  Dias 
Adorno  pénétra  jusqu'à  .Minas  parla  rivière  de  Caravellas.  Bas- 
liào  Àlvares,  de  Porto-Seguro,  Gabriel  Soares  de  Sousa,  de 
Bahia  l'auteur  du  Tratado  descriptivo  do  Brazil  em  1587), 
Domingos  Martins  Câo,  d'Espirito-Santo,  avant  1598,  Marcos  de 
Aseredo  Coutinho,  vers  la  même  époque,  dirigèrent  des  expé- 
ditions au  Sào-Francisco  et  à  Minas.  Martim  de  Sa,  de  Rio-de- 
Janeiro,  dépassa  La  chaîne  de  Mantiqueira  vers  1592.  Mais  les 
expéditions  parties  de  Sâo-Paulo  furent  plus  aombreuses. 

Du  temps  de  La  domination  espagnole  (1580-1640),  les  Pau- 
listas, qui  ont  été  Les  pionniers  du  Brésil  au  centre  et  au  sud  de 

1.  Rapporl  du  L9  décembre  L648  du  général  Schkoppe.  Le  aom  «lu  com- 
mandant du  Rosario,  qu'un  historien  moderne  de  cette  guerre  a  r< 
,j(.  Qe  pag  connaître,  se  trouve  dans  le  Portugal  Restaurado,  d'EmcEnu,  H,  25fi 
(édit.  de  1751  ,et  dans  L'ouvrage  de  Sauta  Teresa,  II,  133.  Pedro  Carneù 
chevalier  de  Malte,  de  même  qu'nn  officier  qui  se  trouvait  à  son  boni,  et  qui 
périt,  comme  ton!  l'équipage:  Alphonse  de  Norouha,  deuxième  fils  du  comte  Je 
Liuhares. 


ESQUISSE     HE     I.   HISTOIRE    DU     BRESIL.  127 

l'Empire,  s'avancèrent  très  loin  dans  L'intérieur  dos  terres,  à  la 
recherche  do  l'or  et  faisant  la  chassa  aux  Indiens,  qu'ils  rédui- 
saient en  esclavage  pour  approvisionner  les  plantations  delà 
côte.  Attaqués  par  les  sauvages,  ils  se  bornèrent  d'abord  à  la 
défensive,  puis  ils  prirent  la  résolution  de  se  débarrasser  de 
leurs  ennemis,  La  première  guerre  offensive  des  Paulistas,  di- 
rigée par  Jeronymo  Leitâo,  fut  faite  contre  les  Tupininquins  de 
l'Anhemby,  aujourd'hui  Tiété,  qui  comptaient,  selon  les  jésuites 
espagnols,  trois  cents  villages  et  30.000  combattants.  Ces  villages 
turent  presque  tous  détruits  et  un  grand  nombre  d'Indiens  ré- 
duits en  esclavage.  La  guerre  dura  six  ans.  De  159^  à  1599,  sous 
la  conduite  dWffonso  Sardinha,  puis,  de  Jorge  Correa  et  Joào  do 
Prado,  ils  firent  une  seconde  guerre  d'extermination,  celle-ci 
contre  les  sauvages  de  la  rivière  Jeticay,  aujourd'hui  Rio-Grande, 
qui.  avec  le  Paranahyba,  forme  le  Paranà.  Déjà  dans  les  pre- 
mières années  du  xvir3  siècle  (1601-1602),  comme  le  montre  le 
Routier  de  Glimmer,  les  Paulistas  arrivaient  à  Sabarâ  dans 
l'intérieur  de  Minas-Geraes.  Une  troisième  grande  expédition, 
qui  parait  avoir  été  dirigée  par  Nicolas  Barreto,  Manoel 
Preto  et  plusieurs  autres  habitants  de  Sâo-Paulo,  poussa 
plus  au  nord  (1602)  et  ravagea  pendant  cinq  ans  les  villages  et 
campements  indiens  du  Paraupaba,  c'est-à-dire  du  Haut- Ara - 
guaya.  On  prétend  qu'en  1592  Sébastien  Marinho  était  arrivé  à 
Goyaz. 

En  1606,  les  Paulistas  ne  pouvaient  mettre  sur  pied,  pour 
ces  expéditions,  que  1.800  hommes,  dont  300  blancs  et  1.500 
Indiens,  presque  tous  munis  d'armes  à  feu  et  protégés  dans  les 
combats  par  une  cuirasse  en  cuir  ouaté1.  Ils  augmentèrent  leur 
nombre  en  s'adjoignant  des  aventuriers  de  Rio-de-Janeiro  et 
d'Espirito-Santo  et  les  Indiens  prisonniers.  Manoel  Preto2  avait  à 


1.  «....  Todos  muy  bien  araiaclos  con  escopetas,  vestidos  de  escupiles, 
que  son  al  modo  de  dalmaticas,  estofodas  de  algodon,  con  que  vestido  el 
soldado  de  pies  à  cabeça,  pelea  con  seguridad  de  las  saetas  ;  à  son  de  caxa, 
vandera  tendida,  y  orden  militai*...  »  (Montoya,  Conquista  E spiritual,  §  75, 
page  92  .  —  Au  commencement  de  notre  siècle,  les  soldats  de  Sâo-Paulo, 
employés  contre  les  Indiens  sauvages,  conservaient  encore  ce  costume.  Le 
peintre  Debret  les  a  représentés  dans  son  Voyage  Pittoresque  au  Brésil 
(Tome  I,  planche  21  :  «  Sauvages  civilisés,  soldats  indiens  de  Mogy-das-Cruzes 
combattant  des  Botocudos  ».) 

2.  Ce  Manoel  Preto  était  Portugais.  Nous  lisons  dans  un  ouvrage  récent 
qu'il  était  surnommé  à  Sào-Paulo  «  le  héros  de  la  Guayra  ».  C'est  par 
erreur  qu'on  lui  donne  ce  nom,  car  il  était  probablement  mort  au  moment 
de  la  conquête  de  la  province  de  Guayra.  Les  jésuites  parlent  d'un  nommé 


128  M-     BRÉSIL     EN     1889. 

lui  seul  L.000  combattants  indiens  dans  ses  terres  d'Expectaç&o, 
près  de  Sâo-Paulo.  On  donnait  ;i  ces  expéditions  à  L'intérieur  le 
nom  de  Bandeira  [drapeau  ,  et  aux  individus  qui  les  compo- 
saient celui  de  bandeirantes. 

Vers  L620,  Les  expéditions  de  Sao-Paulo  commencèrent  à  se 
porter  contre  Les  sauvages  qui  habitaient  les  côtes  méridionales 
du  Brésil.  Plusieurs  milliers  d'Indiens  Patos  furent  amenés  à 
Sâo-Vicente  et  à  Rio-de- Janeiro.  En  L627,  les  Paulistas  furent 
attaqués  par  le  cacique  Tayaobâ,  allié  des  jésuites  espagnols. 
L'année  suivante,  pour  se  venger  de  cette  agression,  les  Paulistas 
ravagèrent  les  frontières  de  la  province  «le  Guayra.  Les  Espagnols 
et  les  jésuites  du  Paraguay  donnaient  ce  nom  au  territoire  compris 
mitre  Le  Paranapanema,  L'Itararé,  L'Iguassûet  la  rive  gauche  du 
Paranâ.  On  y  voyait  en  1 630  deux  petites  villes  habitées  par  des 
Espagnols  :  CiudadReal,  sur  Le  Pequiry,  prèsde  son  embouchure 
dans  le  Paranâ,  et  Villa-Rica,  sur  l'Ivahy,  ainsi  que  plusieurs 
villages  d'Indiens  soumis  aux  jésuites  du  Paraguay.  Loreto  et 
Santo-Ignacio,  sur  la  rive  gauche  du  Paranapema,  fondées  en 
1610,  el aient  les  plus  anciennes  et  les  plus  importantes  de  ces 
missions.  Les  autres  étaient  de  création  récente  :  Angeles,  for- 
mée avec  les  Indiens  du  chef  Tayaobâ  (1628)  et  San-Thomé  (1628  , 
sur  le  Curumbatahy;  Conception  de  los  Gualachos  (1628),  près 
des  sources  de  cette  rivière  ;  San-Pablo  (1627;  et  Santo-Antonio 
(1628),  sur  la  rive  droite  de  l'Ivahy;  San-José  (1624),  et  San- 
Xavier  (1623),  sur  deux  affluents  de  la  rive  gauche  du  Tibagy  ; 
Encarnacion  {1625),  Jésus  Maria  (1630)  et  San-Miguel  sur  la  rive- 
gauche  de  cette  rivière,  et  San-Pedro  (1627)  à  l'est  du  Tibagy.  A 
l'embouchure  de  l'Iguassû,  les  jésuites  espagnols  possédaient  la 
réduction  de  Santa  Maria  Maior  (1426),  et,  sur  le  Paranâ,  du 
confluent  de  l'Acaraig  vers  le  sud,  plusieurs  autres  ;  mais  elles 
formaient  la  province  du  Paranâ.  Dès  1620,  ils  avaient  com- 
mencé à  créer  leurs  établissements  sur  l'Uruguay  et  ses  affluents, 
région  désignée  alors  sous  le  nom  de  province  d'Uruaig. 

En  1630,   les  Paulistas,  dirigés  par  Antoine  Raposo  Tavares1, 

Joào  Prcto  qui  a  visité  à  cette  époque  Guayra  et  s'est  établi  à  l'Assomption  ; 
mais  c'était  un  charlatan,  et  non  un  héros.  —  Manoel  Preto  avait  trois  frères  : 
Innocencio,  Sebastien  et  Joseph,  et  uu  iils,  Antoine  Preto. 

1.  Les  chroniqueurs  de  la  province  de  Sào-Paulo  et  tous  les  historiens 
confondent  souvent  ce  Raposo  Tavares  avec  Antoine  Raposo.  Ce  dernier 
est  mort  en  1633.  Son  iils,  Antoine  Raposo,  partit  en  1631,  conduisant 
quelques  renforts,  pour  la  guerre  contre  les  Hollandais.  Enl6il,il  se  trouvait 
à  Cartagène  des  Indes  avec  plusieurs  autres  officiers  et    soldats   portugais  et 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  120 

qui  avait  sous  sos  ordres  Frédéric  de  Mello,  Antoine  Bicudo, 
Simâo  Alvares  et  Manoel  Morato4,  remontèrent  le  Ribeira  d'Iguape, 
franchirent  la  chaîne  de  Paranapiacaba  et  tombèrent  sur  la  partie 
méridionale  delà  province  de  Guayra.  Bicudo  s'empara  de  San- 
Ifiguel  :  Alvares,  de  Santo-Antonio ;  Morato,  de  Jesus-Maria.  «  Nous 
venons  »,  disaient-ils,  «  vous  chasser  de  ce  pays,  car  il  est  à  nous 
et  non  au  roi  d'Espagne2».  L'année  suivante,  les  Paulistas  s'empa- 
rèrent de  San-Pablo  et  de  San-Xavier,  repoussèrent  dans  ce 
dernier  village  une  attaque  des  Espagnols  de  Villa-Rica,  puis  ils 
s'emparèrent  de  San-Pedro  et  de  Goncepcion  de  los  Gualachos.  Les 
jésuites  réunirent  à  Loreto  et  à  Santo-Ignacio  tous  les  indiens  qui 
avaient  réussi  à  échapper  à  ces  razzias,  et  prirent  la  résolution 
d'abandonner  la  province  de  Guayra  pour  aller  s'établir  entre  le 
Paranâet  l'Uruguay  (1631),  où  ils  avaient  déjàplusieurs  missions. 
Ils  ne  conservèrent  de  ce  côté  que  les  réductions  de  Santa-Maria 
Maîor  de  l'iguassû  et  de  Natividad  de  l'Acaraig,  évacuées  en  1633. 
Aussitôt  après  leur  départ,  les  Paulistas  s'emparèrent  des  villes 
espagnoles  de  Yilla-Rica  et  de  Ciudad-Real  (1631),  qu'ils  détrui- 
sirent de  fond  en  comble.  Grâce  à  l'intervention  de  l'évêque  du 
Paraguay,  qui  se  trouvait  en  tournée  pastorale  dans  la  première 
de  ces  villes,  leurs  habitants  purent  partir  sans  être  inquiétés  et 
allèrent  s'établir  sur  les  bords  du  Jejuy  (Paraguay). 

En  1632  les  Paulistas  franchirent  le  Haut-Paranâ  et  s'empa- 
rèrent de  trois  réductions  d'indiens  Itatines,  que  les  jésuites 
venaient  de  fonder  à  l'ouest  du  Rio-Pardo  (Matto-Grosso),  ainsi 
que  de  la  ville  espagnole  de  Santiago  de  Jerez,  située  sur  un 
plateau  de  la  chaîne  d'Amambahy,  près  des  sources  de  FAqui- 
dauana3.  Plusieurs  Espagnols  étaient  de  connivence  avec  eux, 
et  allèrent  se  fixer  à  Sâo-Paulo. 

brésiliens  débarqués  delà  flotte  de  VegaBazan.  En  1651,  il  arrivait  àGurnpâ, 
daus  le  fleuve  des  Amazones,  —  Antoine  Raposo  Tavares  était  un  natif  de 
San-Miguel  deBéjaen  Portugal.  Il  arriva  à  Sâo-Vicente  en  1622,  et  il  a  été 
incontestablement  le  chef  des  premières  expéditions  contre  les  établissements 
des  jésuites  du  Paraguay,  selon  les  déclarations  faites  à  Madrid  par  Montoya 
et  Lourenço  de  Mendoça,  prélat  de  Rio-de-Janeiro. 

1.  Mello  était  un  natif  de  Espirito-Santo,  selon  Paes  Leme  (Nobiliarchia 
Paulistana)  ;  Bicudo  était  un  Paulista.  Sur  les  deux  autres,  cités  par  Techo 
(Hist.  prov.  Paraquariœ)  nous  n'avons  pu  trouver  aucun  renseignement. 

2.  «  Yenimos  a  echarlos  de  toda  esta  région  porque  esta  tierra  es  nuestra 
y  no  del  Rey  de  Espaùa  »  (Montoya,  Conq.  Esp.  §  35).  Dans  une  de  ses  repré- 
sentations au  Roi,  Montoya  disait  :  —  «  en  aquellas  villas  parece  no  conocen  a 
V.  M.  por  sus  cedulas,  que  reciben  con  mosquetes  y  mechas  encendidas,  y 
nunca  las  ejecutan.  » 

3.  Ces   villages  venaient    à  peine   d'être  fondés.  Une  ville  de  Jerez  avait 


i:   |  LE     BP  ÊSII     EN     1889. 

De  1626  à  1624  les  jésuites  du  Paraguay  avaient  réussi  h 
étendre  leurs  établissements  sur  une  grande  partie  du  territoire 
qui  forme  aujourd'hui  La  province  brésilienne  de  Rio-Grande-du- 
Sud.  Lors  de  la  première  Invasion  des  Paulistas  (1636)  les  réduc- 
tions ou  bourgs  jésuitiques  étaient  au  aombre  de  quinze,  entre 
l'Ijuhy  linii)  el  la  Serra  Gérai,  au  nord,  ribiruhy  (alors  Ibicuity) 
cl  le  Jacuhy  (Igay,  nommé  aussi  Phasido),  au  sud,  l'Uruguay,  à 
l'ouest,  el  le  Taquary  (alors  Tebicuari,  on  rivière  del  Espirito 
Santo),  à  l'est.  La  partie  orientale  de  ce  territoire  fut  désignée  sous 
le  nom  de  «province  de  Tape1».  Ces  établissements  furent  détruits, 
comme  ceux  de  la  province  de  Guayra,  aussitôl  après  leur  fonda- 
tion. Elaposo  Tavares  quitta Sâo-Paulo  avec  son  armée  (sept.  1636), 
ri  le  3  décembre,  aprè  s  un  combat  de  si\  heures,  il  prit  Jesus-Maria 
de  Yequi(Rio-Pardo).  Les  réductions  de  San  Uiristobal,SanJoaquin 
(>l  Sant'Ana  lurent  évacuées,  mais  les  Paulistas  firent  un  grand 
nombre  de  prisonniers,  et  repoussèrent  uneattaque  des  Indiens  di- 
rigés par  lePère  Romero.  La  réduction  de  Natividad  de  Araricâ 
l'ut  abandonnée,  et  il  ne  resta  aux.  jésuites  dans  le  territoire  de 
Tape  que  leur  colonie  de  Santa  Tercsa  de  ïbituruna.  Celle-ci  leur 
lui  enlevée  l'année  suivante  (décembre  1637).  En  1638  les  Pau- 
listas complétèrent  la  destruction  des  établissements  espagnols 
situes  à  l'orient  de  l'Uruguay.  Vainqueurs  h  Caaro,  à  Caazapâ- 
guazû,   où  le  combat  dura  deux  journées,   à  Caazapâmini    et  à 

été  fondée  en  1579,  par  Melgarejo,  sur  le  Mbotetey  aujourd'hui  Mondego),  puis 
évacuée.  Ed  1503  RuiDiaz  de  Guzman, gouverneur  de  Guayra,  fonda  avec  des  habi- 
tants  de  Ciudad-Real  une  seconde  ville  de  Jerez  sur  la  rive  droite  du  Mondego. 
En  1625  ses  habitants,  ayant  obtenu  l'autorisation  du  gouverneur  du  Para- 
guay, allèrent  s'établir  sur  les  plateaux  de  l'Amambahy,  à  l'endroit  nommé 
;'i  cette  époque  «  Llanos  de  Yaguary.  »  Les  trois  villages  détruits  étaient 
Saint-José  d'Itatines,  Angeles  e1  San-Pedro-y-San-Pablo. 

1.  Les  bourgs  ou  villages  (Pueblos)  des  jésuites  du  Paraguay  ont  changé 
souvenl  de  place  e1  d'autres  bourgs  du  môme  nom  ont  été  fondas  dans  des  en- 
droits différents.  Voici  ceux  qui  existaient  à  Rio-Grande-du-Sud  en  1636etles 
dates  de  leur  fondation:  — Sur  la  rive  droite  du  Rio  Pardo(àeette  époque  Yequi 
ou  Rio  Verde),  en  remontant  cette  rivière,  San  Chrxstobal (1634)  et  Jesuê-Maria 
:  sur  la  rive  gauche,  près  de  ses  sources,  San  Juarjuin  (1 633;.  SurlePasso 
de  Jacuhy,  rive  gauche  du  fleuve  de  ce  nom,  SanfAna  (1633) ;  rive  droite  de 
l'Araricà,  Natividad  (1632).  Près  d*'s  sources  du  Jacuhy,  non  loin  de  l'endroit 
■  m  se  trouve  aujourd'hui  Cruz-Alta,  Santa  Thereaa  de  Ïbituruna  (1633).  Dans 
[es  sources  de  l'Ijuhy  Grande,  San  Carias  de  Cadpi (1631);  sur  l'Ijuhy  Mirim, 
rive  droite.  Apostoles  de  Cadzapàguazû  (1631),  et,  en  descendant  cette 
rivière,  Martyres  de  Caaro  [1628  .  Entre  l'Ijuhy  el  le  Piratiny,  Candelaria  de 
Cadzapdminï  (1611  :  rive  gauche  du  Piratiny,  près  de  son  confluent  dans 
l'Uruguay,  San  Nicolas  (1626  :  sur  la  rive  droite  de  1*1  tù  (alors  Tibiquaci), 
Thomé  (1633  ;  sur  la  droite  de  Tlbicuhy,  en  remontant  cette  rivière, 
i é  de  Itaquatià  (1633),  S.  Miguel  (1632),  et  SS.  Cosme-y-Damian (1634). 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  131 

San  Nicolas1,  ils  forcèrent  les  jésuites  à  émigrer  avec  les  Indiens 
qui  purent  échapper  à  cette  catastrophe,  et  qui  allèrent  s'incor- 
porer aux  réductions  situées  entre  l'Uruguay  et  le  Paranâ  ou 
former  dans  ces  parages  de  nouvelles  bourgades,  dont  quelques- 
unes  conservèrent  les  noms  de  celles  qui  venaient  d'être 
détruites2.  En  1641  (mars),  les  Paulistas  essayèrent  d'attaquer 
ces  missions,  mais  ils  furent  repoussés  par  les  Guaranys  près  du 
Mbororé  (rive  droite  de  l'Uruguay).  Leurs  expéditions  étaient 
dirigées  à  cette  époque  plutôt  vers  l'ouest  et  le  nord  que  vers  le 
sud.  On  vit  alors  les  Paulistas  pousser  leurs  courses  jusque  dans 
la  partie  septentrionale  du  Paraguay,  dans  le  district  de  Santa 
Cruz  de  la  Sierra,  et  dans  les  cordillères  du  Pérou.  En  1636  un  de 
leurs  chefs,  François  Pedroso  Xavier,  prit  et  détruisit  la  seconde 
Yilla-Rica,  sur  le  Jejuy  (Paraguay),  ainsi  que  plusieurs  villages 
indiens  des  environs.  Poursuivi  par  Andîno,  ancien  gouverneur 
du  Paraguay,  il  l'attendit  dans  les  montagnes  de  Maracajû,  et, 
après  un  combat,  le  força  à  battre  en  retraite. 

Entre  les  municipalités  et  les  habitants  de  Sâo-Paulo,  de  Rio- 
de-Janeiro,  duMaranhào  et  du  Para,  d'un  côté,  et  les  jésuites,  de 
l'autre,  une  longue  lutte  s'engagea  à  cause  des  Indiens,  dont  ces 
derniers  défendaient  la  liberté,  mais  qu'ils  étaient  accusés  d'ex- 
ploiter à  leur  profit.  A  Rio,  on  essaya  de  faire  sauter  avec  de  la 
poudre  la  chambre  du  premier  prélat  de  cette  ville,  Lourenço  de 
Mendoça  (1632),  qui  défendait  la  liberté  des  Indiens.  A  Sâo-Paulo, 
les  habitants  s'emparèrent  de  tous  les  Indiens  qui  travaillaient 
dans  les  plantations  du  collège  des  jésuites  (1633),  et  expulsèrent 
ces  religieux  (1640)  de  la  ville.  Les  bulles  du  pape  et  les  ordres  du 
roi  obtenus  par  Ruiz  de  Montoya,  Dias  Tailo  et  Lourenço  de  Men- 
doça, condamnant  l'esclavage,  n'étaient  pas  exécutés.  Des  trou- 
bles éclatèrent  à  Rio.  En  1661  quelques  Paulistas  voulurent  se 
séparer  du  Portugal  et  nommer  roi  Amador  Bueno.  Celui-ci 
refusa,  et  fit  acclamer  roi  Jean  IV,  déjà  reconnu  dans  toute  la 
partie  du  Brésil  non  occupée  par  les  Hollandais.  En  1653  les 
jésuites  purent  rentrer  à  Sâo-Paulo,  en  acceptant  les  conditions 
qu'imposèrent  les  habitants. 

1.  Dans  ces  combats,  un  Nicolas  Nenguirû  «  bello  et  pace  bonus  », 
commandait  l'aile  droite  des  Guaranys.  C'était  peut-être  un  ascendant  de 
Nicolas  Nenguirû,  devenu  célèbre  pendant  la  guerre  de  1754-56. 

2.  C'est  alors  que  furent  fondées  dans  cette  région  Santo  Thomé,  Apos- 
toles,  San  Carlos,  San  José,  San  Nicolas  (transféré  plus  tard  de  nouveau  sur  le 
Piratiny,  mais  à  un  endroit  différent  du  primitif),  Candelaria,  Martires, 
San  Cosme,  Sant'  Ana. 


1  LE     BB  ES  M.     EN      1  >  ■ 

En  L664,  les  habitants  de  Paré  et  de  Maranhâo,  où  Le  célèbre 
Vntonio  Vieira  défendait  La  Liberté  des  Indiens,  chassèrenl 
aussi  Les  jésuites.  L'animosité  dura  jusqu'à  L'expulsion  de  cel 
ordre  L759).  En  L755  (6  juin)  et  en  L 758  (8  mai),  Pombal  obtint 
du  roi  Joseph  ["deux  lois  qui  mirent  fin  à  l'esclavage  des  Indiens, 
en  pendant  exécutoire  dans  tout  Le  Brésil  une  Loi  du  Ier avril  1680. 

La  conquête  de  l'intérieur  aux  XVIIe  et  XVIIIe  siècles.  — 
Au  moment  de  L'expulsion  des  Hollandais  (1654),  les  établis- 
sements portugais  au  Brésil  s'étendaienl  sur  le  littoral  compris 
entre  le  fleuve  des  Amazones,  au  nord,  el  Paranaguâ,  au  sud. 
Dans  L'île  de  Sainte-Catherine,  il  n'y  avaii  alors  qu'une  douzaine 
de  colons  de  Sào-Paulo. 

Le  gouvernemenl  du  Para  comptait  seulement  les  petites  villes 
de  Belem  do  Para,  deCameta*  et  de  Gurupâ,  et  le  for!  dcDesterro 
dans  rUacarapy,  rive  droite  de  L'Amazone.  Le  Maranhào  ne  pos- 
sédait que  la  ville  de  Saint-Louis,  et  les  villages  de  Santa-Maria 
de  Guaxenduba  ou  \guas-Boas,  et  de  Tapuytapera  (Alcantara). 
En  suivant  la  côte  vers  le  sud,  on  trouvait  dans  le  Cearâ  le  village 
et  le  fort  de  et-  nom.  Le  Rio-Grande-du-Nord  comptait  la  ville  de 
Natal  et  plusieurs  villages  d'Indiens  (Apuâ,  Jaragua,  Pirari,  etc.)  ; 
Parahyba,  la  capitale,  Parahyba  (Frederica  des  Hollandais),  le 
village  de  Sâo-Pedro-e-Sâo-Paulo  (Mamanguape),  et  plusieurs 
villages  d'Indiens  :  Petimbii,  Nhiajereba,  Ibiapuâ,  Pindaûna,  Nhu- 
majay,  Urutaguy,  aujourd'hui  Alhandra,  Itapuâ,  et  Guiraobira, 
aujourd'hui  [ndependencia.  Pernambuco  était  plus  peuplé:  on  y 
voyait  les  villes  d'Olinda,  de  Recife  et  Santo-Antonio  (Mauritzstadt) 
el  d'Iguaraçû,  1rs  bourgs  de  Goyanna,  Sao-Lourenço-de-Tijuco- 
papo,  Conceiçâo-de-Itamaracâ  (Villa  Schkoppe),  Sâo-Francisco 
de  Pâo-d'Alho,  Luz,  Guaibipopaba,  Sào-Lourenço-da-Matta, 
Santo-Amaro  (Jaboatâo),  Muribeca,  Sâo-Miguel  de  Ipojuca,  Naza- 
reth do  CabodeS.Agostinho,  Santo-Antonio  do  Gabo,  Serinhaem, 
Santo-Amaro,  près  Serinhaem,  et  Sâo-Gonçalo-do-Una;  quelques 
villages  moins  importants,  parmi  lesquels  Taquara,  Guia-de  Çara- 
cunhayâ  (aujourd'hui  Nazareth),  Prazeres  (lloria-de-Goitâ)  et 
Santo-Antâo  (Victoria),  et  plusieurs  villages  indiens  (Gaârecé, 
[tapecirica,  etc.)  Dans  le  territoire  de  la  province  actuelle  dMA/- 
gôas  se  trouvaienl  Les  bourgs  de  Porto-Calvo,  Santa-Luzia-do- 
Norte,  Conceiçào-de-Alagôas,  Penedo  (Mauritius  (\<>>  Hollandais) 
et  Ajuda  (aujourd'hui  Anadia),  ainsi  que  les  villages  de  Sào-Gon- 
çalo-de-Peripueira,  Santo-Amaro  (Atalaia)  et  AnnunciaçSLo  l  Pilar). 


ESQUISSE     DE     i/lIISTOIRE     DU     BRÉSIL.  133 

Dans  le  territoire  de  Sergipe  :  la  ville  de  Sâo-Christovâo  et  les 
villages  de  Santo-Àntonio,  sur  le  Sâo-Francisco  (Porteira),  et 
Santo-Antonio-da-Serra-d'Itapuama  (Itabaiana). 

Bahia  comptait  la  capitale  du  Brésil,  Sâo  Salvador  de  Bahia 
(probablement  20.000  habitants),  la  ville  de  Camamû,  les  bourgs 
de  Cachoeira,  Santo-Amaro,  Valença,  Gayrû,  outre  plusieurs 
villages  :  et,  au  sud  du  Rio  de  Contas,  le  village  de  Barra  do  Rio 
de  Contas,  la  ville  d'Ilhéos,  le  village  de  Santa-Cruz,  la  ville  de 
Porto-Seguro,  les  villages  de  Trancoso,  Patatibe  (Villa-Verde)  et 
Caravellas.  Espirito-Santo  :  les  villes  de  Yictoria  et  Espirito- 
Santoet  les  villages  indiens  de  Sâo  Mathêos,  ReisMagos  (Almeida), 
Santa-Anna  (Guaraparim)  et  Reritigba  (Benevente). 

Dans  le  Rio-de- Janeiro,  la  ville  de  ce  nom  n'avait  en  1648  que 
2.500  habitants,  outre  une  garnison  de  600  hommes,  et  ne  comp- 
tait que  trois  ou  quatre  rues  parallèles  à  la  mer,  entre  les  collines 
de  Gastello  et  Sâo-Bento.  Dans  le  territoire  qui  forme  aujour- 
d'hui cette  province  et  le  Municipe  neutre,  on  voyait  en  1654  les 
villes  d'Ilha-Grande  (aujourd'hui  Angra-dos-Reis)  et  de  Cabo-Frio, 
et  le  villages  de  Sâo  Christovâo  (aujourd'hui  faubourg  de  Rio), 
Irajâ,  Iguaçû,  Trairaponga  (Merity),  Magepe  (Mage),  Cassarebû 
(Santo  Antonio  de  Sa),  Desterro  (ltamby),  Conceiçâo  (Itaborahy), 
etGaxindiba  (Sâo-Gonçalo),  les  villages  indiens  de  Sâo-Lourenço, 
Icarahy,  Cabuçù  (Yilla-Nova),  Sâo  Pedro  de  Araruama,  Sepitiba, 
Guia  (Mangaratiba)  et  Paraty. 

Le  territoire  de  Sâo-Vicente  (aujourd'hui  Sâo-Paulo)  possé- 
dait, sur  le  littoral,  les  villes  d'Ubatuba,  Saint-Sébastien,  Santos, 
Sâo  Yicente  (capitale),  Itanhaem,  Iguape  et  Cananéa,  et  le  village 
de  Paranaguâ  ;  dans  l'intérieur,  les  villes  de  Sâo-Paulo,  Mogy  das 
Cruzes,  Parnahyba,  Itaboaté  (Taubaté),  Jacarehy  et  les  bourgades 
de  O',  Garulhos,  Conceiçâo  dos  Pinheiros,  Sâo  Miguel, Santo-Amaro 
de  Ibirapuera,  Ajuda  (Itaquaquecetuba),  Jundiahy  (ville  en  1655), 
Guaratinguetâet  Araçaryguama,  outre  plusieurs  villages  ou  établis- 
sements dont  les  propriétaires  possédaient  un  grand  nombre 
d'Indiens  esclaves  ou  militarisés.  Un  village  commença  à  se  former 
à  Sorocaba  en  1654. 

De  1660  à  1662  une  expédition  dirigée  par  Paes  Leme  (Fernâo 
Dias),  natif  de  Sâo-Paulo,  traversait  la  chaîne  de  Mantiqueira  et 
explorait  une  grande  partie  de  l'intérieur,  dépassant  les  monta- 
gnes de  Serro-Frio.  Vers  1663,  un  autre  Paulista,  Lourenço 
Castanho  Taques,  découvrait  de  l'or  dans  le  district  qu'on  désigna 
sous  le   nom  de  Minas  dos  Cataguâs  et,  peu  après,  sous  celui  de 


134  LB     BRÉSIL     EN     18 

Minas-Geraes.  Plusieurs  autres  expéditions  parties  de  Sâo-Paulo 
pénétrèrent  dans  L'intérieur  à  La  recherche  de  mines.  PaschoaJ 
Paes  d'Araujo  arriva  en  1672  aux  sources  du  Tocantins;  Barthé- 
lémy Bueno,  surnomme';  par  les  Indiens  l'Anhanguera  (le  diable),  et 
Antoine  Pires  de  Gampos,  s'avancèrent  en  L 682  dans  La  même  direc- 
tion;  Emmanuel  de  Borba  Gato,  gendre  de  Paes  Leme,  Antoine 
Dias  Arzao  et  un  grand  aombre  de  Paulistas  s'établirent  dans 
Minas-Geraes,  où  plusieurs  villages  furent  fondés  vers  La  lin  du  wir 
siècle.  Bientôt  des  aventuriers  accoururent  venant  de  Rio-de- 
Janeiro  et  de  Bahia,  et  L'émigration  portugaise,  qui  se  portait 
principalement  vers  Bahia  et  Pernambuco,  prit  un  grand  déve- 
loppement et  commença  à  se  diriger,  par  lUo-de-Janeiro,  vers  la 
région  des  mines.  Des  conflits  éclatèrent  en  1708  entre  les 
Paulistas  et  les  aventuriers  des  autres  parties  du  Brésil  et  du 
Portugal,  que  les  premiers  désignaient  par  les  noms  de  Foras- 
teiros  un  d'Emboabas  (de  amô,  Loin,  etaôa,  homme).  Les  Paulistas, 
dirigés  par  Domingos  da  Silva  Monteiro,  remportèrent  une  victoire 
au  Rio  das  Mortes,  mais  ils  y  furent  battus  peu  après  par  Bento 
do  Amaral  Coutinho,  natif  de  Rio,  envoyé  par  Manoel  Nunes 
Vianna,  le  chef  des  Emboabas,et  durent  se  retirer  sur  Pitanguy  *. 
Le  gouverneur  Antonio  d'Albuquerque,  arrivé  en  1700,  parvint  à 
mettre  un  terme  à  cette  guerre  civile,  nomma  les  premières  auto- 
rités du  Minas-Geraes,  et  y  organisa,  avec  les  forces  des  deux 
partis,  les  premiers  régiments  miliciens  et  un  autre  de  troupes 

réglées. 

Au  moment  de  l'invasion  hollandaise,  quelques  nègres  esclaves 
de  Pernambuco  avaient  abandonné  leurs  maîtres  et  s'étaient 
établis  dans  les  forêts  de  Palmarès  (Alagôas).  Leur  nombre  s'éleva 
bientôt  à  plusieurs  milliers,  et  ils  réussirent  à  maintenir  leur 
indépendance  pendant  plus  de  soixante  ans,  en  repoussant  d'abord 
les  attaques  des  Hollandais,  ensuite  celles  des  Brésiliens-Portu- 
gais. Ils  ne  furent  entièrement  soumis  qu'en  1697,  après  une  guerre 
de  plusieurs  années,  par  une  petite  armée  venue  de  Sâo-Paulo 
sous  la  conduite  de  Domingos  Jorge  Velho.  Au  moment  de  la 
défaile  finale,  les  principaux  chefs  nègres  se  jetèrent  du  haut 
d'un  rocher,  préférant  La  mort  à  l'esclavage. 

Le  territoire  du  Piauhy  commença  à  être  peuplé  en  1674  par 
Domingos   Affonso  Mafrense,    habitant  de  la  rive  nord  du  Sâo- 

1.  Cette  guerre  civile  a  été  peu  étudiée  et  1rs  documents  publiés  Jusqu'ici 
sont  tout  à  fait  insuffisants. 


ESQUISSE     DE     L   HISTOIRE     DU     BRESIL.  135 

Francisco.  En  17 IS  et  1719  les  premiers  établissements  portugais 
du  Matto-Grosso  furent  fondés  par  Antoine  Pires  de  Campos  fils* 
Paschoal  Moreira  Cabrai  et  d'autres  Paulistas. 

Le  commerce  du  Brésil  du  XVIe  au  XVIII0  siècle.  —  Les 
possessions  portugaises  du  Brésil  n'avaient  de  commerce  direct 
qu'avec  La  métropole.  Cependant,  dès  le  xviG  siècle,  quelques 
marcha  mis  étrangers  établirent  des  factoreries  ou  des  maisons  de 
commerce  dans  les  principaux  ports.  Les  célèbres  Schetz,  d'An- 
vers, avaient  un  agentà  Sâo  Vicente  et  y  possédaient  une  sucrerie. 
Pendant  la  réunion  du  Portugal  à  l'Espagne  (1580-1640)  des  rela- 
tions de  commerce  assez  suivies  s'établirent  entre  Bahia,  Rio  et 
la  Plata. 

Aux  xvic  et  au  xvn8  siècles  l'exportation  du  Brésil  consistait 
principalementen  sucre,  en  bois  de  teinturerie  et  de  construction 
et  en  cuirs.  L'élevage  se  faisait  surtout  dans  le  Parahyha  do 
Norte  et  à  Sâo-Paulo.  L'exportation  de  l'or  et  des  diamants  ne 
commença  à  être  importante  que  dans  les  premières  années  du 
xvme  siècle.  A  cette  époque  un  commerce  clandestin  assez  consi- 
dérable se  faisait,  par  la  Colonia  du  Sacrement,  entre  Rio-de- 
Janeiro  et  les  provinces  espagnoles  de  la  Plata. 

Au  xvne  siècle,  pendant  la  guerre  avec  la  Hollande,  l'usage 
s'établit  de  réunir  en  flotte,  sous  la  protection  de  bâtiments  de 
guerre,  les  navires  qui  faisaient  le  commerce  entre  le  Portugal, 
Bahia  et  Rio-de-Janeiro.  L'amiral  brésilien  Salvador  Gorrêa  de  Sa 
commanda  quelques-unes  de  ces  flottes.  En  1649,  une  puissante 
compagnie,  la  «  Companhia  Gérai  do  Commercio  do  Brazil  », 
dont  le  nom  fut  changé  en  1660  contre  celui  de  «  Junta  clo  Com- 
mercio »,  fut  organisée  à  Lisbonne.  Cette  compagnie  privilégiée 
possédait  dès  le  début  un  grand  nombre  de  navires  armés  et 
entretenait  un  régiment  d'infanterie  et  d'artillerie  de  marine. 
Elle  envoyait  chaque  année  une  flotte  qui,  de  Lisbonne  et  d'O- 
porto,  se  rendait  à  Recife,  à  Bahia  et  à  Rio-de-Janeiro,  et  rame- 
nait à  Lisbonne  les  produits  du  pays.  Les  représentations  des 
commerçants  de  Rio  et  de  Bahia  contre  ce  monopole,  amenèrent 
des  réformes  d'abord  et  ensuite  la  suppression  de  la  compagnie 
(1720);  mais  l'usage  des  flottes  de  commerce  continua,  sous  la 
protection  des  navires  de  guerre.  Une  ordonnance  du  10  sep- 
tembre 1765,  rendue  par  le  marquis  de  Pombal,  permit  aux 
navires  marchands  de  voyager  entre  le  Portugal  et  le  Brésil  sans 
suivre  les  convois.  En  1755,  le  même  ministre  créa  deux  nouvelles 


136  LE     BRÉSIL     EN     1SS9. 

compagnies  priviligiées,  celle  du  «  Grand  Para  et  Maranhao  i  I 
celle  de  «  Pernambuco  el  Parahyba.  »  Elles  furenl  supprimées 
en  1788. 

Sous  le  gouvernement  de  Salvador  Corrêa  de  Sa,  à  Rio-de- 
Janeiro,  el  vers  la  même  époque  à  Bahia  [1650)  des  chantiers 
de  construction  navale  furenl  créés  dans  ces  deux  ports.  Plusieurs 
grands  vaisseaux  et  frégates  de  la  marine  royale  furent  construits 
au  Brésil.  De  nouveaux  chantiers  furent  créés  au  xvur1  et  au 
commencement  du  xix"  siècle,  époque  à  laquelle  les  portugais 
faisaieul  construire  au  Brésil  une  grande  partie  de  leurs  bâti- 
ments de  guerre. 

Guerres  avec  les  Espagnols  et  invasions  françaises  aux 
XVIIe  et  XVIII1'  siècles.  —  En  1680,  Colonia  do  Sacramento  fut 
fondée  par  Dom  Manoel  Lobo,  gouverneur  de  Rio -de- Janeiro,  sur  la 
rive  gauche  de  la  Plata,  en  face  de  Buenos-Aires,  très  loin  de  la 
partie  peuplée  du  Brésil,  dont  l'établissement  le  plus  méridional 
se  trouvait  alors  dans  l'île  de  Sainte-Catherine.  Elle  a  été  le  sujte 
de  longues  querelles  avec  l'Espagne  à  qui  elle  resta  acquise 
par  le  traité  de  Saint-Ildefonse  (1777).  L'année  même  de  sa  fon- 
dation, elle  fut  prise  par  les  Espagnols  de  Buenos-Aires  et  les 
Guaranys  des  Missions  jésuitiques  du  Paranà  et  de  l'Uruguay, 
sous  la  conduite  de  Vera  Mujica  (7  août).  Elle  fut  restituée  au 
Portugal  parle  traité  du  7  mai  1 08 1 ,  et  rebâtie  en  1083.  L'année 
suivante,  des  colons  du  Sao-Paulo  fondèrent  la  ville  de  Laguna 
sur  la  côte  de  Sainte-Catherine. 

Après  plusieurs  tentatives  de  colonisation,  les  Français  s'éta- 
blirent à  Cayenne,  d'où  ils  chassèrent  les  Hollandais  en  lGGi. 

Le  premier  gouverneur  français,  Le  Febvre  de  la  Barre, 
retourna  en  France  l'année  suivante,  et  y  publia  un  livre1  dans 
lequel  on  lit  les  passages  suivants  :  «  La  Guyane  Françoise, 
proprement  France  Equinoxiale,  qui  contient  quelques  quatre- 
vingts  lieues  françaises  de  coste,  commence  par  Je  cap  d'Orange, 
qui  est  une  pointe  de  terre  basse  qui  se  jette  à  la  mer,  et  dont 
l'on  prend  connaissance  par  trois  petites  montagnes  que  l'on 
voit  par  dessus  el  qui  sont  au-delà  de  la  rivière  Yapoco,  qui  se 

jette    à  la   mer   sous  ce   cap L'on   peut  à  la  rivière  Marony 

mettre  les  homes  de  la  Guyane  Françoise.  » 

l.  De  la  Barre,  Description   de  la   France  equinoxiale,  ci-devant  ap} 
Guyane.  Paris,  L666,  in-'i". 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  137 

Cette  nouvelle  colonie  fut  prise  par  les  Anglais  en  1G67,  et 
reconquise  la  même  année  par  les  Français.  En  107i  elle  tomba 
aux  mains  des  Hollandais,  qui  la  conservèrent  pendant  trois  ans. 
l-ii tîn,  en  L677  Hic  redevint  française. 

Dans  le  territoire  de  la  «  capitainerie  du  cap  du  Nord  »,  créée 
par  le  roi  d'Espagne,  qui  l'annexa  en  même  temps  au  Brésil1,  les 
Portugais  possédaient  le  fort  de  Gurnpâ,  fondé  en  1623  sur  la 
rive  droite  de  l'Amazone,  et  au  nord  de  ce  fleuve,  dans  la  Guyane 
brésilienne,  les  forts  de  Desterro,  dans  TUacarapy,  fondé  en 
1638,  et  de  L'Araguary,  construit  en  1G60.  Ce  dernier,  ayant  été 
détruit  par  la  pororôca  (mascaret),  fut  rebâti  en  1685.  En  1688  les 
Portugais  de  Para  bâtirent  deux  autres  forts,  ceux  du  Toheré  et 
de  Sauto  Antonio  de  Macapâ,  ce  dernier  sur  l'emplacement  du 
fort  de  Cumaû,  pris  aux  Anglais  en  1632. 

En  mai  1637  le  marquis  de  Ferroles,  gouverneur  de  Cayenne, 
prétendant  que  l'Amazone  devait  être  la  limite  des  possessions 
françaises2,  s'empara  des  quatre  forts  portugais  de  la  rive  droite, 
rasa  ceux  de  l'Araguary,  du  Tohéré  et  de  Desterro,  et  ne  conserva 
que  celui  de  Macapâ.  Des  troupes,  envoyées  de  Para  par  le  gouver- 
neur Antoine  d'Albuquerque  (commandants  Fundao  et  Muniz  de 
Mendoça),  reprirent  Macapâ  un  mois  après  (28  juin). 

Pendant  la  guerre  de  succession  d'Espagne  la  ville  de  Colonia 
fut  assiégée  et  bombardée,  à  partir  du  17  octobre  1704,  par  les  Espa- 
gnols de  Buenos-Aires.  Son  gouverneur,  le  général  Yeiga  Cabrai, 
repoussa  toutes  les  attaques  et  évacua  la  place  (15  mars  1705;  par 
ordre  du  roi  du  Portugal.  A  cet  effet,  le  capitaine  de  vaisseau 
Amaro  José  de  Mendonça  avait  été  envoyé  de  Rio  avec  quelques 
navires  qui,  après  un  combat,  mirent  en  fuite  ceux  des  Espagnols, 
qui  Taisaient  le  blocus  du  port.  Cette  place  fut  rendue  au  Portugal 
par  le  traité  de  paix  signé  à  Utrecht  le  6  février  1715. 

En  1710  une  expédition,  dont  le  commandement  fut  confié 
par  Louis  XIV  au  capitaine  de  vaisseau  Jean-François  Du  Clerc3, 

1.  Nous  avons  vu  que  la  limite  nord  de  cette  capitainerie  était  l'Oyapock 
ou  Vincent  Pinson. 

2.  Selon  de  Ferroles,  le  nom  Oyapock  venait  du  galibi,  —  Ouepô,  île,  — 
et  devait  s'appliquer  à  l'Amazone,  où  se  trouve  l'île  de  Marajô,  qui  est  la  plus 
grande  de  colle  région.  En  réalité  le  nom  Oyapock  vient  de  deux  mots  de  la 
langue  des  Oyampis  :  Ouaya,  pointe,  et  poko,  grand.  L'Oyapock  des  Portu- 
gais était  la  même  rivière  appelée  Yapoc  ou  lapoco  par  les  Français  Jean 
Moquet  1616  .  de  la  Barre  (1669),  Dclislc  (cartes  de  1703, 1716  et  1722),  ' Thomas 
Corneille  (1708),  De  Fer  (1719),  Lombard  (1723,  1726),  d'Anville  (1729  et  1748), 
La  Martinière    1732  et  1739). 

3.  Natif  de  la  Guadeloupe   et    seigneur    de   Léogane.   «  C'était  un  jeune 


138  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

partit  de  la  Rochelle  'lo  mai)  pour  s'emparer  de  Rio-de- Janeiro. 
Cette  ville  comptail  alors  L 2. 000  habitants1.  L'expédition  se  com- 
posai! d'un  vaisseau,  quatre  frégates  et  L.100  hommes  de  troupes 
de  marine.  Du  Clerc  débarqua  (11  septembre)  sur  la  plage  de 
Guaratiba,  à  quelques  lieues  de  Rio,  et,  par  Jacarépaguâ,  il 
gagna  les  montagnes  de  Tijuca.  Le  gouverneur,  François  de 
Castro  Moraes,  réussit  à  réunir  plus  de  2.000  hommes,  qu'il 
plaça  presque  tous  derrière  un  fossé,  du  côté  de  la  campagne, 
devant  la  plaine  de  Rozario.  Mais  Du  Clerc  prit  une  direction 
différente,  en  suivant  un  sentier  nommé  alors  «  azinhaga  de  Ma- 
tacavallos  »,  tourna  la  colline  de  Santo  Antonio2,  refoula  plusieurs 
détachements,  et  pénétra  (19  septembre]  dans  L'intérieur  de  la 
ville3.  Là  il  rencontra  la  résistance  des  étudiants  de  Rio,  qui,  sous 
la  conduite  de  Bento  do  Amaral  Gurgel,  s'étaient  retranchés  dans 


homme  plein  «le  cœur,  entreprenant  et  intrépide  :  il  ('tait  allé  en  France 
avec  .M. Casse,  lieutenant  du    Roi  »  Labàt,  édit.  de  1722,  V,   4 G7 ) . 

1.  Document  «les  Archives  à  Rio,  cil-''  par  Caetano  i»\  Silva,  VOyapock, 
etc.,  11,  p.  566. 

2.  La  ville  de  Rio  occupait  alors  l'espace  compris  entre  la  mer,  les 
collines  deCastello  etde  Sâo  Bento  et  nu  fossé  désigné  sous  le  nom  de  valla, 
<|iii  allait  du  lac  et  du  champ  Santo  Antonio  (aujourd'hui  place  de  Carioca) 
jusqu'à  Prainha.  Ce   fossé   suivait  la  direction   de   la  rue  désignée   autrefois 

sou-  I''  i i  de  Valla  (aujourd'hui  Uruguayana)  et  qui  n'existait  pas  encore; 

puis,  à  l'entrée  de  la  rue  d'Antonio  Vaz  Viçoso  (aujourd'hui  S.  Pedro),  il  chan- 
geail  de  direction  pour  arriver  à  la  mer  en  passant  entre  les  collines  de  Sâo 
Bento  et  do  Conceiçâo.  La  rue  Direita  ou  rue  da  Cruz  (aujourd'hui  Primeiro 
de  Marco  était  la  seule  qui  s'étendit  du  Castello  à  Sâo  Bento.  La  maison 
du  gouverneur  se  trouvait  dans  cette  rue,  en  face  de  la  rue  du  Palacio 
(aujourd'hui  d'Alfandega),  entre  la  douane,  ù  droite,  et  le  Trapiche  da  Cidade 
(magasin  nu  dépôt  de  la  ville),  à  gauche.  Du  coté  de  la  campagne,  la  dernière 
pue  parallèle  à  la  rue  Direita  était  celle,  des  Ourives;  du  côté  de  Sâo  Bento, 
la  dernière  rue  perpendiculaire  à  la  rue  Direita  était  celle  d'Antonio  Vaz 
Viçoso.  Entre  cette  rue,  la  Direita  et  le  morne  de  Sâo  Bento,  il  y  avait  une 
plaine  el  un  marécage.  Les  églises  de  Rosario  et  de  Sâo  Domingo?,  ainsi 
que  la  propriété  nommée  Chacara  do  Fogo  (elle  a  donné  son  nom  à  une 
rue  devenue  aujourd'hui  des  Andradas),  se  trouvaient  on  dehors  des  limites 
de  la  ville  dans  une  plaine  entourée  de  marécages.  Deux  sentiers  condui- 
saient de  ce  côté  à  l'intérieur;  un  autre,  aommé  chemin  de  Desterro  (aujour- 
d'hui rue  d'Evaristo  da  Veiga  ,  et  plus  loin  Azinhaga  de  Matacavallos  'aujour- 
d'hui lue  de  Riachuelo),  commençait  près  du  lac  Santo  Antonio,  côtoyait  les 
montagnes  de  Desterro  Santa  Theresa),  et,  par  Matta  dos  Porcos,  allaita 
Engenho  Pequeno  dos  Padres  aujourd'hui  Engenbo  Velho),  aux  montagne* 
de  Tijuca,  et  à  Engenho  Novo.  Sri, m  un  voyageur  français  quia  visité  Bio,  en 
1703,  avec  le  capitaine  Le  Roux  de  VAigle,  la  rue  Direita  formait  à  elle  seule 
plus  de  la  moitié   de    la  ville    Journal   d'un    voyage  sur  les  costes  d'Afri 

aux  Indes  etc.,  Amsterdam,  1723,  p.  288). 

3.  Par  Caminho  (chemin)  do  Desterro,  Caminho  da  ConceiçSo  d'Ajuda 
(aujourd'hui  rue  d'Ajuda),  rue  do  Parto  aujourd'hui  Saint  José),  rue  da  Mi  e- 
ricordia,  place  do  Carmo  (aujourd'hui  place  Dom  Pedro  il)  <•!  rue  Direita. 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRESIL.  130 

la  maison  du  gouverneur.  Le  colonel  Grcgorio  de  Castro  accourut 
à  la  tête  de  quelques  troupes,  et  un  combat  sanglant  fut  livré 
dans  la  rue  Direita,  où  les  Français  s'étaient  emparés  d'un  maga- 
sin donnant  sur  la  mer  (Trapiche  da  Cidade).  D'autres  troupes 
arrivèrent  avec  le  gouverneur,  et  Du  Clerc  fut  forcé  de  mettre  bas 
les  armes1.  Quelques  mois  après,  le  18  mars  1711,  on  le  trouva 
poignarde  dans  la  maison  qu'il  habitait  à  Rio.  Le  gouverneur 
attribua  ce  crime,  dontl'auteur  restainconnu,  à  quelque  vengeance 
particulière,  provoquée  par  les  galanteries  de  Du  Clerc. 

Le  9  juin  1711,  Duguay-Trouin  partait  de  la  Rochelle  avecune 
puissante  escadre  pour  venger  cet  échec2.  Malgré  les  repré- 
sentations du  gouverneur  Castro  Moraes,  qui  se  plaignait  du 
petit  nombre  de  troupes  dont  il  disposait  et,  surtout,  du  manque 
d'officiers  et  d'artilleurs,  le  gouvernement  de  Lisbonne  ne  lui 
avait  pas  envoyé  de  renforts.  La  «  flotte  du  commerce  »,  qui 
tous  les  ans  venait  de  Lisbonne,  terminait  son  chargement  à 
Rio  lorsqu'un  navire  anglais  apporta  (25  août)  la  nouvelle  de  la 
prochaine   arrivée  de  Duguay-Trouin3.   On  commença  alors   à 

1.  Du  Clerc  n'avait  plus  que  630  hommes.  Il  envoya  en  France  une  relation 
de  ce  combat,  mais  elle  n'a  jamais  été  publiée.  On  trouve  dans  la  Revue  de 
l'Institut  Historique  du  Brésil,  t.  XXIII,  p.  420-22,  la  réimpression  d'un  docu- 
ment de  l'époque,  contenant  la  liste  des  officiers  français  tués  ou  prisonniers  ; 
mais  les  noms  sont  si  mal  orthographiés,  qu'il  est  presque  impossible  de  les 
reconnaître.  Ainsi  le  nom  de  —  De  la  Salle  —  est  écrit  —  «  Laffalt,  ai  de 
camp.  »  Parmi  les  morts  se  trouvait  un  prince  «  de  China,  Farina  »  (sic)  ;  parmi 
les  prisonniers  blessés,  les  marquis  de  Linars  et  de  Signy,  MM.  de  Préfon- 
taine, de  Saint- Léger,  de  Coigny,  etc.  Du  côté  des  Portugais  plusieurs  offi- 
ciers furent  tués.  Le  colonel  Gregorio  de  Castro  fut  de  ce  nombre. 

2.  Cette  escadre  se  composait  de  17  navires,  ayant  740  canons  et 
o.764  hommes  :  Le  Lis  et  le  Magnanime  de  71  canons  chacun  ;  V Achille,  le 
Glorieux,  le  Brillant  et  le  Fidèle,  de  66  ;  le  Mars,  de  56  ;  Y  Argonaute,  de  46  ; 
le  Chancelier  et  V  Aigle,  de  40  chacun  ;  la  Bellone,  de  38  ;  Y  Amazone,  de  36  ; 
la  Glorieuse,  de  30;  VAstrée,  de  22;  la  Concorde,  de  20;  la  Française  et  le 
Patient,  galiotes.  Cette  escadre  fut  augmentée  d'une  petite  prise  anglaise. 

3.  La  flotte  du  commerce  devait  partir  pour  Bahia  le  3  septembre 
[Lettre  de  Velho,  publiée  par  Pizarro,  Memorias  historicas  do  Rio  de  Janeiro, 
I,  53).  Le  27  août  un  édit  (Bando)  du  gouverneur  donnait  des  ordres  au  sujet 
de  l'embarquement  des  prisonniers  français  qui  devaient  partir  sur  cette 
flotte  (Document  des  Archives  publics,  à  Rio).  Dans  les  Mémoires  de  Duguay- 
Trouin,  de  même  que  dans  la  Relation  de  ce  qui  s'est  passé  pendant  la 
campagne  de  Rio  de  Janeiro,  publiée  dans  la  Gazette  de  France  (n°  9  de  1712), 
il  est  question  de  4  vaisseaux  et  de  3  frégates  portugaises.  La  Gazette  du 
12  déc.  1711,  où  l'on  trouve  l'extrait  dune  lettre  de  Lisbonne,  donne  des  nou- 
velles plus  exactes  au  sujet  de  la  composition  de  cette  flotte:  «  —  La  flotte  du 
Brésil  avait  mis  à  la  voile  pour  revenir,  composée  de  12  navires  richement 
chargés,  escortés  par  3  vaisseaux  de  guerre.  »  En  effet,  trois  vaisseaux  seu- 
lement protégeaient  cette  flotte  :  le  vaisseau  amiral,  dont  le  nom  nous  est 
inconnu    (les  documents    de   l'époque  le   désignent  sous  le  nom  de  «  Capi- 


140  LE     BRESIL     EN     1  889. 

construire  à  la  hâte  des  retranchements,  el  on  expédia  des 
courriers  à  l'intérieur  pour  demander  des  renforts,  mais  ceux-ci 
ne  purenl  pas  arriver  à  temps.  Le  L2  septembre,  protégé  par  un 
brouillard,  Duguay-Trouin  s'approcha  de  la  côte  de  Rio  el  força 
l'entrée  de  la  rade  malgré  le  feu  des  forts,  des  batteries1  el  de 
six  navires  mouillés  près  de  l'île  de  Villei^ii^mui.  l'ne  explo- 
sion fit  sauter  la  batterie  de  cette  ile,  et  les  navires  portugais, 
voyanl  qu'ils  allaient  être  abordés,  coupèrent  les  chaînes  et 
allèrenl  s'échouer  près  de  la  ville,  où  ils  furent  brûlés  par  ordre 
du  contre-amiral  Costa  de  Aihayde.  Le  13,  avant  l'aube,  le  cheva- 
lier de  Goyon  s'empara  de  l'île  das  Cobras,  près  delà  \ille,  et 
le  lendemain  Duguay-Trouin  débarqua  sur  la  plage  de  Sào  Diogo 


tanea     .   le  SŒo-Boaventura,   capitaine  Gillel  du  Bocage,  el   I'-  Prazeres.  Ce 

dernier  appartenait  à  la  «  Junta  do  Coininercio  »    ou    Compagnie  'In    C - 

merce,  les  deux  autres  a  la  marine  de  guerre.  11  y  avait  encore  a  Rio,  an 
momenl  de  l'arrivée  de  Duguay-Trouin,  le  Barroquinha,  garde-côte,  de 
36  ••anuiis.  capitaine  Amaro  José  de  Mendonça.  D'après  un»'  lettre  du  ir<>u- 
verneur  Ant.  d'Albuquerque,  le  vaisseau  amiral  et  le  SSo-Boaventura 
avaient,  ensemble,  58  canons'.  Il  esl  probable  que  le   Prazeres  n'étail  pas  su- 

périeur  aux  autres.  Il  y  avait  a •  a  Rio  '■>  vaisseaux  du  Roi  et  1  vaisseau  de 

la  Compagnie,  armés,  ensemble  d'environ  130  canons,  outre  deux  navires 
marchands  anglais,  qui  portaienl  un  certain  nombre  de  pièces.  Ces  navires 
étaienl  sous  le  commandement  du  contre-amiral  Gaspar  da  Costa  de  Athayde, 
I*'  même  qui,  réuni  a  l'escadre  anglaise,  avait  commandé  celle  du  Portugal 
au  combat  du  17  mars  1703,  contre  de  Pointis. 

1.  Ils  étaient  mouillés  près  de  Villegaignon,  selon  les  documents  portu- 
gais, el  qoe  entre  Boa-Viagem  el  la  pointe  de  Jurujuba,  position  indiquée 
dans  le  Plan  de  la  Baye  et  de  la  ville  de  Rio  (Mémoires  de  Duguay-Trouin  . 
Dans  cette  dernière  position,  ils  auraient  été  pris,  le  jour  même  de  l'entrée 
de  l'escadre  française.  —  Voici  les  noms  et  le  nombre  exact  des  canons  des 
forts  de  Rio,  lors  de  l'attaque  de  Duguay-Trouin  :  —  A  l'entrée  du  porl  : 
Batterie  de  Praia  de  Fora,  6  canons;  Huilerie  de  Praia  Vermélhay  12;  Forte- 
resse de  Santa  Ci*uz,  commandant  le  major  Miguel  Alves  Pereira,  44  canons. 
dont6en  bronze;  Forteresse  de   ScCo-JoSo    (comprenant    les  batteries  de  Sào- 

Martinho,    SSo-Diogo,    Sâo-José   et    Sâo-Theodosio),    co landant  le  major 

Ant.  Soares  de  Azevedo,  30  canons,  donl  s  enbronze.  Sur  la  rade:  Batterie 
de  Villegaignon,  commandant  le  capitaine  Emmanuel  Ferreira  Estrella, 
20  canons;  batterie  de  Boa-Viagem,  1U  (la  batterie  de  Gravatâ  existail  déjài 
mais  elle  n'étail  pas  armée)  ;  fort  et  batterie  de  Vile  das  Cobras,  commandanl 
le  capitaine  Diogo  Barbosa  Leitào,  12.  Dans  la  ville  et  ses  environs  :  Fort  de 
Siïo-Sebastfâo,  capitaine  Joseph  Correa  de  Castro,  5;  Redoute  SSo-Januario^ 
Ll;  Redoute  Santa-Luzia,$  tous  les  trois  dans  le  morne  de  Castcllo);  Fort 
Santiago  nommé  aussi  de  Misericordia  ou  du  Calabouço),  1  canon;  Retran- 
chement du  mome  de  SSo-Bento  il  a  été  commandé  par  le  capitaine  de  vais- 
seau Gillel  du  Bocage,  grand  père  du  célèbre  poète  portuguais),  8  canons; 
redoute  da  Prainha,  suis  artillerie.  Sur  le  morne  de  Conceiçâo  il  y  avait  un 
retranchement  sans  artillerie,  qui  protégeai!  la  maison  de  Pévèque.  Total,  174 
ciiions.  dont  14  en  bronze.  Varnhagen  cite  par  erreur  le  fort  de  Lage,  dont 
Duguay-Trouin  ne  parle  pas.  Ce  fort,  commencé  vers  1717,  n'était  pas  encore 
terminé  en  1718. 


ESQUISSE     DE      [/HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  141 

avec  3.800  hommes,  \  mortiers  et  20  gros  pierrrers  en  fonte  K  II 
occupa  aussitôt,  sans  coup  férir,  les  mornes  de  Sao-Diogo,  Pro- 
videncia  el  Livramento,  qui  n'étaient  pas  fortifiés,  et  fit  établir, 
dan-  l'île  das  Cobras  e1  sur  Le  morne  de  Pina  (aujourd'hui  Saude), 
des  batteries  qui  ouvrirent  leurs  feux  contre  le  retranchement 
de  Sao-Bento  el  le  foH  Saint-Sébastien2.  Le  gouverneur  Castro 
Moraes  n'avait  pu  réunir,  pour  la  défense  de  la  ville  et  des  forts 
delà  baie,  que  2.800  hommes3;  mais  toute  défense  devenait 
impossible,  la  ville  pouvant  être  détruite  facilement  des  hauteurs 
occupées  par  les  Français. 

Après  plusieurs  escarmouches  sans  résultat  et  une  sommation 
à  la  place,  l'escadre  et  les  batteries  françaises  commencèrent  un 
bombardement  général  dans  la  soirée  du  20  septembre.  Le  gou- 
verneur ordonna  aux  troupes,  vers  11  heures,  d'évacuer  la  ville, 
qui,  le  lendemain  matin,  fut  occupée  par  Duguay-Trouin4,  infor- 
mé de  cet  abandon  par  les  prisonniers  de  l'expédition  Du  Clerc. 

1.  Duguay-Trouin,  Mémoires,  édition  de  1740,  page  174.  Ces  troupes  for- 
maient trois  brigades,  commandées  par  les  chevaliers  de  Goyon,  de  Cour- 
serac  et  de  Bcauve. 

2.  Selon  Duguay-Trouin  (Mémoires),  5  mortiers  et  18  canons  à  File  das 
Cobras,  et  10  canons  dans  le  Morro  da  Saude,  outre  les  4  mortiers  qu'il 
avait  avec  lui.  Les  documents  de  l'Alçada  montrent  que  la  ville  n'avait  pour 
riposter  à  ce  feu  que  8  canons  dans  le  retranchement  du  morne  de  Sào- 
Bento,  5  dans  le  fort  de  Sâo-Sebastiâo  (Castello)  et  1  dans  celui  de  San- 
tiago où  se  trouve  aujourd'hui  l'Arsenal  de  guerre.  Les  autres  forts  de  la  rade 
étaient  trop  éloignés,  et  ne  servaient  pas  à  la  défense  de  la  ville.  La  batterie 
de  Villegaignon,  plus  rapprochée,  avait  été  détruite  par  l'explosion.  Les  re- 
doutes de  S.  Januario  et  Santa-Luzia,  situées  sur  le  versant  méridional  du 
Morne  du  Castello,  ne  pouvaient  prendre  aucune  part  au  combat  d'artillerie 
livré  au  nord  de  cette  colline. 

3.  Troupes  réglées:  Les  deux  régiments  de  Rio  (terço  Velho  etterçoNovo) 
590  hommes,  colonels  François-Xavier  de  Castro  Moraes  et  Jean  de  Paiva;  régi- 
ment de  la  Colonie  du  Sacrement  (terço  daColonia),  300  hommes,  major  Domin- 

llenriques  ;  —  milices:  régiment  des  nobles  et  des  privilégiés  (régimento  da 
nobreza  e  privilegiadosi,  550  hommes,  colonel  Emmanuel  Corrêa  Vasques  ; 
deux  régiments  de  miliciens  (régimentos  de  Ordenanças)  780  hommes,  colonels 
Balthasar  de  Abreu  Cardoso  et  Chrispim  da  Cunha;  compagnie  des  employés 
de  la  Monnaie  (Moedeiros),  50  hommes;  troupes  de  la  marine  (soldats  des 
régiments  da  «  Armada  »,  ou  ilotte,  et  de  la  «  Junta  do  Commercio,  »  ou 
compagnie  du  commerce)  400  hommes.  Total  2.670  hommes,  dont  G00  occu- 
paient les  forts  de  la  rade.  11  faut  y  ajouter  les  artilleurs,  qui  formaient  deux 
compagnies  de  50  hommes.  —  C'est  la  première  fois  que  ces  chiffres  sont 
publiés.  Nous  les  avons  trouvés  dans  l'exposition  présentée  par  l'ancien 
gouverneur  de  Rio  à  VAlçada  ou  commission  de  magistrats  chargée  de 
l'enquête. 

4.  «...  un  feu  général  et  continuel  des  batteries  et  des  vaisseaux,  qui, 
joint  aux  éclats  redoublés  d'un  tonnerre  affreux,  et  aux  éclairs  qui  se  succé- 
daient les  uns  aux  autres,  sans  laisser  presqu'aucun  intervalle,  rendait  cette 
nuit  affreuse.  »  (Duguay-Trouin,  Mémoires). 


1  12  LE     BRÉS1  i.     EN     1  889. 

Les  forts  situés  à  l'entrée  du  porl  se  rendirent  à  La  première 
sommation,  dès  qu'ils  furenl  renseignés  sur  La  fuite  du  gouver- 
neur. Le  contre-amiral  Costa  de  Athayde  prit  le  commandement 
des  troupes  réunies  à  Engenho-Novo,  dans  les  environs  de  la  ville, 
où  un  retranchement  fut  construit.  Quelques  renforts  arri- 
vèrent de  Paraty  et  d'Ilha  Grande  (Angra  dosReis)1,  et  d'autres 
étaienl  en  marche;  mais  Duguay-Trouin,  ayant  fait  savoir  qu'il 
détruirai!  La  ville  de  fond  en  comble  si  elle  n'était  pas  rachetée, 
sans  plus  tarder,  par  une  contribution  de  guerre,  le  gouverneur 
se  décida,  conseillé  par  Les  jésuites,  à  signer  une  convention 
(10  octobre)  pour  le  paiementdela  rançon.  Trois  jours  après, 
Antonio  d'Albuquerque  arrivait  à  Iguassû  avec  6.000  hommes, 
venant  de  Minas-Geraes 2,  mais  la  convention  fut  respectée,  et, 
le  dernier  versement  ayant  été  fait  le  4  novembre,  la  ville  fut 
évacuée  par  les  Français,  qui  gardèrent  cependant  les  forts  de 
la  rade  jusqu'au  13,  jour  du  départ  de  l'escadre.  Albuquerque, 
déférant  à  la  demande  du  conseil  municipal  et  des  habitants  de 
Rio,  resta  à  la  tête  du  gouvernement. 

En  1712,  la  métropole  envoya  au  Brésil  un  certain  nombre  de 
canons  et  un  officié!'  du  génie,  le  général  Macé,  chargé  d'augmen- 
ter et  d'améliorer  les  fortifications  de  Rio  et  de  Bahia3.  Le  malheu- 
reux gouverneur  Castro  Moraes,  qui  n'avait  pu  résister  au  puis- 
sant armement  français,  fut  condamné  à  finir  ses  jours  en  pri- 
son dans  une  forteresse  de  l'Inde  et  eut  tous  ses  biens  confisqués  ; 
le  colonel  François-Xavier  de  Castro  Moraes,  son  neveu,  fut  con- 
damné à  la  déportation  perpétuelle.  Le  gouverneur  du  fort  Sâo- 
Joâo  avait  licencié  ses  hommes  et  n'avait  pu  tirer  sur  l'escadre 
de  Duguay-Trouin  lorsqu'elle  força  l'entrée  ;    puis,  craignant  la 


1.  580  hommes,  dirigés  par  François  do  Amaral  Gurgel,  qui  n'était  pas 
le  môme  Amaral  dont  parle  Duguay-Trouin.  Ce  dernier,  tué  dans  une  escar- 
mouche près  de  la  Lagoada  Sentinella,  était  Bento  do  Amaral  Gurgel,  l'ancien 
commandant  des  étudiants. 

2.  9  bataillons  (terços)  de  miliciens,  1  delà  ligne  et  1  régiment  de  cavalerie 
composé  de  miliciens  :  —  «  Perto  de  6.000  homens  da  melhor  e  mais  luzida 
gente  que  tem  as  ditas  Minas,  assim  Forasteiros  como  Paulistas...  »  (Lettre 
du  26  novembre  1711,  d'Albuquerque,  au  Roi). 

3.  De  nouveaux  forts  fuient  alors  construits  et  quelques-uns  des  anciens 
réparés  ou  augmentés.  Le  2  mais  1718,  le  gouverneur  Brito  de  Menezes 
envoyait  au  Roi  un  état  des  forts  de  Rio,  dont  voici  le  résumé  :  —  Praia  de 
Fera,  (i  canons;  Praia  Vermelha,  12;  San  ta-Cruz,  53,  dont  15  en  bronze; 
S&o-Jo&o,  42,  dont  s  en  bronze  ;  Boa-Viagem,  10;  Gravatâ,  10;  Villegai- 
gnon,  20  ;  Jl/m  dus  Cobras,  26;  Saint-Sébastien,  24;  Sào-Januario,  11;  Santa- 
Luzia,  1 1  ;  Santiago, S\  Prainha,  4;  ConceiçcCo  (presque  terminé),  36.  Total,  262, 
c'est-à-dire,  une  augmentation  de  92  bouches  à  feu. 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  143 

punition  de  cette  faute,  il  avait  déserté,  quittant  Rio  avec  les 
Français.  Il  fui  déclaré  traître  et  infâme,  condamné  à  être  pendu, 
et  ses  descendants  mâles,  jusqu'au  second  degré,  déclarés  in- 
fâmes. Etant  absent,  il  fut  exécuté  en  effigie.  Le  major  Alves 
Pereira,  commandant  du  fort  de  Santa-Cruz,  avait  fait  son  devoir, 
le  1*2,  et  Duguay-Trouin  a  avoué  que  l'entrée  de  Rio  lui  avait 
coûté  300  hommes  hors  de  combat,  dont  80  tués  ;  mais  il  a  été 
prouvé  que  Alves  Pereira  avait  licencié,  lui  aussi,  une  partie  de 
la  garnison,  et  que,  sans  offrir  de  résistance,  il  avait  capitulé  le 
±'>  septembre,  après  l'abandon  de  la  ville.  Il  fut  déporté  à  Angola. 
Le  commandant  de  l'ile  das  Cobras,  qui,  le  12,  avait  demandé 
des  renforts,  qu'on  ne  se  pressa  pas  d'ailleurs  de  lui  envoyer, 
avait  perdu  cette  position.  Il  fut  expulsé  du  service.  Quant  au 
contre-amiral  Costa  de  Athayde,  qui,  ne  pouvant  songer  à  se  battre 
sur  mer,  avait  brûlé  ses  navires  pour  augmenter  le  nombre  des 
défenseurs  de  la  place,  il  perdit  par  ce  fait,  dans  l'opinion  de  la 
foule,  la  réputation  qu'il  avait  gagnée  par  plusieurs  actions 
d'éclat,  et,  arrivé  à  Lisbonne,  il  devint  fou.  Il  est  mort  dans  cette 
ville  le  8  septembre  1716  *. 

Après  la  guerre  de  succession,  le  Portugal  chercha  à  régler 
avec  la  France  la  question  des  limites  entre  le  Brésil  et  la 
Guyane  française.  Un  traité  provisionnel  et  suspensif  avait  été 
signé  à  Lisbonne  le  4  mars  1700,  déclarant  indécise  entre  les 
deux  couronnes  la  possession  des  terres  situées  entre  le  fort  de 
Macapâ  et  «  la  rivière  d'Oyapoc  dite  de  Vincent  Pinson  ».  Au 
congrès  d'Utrecht,  les  plénipotentiaires  français  acceptèrent, 
après  discussion,  le  texte  portugais  et  français  rédigé  par  le 
comte  de  Tarouca  et  par  Dorn  Luiz  da  Cunha,  ambassadeurs  du 
Portugal.  Le  traité  fut  signé  le  11  avril  1713  et  il  déclarait 
(art.  8)  que  la  France  renonçait  à  ses  prétentions  «  sur  la  pro- 
priété des  terres  appelées  du  Cap  du  Nord,  et  situées  entre  la 
rivière  des  Amazones  et  celle  de  Japoc  ou  Vincent  Pinson.  » 

La  place  de  Colonia  fut  assiégée  de  nouveau  par  les  Espa- 
gnols, depuis  le  3  octobre  1735  jusqu'au  2  septembre  1737.  Cette 
fois,  sous  le  commandement  du  général  Vasconcellos,  elle  résista 
victorieusement,,  parce  que  une  escadre  portugaise  assurait  les 
communications  entre  la  place  et  Rio-de-Janeiro,  et  que  d'im- 
portants renforts  et  des  approvisionnements  furent  envoyés  aux 
assiégés  par  Gomes  Freire  d'Andrada,  depuis  comte   de  Boba- 

1.  Gazeta  de  Lisboa  du  12  septembre  1716. 


1  i  i  LE     BRÉS1 1.     EN     I  889. 

délia,  gouverneur  des  capitaineries  de  Rio-de-Janeiro  el  de  Minas- 
Geraes.  Des  troupes  de  Rio,  de  Bahia  et  de  Minas,  sous  le  com- 
mandemenl  du  général  Paes,  parties  de  Colonia,  occupèrent 
alors  «'t   fortifièrent  le  EUo-Grande  du  Sud  (1737).  Les  Paulislas 

aient  déjà  établis  au  nord  du  Jacuhy. 

La  limite,  suivant  un  méridien  fixé,  par  le  traité  de  Tordesil- 
-  i  i'.i'i  ,  n'avait  été  respectéeni  parles  Portugais  au  Brésil,  ni 
par  les  Espagnols  aux  Indes  Orientales.  Au  xvi°  et  au  wir  siècle 
les  astronomes  des  deux  pays  n'arrivaient  pas  à  s'entendre  sur 
la  position  de  la  ligne  de  partage.  L'Espagne  avait  pris  posses- 
sion des  Philippines  el  avail  réclamé  et  obtenu  du  Portugal 
une  indemnité  pour  L'occupation  des  Moluques,  soutenant  que 
ces  îles  se  trouvaient  dans  l'hémisphère  espagnol.  Dans  ce  cas,  le 
méridien  de  partage  passanl  plusàl'ouest,  une  grande  partie  de  la 
Patagonie,  des  provinces  de  la  Plata,  de  Tucuman  el  du  Paraguay 
v(.  seraient  trouvées  dans  l'hémisphère  portugais.  On  chercha 
enfin  à  régler  le  litige  par  le  traité  de  .Madrid  du  13  janvier  1750, 
qui  fut  négocié  parle  Brésilien  Alexandre  de  Gusmâo,  bien  que 
son  uom  ne  figure  pas  dans  ce  document.  Le  principe  de  l'un 
possidetis  fut  adopté  avec  cette  limitation,  que  le  Portugal  céda  il 
;i  l'Espagne  la  place  de  Colonia  en  échange  du  territoire  situé  au 
nord  de  ribicuhy  el  à  l'orient  de  l'Uruguay,  sur  lequel  les  jésuites 
espagnols,  chassés  en  1638  par  les  Paulistas,  étaient  revenus  et 
avaient  fondé  sept  nouvelles  villes  (1087-1707).  Les  jésuites  espa- 
gnols excitèrent  alors  les  Indiens,  qu'ils  avaient  armés  et  disci- 
plines, à  résister  aux  ordres  duroi  d'Espagne.  11  fallut  recourir 
à  la  guerre  pour  prendre  possession  de  ce  territoire,  nommé  des 
«  Missions  orientales  de  Uruguay  »  (1754-1756),  et  les  Guaranys 
furent  vaincus  à  la  bataille  de  Caâibaté  (10  février  175G)  par  les 
armées  de  Buenos- Aires  et  du  Brésil,  commandées  par  Andonaegui 
et  Gomes  Freire  d'Andrada.  C'est  après  cette  guerre  que  Dom 
Joseph  Ier,  suivant  les  conseils  de  Pombal,  prononça  l'expulsion 
des  Jésuites    1759). 

Les  commissaires  nommés  par  l'Espagne  et  le  Portugal 
n'ayant  pu  s'entendre  pour  la  délimitation  des  frontières,  et  le 
traité  ayant  été  très  attaqué  à  Madrid  et  à  Lisbonne,  les  deux 
gouvernements  finirent  par  l'annuler(12  février  1701). 

Le  pacte  de  famille  amena  une  nouvelle  guerre  dans  le  sud  du 
Brésil.  Les  Espagnols,  sons  Ceballos,  bloquèrent  et  attaquèrent 
la  Colonia,  qui  dut  capituler  (6  juin  1761— 30  octobre  L762),  puis 
ils  s'emparèrent  des  deux  rivesdu  Rio-Grande-du-Sud,  et,  malgré 


ESQUISSE     DE     L   HISTOIRE     DU      BRESIL.  145 

les  stipulations  du  traité  de  Paris  (10  février  1763),  ils  ne  ren- 
dirent que  la  Colonia.  En  1707  les  Brésiliens,  dirigés  par  Sâ-e- 
Faria,  reprirent  la  rive  nord  du  Rio-Grande. 

De  1772  à  1775  la  place  de  Colonia  s'est  trouvée  presque  tou- 
jours bloquée  par  des  navires  espagnols,  et  à  partir  de  1773  plu- 
sieurs escarmouches  et  combats, dans  lesquels  s'illustra  le  Brésilien 
Raphaël  Pinto  Bandeira,  eurent  lieu  sur  les  frontières  du  Rio- 
Grande-du-Sud.  Doin  Joseph  Ier,  voyant  que  l'Espagne  ne  faisait 
pas  droit  à  ses  réclamations,  envoya  plusieurs  régiments  et  une 
escadre  au  vice-roi  marquis  de  Lavradio,  qui,  avec  ces  renforts  et 
des  troupes  brésiliennes,  concentra  une  armée  dans  le  Rio-Grande- 
du-Sud.  Le  4  avril  1775  plusieurs  navires  portugais  (commandant 
Hardcastle)  forcèrent  l'entrée  de  Rio-Grande.  L'année  suivante 
(  1!»  février)  une  partie  de  l'escadre  portugaise  (contre-amiral  Mac- 
Doual)  y  pénétra  après  un  vif  combat  contre  les  batteries  et  les 
navires  espagnols.  Le  26  mars  (1776)  Pinto  Bandeira  s'emparait 
du  fort  de  Santa-Thecla,  dans  l'intérieur,  et  le  1er  avril,  le  général. 
Bôhm,  se  rendait  maître  des  forts  espagnols  de  la  rive  sud  du  Rio- 
Grande.  Le  territoire  que  les  Espagnols  détenaient  depuis  1762 
fut  ainsi  repris.  Pour  venger  ces  défaites,  l'Espagne  envoya  contre 
le  Brésil  le  général  Geballos  avec  une  grande  flotte  et  une  armée 
nombreuse  qui  s'emparèrent  de  l'île  de  Sainte-Catherine  (fév.  1777) 
et  de  la  Colonia  (3  juin  1777).  Presque  en  même  temps  le  roi  Dom 
Joseph  1er  mourait  (24  fév.  1777)  et  Pombal  tombait  en  disgrâce. 
Par  le  traité  de  Saint-Ildefonse  (1er  oct.  1777)  l'Espagne  garda 
la  Colonia,  rendit  l'île  de  Sainte-Catherine  et  renonça  à  ses  pré- 
tentions sur  la  partie  orientale  du  territoire  de  Rio-Grande-du- 
Sud,  ainsi  que  sur  presque  tous  les  territoires  occupés  parles 
Brésiliens  à  l'ouest  de  la  ligne  fixée  par  le  traité  de  Tordesillas. 

Développement  et  progrès  du  Brésil  depuis  la  découverte 
des  mines  jusqu'au  commencement  du  XIXe  siècle.  —  Les  rois 
Dom  Pedro  11(1667-1706)  et  Dom  Jean  V  (1706-1750)  avaient  fa- 
vorisé le  développement  de  la  colonisation  en  encourageant  les 
expéditions  des  Paulistas  vers  l'intérieur  et  vers  le  sud,  et  en  en- 
voyant à  Sainte-Catherine  et  au  Rio-Grande-du-Sud  quelques 
milliers  de  familles  des  Açores  et  de  Madère.  Pendant  ce  dernier 
règne  le  Brésilien  Alexandre  de  Gusmào,  devint  à  Lisbonne  un 
conseiller  très  écouté  du  roi  et  de  ses  ministres.  Dom  Joseph  1er 
(1750-1777)  et  le  marquis  de  Pombal,  montrèrent  le  plus  grand 
dévouement  aux  intérêts  et  au  progrès  du  Brésil,  sans  oublier  le 

10 


1  [i,  LE     BRÉSl  I.     i:\      1  889. 

Maranhào  el  If  Para,  qui  avaient  été  jusqu'alors  un  peu  délaissés. 

En  17(H  VÉtat  du  Maranhào  comprenait  Les  deux  capitaineries 
(h-  Maranhào  et  de  Para,  cette  dernière  créée  en  1652.  Le  Piauhy, 
doni  la  partie  centrale  commençait  à  être  peuplée  par  «1rs  émi- 
grants  de  Bahia,  était  une  dépendance  du  gouvernemenl  général 
du  Brésil.  Quelques  religieux  ri  surtout  les  cannes,  ers  derniers 
à  partir  de  L695,  avaient  commencé  Leurs  missions  dans  L'Ama- 
zonie. Le  L6  août  Kl.')!),  Pedro  Teixeira,  d'après  les  instructions 
«lu  mi  d'Espagne  Philippe  IV,  qui  était  en  même  temps  rni  du 
Portugal,  avait  pris  possession  de  la  rive  gauche  du  Napo  pour 
la  couronne  du  Portugal,  et  toute  la  vallée  de  L'Amazone,  depuis 
le  confluent  de  celle  rivière  jusqu'à  l'océan,  resta  annex» 
gouvernement  de  Maranhào.   En    L660,  un  village  d'indiens  civi- 

.  qui  prit  plus  lard  le  nom  de  Silves,  lui  formé  sur  le  lac 
Saracâ.  En  1750  le  Haut  Amazone  portugais  comptait  déjà  qua- 
rante-six bourgades  d'indiens  el  30.000  feux.  En  17.>7  la  capi- 
tainerie de  Sào-José  do  Rio  Negro  y  fut  créée  avec  un  gouver- 
neur subordonné  à  celui  de  Para4.  Le  territoire  de  Piauhy  fut 
annexé  à  L'État  de  Maranhào  en  1715,  et  à  partir  de  1750  il  forma 
une  capitainerie  dont  le  gouverneur  était  subordonné  à  celui  de 
Maranhào.  En  177."),  l'État  de  Maranhào  fut  supprimé,  et  son 
territoire  divisé  en  deux  capitaineries  générales  :  celle  de  Para, 
avec  la  capitainerie  suhalternc  de  Rio-Negro,  et  celle  de  Ma- 
ranhào, avant  comme  dépendance  la  capitainerie  de  Piauhy. 

compagnie  générale  du  commerce  du  Maranhào  et  du  Grand 
Para,  créée  en  1755  par  Pombal,  rendit  les  plus  grands  services 
au  développement  de  l'agriculture,  du  commerce  et  de  la  coloni- 
sation dans  cette  vaste  région  (17o5-1788).  Une  partie  de  l'émi- 
gration portugaise,  dirigée  vers  le  Maranhào  et  le  Para,  y  vint 
de  nouvelles  villes  ou  renforcer  la  population  des  hourgades 
.îles,  composée  presque  entièrement  d'indiens.  L'ancien 
fort  de  Saint-Antoine  de  Macapâ,  ou  Cumaû,  près  du  Cap  de 
Nord,  que  les  Portugais  avaient  rasé,  n'ayant  pas  été  rétabli, 
malgré  Le  traité  d'Utrecht,  Pombal  lit  construire,  en  1704,  le  fort 
d  mt-Joscph  de  Macapâ,  sur  la  rive  gauche  de  l'Amazone, 
presque  sous  la  ligne  équinoxiale  (3  minutes  de  latitude  nord). 

I.  La  ville  de  Barcellos  primitivemenl  village  de  Marina),  fui  la  capital-' 
de  la  aouvelle  capitainerie.  Barra  du  Rio  Negro  (aujourd'hui  Manâos)  devint 
temporairemenl  la  capitale  (1791-99),  puis,  Barcellos  (1799-1804).  Latin  Barra 
resta  La  capitale  à  partir  de  L804.  —  Cette  capitainerie  l'ut  supprimée  en  182-J 
td  incorporée  a  la  province  de  Paré. 


ESQUISSE     DE     L  IIISTOIRE     DU     BRESIL.  147 

Dans  l'État  du  Brésil,  le  pays  fut  subdivise,  et  plusieurs  gou- 
vernements  furent  créés  pendant  le  xviuc  siècle,  au  fur  et  à 
mesure  que  la  population  augmentait  et  se  répandait.  En  1701, 
cet  u  Etat  »,  dont  la  ville  de  Bahia  continuait  à  être  la  capitale, 
commençait,  au  nord,  dans  le  Piauhy,  et,  après  l'annexion  de  ce 
territoire  au  Maranhâo  (1715),  dans  le  Ceara  ;  et  il  avait  comme  li- 
mite méridionale,  contestée  d'ailleurs  par  l'Espagne,  la  rive  gauche 
de  la  Plata,  où  le  Portugal  ne  possédait  que  Colonia  do  Sacro- 
mento.  Le  territoire  de  Ceara,  la  capitainerie  de  Rio-Grande 
(do  Norte),  et  le  territoire  de  l'Alagôas,  dépendaient  du  gou- 
verneur général  de  la  capitainerie  de  Pernambuco.  Le  Para- 
hvba  était  une  capitainerie  indépendante  depuis  1684;  en  1755 
elle  fut  subordonnée  au  gouverneur  général  de  Pernambuco.  Le 
S. jrgipe  et  l'Espirito-Santo  relevaient  du  gouvernement  du  vice- 
roi,  à  Bahia. 

Le  gouverneur  général  de  Rio-de-Janeiro  avait  sous  sa  dé- 
pendance tous  les  territoires  du  sud,  jusqu'à  la  Plata,  et  une 
grande  partie  de  l'intérieur,  qui  commençait  à  se  peupler.  En 
1709,  la  capitainerie  générale  de  Sâo-Paulo  et  Minas  fut  créée  ; 
en  1720,  Minas  forma  une  capitainerie  générale  indépendante. 
D'autres  gouvernements  furent  créés  successivement  :  en  1738  à 
Santa-Catharina,  en  1748  à  Goyaz  et  à  Matto-Grosso,  en  1760  à 
Rio-Grande-du-Sud.  En  1798,  les  gouvernements  de  Ceara  et  de 
Parahyba-do-Norte,  devinrent  indépendants  de  Pernambuco,  et 
TEspirito-Santo  forma  une  capitainerie  subordonnée  au  gouver- 
nement de  Bahia.  Les  autres  divisions  du  territoire  brésilien 
datent  de  notre  siècle  :  le  Piauhy  devint  une  capitainerie  indé- 
pendante en  1811,  l'Alagôas  en  1817,  Sergipe  en  1820 1. 

Au  xvic  siècle,  il  n'y  avait  pour  tout  le  Brésil  qu'un  évêque  à 
Bahia  et  un  prélat  à  Rio-de-Janeiro  (prélature  depuis  1577).  En 
1676  l'évêché  de  Bahia  fut  érigé  en  archevêché  ;  Rio-de-Janeiro 
et  Olinda,  en  1676,  Sâo  Luiz  de  Maranhâo  en  1677  devinrent  les 
sièges  de  trois  nouveaux  évechés.  D'autres  furent  créés  au  XVIIIe 
siècle,  à  Belem  du  Para  (1720),  à  Sâo-Paulo  (1746),  à  Marianna, 
dans  le  Minas-Geraes  (1748).  Goyaz  et  Matto-Grosso  devinrent  des 
prélatures  en  1776. 


1.  Depuis  l'indépendance  du  Brésil,  seulement  deux  provinces  ont  été 
créées;  celles  de  l'Amazone  (l'ancienne  capitainerie  de  Rio-Negro  supprimée 
en  1823)  et  du  Paranâ.  Des  projets  pour  la  création  de  plusieurs  nouvelles 
provinces  ont  été  présentés  aux  Chambres,  mais  aucune  décision  n'a  été  prise 
jusqu'ici. 


1  18  LE     BRÉSIL     EN     1  889. 

Pendant  le  règne  de  Jean  V,  plusieurs  Brésiliens  accusés 
d'hérésie  furent  poursuivis,  envoyés  à  Lisbonne  H  brûlés  par 
L'Inquisition.  LVévêque  de  Rio- de -Janeiro,  François  de  Sam  Jero- 
nymo  L 702-1725),  s'est  distingué  particulièrement  dans  ces  persé- 
cutions. Un  Brésilien,  qui  habitait  Lisbonne,  Antoine-Joseph  da 
Siva,  natif  de  Etio-de- Janeiro,  était  le  premier  poète  dramatique 
.lu  Portugal  à  cette  époque.  Ses  opéras-comiques  devinrent  très 
populaires,  mais  ses  succès  d'esprit  lui  valurent  d'être  brûlé  par 
L'Inquisition,  à  Lisbonne,  le  L8  octobre  1739. 

Les  premiers  signes  de  la  rivalité  entre  les  natifs  du  Brésil  et 
les  Portugais  européens  se  montrèrent  au  commencement  du 
wiu'  siècle,  dans  la  ville  de  Etio-de-  Janeiro,  en  L  704,  où  les  natu- 
rels du  pays  battirent  la  Liste  di-s  Portugais  européens  aux  élec- 
tions municipales;  à  Minas-Geraes,  parla  guerre  civile  nommée 
des  «  Emboabas  -,  dont  il  a  été  déjàquestion  (1708-1709)  ;  et  à  Per- 
nambuco,  par  celle  des  «  Mascates  »,  entre  les  habitants  d'Olinda 
cl  ceux  de  Becife  (1710-1711).  Vers  la  même  époque  il  veut  des 
troubles  à  Bahia  (1711),  et  en  L 720  une  rébellion  promptement 
comprimée  éclata  à  Villa-Rica  (Ouro-Preto)  contre  le  gouverneur, 
le  comte  d'Assumar,  qui  accusa  les  révoltés  de  vouloir  créer  un 
gouvernement  républicain,  dont  le  général  retraité  Vôiga  Cabrai, 
l'ancien  défenseur  de  Golonia,  devait  être  le  chef.  Veiga  Cabrai 
fut  envoyé  à  Lisbonne  où  il  est  mort  en  prison,  et  un  des  tribuns 
de  la  révolution,  Filippe  dos  Santos,  fut  pendu  et  écartelé  à  Villa- 
Bica. 

Les  lois  du  6  juin  1755  et  du  8  mai  ,1758  proclamèrent  la  liberté 
complète  des  indiens  du  Brésil.  Presque  en  même  temps  Dom 
Joseph  Ier  et  Pombal  défendaient  l'introduction  d'esclaves  dans  le 
Portugal,  les  Açores  et  Madère  (19  septembre  17G1  ;  1767,  1776) 
et  déclaraient  libres  les  nouveau-nés  (16  janvier  1773).  Ces  lois 
ne  visèrent  pas  le  Brésil,  où  le  nombre  des  esclaves  continua  à 
augmenter  par  la  traite  et  les  naissances,  malgré  les  idées  géné- 
reuses et  humanitaires  prêchées  dans  un  livre  publié  en  1758  par 
l'abbé  Manoel   Ribeiro  Rocha,    avocat   à  Bahia1.  En  1794  et   en 

1.  Ethiope  resgaiado,  empenhado,  sustentado,corregido,  in&truido,  e  liber- 
tado,  Pelo  padre  Manoel  Ribeiro  Rocha,  lisbonense,  domiciliario  da  cidade  da 
Bahia,  e  nella  advogado,  e  backharel  formado  nu  universidade  de  Coimbra. 
Lisbonne,  in-8°,    1758. 

Dans  ce  livre  Rocha  demandait  que  toul  esclave  fût  rendu  à  la  liberté 
après  un  temps  de  Bervice  suffisant  pour  indemniser  le  maître,  et  que  les 
enfants  de  femmes  esclaves,  naissant  libres  (ingenuos),  ne  fussent  astreints  à 
sen  ir  les  maîtres  de  leurs  mères  que  jusqu'à  l'âge  de  quatorze  ou  quinze  ans. 


ESQUISSE     DE     L   HISTOIRE     DU     BRESIL.  149 

1798  encore,  L'évêque  Âzeredo  Goutinho  publiait  des  ouvrages 
dans  lesquels  il  cherchait  à  démontrer  la  justice  et  la  nécessité 
de  la  traite. 

lui  L759,  les  jésuites  furent  expulsés  du  Portugal  et  de  toutes  les 
possessions  portugaises.  Malgré  les  difficultés  que  dansles  derniers 
temps  ils  avaient  suscitées  au  gouvernement  de  Lisbonne,  notam- 
ment lorsque  les  commissaires  portugaiset  espagnols  s'occupaient 
de  l'exécution  du  traité  de  limites  de  1750,  on  ne  peut  s'empêcher 
de  reconnaître  que  ces  religieux  ont  rendu  les  plus  grands  services 
au  Brésil.  La  conquête  et  la  colonisation  de  l'Amérique  portugaise 
au  xvic  et  au  xvnc  siècles  est  en  grande  partie  leur  œuvre. 
Gomme  missionnaires,  ils  ont  réussi  à  gagner  à  la  civilisation  des 
milliers  d'indiens,  et  la  race  indigène  devint,  grâce  àleur  dévoue- 
ment, un  facteur  considérable  dans  la  formation  du  peuple 
brésilien.  Ils  ont  été  toujours  les  défenseurs  de  la  liberté  des 
indiens  et  les  éducateurs  de  la  jeunesse  brésilienne  qui  cherchait 
à  s'instruire.  Le  Brésil  doit  aux  écoles  fondées  par  les  jésuites 
presque  tous  les  grands  noms  de  son  histoire  littéraire  du  xvic 
au  xvme  siècles,  les  poètes  Gregorio  de  Mattos  (1633-1696), 
Basilio  da  Gama  (1748-1795),  l'auteur  du  beau  poème  Y Uraguay, 
Durâo  (1736-1781),  auteur  du  Caramurû,  Claudio  Manoel  da  Costa 
(1729-1789)  et  Alvarenga  Peixoto  (1748-1793),  les  orateurs  sacrés 
Antoine  de  Sa  (1620-1678)  et  Eusebio  de  Mattos  (1629-1692),  les 
historiens  Yicente  do  Salvador  (1567-1639)  et  Rocha  Pitta  (1660- 
1738),  et  le  diplomate  et  homme  d'État  Alexandre  de  Gusmao 
(1895-1753) !. 

Le  général  Gomes  Freire  de  Andrada,  comte  de  Bobadella,  qui 
gouvernait  depuis  1733  le  Rio-de-Janeiro  et  les  capitaineries  du 
sud,  et  en  outre,  depuis  1735,  celle  de  Minas-Geraes  (de  1737  à 
1739  il  avait  été  en  même  temps  gouverneur  du  Sâo-Paulo),  fut 
nommé  en  1762  vice-roi  du  Brésil.  La  ville  de  Rio-de-Janeiro 
devint  à  partir  de  cette  date  la  capitale  du  Brésil.  Elle  comptait 
alors  environ  30,000  habitants1. 

La  longue  administration  du  comte  de  Bobadella  fut  une  des 
plus  fécondes  et  des  plus  éclairées  de  l'époque  coloniale.  11  trouva 

1.  En  1711,  la  ville  de  Rio  n'avait  que  12.000  habitants.  En  1749  elle  comp- 
tait 3.723  l'eux  ut  24.397-habitants,  les  enfants  au  dessous  de  cinq  ans  non 
compris  Balthasar  Lisboa,  Annaes,  I,  17G)  ;  en  1808  la  population  était  de 
46,944  habitants,  sans  compter  la  garnison,  composée  de  2,400  hommes  (Pizarro, 
Memorias  hist.,  VU,  145,  146);  en  1821,  80,000  habitants  (10,063  feux),  plus 
5,600  hommes,  qui  formaient  la  garnison  ;  137,078  habitants  en  1838,  et 
203,206  en  1849. 


LE     BRÉSIL     EN      18 

.1  Rio  des  collaborateurs  intelligents  et  dévoués,  parmi  Lesquels 
Les  généraux  Joseph  da  Silva  Paes  el  J.-P.  Pinto  Alpoim.  Le 
premier  a  été  le  fondateur  et  L'organisateur  <ltis  établissements 
portugais  de  La  partie  méridionale  <lu  Rio-Grande-du-Sud  (1737) 
el  a  secondé  puissammenl  les  efforts  du  roi  Jean  A'  et  de  Boba- 
della pour  développer  La  colonisation  de  Sainte-Catherine  et  du 
Rio-Grande-du-Sud.  C'est  Bobadella  qui  a  terminé  à  Rio  (4750) 
l'aqueduc  de  Carioca,  La  seule  œuvre  architecturale  vraiment 
remarquable  que  les  Portugais  aienl  laissé  au  Brésil,  et  qui,  avec 
ses  deux  étages  d'arcades  reliant  les  montagnes  de  Sainte-Thé- 
rèse à  la  colline  Saint- Antoine,  avait  L'aspect  grandiose  d'une 
construction  romaine,  avant  d'être  presque  entièrement  masqué 
par  des  maisons,  coin  me  il  Test  aujourd'hui. 

Bobadella  est  mort  à  Rio  Le  1er  janvier  1763  peu  après  l'arrivée 
de  La  nouvelle  de  la  capitulation  de  Colonia  du  Sacrement,  qu'il 
u'avaii  pas  réussi  cette  fois  à  approvisionner  et  à  défendre.  Profi- 
tant de  l'arrivée  de  deux  frégates  anglaises  commandées  par  John 
Macnamara,  il  avaii  organisé  une  expédition  sous  le  comman- 
dement de  Vasco  Alpoim,  L'ami  du  poète  Basilio  da  Gama,  pour 
reprendre  la  place.  Une  frégate  et  un  transport  portugais  furenl 
réunis  aux  navires  anglais,  et  le  5  janvier  1703  cette  escadre 
attaqua  la  Colonia,  mais  elle  fut  repoussée  par  Ceballos.  Macna- 
mara périt  avec  presque  tout  l'équipage  dans  l'incendie  de  sa 
frégate. 

Plusieurs  des  successeurs  du  vice-roi  Bobadella,  surtout  le 
marquis  de  Lavradio  (1769-1779),  quoique  occupé  par  la  guerre 
cou  Ire  les  Espagnols,  et  Dom  Louis  de  Yasconcellos  e  Souza, 
favorisèrent,  comme  lui,  la  colonisation,  ainsi  que  la  recherche 
et  L'exploitation  des  mines  d'or,  l'agriculture  et  les  études  litté- 
raires. (Test  du  temps  de  Bobadella,  que  le  caféier,  importé  à 
Paré  en  17-27  par  1(3  major  Palheta,  grâce  à  un  don  de  Madame 
Claude  d'Orvilliers,  femme  du  gouverneur  de  Cayenne,  puis 
introduit  au  Maranhâo  en  1770,  commença  à  être  cultivé  à  ltio- 
de- Janeiro.  Quelques  pieds  avaient  été  importés  dans  cette  ville, 
vers  17(r2,  parJean-AlbertCastello-Branco,deParâ,  chancellieràla 
cour  d'appel, et  ils  fournirent  la  graine  pour  les  premiers  essais  de 
plantation,  faits  à  Resende  et  à  Sâo  Gonçalo,  d'où  la  culture  se 
propagea  dans  tous  les  districts  de  Serra-do-Mar  de  la  province 
de  Rio,  puis  dans  les  provinces  de  Sâo-Paulo,  de  Minas-Geraes 
et  de  Bahia. 

Le  Brésil   se    développait  et  comptait  déjà  à  cette  époque  des 


ESQUISSE     DE     L'ilISTOIRE     DU     BRÉSIL.  151 

hommes  distingués  qui  figuraient  parmi  les  premiers  littérateurs 
et  -avants  du  Portugal.  Plusieurs  sociétés  littéraires  furent  fon- 
dées  :  à  Bahia,  VAcademiados  Esquecidos  (1724),  sous  les  auspices 
du  vice-roi  Cezar  de  Menezes  (1720-1735),  et  dont  Rocha  Pitta  a 
eh*  le  membre  l«i  plus  illustre;  dans  la  môme  ville,  la  Sociedade 
Brazileira  dos  Academicos  renascidos  (17ou2),  qui  fut  de  courte 
durée  par  suite  de  l'arrestation  de  son  directeur,  accusé  de  haute 
trahison  ;  à  Rio-de- Janeiro,  YAcademia  dos  Fclizes  (1730)  et  YAca- 
demia  dos  Sclectos  (17S2),  fondées  par  Bobadella,  YAcademia 
Scientifica  (1772-1779),  protégée  parle  vice-roi  Lavradio,  et  la 
Sociedade  Litteraria  (1786),  créée  sous  le  gouvernement  du  vice- 
roi  Vasconcellos.  Cette  dernière  fut  dissoute  par  le  comte  de 
Rezende  (1794),  et  ses  principaux  membres,  le  poète  Silva  Alva- 
renga,  l'helléniste  Marques  Pinto,  le  moraliste  Mariano  da  Fon- 
seca  (après  l'Empire,  marquis  de  Maricâ)  et  le  docteur  Jacintho 
Silva,  furent  emprisonnés,  poursuivis  et  relâchés  seulement  en 
1797.  Yilla-Rica  (Ouro-Preto),  chef-lieu  de  Minas-Geraes,  était 
devenue,  comme  Rio  et  Bahia,  un  des  centres  de  la  vie  intellec- 
tuelle au  Brésil.  Cette  province  avait  produit  les  deux  plus  grands 
poètes  épiques  du  Brésil,  Basilio  da  Gama  et  Durao,  les  premiers 
dont  l'inspiration  fut  vraiment  américaine  et  nationale. 

La  presse  n'existait  pas;  une  seule  imprimerie  avait  été  fondée 
à  Rio,  vers  1747,  sous  les  auspices  du  comte  Bobadella,  par 
Isidore  da  Fonseca,  et  supprimée  par  ordre  de  la  métropole. 

En  1789,  une  conspiration  ayant  pour  but  l'indépendance  fut 
découverte  à  Minas-Geraes.  Parmi  les  chefs  du  mouvement 
projeté  se  trouvaient  les  poètes  Gonzaga,  Claudio  Manoel  da 
Costa  et  Alvarenga  Peixoto,  le  lieutenant-colonel  Freire  de 
Andrade,  plusieurs  prêtres  et  les  docteurs  Alvares  Maciel  et  Vidal 
Barbosa.  Ce  dernier  avait  étudié  à  Montpellier  et  à  Bordeaux,  et 
avait  appartenu  à  un  groupe  d'étudiants  brésiliens,  dont  faisait 
partie  Maia  (Joseph  Joaquim  da),  de  Rio,  mort  en  Europe,  et  qui 
en  1780  avait  eu  des  pourparlers,  à  Nîmes,  avec  Thomas  Jeffer- 
son,  à  propos  de  l'indépendance  du  Brésil. 

Les  chefs  de  cette  conspiration  furent  condamnés  à  mort, 
mais  la  reine  Dona  Maria  Irc  commua  cette  peine  dans  celle  de 
la  déportation  perpétuelle  en  Afrique.  Claudio  da  Costa  s'était 
suicidé  pendant  le  procès  à  Rio-de-Janeiro.  Une  seule  exécution 
eut  lieu,  celle  d'un  sous-lieutenant,  Silva  Xavier,  le  Tiradentes, 
dont  le  nom  devint,  par  ce  fait,  populaire  au  Brésil. 

Le  Brésil   comptait,  en  1800,  environ  3.200.000  d'habitants, 


152  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

dont  La  moitié  étaient  des  nègres  esclaves.  En  L817-1818  il  avait 
3.817.900  habitants  (sans  compter  1rs  enfants  au-dessous  de  dix 
ans),  dont  L.043.000  blancs,  259-400  indiens  civilisés,  526.500 
mulâtres  ou  nègres  libres,  et  L. 930.000  esclaves.  La  difficulté  des 
communications  entre  les  différentes  provinces  arrêtait  l'essor 
des  aspirations  à  L'indépendance.  Les  provinces  de  l'extrême 
nord  étaient  en  communication  directe  avec  la  métropole  et 
n'avaient  presque  pas  de  relations  avec  Bahia,  Rio-de-Janeiro  et 
les  provinces  méridionales.  L'influence  portugaise  était  plus  con- 
sidérable à  Belem  do  Para,  9âo  Luiz  de  Maranhâo  et  Babia  que 
dans  les  autres  villes    du  Littoral  brésilien. 

En    1800   le  montant   de    L'exportation    brésilienne  était    de 
5G.  1-20.000  francs,  celle  de  l'importation  de  53.400.000  francs. 

Hostilités  des  Français  et  guerre  de  1801  entre  l'Espagne 
et  le  Portugal.  —  Pendant  les  guerres  de  la  Révolution,  quelques 
combats  furent  livrés  entre  les  Français  et  les  Portugais  sur  les 
cotes  du  Brésil.  En  1726  (il  août)  la  division  navale  du  comman- 
dant Rivière  essaya,  près  de  la  ville  de  Santa-Cruz  (Bahia),  un 
débarquement  qui  fut  repoussé  parles  miliciens  de  Porto-Seguro, 
embusqués  dans  une  position  avantageuse  et  dirigés  par  le  capi- 
taine Antonio-Mariano  Borges1.  En  1800  (juillet)  une  autre  divi- 
sion navale  française,  sous  le  commandement  du  capitaine 
Landolphe,  bloqua  pendant  quelques  jours  le  port  de  Rio-dc- 
Janeiro.  En  1800  le  brick  portugais  le  Minerva,  capitaine  Louis  da 
Cunha  Moreira,  sombra  dans  un  combat  contre  une  frégate  fran- 
çaise, et  en  1801  la  corvette  YAndorinha,  capitaine  Costa  Quin- 
tella,  résista  à  une  attaque  de  la  frégate  la  Chi/fone,  capitaine 
Guyeisse. 

En  1801,  la  guerre  ayant  éclaté  entre  l'Espagne  et  le  Portugal, 
le  gouverneur  du  Paraguay,  Lazaro  de  Rivera,  attaqua  sans 
succès  L6-25  septembre)  le  fort  de  Nova-Goimbra,  dans  le  Matto- 
Grosso,  défendu  par  Almeida  Serra,  et  le  capitaine  brésilien 
Rodrigues  do  Prado  s'empara  d'un  poste  fortifié  des  Espagnols 
sur  l'Apa  (1er  janvier  1802).  Le  général  Yeiga  Cabrai,  gouverneur 
de  Rio-Grande-du-Sud,  avait  réuni  sur  les  frontières  une  petite 
armée.  11  s'empara  de  la  rive  gauche  du  Jaguarào  et  du  Chuy, 
tandis  que  Marques  de  Sousa  (Emmanuel),  un  de  ses  lieutenants, 

1.    Cf.  JUBIBN    DE    LA    GrAVIÈRB,  SoUO&ÙrS  d'un     (U)liral,   I.   335,     e1     Acriol.l, 

Memorias  hist.  du  Bahia,  J.  271. 


ESQUISSE     DE     L   HISTOIRE     DU     BRESIL.  153= 

forçait  le  fort  espagnol  de  Cerro-Largo  à  capituler  (30  octobre),, 
et  que  quelques  volontaires  brésiliens  commandés  par  Santos 
Pedroso  et  Borges  do  Ganto,  faisaient  hardiement  la  conquête  des 
Missions  espagnoles  de  la  rive  gauche  de  l'Uruguay  et  de  toute 
la  partie  occidentale  du  Rio-Grande-du-Sud  au  nord  du  Quarahim. 
Les  traités  de  Badajoz  (G  juin  1801)  et  d'Amiens  (25  mars  1802) 
n'ayant  stipulé  aucune  restitution  de  territoire,  l'Espagne  garda 
la  place  d'Olivença  dont  elle  s'était  emparée  en  Europe,  et  le 
Portugal  conserva  l'importante  conquête  qu'il  venait  de  faire  en 
Amérique. 

L'arrivée  de  la  Famille  de  Bragance.  Le  Royaume  du  Brésil. 
—  Le  Portugal  était  gouverné,  depuis  le  10  février  1792,  par  le 
prince  du  Brésil,  Dom  Jean,  régent  du  royaume  au  nom  de  sa 
mère,  la  reine  Dona  Maria  Ire.  En  1807,  Napoléon,  allié  à  l'Espa- 
gne, imposa  au  Portugal  de  rompre  avec  l'Angleterre,  et  le  prince 
régent  dut  céder,  espérant  ainsi  gagner  l'amitié  et  l'alliance  du 
vainqueur  de  l'Europe.  Par  deux  décrets,  datés  du  25  octobre  et 
du  8  novembre  1807,  Dom  Jean  adhéra  au  blocus  continental  et 
ordonna  la  saisie  des  propriétés  des  Anglais  en  Portugal.  Le 
vicomte  Strangford,  ministre  britannique  à  Lisbonne,  demanda 
ses  passeports  et  se  rendit  (17  novembre)  à  bord  de  l'escadre  du 
contre-amiral  sir  Sidney  Smith,  qui  venait  d'arriver  et  qui 
commença  aussitôt  le  blocus  du  Tage.  Presque  toute  l'armée 
portugaise  avait  été  distribuée  sur  les  côtes  pour  s'opposer  aux 
attaques  des  Anglais1,  lorsque  le  gouvernement  du  régent  apprit 
que  les  Espagnols  et  les  Français  venaient  de  franchir  la  frontière 
et  que  Junot  marchait  rapidement  sur  Lisbonne2.  La  France  et 
l'Espagne,  ce  qu'on  ignorait  encore,  avaient  signé,  le  27  octobre,  le 
traité  de  Fontainebleau,  pour  le  partage  du  Portugal  et  de  ses  posses- 


1.  Cela  est  prouvé  par  plusieurs  documents  portugais  et  anglais.  Voici 
un  passage  de  la  dépêche  du  1er  décembre  1807  adressée  par  sir  Sidney 
Smith  à  W.  W.  Pôle  :  —  «  The  distribution  of  the  portuguese  force  was 
made  wholly  on  the  coast,  while  the  land  side  was  left  totally  unguarded  » 
(Barrow,  Life  and  correspondent  of  adm.  Sir  Sidney  Smith,  Londres,  1848 
t.  II,  p.  266). 

2.  Cette  nouvelle  fut  apportée  à  Lisbonne  par  le  lieutenant-colonel  Lecôr 
(Charles-Frédéric),  qui  avait  fait  détruire  le  pont  sur  le  Zezere,  ce  qui  retarda 
de  deux  jours  la  marche  de  Junot.  Lecor,  nommé  colonel,  puis  général, 
commanda  une  division  dans  l'armée  de  Wellington.  En  1815  il  passa  au, 
Brésil  auquel  il  rendit  de  grands  services  pendant  les  guerres  de  la  Plata  et 
de  l'indépendance.  Il  fut  créé  baron  de  Laguna  par  Jean  VI,  et  vicomte  par 
Pedro  Ier. 


154  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

sions.  Lord  Strangford  et  sir  Sidney  Smith  entrèrent  alors  en  corres- 
pondance avec  le  gouvernement  portugais,  ei  le  prince  régent, 
conformément  au  conseil  que  l'Angleterre  lui  avait  donné  l'année 
précédente,  el  d'accord  avec  ses  ministres,  qui  considéraient  la 
résistance  à  l'invasion  comme  impossible  en  ce  moment,  se  décida 
à  partir  pour  le  Brésil.  Une  flotte  uombreuse,  accompagnée  jusqu'à 
Rio-de-Janeiro  par  quelques  vaisseaux  anglais,  quitta  Le  Tage  le 
i2(.)  novembre  amenant  la  famille  royale,  la  cour,  les  membres  du 
gouvernement  el  les  fonctionnaires  des  principaux  départements 
de  l'Etat.  Le  lendemain,  Junot  faisail  son  entrée  à  Lisbonne. 

La  famille  royale  arriva  à  Bahia  Je  ±1  janvier  1808  et  y 
séjourna  plus  d'un  mois.  Le  7  mars  elle  arrivait  enfin  à  Rio-de- 
Janeiro. 

Ainsi  fut  réalisée  parla  force  des  circonstances  cette  transla- 
tion de  la  cour  portugaise  au  Brésil,  tant  de  fois  projetée:  par 
Jean  IV  dès  le  xvu''  siècle,  par  dom  Luiz  da  Cunlia  en  17l>(),  par  le 
marquis  de  Pombal  en  17G1.  Les  Brésiliens  ont  su  comprendre 
toute  l'importance  de  cet  événement,  qui  marquait  la  fin  du 
régime  colonial  et  le  commencement  de  leur  indépendance 
commerciale  et  politique.  L'enthousiasme  fut  grand  à  Bahia  et  à 
Rio.  Dans  celte  dernière  ville,  au  milieu  des  bruyantes  ovations 
de  la  foule,  le  prince-régent  a  pu  entendre,  dès  le  jour  de  son 
débarquement,  des  enthousiastes  qui  l'acclamaient  comme 
ce  empereur  du  Brésil.  »  Lui-même  disait-dans  son  manifeste  du 
1er  mai,  adressé  aux  puissances  amies,  qu'il  «  élevait  la  voix 
du  sein  du  nouvel  empire  qu'il  était  venu  créer.  » 

Un  décret  du  28  janvier,  daté  de  Bahia,  avait  ouvert  les  prin- 
cipaux  ports  du  Brésil  au  commerce  des  nations  en  paix  avec 
le  Portugal.  Cette  mesure,  déjà  arrêtée  à  Lisbonne  dans  les  con- 
seils du  prince,  fut  vivement  appuyée  par  le  savant  économiste 
brésilien  Joseph  da  Silva  Lisboa  (vicomte  de  Cayrû),  alors  profes- 
seur Bahia,  qui  la  défendit  plus  tard  contre  les  plaintes  des  né- 
gociants et  des  armateurs  portugais  mécontents  de  la  destruction 
de  leur  monopole  commercial.  Un  autre  décret  du  1er  avril  abro- 
gea la  loi  du  5  janvier  1785  qui  avait  ordonné  la  fermeture  des 
établissements  de  filature  et  de  tissage  ainsi  que  plusieurs  autres 
fabriques  qui  commençaient  à  s'établir  au  Brésil,  et  prononça  la 
liberté  de  l'industrie.  Les  étrangers  furent  admis  à  la  propriété 
foncière,  des  faveurs  furent  accordées  aux  industriels  et  aux 
agriculteurs,  et  une  banque  de  dépôt,  d'escompte  et  de  circula- 
tion fut  fondée  à  Rio.   Dom  Jean  établit  au  Brésil  les   départe- 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  155 

monts,  tribunaux  et  conseils  que  possédait  l'ancienne  métro- 
pole, créa  des  écoles  supérieures  (à  Rio  et  à  Bahia),  ainsi  que 
l'imprimerie  royale,  le  journal  officiel,  la  bibliothèque  royale,  le 
pnuséum  d'histoire  naturelle  et  plusieurs  jardins  botaniques  ;  il 
accorda  au  Brésil  L6  décembre  1815)  le  titre  de  Royaume,  —  la 
monarchie  portugaise  prenant  celai  de  Royaume-Uni  de  Portugal, 
du  Brésil  et  des  Algarves,  —  fit  les  premiers  essais  de  colonisa- 
tion étrangère  en  vue  de  l'abolition  de  la  traite,  appela  plusieurs 
Brésiliens  à  des  situations  importantes  dans  l'administration,  fa- 
vorisa les  explorations  scientifiques  dans  l'intérieur  du  pays  *, 
protégea  les  lettres  et  les  arts,  porta  les  limites  du  Brésil  jusqu'à 
la  rive  gauche  de  la  Plata,  par  l'annexion  de  la  Banda  Orientale 
de  l'Uruguay,  et  commença  l'œuvre  de  l'unification  du  Brésil  par 
l'établissement  de  communications  entre  Rio-de-Janeiro  et  les 
provinces,  dont  la  plupart  étaient  restées  jusqu'alors  étrangères 
les  unes  aux  autres.  Le  20  mars  1816,  devenu  roi  par  la  mort  de 
sa  mère,  il  prit  le  nom  de  Jean  VI.  Plusieurs  de  ses  ministres, 
parmi  lesquels  le  marquis  d'Aguiar,  le  comte  de  Linhares,  le 
comte  da  Barca  et  Yillanova-Portugal,  le  secondèrent  vivement 
dans  cette  politique  large  et  toute  brésilienne,  et  se  montrèrent 
fiers  de  collaborer  avec  lui,  à  la  fondation  de  l'empire  sud-améri- 
cain. Quoique  la  presse  ne  fut  pas  libre,  on  lisait  presque  partout 
au  Brésil  le  Correio  Brazihense,  revue  très  libérale  publiée  à 
Londres  (1808-1822)  par  le  Brésilien  Hippolyto  da  Costa  Pereira. 

De  1808  à  1814  un  grand  nombre  de  négociants  anglais  s'éta- 
blirent dans  les  principales  villes  maritimes  du  Brésil.  A  la  paix 
générale,  le  décret  du  18  novembre  1814  déclara  que,  à  partir  de 
ce  jour,  les  ports  brésiliens  étaient  ouverts  aux  navires  français. 

En  1815  les  premiers  Français  débarqués  à  Rio  furent  reçus  avec 
des  acclamations  par  le  peuple.  En  1816  arrivèrent,  sous  la  direc- 
tion de  Joachim  Lebreton,  de  l'Institut,  les  artistes  appelés  par 
Jean  VI  pour  créer  à  Rio  l'école  des  Beaux-Arts.  C'étaient,  entre 
autres,  les  peintres  Nicolas-Antoine  Taunay  et  Jean-Baptiste 
Debret,  le  sculpteur  Auguste  Taunay,  le  graveur  Zéphirin  Ferrez 
et  l'architecte  Grandjean  deMontigny. 

Par  le  traité  d'Amiens,  du  25  mars  1802,  le  Portugal  avait  dû 
abandonner  ses  droits  sur  la  rive  droite  de  l'Oyapock,  acceptant 
comme  limite  entre  le  Brésil  et  la  Guyane  française  le   cours  de 

1.  Ces  explorations  ont  été  faites  par  Auguste  de  Saint-Hilaire,  Spix  et 
Martius,  le  prince  Maximilien  de  Neuwied,  Pohl,  Mawe,  Esclrwege  et  plu- 
sieurs autres  savants  étrangers. 


156  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

l'Araguary  el  une  ligne  droite  tirée  de  la  source  de  cette  rivière 
jusqu'au  Rio-Branco.  Mais,  l'empereur  Napoléon  ayant  rompu  ce 
traité  et  envahi  le  Portugal,  le  général  Magalhàes  do  Menezes,  gou- 
verneur du  Par;'),  annonça,  par  une  proclamation  (lep  oct.  1808), 
qu'il  allait  rétablir  la  frontière  fixée  par  le  traité  d'Utrcclit,  à  la 
rivière  Oyapock  ou  Vincenl  Pinson;  puis,  selon  des  instructions 
nouvelles  reçues  de  Rio,  il  déclara  que  L'expédition  destinée  à 
l'Oyapock  serait  dirigée  contre  Cayenne. 

Des  troupes  brésiliennes  sous  le  commandement  du  lieu  tenant- 
colonel,  bientôt  général,  Emmanuel  Marques  d'Elvas,  partirent 
du  port,  de  Paré  et  de  l'île  <le  Marajô  sur  une  flottille  organisée 
par  le  gouverneur,  et  furent  ralliées  en  route,  au  cap  de  Nord,  par 
deux  bâtiments  de  guerre  portugais  et  par  une  corvette  anglaise, 
dont  le  capitaine  était  James  Lucas  Yeo  plus  tard  Sic  James/1.  Le 
Ler  décembre  isos  les  Alliés  occupèrent  la  haie  de  L'Oyapock  et 
le  !.">  ils  s'emparèrent  du  poste  fortifié  de  l'Approuague,  au  con- 
fluent du  Gourrouaïe  ;  puis,  550  soldais  brésiliens,  20  marins 
portugais  et  80  anglais,  débarquèrent  le  7  janvier,  avanl  L'aube, 
à  l'entrée  du  Mahury  sur  la  côte  orientale  de  l'île  de  Cayenne, 
et  enlevèrent  le  même  jour  les  batteries  de  Diamant,  Dégras-des- 
Cannes,  Trio,  cette  dernière  à  l'entrée  de  la  Crique -Fouillée,  et 
une  quatrième  batterie  qui  protégeait  la  maison  de  campagne  du 
gouverneur  Victor  Hugues,  située  sur  le  canal  Torcy-.  Le  soir, 
Victor  Hugues  essaya  sans  succès  de  reprendre  la  position  de 
Dt'gras-des-Canncs,  défendue  par  Marques  d*Elvas,  et  le  lendemain 
le  capitaine  Yeo  reprit  et  incendia  la  maison  du  canal  Torcy,  qui 
avait  été  occupée  pendant  la  nuit  par  un  détacbement  français. 

Les  Alliés  marchèrent  i  8  janvier)  sur  Legrand-Beau-Regard, 
ancienne  habitation  des  jésuites,  située  sur  une  hauteur,  et  de  là 
ils  envoyèrent   un   parlementaire  à  Victor    Hugues,    qui  s'était 


1.  Corvette  anglaise  Confiance,  20  canons  ;  navires  portugais  bricks  Voador 
(cap.  il'-  frégate  J.- A.  Salgado)  el  Infante  l)<>ni  Pedro  (cap.  L.  da  Cunha  Mo- 
reira)  18  canons  chacun:  goélette  Général  Magalhàes,  \±  c.  ;  cuters  Vingança 
et  Lcao,  s  canons  chacun  ;  smack  Paquete,  2  canons  ;  trois  canonnières  por- 
tant chacune  un  canon,  et  plusieurs  transports.  Le  -■>  décembre  te  Paquete  (cap. 
.l.-.M.  Pereira  Pinto)  prit  la  goélette  la  Petite  Adèle,  de  4  canons. 

2.  Ces  fortifications  étaient  peu  importantes:  à  L'Approuague  il  y  avait  un 
seul  canon,  trois  dans  la  batterie  «lu  Diamant,  dont  le  commandant,  le  capi- 
taine Chevreuil  fut  tué  ;deux  canons  à  Dégras-d  es-Cannes  ou  Dégrad-Gannes  , 
deux  à  Trio  ;  deux  dans  le  canal  Torcy,  le  1  janvier,  et  deux  petites  pièces  de 
campagne  le  lendemain.  Il  y  avait  .il  homme  s  au  Dégras-des-Cannes  et  50 
dans  chacune  de- autres  positions.  La  perte  des  Allies  fut  d'une  quarantaine 
d'hommes  tués  ou  bli 


ESQUISSE     DU     L'HISTOIRE     DU     BRÉSIL.  157 

retiré  d'abord  sur  le  Moulin  de  Loyola,  ensuite  sur  Gaycnne. 
(tes  pourparlers  amenèrent  La  capitulation  signée  au  Bourda,  le 
|2janvier,  stipulanl  que  La  colonie  serait  remise  aux  troupes  du 
prince  du  Brésil,  que  La  garnison  sortirait  de  Cayenne  avec  les 
honneurs  de  La  guerre  et  qu'elle  serait  transportée  en  France, 
ainsi  que  tous  les  employés  de  la  colonie  et  leurs  familles,  sur  des 
bâtiments  portugais.  Le  li,  les  Alliés  firent  leur  entrée  à  Cayenne1 
et  ce  fut  un  officier  brésilien,  Cunha  Morcira,  capitaine  du 
brick  Infante  Dom  Pedro,  qui  amena  en  France  le  gouverneur 
Victor  Hugues2.  Le  gouvernement  militaire  de  la  Guyane  fut 
confié  à  Marques  cTElvas  et  le  gouvernement  civil  au  lieutenant- 
colonel  Pinto  de  Souza,  d'abord,  et  ensuite,  à  partir  du  19  juillet 
1810,  à  un  magistrat  brésilien,  Macielda  Costa,  «  qui  a  laissé  dans 
la  colonie,  dit  Ternaux-Gompans,  une  grande  réputation  de 
capacité  et  d'intégrité.  »  «  Il  y  fit  régner,  ajoute  cet  historien, 
un  ordre  parfait,  et  introduisit  de  notables  améliorations  dans 
toutes  les  branches  de  l'administration3.  » 

Au  congrès  de  Tienne,  alors  que  F  Angleterre  gardait  ses 
conquêtes  coloniales4,  le  Portugal  qui  avait  tant  souffert  pen- 
dant les  guerres  de  la  République  et  de  l'Empire  français,  et  qui 


1.  Rapports  de  Marques  d'Elvas,  du  29  déc.  1808,  daté  de  l'Approuague  ; 
du  21  janvier  (deux),  datés  de  Cayenne;  du  capitaine  Yeo,  du 26  décembre  et  15 
janvier  ;  Ratification  conditionnelle  de  la  capitulation  par  le  général  Magalhàes 
de  Menezes  en  date  du  17  février  ;  plusieurs  manuscrits  brésiliens  (parL.  da 
Cunha  Moreira,  Claudio  Luiz  da  Costa,  etc.)  ;  Baginsky,  Ephémérides  histo- 
riques de  la  Guyane  française,  mus..  Selon  les  documents  portugais  et  anglais 
Victor  Hugues,  avait  au  moment  de  la  capitulation,  593  hommes  de  troupes 
réglées,  100  miliciens  et  près  de  500  esclaves  armés.  Selon  le  capitaine  de 
frégate  Bouyer  {La  Guyane  Française,  Paris,  1861,  page  63),  Victor  Hugues 
avait  sous  ses  ordres  511  soldats  européens,  200  miliciens  et  500  noirs  armés. 

2.  Cunha  Moreira,  depuis  vicomte  de  Cabo-Frio,  amiral  et  ministre  de  la 
marine  au  Brésil,  était  uu  natif  de  Bahia. 

3.  Ternaux-Gompans,  Notice  historique  de  la  Guyane  Française,  Paris, 
1843.  —  «  L'ordre,  l'économie,  et  le  désintéressement  »,  dit  Vignal  «  prési- 
dèrent à  la  conduite  des  agents  du  Gouvernement  portugais...  »  Le  passage 
pu  cet  auteur  fait  l'éloge  de  l'administration  brésilienne  est  trop  long  pour 
que  nous  puissions  le  reproduire  ici.  Voir  Coup  d'œil  sur  Cayenne  par  Vignal, 
Paris  1823,  in-8°,  page  40  et  suivantes.  —  Maciel  da  Costa  (Jean  Severiano), 
ii'''  i  Minas-Geraes,  a  été  un  des  rédacteurs  de  la  Constitution  du  Brésil  et 
un  des  plus  illustres  hommes  d'État  de  ce  pays.  L'empereur  Dom  Pedro  Ier 
l'a  nommé  conseiller  d'État  et  sénateur  de  l'Empire  et  lui  a  donné  le  titre 
•de  marquis  de  Queluz.  11  a  été  plusieurs  fois  ministre  d'État  et  est  mort 
en   1833. 

4.  En  ce  qui  concerne  la  Guyane  Française,  l'Angleterre  a  réclamé  de  la 
France  la  somme  de  74.523  liv.  sterl.,  malgré  la  vente  de  plusieurs  navires 
français  que  Yeo  envoya  en  Angleterre.  Cette  somme  fut  réduite  à  250.000 
francs  par  un  arrangement  avec  Louis  XV111. 


I  :.  LE     BRÉSIL     EN      L889. 

avait  pris  une  part  si  considérable  dans  les  campagnes  qui  ame- 
aèrenl  la  chute  de  Napoléon  Ier  4,   s'engageait,  par  l'article  L07  de 

inal  du  congrès  9  juin  L815),  «  à  restituer  à  sadi te  Majesté 
r\e  POj  de  France)  La  Guyane  Française  jusqu'à  La  rivière  d'Oya- 
pock,  dont  L'embouchure  est  située  entre  Le  quatrième  et  le  cin- 
quième degré  de  latitude  septentrionale,  limite  que  Le  Portugal 
a  toujours  considérée  comme  ••elle  qui  avait  été  fixée  par  Le 
traité  d'Utrecht  ».  Les  plénipotentiaires  français  acceptèrent  la 
restitution  en  ces  termes,  qui  précisaient  d'une  façon  si  claire  la 
limite  maritime  de  L'Oyapock,  mais  la  question  ne  fut  pas  tran- 
chée, comme  le  croyaient  les  diplomates  portugais.  Les  gouver- 
nements de  La  Restauration,  de  Juillel  et  du  second  Empire  renou- 
velèrent les  anciennes  controverses,  el  ce  différend  n'a  pas  pu 
être  réglé  jusqu'ici  entre  Le  Brésil  et  la  France. 

La  Guyane  fut  rendue  à  la  France  par  les  autorités  brési- 
liennes (21  novembre)  à  L'arrivée  du  général  Carra  Saint-Cyr, 
gouverneur  nommé  par  Louis  W'Ill. 

Aussitôt  après  son  installation  au  Brésil,  le  Gouvernement 
portugais  avait  eu  L'intention  d'occuper  la  rive  gauche  de  la 
Plata,  de  concert  avec  les  Anglais  qui  devaient  envoyer  une  nou- 
velle expédition  contre  Buenos-Aires  pour  venger  les  deux  échecs 
qu'ils  venaient  de  subir  dans  cette  ville;  mais  l'insurrection  des 
;nols  contre  la  domination  française  et  leur  alliance  avec 
L'Angleterre  et  le  Portugal,  firent  abandonner  ce  projet.  La  prin- 
cesse, puis  reine,  Dona  Carlota,  femme  de  Dom  Jean  VI,  alors 
prince  régent,  et  sœur  de  Ferdinand  VII,  entama  avec  les   auto- 

espagnoles  et  avec  plusieurs  des  partisans  de  l'indépen- 
dance de  l'Amérique-du-Sud  des  négociations  qui  contrecar- 
rèrent souvent  la  politique  du  cabinet  de  Rio-de-Janeiro.  En  1S10 
la  révolution  de  L'indépendance  commença  à  Buenos-Aires  par  la 
déposition   des  autorités  espagnoles  (25  mai)  et  une  longue  pé- 

l.  Peudant  les  campagnes  de  la  Péninsule  et  du  midi  de  La  France    1808- 
1S1V    |,  f0  mée  portugaise  a  varié  beaucoup.    En  L811  le  Portugal 

comptail  «  La  masse  srraimeni  énorme  pour  sa  population  de  335.439  hommes 
sous  les  armes  »  (Balbi,  Essai  statistique  sur  le  royaume  'lu  Portugal,  Paris, 
ISS2,  i      vol..  p  Parmi  les  Brésiliens  qui  se  sont  illustrés  dans  cette 

guerre  pour  l'indépendance  du  Portugal,  nous  citerons  le  savant  minéralo- 
Bonifacio  de  Ajidrada-e-Silva  et  les  poètes  Luis  Paulino  Pinto  da 
França  el  JoaquimJosé  Lisboa.  Le  premier,  qui  devait  être  plus  tard  Le  grand 
ministre  de  L'indépendance  brésilienne,  a  été  major,  puis  lieutenant-colonel 
d'un  bataillon  formé  de  professeurs  et  d'étudiants  de  l'université  de  Coùnbre 
et  drs  écoles  du  pays.  Pinto  da  França  est  mort  général  de  l'armée  portu- 
gais 


ESQUISSE     DE     L   HISTOIRE     DU     BRESIL.  15$ 

riode  de  troubles,  de  révolutions  et  de  guerres  civiles,  s'ouvrit 
dans  les  provinces  de  la  Plata.  Dom  Jean  fit  réunir  aussitôt  sur 
les  frontières  du  Elio-Grande-du-Sud  une  armée  d'observation 
composée  des  troupes  réglées  et  des  miliciens  de  cette  province, 
ainsi  que  de  quelques  régiments  de  Sainte-Catherine  et  de  Sâo- 
Paulo.  Le  capitaine-général  du  Rio-Grande-du-Sud,  Dom  Diogo 
insa  (depuis  comte  de  Rio-Pardo),  esprit  éclairé  et  homme 
d'une  rare  énergie,  éleva  cette  armée  au  plus  haut  degré  d'ins- 
truction et  de  discipline  et  la  prépara  aux  succès  qu'elle  obtint 
dans  les  campagnes  suivantes.  En  1811  il  ne  restait  aux  Espa- 
gnols,  à  la  Plata,  que  la  ville  de  Montevideo,  assiégée  par  une 
armée  de  Buenos- Aires  et  par  celle  des  Uruguayens  ou  Orientaux, 
ces  derniers  dirigés  par  José  Artigas.  A  la  demande  du  gouver- 
neur espagnol  et  de  Dona  Carlota,  Dom  Jean  se  décida  à  inter- 
venir pour  combattre  la  révolution  de  l'indépendance.  Le  géné- 
ral Sousa  envahit  la  Banda  Orientale  de  l'Uruguay  (1811)  et  le 
siège  de  Montevideo  fut  levé.  Les  Argentins  se  rembarquèrent 
pour  Buenos-Aires  et  Artigas  fut  forcé  de  se  réfugier  avec  ses 
troupes  dans  l'Entre-Rios  et  le  Gorrientes.  Déjà  l'armée  brési- 
lienne se  trouvait  sur  la  rive  gauche  de  l'Uruguay,  prête  à  franchir 
ce  fleuve  lorsqu'un  armistice  illimité  fut  signé  à  Buenos-Aires 
(26  mai  1812)  entre  un  envoyé  spécial  de  Dom  Jean  et  le  gouverne- 
ment révolutionnaire.  Lord  Strangford,  ministre  anglais  à  Rio- 
de-Janeiro,  avait  obtenu  la  neutralité  de  Dom  Jean  dans  la  lutte 
des  peuples  de  la  Plata  contre  l'Espagne,  et  le  général  Sousa, 
dont  les  troupes  avaient  été  partout  victorieuses  contre  les  bandes 
indisciplinées  d' Artigas,  recevait  l'ordre  de  suivre  cette  nouvelle 
ligne  de  conduite  et  de  repasser  immédiatement  la  frontière  du 
Rio-Grande-du-Sud. 

L'armée  de  Buenos-Aires  revint  alors  assiéger  Montevideo,  et 
en  1814  cette  place  capitula.  Mais  bientôt  Artigas,  très  populaire 
parmi  les  gauchos  ou  campagnards,  de  la  Banda  Orientale,  de 
l'Entre-Rios  et  de  Gorrientes,  se  souleva,  réussit  à  chasser  les 
troupes  de  Buenos-Aires  et  forma,  avec  les  provinces  de  l'Uruguay, 
une  confédération  dont  il  devint  le  chef  absolu  sous  le  titre  de 
«  protecteur  ».  L'existence  même  du  gouvernement  argentin  fût  en 
danger,  car  Artigas  détacha  de  son  obéissance  deux  autres  pro- 
vinces, Santa-Fé  et  Gordova.  C'était  le  commencement  de  la  longue 
lutte  entre  les  unitaires  argentins,  partisans  d'une  patrie  grande 
fortement  constituée,  et  les  fédéralistes  dont  la  propagande  ten- 


160  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

dait  à    la  dissolution  nationale  en  soulevant  contre  L'hégémomie 
.h1  Buenos-Aires  les  rivalités  et  les  haines  des  provinces. 

Deux  émigrés  politiques,  Nicolas  Berrera,  Uruguayen,  el  le 
généra]  Carlos  de  Alvear,  Argentin,  solicitèrent  L'intervention 
du  Brésil  contre  Artigas  el  l'occupation  de  la  Banda  Orientale  de 
l'Uruguay.  L'agent  du  gouvernemenl  de  Buenos-Aires  à  Hio-de- 
Janeiro,  Manoel  J.  Garcia,  approuvait  cette  intervention  que  le 
marquis  d'Alegrete,  capitaine-général  du  Rio-Grande-du-Sud 
conseillait,  de  son  côté.  Une  division  portugaise,  sous  la  conduite 
du  lieutenant-général  Lecôr  (Charles-Frédéric),  fut  appelée  au 
Brésil  et  alla  renforcer  l'armée  brésilienne  déjà  réunie  à  Rio- 
Grande-du-Sud.  Les  hostilités  s'ouvrirent  en  même  temps  sur 
quatre  points  différents  :  la  frontière  du  district  des  Missions 
Brésiliennes  (capitale  Sâo  Borja)  où  commandait  le  général 
Chagas  Santos,  celle  du  Quarahim,  défendue  par  l'armée  brési- 
lienne du  général  Curado,  et  les  frontières  de  Cerro-Largo  et  de 
Santa-Theresa.  L'armée  du  général  Le  cor,  composée  de  troupes 
portugaises  et  brésiliennes,  et  destinée  à  occuper  Montevideo,  fut 
divisée  en  deux  colonnes:  la  principale,  sous  les  ordres  de  Lecôr, 
pénétra  par  Santa  Theresa,  longeant  presque  toujours  la  côte; 
l'autre,  sous  le  général  Silveira,  marcha  par  Cerro-Largo  pour  se 
réunir  près  de  Maldonado  à  Lecôr.  Le  principal  effort  d' Artigas, 
dans  le  but  d'empêcher  le  mouvement  offensif  de  ces  deux  géné- 
raux, fut  dirigé  contre  le  district  des  Missions  et  la  frontière 
du  Quarahim.  Ses  troupes  indisciplinées  envahirent  de  ce  coté 
le  territoire  brésilien,  mais  avant  leur  concentration,  elles  furent 
battues  et  repoussées  devant  Sâo  Borja  (3  octohre  1816)  par  José 
de  Abreu,  sur  ribiraocahy  (19  octobre)  par  le  général  Menna 
Barreto  (Joào  de  Deos),  à  Garumbé  (27  octobre)  par  le  général 
Oliveira  Alvares,  tous  les  trois  appartenant  à  l'armée  de  Curado. 
Cependant,  Artigas  ayant  reçu  des  renforts  de  l'Entre-Rios  et  de 
Corrientes  et  ayant  réuni  ce  qu'il  avait  pu  sauver  des  vaincus  de 
ces  combats,  réorganisa  son  armée,  et  l'envoya  de  nouveau,  sous 
la  conduite  d'Andrés  Latorre,  contre  Curado,  alors  campé  sur  le 
Catalan.  Le  3  janvier  (1817)  Artigas,  qui  se  disposait  à  rejoindre 
Latorre,  fut  attaqué  par  Abreu  dans  l'Arapehy  et  mis  en  fuite;  le 
lendemain,  le  marquis  d'Alegrete,  capitaine-général  du  Rio- 
Grande-du-Sud,  et  Curado  remportaient  sur  Latorre  la  victoire 
de  Catalan.  Cette  bataille  réduisit  Artigas  à  se  tenir  sur  la  défen- 
sive et  à  éviter  pendant  deux  ans  toute  rencontre  avec  les  Brési- 
liennes et  les  Portugais. 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE    DU     BRÉSIL.  161 

!      _  ...  alS  bastien  Pinto,  qui  commandait  Tavant-garde  de 

L'armée  de  Lecdr,  avait  gagné  sur  la  division  de  Fructuoso  Rivera 
la  victoire  d'iudia  Bfuerta  L9  novembre  181G).  De  son  côté,  la 
colonne  du  général  Siiveira,  ayant  repoussé  les  attaques  de  la 
divisi'  gués,  à  Pablo  Paez  1 1  décembre),  et  de  celle  de  Rivera 

a  Calera  de  Santa  Lucia  '3  janvier),  faisait  jonction,  à  Pan 
d'Azucar,  avec  Lecdr,  qui  continuait  sa  marche  sur  Montevideo. 
Cette  ville  fut  alors  évacuée  par  les  troupes  d'Àrtigas,  et  Lecdr  y  lit 
-  m  entrée,  accueilli  comme  un  libérateur  par  la  municipalité  et  les 
habitants,  le  20janvier  1817.  La  ville  de  Maldonado  avait  déjà  fait 
-  omission  à  l'escadre  portugaise,  mais  toute  la  campagne 
continua  sous  la  domination  d'Artigas,  qui  employa  quelques 
troupes,  sous  la  conduite  de  Rivera,  au  blocus  de  Montevideo.  Vue 
victoire  remportée  sur  ce  dernier  par  Lecôr  à  Paso  de  Cuello 

18  mars  1817  ,  ne  changea  en  rien  la  situation,  car  la  force  prin- 
cipale d'Artigas  consistait  dans  sa  nombreuse  cavalerie.  Du  côté 
des  Missions,  le  général  Chagas  Santos  ravagea  une  partie  du 
Corrientes,  mais  il  échoua  dans  une  attaque  contre  AndrésTacuary, 
dit  Andrés  Artigas  ou  Andrésito,  qui  s'était  retranché  à  Apostoles 

-2  juillet).  Cet  échec  fut  vengé  par  Ribeiro  (Rento  Manuel),  de 
l'armée  de  Curado,  qui  réussit  à  surprendre  à  Belen  (15  septembre), 
la  division  du  colonel  Berdun,  le  vaincu  d'Ibiraocahy,  et  à  amener 
prisonnier  ce  chef  et  presque  tous  ses  officiers. 

A  l'intérieur,  une  révolution  républicaine  et  séparatiste,  dirigée 
par  Domingos  Martins,  natif  de  FEspirito-Santo,  éclata  dans 
la  province  de  Pernambuco  1817).  Elle  ne  rencontra  pas  un  grand 
nombre  de  partisans  et  fut  promptement  réprimée  par  une  petite 
armée  composée  principalement  de  miliciens  de  Bahia  et  de 
FAlagôas.  Treize  des  chefs  de  la  révolution  furent  mis  à  mort. 

Une  entente  secrète  s'établit  vers  la  fin  de  1817  entre  les 
gouvernements  de  Rio-de-Janeiro  et  de  Ruenos-Aires  en  vue  des 
opérations  contre  le  général  Artigas.  De  nouvelles  troupes  furent 
envoyées,  de  Rio,  de  Sâo-Paulo  et  de  Pernambuco,  à  Montevideo, 
et  deux  expéditions  partirent  de  Buenos-Aires  pour  soumettre  la 
province  d'Entre-Rios,  mais  elles  furent  toutes  les  deux  vaincues 
par  Ramirez,  lieutenant  d'Artigas  (25  décembre  1817  ;  25  mars 
L818).  L'armée  brésilienne  de  Curado  marcha  alors  du  Quarahim 
(1818)  pour  opérer  sur  la  rive  gauche  de  l'Uruguay  au  nord  du 
Rio-Negro.  Le  7  avril,  une  division  de  cette  armée  (Menna  Bar- 
reto  remportait  la  victoire  de  Guabijùet  forçait  Artigas  à  aban- 
donner le  village  de  Purificacion,  dont  il  avait   fait  sa   capitale, 

il 


i.i.     m;  ÉS1  lin      1  889. 

puisRibeiro   Bento  Manoel)    franchissail    l'Uruguay,   s'emparait 
Ltteries   <■< m^t mil <--  dans   l'Entre-Rios   pour  empêcher    le 
ye  d'une  Qotille  portugaise    [Calera  de  Barquin,  Perrucho- 
Vernael  Paso  de  Vera  ,  el   mettait  en  fuite  à  Arroyo-de-la-China 
la  cavalerie  de  Ramirez.  Dans  les  Missions  de  Corrientes,  Ch 
Santos  s'emparait  de  San-Garlos  (31  mars-3  avril),  et,  sur  la  rive 
gauche  de  la  Plata  les  Portugais  occupaient  Colonia  (3  mai  .  Plu- 
sieurs combats  de   cavalerie   eurent  alors  lieu    dan-   la  Banda- 
Orientale.  Le  4  juillet     L818)    Ribeiro    (Bento  Manoel)    tomba  a 
l'improviste  sur  le  campement  de  José  Artigas  à  Queguay-Chico, 
et  dispersa  complètement  son  armée  ;  mais    bientôt   ce   général 
organisait  dans  l'Entre-Rios  et  le  Corrientes  de  nouvelles  handes 
armées  pour  envahir  le  Rlo-Grande-du-Sud.  Andrés  Artigas,  à  la 
trie  de  quelques  milliers  de  Guaranys  et  des  troupes  du  Cor- 
rientes,  où    il   avait   vaincu    les    partisans   de    Buenos-Aires  et 
issé  l'attaque  d'une  Ûotille  paraguayenne,  franchit  l'Uruguay 
(25  avril   L819),  et  s'empara  facilement  des  petites  villes    povos 
du  district    brésilien  des  Missions,  celle  de  Sào-Borja  exceptée. 
L<>  colonel  Arouche,  qui  était  alors  le  plus  populaire  el  le  plus 
-     lit  parmi  les  jeunes  officiers  de  l'armée  brésilienne,  essaya 
prendre  le  bourg  de  Sâo-Nicolao,  mais  il  fui  repouss 
péril  dans  ce  combat  (9  mai).  Des  renforts  arrivèrent,  conduits 
par   h    é   de  Abreu  (depuis   baron   de   Serro-Largo),  qui  réussit 
à  écraser  les  envahisseurs  au  combat  d*Itacoruby  ((>  juin  1819). 
Quelques  jours  après,  Andrès  Artigas  était  fait  prisonnier.  Plu- 
sieurs autres  commandants,  parmi  lesquel  Otorgués,  furent  pris 
dans  des  combats  moins   importants,  et  le  28  octobre   Ribeiro 
Bento  Manoel)  gagnait  sur  Fructuoso  Rivera  la  victoire  d'Arroyo- 
Grande. 

José  Artigas  avait  envoyé  Ramirez,  gouverneur  de  l'Entre- 
Rios,  et  Estanislâs  Lopez,  gouverneur  de  Santa-Fé,  contre 
Buenos-Aires,  et  ces  deux  caudilhos  réussirent  à  vaincre  ses 
,id\  i  renverser  le  gouvernement  de   la  Républiqu 

entrer  dans  la  capitale  ;  en  même  temps  il  envahissait  pour  la 
troisième  fois  la  province  brésilienne  de  Rio-Grande-du-Sud,  rem- 
portait une  victoire  sur  Abrcu  près  de  Flbirapuilan  (14 
décembre  L819  ,  et  étail  enfin  repoussé  par  ce  général,  déjà 
réuni  au  général Camara,  sur  le Santa-Maria (17 et  27  décembre). 
Le  comte  de  Pigueira,  capitaine-général  du  Rio-Grande-du-Sud, 
étant  accouru  avec  de  nouvelles  troupes  qui  se  réunirent  à 
\breu  et  Camara,  poursuivit  l'armée  ennemie,  et  celle-ci 


ESQUISSE     DE     L'HISTOIRE    DU     BRESIL.  163 

lui  entièrement  détruite  à  la  bataille  de  Taquarembd  (22  jan- 
vier L820).  Artigas  espérait  encore  continuer  la  résistance  dans 
l'Entre-Rios  et  Le  Corrientes,  mais  Ramirez,  fier  de  sa  victoire  sur 
Buenos-Aires,  se  révolta  contre  Lui,  et,  après  plusieurs  combats, 
Le  força  à  se  réfugier  au  Paraguay,  où  il  fut  arrêté  et  interné  à 
Guruguaty  par  Le  dictateur  Francia*. 

La  Banda  Orientale  s'unit  par  fédération  au  Royaume  du 
Brésil,  prenant  le  nom  d'État  Gisplalin  (31  juillet  1821). 

L'indépendance  et  le  règne  de  l'empereur  Dom  Pedro  Ier. 
—  En  1820,  le  régime  constitutionnel  fut  proclamé  par  les  Por- 
tugais et  des  Cortès  constituantes  furent  convoquées  à  Lisbonne. 
Jean  VI  accepta  à  Rio  le  nouvel  ordre  de  choses  (26  février  1821) 
après  l'adhésion  de  Para  et  de  Bahia  à  la  Constituante,  et  dans 
presque  toutes  les  provinces  brésiliennes  des  comités  de  gouver- 
nement remplacèrent  l'autorité  des  anciens  capitaines-généraux. 
Rappelé  en  Europe  par  les  Cortès,  le  roi  se  résigna  enfin  à  partir, 
mais,  en  quittant  Rio-de-Janeiro  (26  avril),  il  y  laissa  comme 
régent  du  Royaume  du  Brésil  son  fils  aîné,  le  prince  royal  Dom 
Pedro,  avec  un  ministère  dont  le  comte  dos  Arcos  était  le  membre 
le  plus  influent. 

Les  Cortès  de  Lisbonne  suivirent  à  l'égard  du  Brésil  une  poli- 
tique contraire  à  celle  que  le  roi  avait  adoptée  :  elles  votèrent  la 
suppression  des  écoles  et  des  tribunaux  supérieurs,  ordonnèrent 
la  dissolution  du  gouvernement  central  de  Rio,  le  rappel  de  Dom 
Pedro,  et  cherchèrent  à  rompre  l'unité  brésilienne  par  le  rattache- 
ment direct  de  chaque  province  à  la  métropole,  malgré  l'opposition 
des  députés  de  plusieurs  provinces  du  Brésil,  surtout  de  ceux  de 
Sâo-Paulo,  Rio,  Bahia  et  Pernambuco,  ayant  à  leur  tête  Antonio 
Carlos  de  Andrada,  Villela  Barbosa  (depuis  marquis  de  Paranaguâ) 
et  Lino  Coutinho.  La  désunion  des  provinces  avait  été  déjà  obte- 
nue en  partie  par  l'installation  des  comités  provinciaux  de 
gouvernement.  L'autorité  du  régent  ne  s'étendit  bientôt  que 
sur  Rio-de-Janeiro  et  les  provinces  méridionales  et  centrales  ; 
même  dans  plusieurs  de  ces  provinces  il  rencontra  quelques 
résistances  de  la  part  des  comités,  qui  presque  tous  voulaient 
jouer  un  rôle  indépendant.  Mais  les  décrets  des  Cortès  finirent 

1.  Artigas  fut  mis  en  liberté  quelques  années  plus  tard,  mais  il  n'a 
jamais  voulu  retourner  dans  son  pays.  Il  est  mort  à  l'Assomption  le  23  sep- 
tembre 18oÛ  (et  non  en  1826  comme  Ta  dit  un  grand  ouvrage  en  voie  de 
publication  à  Paris).  11  était  né  à  Montevideo  le  19  janvier  1764  (et  non  en  1746). 


164  LE     BRÉSIL     EN     1SS9. 

par  produire  un  mouvement  presque  général  en  faveur  de  l'au- 
tonomie brésilienne,  qu'on  pensait  d'abord  pouvoir  concilier 
avec  l'union  des  deux  Royaumes,  moyennant  la  création  d'un 
Parlement  siégeant  au  Brésil.  Le  9  janvier  L822,  Dom  Pedro 
répondit  à  une  démarche  de  la  population  de  Rio  et  de  Sâo-Paulo 
en  déclarant  qu'il  resterait  dans  le  pays,  força  les  troupes  portu- 
gaises qui  voulaient  s'opposer  à  cette  résolution  à  s'embarquer 
pour  le  Portugal,  et  forma  un  nouveau  ministère  16  janvier)  avec 
José  Bonifiacio  d'Andrada,  qui  s'associa,  quelques  mois  après, 
son  frère  Martim-Francisco  d'Andrada.  Bientôt  il  accepta  le  titre 
de  «  Défenseur  perpétuel  du  Brésil  »  (13  mai),  et,  sur  les  conseils 
<le  Lédo,  alors  chef  du  parti  libéral  à  Rio,  de  Cunha  Barbosa  et 
de  Clémente  Pereira  (les  deux  premiers,  rédacteurs  du  Reverbero 
Constitucional))  il  convoqua  à  Rio  une  Assemblée  constituante 
(décret  du  3  juin).  Il  se  trouvait  en  voyage  lorsque,  sur  La  plaine 
de  PYpiranga,  près  de  la  ville  de  Sâo-Paulo,  un  courrier,  expédié 
de  Rio  par  José  Bonifacio,  le  rejoignit  avec  des  lettres  annonçant 
iscussions  orageuses  aux  Cortès  de  Lisbonne  et  plusieurs 
décisions  prises  par  celle  assemblée,  notamment  celle  qui  ordon- 
nait des  poursuites  contre  les  membres  du  cabinet  de  llio-de- 
Janeiro.  Le  prince,  entouré  des  personnes  de  sa.  suite  et  des  offi- 
ciers et  soldats  de  sa  garde  d'honneur,  proclama  alors  l'indé- 
pendance du  Brésil  (7  sept.  1822),  et,  arrivé  à  Rio,  il  fut  acclamé 
empereur  constitutionnel  (12  oct.). 

Les  troupes  portugaises  avaient  été  forcées  de  quitter  Pernam- 
buco  dès  1821.  A  Bahia,  le  général  Madeira,  ayant  sous  ses  ordres 
une  armée  et  une  escadre  nombreuses,  résista  plusieurs  mois  au 
siège  des  Brésiliens,  dirigés,  d'abord,  par  le  général  Labatut, 
ensuite  par  J.-J.  de  Lima-e-Silva.  Deux  attaques  des  Portugais, 
l'une  contre  les  positions  de  Pirajâ  (8  nov.  1822),  l'autre  contre 
l'île  d'Itaparica  (6janv.  1823),  furent  repoussées.  La  disette  était 
déjà  grande  dans  la  ville  lorsque  l'escadre  brésilienne,  sous  le 
commandement  de  lord  Cochrane,  arriva  pour  bloquer  le  port. 
Le  2  juillet  Madeira  se  rembarqua  pour  Lisbonne,  mais  une  partie 
des  transports  qui  conduisaient  ses  troupes  furent  capturés  par 
l'escadre  impériale.  Les  Portugais  qui  occupaient  les  villes  de 
Sùo-Luiz  do  Maranhâo  et  de  Para  firent  leur  soumission  à  l'arrivée 
de  quelques  navires  de  lord  Cochrane  (28  juillet  et  11  août  1823). 
Dans  l'intérieur,  le  commandant  Fidié,  après  une  longue  résis- 
tance, capitula  à  Caxias  (1er  août);  à  la  Plata,  le  général  portugais 
Macedo,  assiégé  dans  la  ville  de  Montevideo  par  Lecér,  qui  avait 


ESQUISSE     DE     i/lIlSTOIRE     DU     BRÉSIL.  165 

le  commandement  des  Brésiliens,  capitula  (18  nov.),  ayant  vu  ses 
navires  repoussés  dans  une  attaque  (21  oct.)  contre  la  division 
navale  brésilienne  (commandant  Pedro  Nunes)  qui  était  venue 
bloquer  le  port. 

Le  ministère  Andrada,  qui,  par  son  énergie,  a  rendu  de  grands 
sen  ices  à  la  cause  de  l'indépendance,  sévit  rigoureusement  contre 
tous  ceux  qui  étaient  soupçonnés  d'être  contraires  à  la  monar- 
chie et  à  l'union  des  provinces,  supprima  en  fait  tous  les  journaux 
d'opposition,  et  poursuivit  ou  exila  un  certain  nombre  de  libé- 
raux, parmi  lesquels  Lédo,  élu  député  à  la  Constituante,  Cunha 
Barbosa  et  Clémente  Pereira  l.  A  la  Constituante,  qui  se  réunit 
le  3  mai  1823,  cette  politique  fut  blâmée  par  plusieurs  députés. 
Le  2  juillet,  le  ministère  subissait  un  échec  dans  l'élection  du 
bureau  de  l'assemblée,  et,  deux  jours  après,  la  cour  d'appel 
acquittait  les  inculpés  politiques  de  Rio.  L'empereur  ayant  mani- 
festé l'intention  d'arrêter  les  procès  politiques  à  Sao-Paulo,  les 
Andradas  donnèrent  leur  démission2,  et  le  ministère  Carneiro  de 
Campos  (marquis  de  Caravellas)  fut  organisé  (17  juil.  1823).  Mais 
la  discussion  du  projet  de  Constitution  traînait  en  longueur, 
l'opposition  augmentait,  et  la  majorité  décida,  contre  le  vote  du 
ministère,  que  toutes  les  lois  votées  par  l'Assemblée  seraient 
promulguées  sans  la  sanction  de  l'empereur.  La  liberté  de  la 
presse  ayant  été  rétablie,  plusieurs  journaux  de  l'opposition 
commencèrent  à  exciter  les  haines  de  la  population  contre  les 
natifs  du  Portugal  qui  avaient  adhéré  à  l'indépendance.  Les 
séances  delà  Constituante  devinrent  orageuses,  et  dom  Pedro  Ier? 
formant  un  nouveau  ministère  avec  Villela  Barbosa  (marquis 
de  Paranaguâ)3,  prononça  la  dissolution  de  la  Constituante  (12 
novembre),  mesure  déjà  conseillée  par  José  Bonifacio  d'Andrada, 
qui,  maintenant  dans  l'opposition,  fut  exilé  à  son  tour,  avec  ses 
frères  et  quelques  uns  de  ses  partisans. 

Dom  Pedro  prépara,  à  l'aide  de  son  conseil  d'État  (J.-J.  Carneiro 
de  Campos4,  Villela  Barbosa,  Maciel  da  Costa,  Carvalho-e-Mello, 
et  plusieurs  autres),   une    Constitution   dont  les  municipalités 


1.  Lédo  se  réfugia  à  Buenos-Aires  ;  Clémente  Pereira,  Cunha  Barbosa  et 
le  général  Xobrega  furent  déportés  en  France.  Ils  quittèrent  Rio  sur  un  navire 
français  à  destination  du  Havre  (20  déc.  1823). 

2.  Porto-Seguro,  Historia  da  Independencia,  Mus.  (Détails  fournis  à  son 
gouvernement  parle  chargé  d'affaires  d'Autriche). 

3.  Né  à  Rio,  le  20  novembre  1769  ;  décédé  à  Rio,  le  11  septembre  1846. 

4.  Né  à  Bahia,  le  4  mars  1768  ;  mort  à  Rio,  le  8  septembre  1836. 


166  LE      BRÉSIL     EN      I 

demandèrenl  l'adoption,  sans  qu'une  seconde  Constituante  fût 
réunie.  En  conséquence,  le  serment  d'obéissance  à  cette  Consti- 
tution rai  prêté  le  25  mars  l<S2i. 

Une  insurrection  républicaine  et  fédéraliste  éclata  dans  les 
provinces  «lu  nord,  de  Pernambuco  à  Cearé  (juillet  1824),  au 
moment  où  une  grande  expédition  portugaise  se  préparait  contre 
le  Brésil.  Cette  révolte  fut  promptement  réprimée  (sept.-novembre) 
par  le  général  F.  de  Lima-e-Silva  e\  Les  partisans  de  l'union.  A 
Pernambuco,  ces  derniers  étaient  dirigés  par  laies  Barre to,  créé 
marquis  de  Ilecife.  Seize  des  révolutionnaires,  parmi  lesquels  le 
Père  Caneea,  furent  condamnés  el  exécuti 

Par  le  traité  du  29  août  1825,  conclu  entre  le  Brésil  et  le 
Portugal,  avec  la  médiation  de  ^'Angleterre,  et  grâce  aux  conseils 
de  Canning,  l'indépendance  du  Brésil  fut  reconnue. 

Une  révolution,  organisée  à  Buenos-Aires  par  Lavalleja,  éclata 
en  1825,  dans  la  Panda  Orientale,  devenue  province  Cisplatine  après 
la  constitution  de  l'empire.  Les  Brésiliens,  qui  n'y  avaienl  ; 
qu'un  1res  faible  corps  de  troupes,  commenceront  par  une  victoire 
peu  importante  à  Arbolito  (3  sept.),  mais  bientôt  une  grande  partie 
de  leur  cavalerie  fut  détruite  dans  une  surprise  à  Rincon  (24 sept.) 
et  au  combat  de  Sarandy  (12  oct.),  engagé  imprudemment  par 
Ribeiro  (Bento  Manoel)  et  Bento  Gonçalves  contre  toute  l'armée 
des  Uruguayens  révoltés.  Les  Brésiliens  restèrent  dès  lors  réduits 
aux  places  de  Montevideo  et  de  Colonia,  et  le  gouvernement  de 
Buenos-Aires  déclara  cette  province  incorporée  au  territoire  de 
la  République.  L'escadre  impériale  commença  les  hostilités  par 
le  blocus  des  côtes  de  Buenos-Aires.  L'amiral  argentin  Brownfut 
repoussé  par  l'amiral  brésilien  Rodrigo  Lobo,  le  9  février  1826,  puis 
il  subit  des  pertes  très  grandes  en  attaquant  Colonia  (20  fév.-13 
mars),  défendue  parle  général  Rodrigues  l.  Plusieurs  autres  enga- 
gements  eurent  lieu,  en  1820,  entre  les  forces  navales  brésiliennes 
et  argentines  les  uns  sans  résultat,  les  autres  favorables  aux 
premières.  Le  plus  important  fut  le  combat  du  30  juillet, 
gagné  sur  Brown  parle  commandant  brésilien  Norton.  En  1827, 
deux  expéditions  que  la  marine  impériale  fit  sur  le  Ûeuve 
Uruguay  (commandant  Sena  Pereira)  et  en  Patagonie  (comman- 
dant Sbepbcrd)  furent  anéanties  près  de  l'île  de  Juncal  (8-0  fév.  . 
par  Brown,  et  dans  le  Rio  Negro  de  Patagones  (7  mars),  par  <le- 

l.  Manoel  Jorge  Rodrigui  s,  créé  en  L840  baron  de  Taquary  après  la  ba- 
taille '!'■  ce  nmii  contre  les  séparatistes  du  Rio-Grande-du-Sud. 


ESQUISSE     DE    L   HISTOIRE     DU     BRESIL.  167 

corsaires  sous  La  conduite  de  Bysson.  Sur  terre,  le  général  brési- 
lien marquis  de  Barbacena,  ayant  attaqué  avec  des  forces  infé- 
rieure l'armée  du  général  Alvear,  fut  repoussé  à  la  bataille 
d'Ituzaingo  ^20fév.).  Peuaprès,  L'amiral  brésilien  Pinto  Guedes, 
baron  do  Elio-da-Prata,  remportait  sur  Brown  la  victoire  de  Monte 
Santiago  (7-8  avril).  Cette  guerre  que  les  fautes  du  gouvernement 
et  des  généraux  et,  surtout,  L'esprit  de  parti  d'un  grand  nombre  de 
membres  de  l'opposition,  rendirent  impopulaire  au  Brésil,  se  ter- 
mina parl;>  convention  du  27  août  1828  conclue  sous  la  médiation 
de  L'Angleterre  :  le  Brésil  et  la  République  Argentine  renoncèrent 
à  la  province  qu'ils  se  disputaient,  et  y  créèrent  la  République 
Orientale  de  l'Uruguay,  que  plus  tard  le  Brésil  défendit  contre 
L'ambition  du  dictateur  Rosas. 

Par  la  mort  de  Jean  VI  (1826),  l'empereur  Dom  Pedro  Ier  était 
devenu  en  même  temps  roi  du  Portugal.  Il  donna  une  Charte 
constitutionnelle  à  ce  royaume,  puis  il  s'empressa  d'abdiquer  la 
nouvelle  couronne  en  faveur  de  sa  fille  Dona  Maria  II. 

Les  Chambres  brésiliennes,  créées  par  la  Constitution,  se 
réunirent  pour  la  première  fois  en  1826,  et  pendant  tout  le  règne 
de  Dom  Pedro  Ier  l'opposition,  composée  de  libéraux  monar- 
chistes, partisans  du  parlementarisme  anglais,  de  quelques  fédé- 
ralistes et  républicains,  se  trouva  en  majorité  à  la  Chambre  des 
députés.  On  faisait  au  Brésil  les  premiers  essais  du  système  re- 
atatif,  et  si  l'empereur  était  jeune,  inexpérimenté  et  impé- 
tueux, on  peut  dire  aussi  que  les  partis  et  la  presse  avaient 
encore  à  faire  leur  éducation  politique.  Le  ministère  Paranagua, 
qui  était  au  pouvoir  depuis  1823,  celui  du  vicomte  de  Sâo  Leo- 
poldo  qui  lui  succéda  (16  janvier  1827),  se  composaient  seulement 
nateurs  ou  d'hommes  n'appartenant  pas  au  Parlement. 
Le  20  novembre  1827  l'empereur  forma  enfin  un  ministère 
parlementaire  avec  le  député  Araujo  Lima  (marquis  d'Olinda)  ; 
mais  dom  Pedro,  ayant  congédié  son  ministre  de  la  guerre 
à  la  suite  d'une  révolte  de  quelques  régiments  étrangers  à  Rio, 
révolte  énergiquement  étouffée,  les  députés  faisant  partie  du 
ministère  donnèrent  leur  démission.  Deux  des  membres  les  plus 
influents  de  la  Chambre,  Costa  Carvalho  et  Vasconcellos,  ayant 
refusé  d'organiser  un  nouveau  cabinet,  cette  mission  fut  confiée 
au  député  Clémente  Pereira  (15  juin  1828)  que  les  libéraux  aban- 
donnèrent aussitôt.  Ce  ministère  et  celui  de  Paranagua, 
qui  lui  succéda  (4  décembre  1829),  rencontrèrent  une  vive  oppo- 
sition à  la  Chambre  et  dans  la  presse.   L'arrivée  de  l'escadre  du 


li. s  LE     BRÉS1  l.     i:\      1  s  8 9. 

baron  Roussin  L828  ,  envoyée  par  Charles  X  pour  réclamer  quel- 
ques uavires  français  que  le-  Brésiliens  avaient  capturés  pen- 
dant 1»'  blocus  de  l.i  Plata,  «'i  La  nécessité  nu  le  gouvernement  im- 
périal se  trouva  di1  cédera  cette  injonction,  ûrenl  grand  tortàl'em- 
pereur,  ci  augmentèrent  considérablement  l'irritation  populaire. 
La  révolution  de  l<s:;n  en  France  vint  passionner  L'opinion,  et  la 
chute  de  Charles  X  fut  célébrée  presque  partout,  an  Brésil,  par 
<le^  réjouissances  publiques.  Plusieurs  journaux  nouvellement 
créés,  à  Rio  et  dans  les  provinces,  commencèrent  à  prêcher,  les 
uns  le  fédéralisme  et  d'autres  la  répuhlique.  Aux  élections  de 
1830  ces  deux  partis  firent  passer  plusieurs  de  leurs  candidats. 
En  1831  quarante- quatre  nouveaux  journaux  furent  créés  à  Rio. 
Tous  les  ministres,  tous  les  sénateurs  qui  se  montraient  dévoués 
à  l'empereur  étaient  présentés  comme  des  partisans  de  l'abso- 
lutisme. VAurora  Fluminemey  fondé  en  1827  par  Evaristo  da 
Veiga,  était  le  plus  inlluent  et  le  mieux  écrit  des  journaux  d'oppo- 
sition. Le  19  mars  1831,  Dom  Pedro  l°r,  dont  le  plus  plus  grand 
défaut  était  d'être  né  en  Portugal,  essaya  de  gouverner  avec  un 
ministère  libéral  (F.  Carneiro  de  Campos).  Mais  les  haines  entre 
Brésiliens  et  Portugais  étaient  trop  vives  à  cette  époque  pour 
que  la  concorde  s'établit.  Ces  derniers  ayant  fait  des  manifes- 
tations  impéralistes,  des  conflits  sanglants  curent  lieu  dans  les 
rues.  L'empereur  forma  alors  un  cabinet  composé  seulement  de 
sénateurs  (Paranaguâ).  Un  mouvement  populaire,  appuyé  par  la 
défection  d'une  partie  des  troupes,  eut  lieu.  On  réclamait  le 
retour  du  ministère  congédié  (G  avril  1831).  Fatigué  de  cette 
opposition,  et  désireux  de  venir  soutenir  en  Europe  les  droits  de 
sa  fille  contre  l'usurpateur  Dom  Miguel,  Dom  Pedro  Ier,  qui,  il  y 
avait  (|iielques  jours,  avait  déjà  annoncé  à  ses  conseillers  d'État 
sa  résolution  d'abdiquer1,  ne  voulut  pas  céder  devant  les  révoltés. 
11  abdiqua  donc  en  faveur  de  son  fils  (7  avril  1831)  et  partit  pour 
l'Europe  où  il  parvint,  avant  de  mourir  à  l'âge  de  trente-six  ans 
(1834  .  à  établir  le  gouvernement  constitutionnel  et  à  assurer  le 
trône  du  Portugal  à  sa  fille,  après  une  lutte  à  laquelle  il  prit  part 
personnellement  avec  un  héroïsme  devenu  légendaire  dans  ce 
pays. 

Régne   de  l'empereur  Dom  Pedro  II.  —  Dom  Pedro  II,  son 
fils  et  son  successeur  sur  le  trône  du  Brésil,  était  âgé  de  cinq  ans. 

i.  Vicomte  de  Sao-Leoi>ou>o,  Memorias. 


ESQUISSE     DE     L'ilISTOIRE     DU     BRÉSIL.  169 

ÇJne  régence  gouverna  l'empire  jusqu'en  1840.  Elle  se  composa 
d'abord  de  trois  membres  :  les  sénateurs  marquis  de  Caravellas 
(J.-J.  Carneiro  de  Campos)  et  Vergueiro,  ainsi  que  le  général 
François  de  Lima-e-Silva,  formèrent  la  régence  provisoire  jus- 
qu'au 17  juin  1831;  ce  dernier,  avec  les  députés  Costa  Carvalho 
et  Braulio  Muniz,  la  régence  définitive  qui  gouverna  jusqu'au 
L2  octobre  1835.  Après  l'Acte  additionnel,  il  n'y  eut  plus  qu'un 
régent  unique  (1835-1840).  Ce  fut  une  époque  de  troubles.  Les 
partisans  du  fédéralisme  et  les  réactionnaires,  partisans  de 
dom  Pedro  I",  agitèrent  les  provinces  et  tentèrent  plusieurs 
fois  de  renverser  le  gouvernement  de  la  régence.  La  guerre 
civile  ensanglanta  le  Cearâ  (1831-32),  Pernambuco  (1832-35), 
le  Para  (1831-33, 1835-37),  Bahia  (1837-38),  le  Maranhào  (1838-41), 
le  Ilio-Grande-du-Sud  (1835-45),  et  plusieurs  autres  provinces. 
Le  parti  libéral  monarchiste  (libéral  moderado),  dont  Evaristo 
da  Veiga  et  Vasconcellos1  devinrent  les  principaux  directeurs, 
garda  le  pouvoir  depuis  1831  jusqu'en  1837,  et  eut  à  lutter 
contre  les  fédéralistes,  qui  étaient  presque  tous  républicains 
(parti  libéral  exaltado),  et  les  réactionnaires  (parti  restaurador  ou 
Caramurû)  dont  les  frères  d'Andrada,  rentrés  de  l'exil  en  1828 
et  reconciliés  avec  Dom  Pedro  Ier,  devinrent  les  principaux  con- 
seillers. Ce  dernier  parti  demandait  le  retour  de  Dom  Pedro  Ier 
comme  régent;  mais  ce  prince,  sollicité  à  Lisbonne  par  Antonio 
Carlos  d'Andrada,  en  1833,  refusa2.  Le  député  Feijô3,  devenu  mi- 
nistre le  4  juillet  1831,  étouffa  énergiquement  toutes  les  révoltes 
suscitées  à  Rio  par  les  deux  partis  d'opposition.  Aux  troupes  in- 
disciplinées, qui  avaient  profité  des  mauvais  exemples  de  quel- 
ques-uns de  leurs  chefs,  et  que  ceux-ci  ne  pouvaient  plus  con- 
tenir, il  opposa  la  garde  nationale  créée  par  la  loi  du  18  août 
1831  ;  aux  clubs  fédéralistes,  Evaristo  da  Yeiga  opposa  la  «  So- 
ciété des  défenseurs  de  la  liberté  et  de  l'indépendance  nationale  » 
(Sociedade  defensora),  vaste  organisation  qui  a  eu  une  grande  in- 
fluence dans  la  marche  des  événements  politiques  du  Brésil. 
C'est  à  cette  époque  (1832),  qu'Auguste  de  Saint-Hilaire  traçait 
un  sombre  tableau  des  maux  que  les  discordes  produisaient  sur 


1.  Evaristo  da  Veiga,  né  à  Rio  le  8  octobre  1799,  y  est  mort  le  12  mai  1837. 
Bernado  de  Vasconcellos  était  né  à  Ouro-Preto  le  27  août  1795.  Il  est  mort  à 
Rio  le  lor  mai  1850. 

2.  Porto  Seglro  Hisl.  da  Indep.,  mns. 

3.  Diogo  Feijô,  né  à  Sâo-Paulo  en  1784  ;  mort  dans  la  même  ville  le 
10  novembre  1843. 


170  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

les  bords  de  l'Uruguay.  •■  C'était  naguère  un*'  des  plus  belles 
contrées  de  T Amérique  méridionale.  Ses  habitants  voulurenl  se 
fédérer  et  commencèrenl  par  se  désunir  :  chaque  village,  chaque 
hameau  prétendit  faire  sa  patrie  à  part  ;  d'ignobles  chefs  s'ar- 
mèrenl  de  Ions  côtés  ;  la  population  lui  dispersée  ou  anéantie...» 
et,  à  propos  du  Brésil  qu'il  «  aimait  presque  à  l'égal  de  son  pays  . 
et  qu'il  comparai!  aux  États-Unis,  prospérant  sous  le  régime 
fédéral,  il  écrivait  :  «  L'union  américaine,  et,  surtout,  L'esprit  qui 
anime  les  Américains,  tendent  à  rendre  chaque  jour  plus  com- 
pacte la  société  qui  a  formée  ce  peuple,  ou,  du  moins,  celle  qui 
se  forme  dans  chaque  province.  Les  Brésiliens,  au  contraire,  ne 
sauraient  établir  chez  eux  le  système  fédéral  sans  commencer 
par  rompre  les  faibles  liens  qui  les  unissent  encore.  Impatients 
de  toute  supériorité,  plusieurs  chefs  hautains  de  ces  patriarchies 
aristocratiques  dont  le  Brésil  est  couvert,  appellent  sans  doute  Le 
fédéralisme  de  tous  Leurs  vœux;  mais  que  les  Brésiliens  se  tien- 
nent en  garde  contre  une  déception  qui  les  conduirait  à  L'anar- 
chie et  aux  vexations  d'une  foule  de  petits  tyrans,  mille  fois  plus 
insupportables  que  ne  l'est  un  seul  despote  l.   » 

Pour  donner  satisfaction  aux  libéraux  monarchistes,  parti- 
sans de  l'autonomie  provinciale,  des  réformes  constitutionnelles 
(Acte  additionnel)  furent  votées  en  1834.  Les  fédéralistes  deman- 
dèrent  alors  que  les  présidents  de  province  fussent  choisis 
par  les  provinces  elles-mêmes  ou  nommés  par  le  gouvernement 
central  sur  des  listes  de  trois  noms  présentées  par  les  assemblées 
provinciales;  mais  la  majorité-  eut  la  sagesse  de  repousser  ces 
propositions  (12  juillet),  qui  auraient  brisé  l'unité  nationale  et 
seraient  devenues  la  cause  de  luttes  semblables  a  celles  qui  ont 
entrave  les  progrès  de  plusieurs  Etats  hispano-américaii 

Après  la  réforme  constitutionnelle,  Feijé  fut  élu  régent  de 
l'empire,  qu'il  gouverna  depuis  le  12  octobre  1835.  Avant  son 
élection,  le  Gearé  avait  déjàété  pacifié  en  1832  à  là  suite  du 
combat  de  Missào  Velha,  et  Pernambuco,en  1835,  grâce  à  L'inter- 
vention de  L'évêque  Perdigào.  Le  régent  Feijé,  à  son  tour,  réussit 


1.  An.,  de  Saint-Hilaire,  l'n'iis  de  l'histoire  des  révolutions  de  l'Empire  du 
Brésil,  faisant    suite  à  son  \'<>'/'/r/e  dans  le  district  des  Diamants,  Pari-. 

2.  62  voix  contre  2">.  La  majorité  a  été  formée  surtout  par  les  députés 
de  Rio  il'-  Janeiro,  Sâo-Paulo  <■!  .Minas.  Parmi  les  députés  qui  repoussèrenl 
ces  propositions  Be  trouvaienl  Evaristo  da  Veiga,  Vasconcellos,  Carnein 

Paranâ),  Araujo  Lima  Olinda),  Custodio  Dias,  Alvares   Machado,  Rodrigues 
Torres  (Itaborahy  . 


ESQUISSE   DE   L'HISTOIRE   DU   BRÉSIL.  171 

à  rétablir  l'ordre  dans  le  Paré  par  l'action  énergique  du  général 
Andréa  (1836);  mais  une  révolution,  dirigée  par  le  colonel  Bento 
Gonçalves,  éclata  dans  le  Rio-Grande-du-Sud  (20  septembre  1835) 
et  le  fédéralisme  y  dégénéra  en  guerre  séparatiste. 

La  mort  du  duc  de  Bragance(dom  Pedro  Ier)  à  Lisbonne,  le 
24  septembre  1834,  amena  la  transformation  dos  partis  politiques 
brésiliens.  Le  plus  grand  nombre  des  réactionnaires  se  réunirent 
à  l'opposition  parlementaire  qui  se  forma  en  1836  dans  les  rangs 
du  parti  libéral  monarchiste,  dont  les  membres  les  plus  influents 
étaient  Araujo  Lima,  Bernardo  de  Vasconcellos,  Carneiro  Leâo, 
Rodrigues  Torres,  Paulino  de  Souza  et  Calmon.  Cette  fusion 
donna  naissance  au  parti  qui  depuis  lors  prit  le  nom  de  conser- 
vateur, et  qui  triompha  aux  élections  de  1836. 

Le  19  septembre  1837,  Feijô  démissionna  et  confia  la  régence 
au  chef  de  l'opposition,  Araujo  Lima3,  que  les  électeurs,  quel- 
ques mois  après,  confirmèrent  dans  ce  poste.  Cinq  ministères 
conservateurs  se  succédèrent  depuis  le  19  septembre  1837, 
jusqu'au  23  juillet  1840  :  ceux  de  Vasconcellos  (19  septembre),  de 
François  de  Paul  d'Almeicla-e-Albuquerque  (16  avril  1839), 
de  Alves  Branco,  depuis  vicomte  de  Caravellas  (1er  septembre 
1839),  de  Lopes  Gama,  depuis  vicomte  de  Maranguape  (18  mai 
1840)  et  de  Vasconcellos  (22  juillet  1840),  qui  n'a  duré  que 
quelques  heures.  Une  révolte  militaire  et  séparatiste,  qui 
éclata  en  1837  dans  la  ville  de  Bahia  (7  novembre),  fut  étouffée 
par  la  garde  nationale  et  les  volontaires  de  celte  province, 
qui  assiégèrent  aussitôt  la  capitale,  et  par  quelques  troupes 
arrivées  de  Pernambuco  et  de  Rio,  sous  la  conduite  du  général 
Callado.  La  ville  fut  prise  après  un  combat  sanglant  (13-15  mars 
1838),  et  l'ordre  fut  plus  ou  moins  assuré  partout,  excepté  dans 
le  Rio-Grande-du-Sud,  où  les  séparatistes  remportèrent  en  1838 
plusieurs  avantages,  et,  sous  la  conduite  de  Canavarro  et  de 
Garibaldi,  s'emparèrent  (juillet  1839)  d'une  partie  de  la  province 
de  Sainte-Catherine.  Us  en  furent  chassés  quelques  mois  après 
(novembre)  par  le  général  Andréa  et  par  Mariath,  commandant 
de  la  flotiile  impériale  en  opérations  dans  cette  partie  de  l'Empire. 
Depuis  1836,  toute  l'histoire  politique  du  Brésil  se  résume 
dans  la  lutte  des  deux  grands  partis  constitutionnels,  le  conserva- 
teur et  le  libéral.  La  Chambre  des  députés,   conformément  à  la 


3.  Pedro  de  Araujo  Lima,  depuis  marquis  d'Olinda  ;  né  à  Engenho  Antas, 
près  Serinhaem  (Pernambuco),  le  22  décembre  1793  ;  mort  à  Rio,  le  7  juin  1870. 


172  LE     BRÉSIL     EN      L  889. 

doctrine  défendue  par  Vasconcellos,  devint  prépondérante  à 
partir  de  1831.  Un  projel  de  loi  interprétatif  de  l'Acte  additionel, 
ayanl  pour  but  de  mieux  fixer  Les  attributions  des  législatures 
provinciales  et  de  mettre  an  terme  aux  empiétements  de  ces 
assemblées  sur  les  attributions  du  pouvoir  central  ou  sur  l'auto- 
nomie communale,  fut  discuté  pendant  les  sessions  parlementaires 
de  1838  à  L840,  et  adopte  seulement  dans  cette  dernière  année 
(loi  du  L2  mai  1840). 

L'opposition  libérale  commença  à  demander,  en  1840,  ladécla- 
ration  de  la  majorité  du  jeune  empereur,  qui  n'avait  alors  que 
quinze  ans.  Ilollanda  Gavalcanti  vicomte  d'Albuquerque),  les  deux 
frères  Andradas  (Antonio  Carlos  et  Martim  Francisco)*  et  Alvares 
Machado  se  mirent  à  la  tête  de  cette  agitation  ;  plusieurs  conser- 
vateurs, comme  le  marquis  de  Paranaguâ  (Villela  Barbosa),  se 
rallièrent  à  cette  opinion,  qui  était  devenue  celle  de  la  grande 
majorité  de  la  nation  devant  l'insuccès  des  gouvernements  électifs 
à  maintenir  l'ordre  public  et  l'union  des  provinces,  et  le  23  juillet 
l'empereur  fut  déclaré  majeur  par  les  deux  Chambres  réunies  en 
Assemblée  générale. 

Dom  Pedro  II  commença  son  gouvernement  avec  les  libéraux 
(Ilollanda  Cavalcanti  et  les  Andradas)  ;  puis,  du  23  mars  1841  au 
2  février  1844,  il  gouverna  avec  les  ministères  conservateurs  du 
marquis  de  Paranaguâ  (23  mars  1841)  et  de  Carneiro  Leao  (20jan- 
vier  1843).  Le  Maranhao  fut  pacifié  par  le  général  L.-A.  de 
Lima-e-Silva  (1841),  créé  baron,  puis  comte,  marquis  et  duc  de 
Caxias  ;  mais  une  autre  révolution  éclata  bientôt  dans  les  provinces 
de  Sâo-Paulo  et  de  Minas-Geraes  (1842).  L'ordre  fut  rétabli  par  ce 
même  général  après  la  bataille  de  Santa-Luzia  (20  août). 

Le  cabinet  Carneiro  Leào  ayant  présenté  sa  démission  par 
suite  du  manque  d'accord  avec  l'empereur,  et  un  autre  chef  con- 
servateur, Costa  Carvalho,  s'étant  excusé  de  former  un  nouveau 
ministère,  cette  mission  fut  confiée  (2  février  1844)  à  un  libéral, 
Almcida  Torres  (vicomte  de  Macahé). 

Les  libéraux  gouvernèrent  jusqu'au  29  septembre  1848  avec 
le  cabinet  du  2  février  1844  et  ceux  du  5  mai  1846  (vicomte  d'Albu- 
querque),  du  22  mai  1847  (Alves  Branco,  vicomte  de  Caravellas), 
du  8  mars  1848  (vicomte  de  Macahé)  et  du  31  mai  de  la  même 
année  (Paula-e-Souza).  La  guerre  civile  du  Rio-Grande-du-Sud, 
qui  avait  duré  dix  ans,  fut  terminée  le  1er  mars  1845  par  le  général 

1.  L'ainé,  José Bonifacio  de  Andrada-e-Silva,  était  mort  a  S.  Domingos, 
faubourg  de  Nictheroy,  le  6  avril  1 838.  Il  était  né  à  Santos,  le    \:i  juin  1763. 


ESQUISSE   DE    L'HISTOIRE   DU   BRÉSIL.  172 

de  Caxias,  et  cette  même  année,  alors  que,  tout  le  pays  étant 
pacifié,  lf  gouvernement  impérial  aurait  pu  commencer  à  s'occuper 
uY  la  répression  de  La  traite  des  noirs,  qui  se  faisait  par  contre- 
bande sur  les  côtes  de  l'empire  depuis  que  la  loi  du  4  novembre 
IS;U  avait  défendu  cel  odieux  commerce,  l'Angleterre  est  venue 
rendre  la  situation  plus  difficile  en  humiliant  le  Brésil  par  le  vote 
du  bill  Aberdeen,  D'après  cette  nouvelle  loi  anglaise  les  négriers 
et  les  ua\  ires  suspects  de  s'employer  à  la  traite  devaient  être  cap- 
turés  par  la  marine  royale,  même  dans  les  eaux  territoriales  de 
l'empire,  et  seraient  justiciables  des  tribunaux  anglais.  L'exécu- 
tion  du  bill  Aberdeen  et  les  violences  pratiquées  sur  les  cotes  du 
Brésil  par  les  croiseurs  anglais,  soulevèrent  dans  le  pays  un 
sentiment  général  d'indignation,  dont  les  négriers  profitèrent  :  le 
chiffre  des  Africains  introduits  annuellement  au  Brésil  tripla  dans 
la  période  de  1816  à  1850  *. 

Le  27  septembre  1848,  les  conservateurs  revinrent  aux  affaires 
avec  le  ministère  du  marquis  d'Olinda.  Une  nouvelle  révolution 
éclata  à  Pernambuco,  dirigée  par  les  députés  du  parti  libéral  de 
cette  province.  Plusieurs  combats  eurent  lieu,  et  le  2  février  1848 
l'armée  révolutionnaire,  par  un  mouvement  rapide,  essaya  de 
s'emparer  de  la  capitale,  Recife,  que  l'énergique  président  Tosta 
f  marquis  de  Muritiba)  sut  défendre  avec  des  volontaires  et  des 
gardes  nationaux,  appuyés  par  des  troupes  de  la  marine.  L'arrivée 
de  la  petite  armée  du  général  Goelho  au  milieu  du  combat  assura 
la  victoire  du  gouvernement. 

Ce  fut  la  dernière  révolution  tentée  au  Brésil.  Elle  eut  comme 
résultat  d'augmenter  énormément  dans  toutes  les  provinces  la 
force  du  parti  conservateur,  car  les  classes  éclairées,  et  la  popula- 
tion en  général,  étaient  lasses  de  toutes  ces  agitations  et  de  ces 
guerres  intestines. 

Pendant  le  règne  de  Dom  Pedro  II,  la  répression  des  révoltes 
a  été  suivie  toujours  d'une  amnistie2. 


1.  Africains  débarqués  au  Brésil  pendant  les  cinq  années  qui  ont  précé- 
dées le  bill  Aberdeen  :  1840  :  30.410  ;  —  1841  :  16.000  ;  —  1842  :  17.435  ;  — 
1843  :  19.095  ;  —  1844  :  22.849  ;  —  1845  :  19.453. 

Après  le  bill  Aberdeen  et  avant  la  loi  Eusebio  de  Queirôs  :  1845  :  50.324  ; 
—  1847  :  5G.172  ;  —  1848  :  60.000  ;  —  1849  :  54.000  ;  —  1850  :  23.000. 

Après  la  loi  Eusebio  de  Queirôs  (1850)  :  1851  :  3.287  ;  —  1852  :  700  ;  de 
1853  à  1856,  les  deux  dernières  tentatives  d'introduction  d'esclaves,  512. 

2.  Un  républicain  français,  Charles  Ribeyrolles,  émigré  du  2  décembre 
écrivait  en  1859  :  «  Au  Brésil,  depuis  des  années,  il  n'y  a  plus  ni  procès  poli- 
tiques, ni  prisonniers  d'Etat,  ni  procès  de  presse,  ni  conspiration,  ni  trans- 


1  ;  |  LE     BRÉS IL     EN      L8€ 

Le    marquis  cTOlinda,   en  divergence  d'idées  avec    Lous 
collègues  el  avec  L'empereur  au  sujet  de  La  politique  à  suivre  vis- 
à-vis  du  dictateur  argentin  Elosas,  quitta   Le  cabinet  (6  octobre 
1849)    el    fui   remplacé    dans    La  présidence  du  conseil  par  Le 
marquis  de  Monte-Alegre  (Costa   Carvalho).   Le  portefeuilli 
affaires   étrangères   lui  confié  au  conseiller  Paulino   de  Souza, 
depuis  vicomte  d'Uruguay1.  C'est  alors  que  le  Brésil  signa 
la   République  Orientale  de  L'Uruguay,  dont  Le   représentant  ù 
Rio  était  Andrés  Lamas,  et  les  Etats  de  L'Entre-Rios  el  de  Cor» 
rientes,  les  traités  d'alliance  de  1851,  qui  assurèrent  la  victoire 
des  Libéraux  des  républiques  de  Plata,  la  liberté  de  la  naviga- 
tion   dans    les    affluents    de   ce    lieux»',   et  l'indépendance    de 
l'Uruguay  et  du  Paraguay.   Carneiro  Leâo,  depuis  marquis  de 
Paranâ,  fut  envoyé  a  la  Plata  par  L'empereur,  comme  son  repré- 
sentant auprès  des  gouvernements  alliés. 

Le  gouvernement  de  L'Uruguay  était  réduit  à  la  ville  de  Monte- 
vidéo,  assiégée  depuis  1842  par  une  armée  argentine  ayant  pour 
cher  le  général  Oribe.  En  ltt.'>l  le  maréchal  de  Caxias,  à  la  tête  de 
-20.000  Brésiliens,  et  Urquiza,  à  La  lèle  de  L'armée  de  L'Entre-1 
envahirent  L'Uruguay,  tandis  (pie  l'escadre  impériale,  di 
l'amiral  Grenfell,  menaçait  Buenos-Aires  et  protégeait  le  passage 
des  troupes  de  L'armée  alliée.  Oribe  capitula  (19  octobre' ,  Gn 
força  les  batteries  de  Tonelero,  dans  le  Paranâ  (17  décembre),  et 
La  principale  année  des  alliés  marcha  sur  Buenos-Aires.  La  bataille 
de  Monte-Caseros  (3  février  1852)  mit  un  terme  à  la  tyrannie  de 
liosas  qui  opprimait  depuis  vingt-trois  ans  les  peuples  de  la  Plata. 
Le  dictateur  argentin,  chassé  du  pays,  se  réfugia  en  Angleterre2. 

portatiou.  La  pensée  n'y  est  point  justiciable  de  la  police,  saisie  en  douane, 
suspecte,  marquée.  L'âme  esl  libre  dans  toutes  ses  confessions,  et  Le  citoyen 
dans  tous  ses  mouvements.  La  raison  d'Etat  chôme.  El  cela  pourquoi?  parce 
que  Dom  Pedro  11  a  nus  [a  Majesé  non  dans  la  prérogative,  non  dans  la 
personne,  mais  dans  le  caractère,  dans  les  œuvres;  parce  que  l'esprit 
rai  du  pays  esl  tolérance,  conciliation,  sociabilité;  parce  que  le  catholicisme 
lui-même,  quoique  ayant  privilège  d'Etat,  n'ose  plus  y  jongler  de  l'anathème 
et  de  la  foudre  »  (Ribeyrolles,  Le  Brésil  Pittoresque,  Rio  de  Janeiro, 
tome  1' r.  p.  141). 

1.  Né  a  Paris  le  •  octobre  1807,  mortà  Rio  le  15  juillet  L866. 

2.  L'Annuaire  de  !•/.  Revue  des  Deux-Mondes,  de  1S52,  a  apprécié  en  ces 

du  Brésil:  —  «  On  ne  saurait  méconnaître  l'habileté  et  la 
vigueur  que  le  cabinet  de  Rio-de-Janeiro  a  mises  à  conduire  celte  affaire. 
C'est  pour  lui  an  Incontestable  succès,  d'autant  plus  flatteur  pour  l'esprit 
national,  que  le  I'.résil  a  la  ressource  dose  dire  qu'il  a  réussi  là  où  les  gou- 
vernements les  plus  puissants  de  l'Europe  ont  échoué.  »  —  On  sait  que  le 
dictateur  Rosas  avait  eu  des  démêlés  avec  la  France  et  l'Angleterre.  La  France 


ESQUISSE    DE    L'HISTOIRE   DU    BRÉSIL.  175 

En  1850,  sur  la  proposition  du  ministre  de  La  justice  Eusebio 
de    Queirôs,  les   Chambres   votèrent  presque  à  l'unanimité  des 

moyens  plus  sûrs  que  ceux  de  La  Loi  de  IttlU  pour  la  répression 
de  la  traite  (loi  du  \  septembre  L850).  La  fermeté  de  l'Empereur 
el  L'énergie  qu'Eusebio  de  Queirôs  mit  à.  appliquer  rigoureuse- 
ment la  nouvelle  Loi,  brisèrent  toutes  les  résistances  des  négriers, 
alors  très  puissants  à  Rio-de-Janeiro,  et  l'importation  d'esclaves 
eessa  complètement  au  Brésil1. 

Le  ministère  Monte-Alègre,  réduit  en  1852  à  un  seul  député 
par  L'entrée  de  plusieurs  de  ses  membres  au  Sénat,  présenta  sa 
démission  à  l'Empereur.  Le  ministre  des  finances  Rodrigues  Torres 
(depuis  vicomte  d'Itaborahy),  fut  chargé  de  la  présidence  du 
conseil  et  reconstitua  le  cabinet  (11  mai  1852)  avec  deux  de  ses 
collègues  et  trois  nouveaux  ministres,  mais  il  résigna  le  pouvoir 
l'année  suivante,  et  le  marquis  de  Paranâ  (Carneiro  Leâo),  nommé 
président  du  conseil  (6  septembre  1853),  inaugura  la  politique  de 
conciliation,  en  formant  un  ministère  composé  de  conservateurs 
et  de  libéraux.  C'est  de  1850,  fin  delà  période  des  guerres  civiles, 
et,  surtout,  à  partir  du  ministère  Paranâ,  que  datent  véritablement 
les  grands  progrès  réalisés  par  le  Brésil.  A  la  mort  de  cet  homme 
d'Etat  (3  septembre  18562),  le  maréchal  deCaxias,  ministre  de  la 
guerre,  devint  président  du  conseil  et  continua  cette  politique 
d'apaisement.  Puis  vint  le  ministère  du  marquis  d'Olinda  (4  mai 


bloqua  une  première  fois  les  côtes  de  Buenos-Aires  du  28  mars  1838  au 
29  octobre  1840  (amiraux  Leblanc,  Dupotet  et  de  Mackau),  protégea  le  gouver- 
nement de  Montevideo  et  le  général  Lavalle,  chef  de  l'armée  des  unitaires 
argentins  eu  lutte  avec  Rosas,  et  s'empara  de  File  de  Martin  Garcia.  En  1845, 
à  la  suite  de  la  mission  du  marquis  d'Àbrantes  (Calmon),  envoyé  par  le  Brésil 
en  Europe,  la  France  intervint  de  nouveau,  cette  fois  de  concert  avec  l'An- 
gleterre ;  mais  lord  Aberdeen  et  Guizot  commirent  la  faute  de  se  passer  de  la 
ration  des  troupes  brésiliennes.  Le  blocus  de  Buenos-Aires  fut  établi  le 
18  septembre  1845  par  les  amiraux  Laine  et  lnglefield.  La  même  année  les 
commandants  Tréhouart  et  Hotham  remportaient  la  victoire  d'Obligado.  Deux 
ans  après  15  juillet  1847),  l'Angleterre,  voyant  qu'elle  n'arrivait  à  aucun  ré- 
sultat, traita  avec  Rosas  et  retira  son  escadre.  L'amiral  français  Leprédour 
continua  seul  le  blocus  jusqu'au  11  juin  1848.  A  partir  de  cette  date,  la 
France  se  borna  à  allouer  au  gouvernement  de  Montevideo  une  subvention 
qui  fut  réduite  en  1850,  et  devint  insuffisante.  Le  Brésil  commença  alors  à 
fournir  les  sommes  nécessaires  à  la  défense  de  la  place  (1er  juillet),  et  l'année 
suivante  il  se  décida  à  prendre  l'offensive. 

1.  Lorsque  cette  question  fut  discutée  en  conseil  de  ministres, 
FEmpereur,  devant  les  objections  d'un  des  membres  du  cabinet,  qui  considé- 
rait dangereux  pour  l'ordre  public  les  moyens  de  répression  demandés  par 
Eusebio  de  Queirôs,  déclara  qu'il  préférait  perdre  sa  couronne  que  de  souffrir 
la  continuation  de  la  traite  (J.  Xabuco,  0  Abolie ionismo.  Londres,  1883,  p.  2). 

2.  Le  marquis  de  Paranâ  était  né  à  Jacuhy  (Minas),  le  11  janvier  1801. 


176  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

1857  ,  pendanl  Lequel  La  séparation  <l<i>  deux  partis  commença  a 
se  Faire  de  aouveau  par  L'opposition  d'un  grand  nombre  de 
conservateurs  '. 

En  L857  le  Brésil  se  prépara  à  La  guerre  contre  le  dictateur 
Carlos  Lopez  « ]  ni  s'obstinait  à  refuser  la  libre  communication, 
par  La  voie  fluviale  du  Paraguay,  entre  La  province  brésilienne  de 
Matto-Grosso  et  le  Littoral  de  L'Empire.  Le  traité  du  \1  février  1858, 
signé  à  l'Assomption2,  assura  la  liberté  de  La  navigation  sur  le 
Paraguay  non  seulemenl  au  Brésil  mais  à  toutes  Les  autres  puis- 
sances. 

Du  1-2  décembre  1858  au  24  mai  L862,  trois  cabinets  conser- 
vateurs se  succédèrent  :  Abaeté  (12  décembre  ,  Perraz  (10  août 
L859)  et  Caxias  (3  mars  L861).  Pendant  ce  dernier  ministère  un 
grand  oombre  de  conservateurs,  —  Zacarias  de  Vasconcellos, 
Olinda,  Nabuco,  Saraiva,  et  plusieurs  autres,  —  s'allièrent  à 
L'opposition  et  assurèrent  L'avènement  des  Libéraux,  qui  occu- 
pèrent Le  pouvoir  depuis  Le  24  mai  L862  jusqu'au  16  juillet  L868, 
sous  les  ministères  de  Zacarias  de  Vasconcellos  (24  mai!862), 
du  marquis  d'Olinda  (30  mai  L862),  de  Zacarias  ;  [15  janvier  L864), 
de  Furtado  (31  août  L864  ,  d'Olinda  [\~2  mai  186o)etde  Zacarias 
(3  août  1866).  Cette  période  est  signalée  par  une  nouvelle 
intervention  brésilienne  dans  l'Uruguay,  par  la  guerre  du 
Paraguay,  par  les  luttes  entre  les  deux  fractions  du  nouveau 
parti  libéral,  c'est-à-dire  entre  les  libéraux  historiques  dirigés  par 
Theophilo  Ottoni  et  leur  nouveaux  alliés,  et  par  le  commence- 
ment de  la  propagande  en  laveur  de  l'abolition  graduelle  de 
l'esclavage.  Le  7  septembre  1867  le  Brésil  ouvrit  au  commerce 
changer  L'Amazone  <d  une  partie  de  ses  affluents,  ainsi  que  le 
Sâo-Francisco  jusqu'à  Pcnedo  (décret  du  7  décembre  1866). 

En  1864,  les  réclamations  du  gouvernement  impérial  (ultima- 
tum du  '<  août,  du  ministre  Saraiva),  ayant  été  repoussées  par  le 
gouvernement  de  La  République  Orientale  de  l'Uruguay,  qui  était 
entre  les  mains  du  parti  blanco,  le  Brésil  reconnut  comme  belli- 
gérant  le  gênerai   Venancio  Flores,   chef  dp  parti  Colorado,  qui, 

1.  «  La  première  partie  du  programme  accomplie  dans  les  vingt  der- 
nières années  »,  a  dit  en  1859  Charles  de  Ribeyrolles,  «  fut  nue  œuvre  utile: 
il  fallait  constituer  L'unité  du  pays  e1  ne  point  Le  Laisser  tomber  en  satrapii  a 
fédéralistes  ou  maritimes.  Si  Ton  veut  être  un  peuple,  il  faut  d'abord  être 
une  patrie.  »  (Ribeyrolles,  Le  Brésil  pittoresque;  Rio,  L859,  t.  111,  page    L40. 

2.  Plénipotentiaires  :  du  Brésil,  le  conseiller  Silva-Paranhos,  depuis 
vicomte  de  Rio-Branco  ;  du  Paraguay,  le  général  François  Solano  Lopez, 
depuis  dictateur. 


ESQUISSE   DE   L'HISTOIRE   DU   BRÉSIL.  177 

depuis  1862,  dominait  sur  une  grande  partie  des  départements 
de  la  campagne  et  tenait  en  échec  les  troupes  du  gouvernement. 
L'armée  brésilienne,  sous  le  commandement  du  général  Menna 
Barreto  (Jean-Propice),  et  celle  de  Flores,  prirent  d'assaut  Pay- 
sandû  (2  janvier  1865]  et  assiégèrent  Montevideo,  qui  fut  en 
même  temps  bloque  par  l'escadre  impériale  de  l'amiral  Taman- 
daré. 

Par  le  traite  de  pacification  du  20  février,  entre  le  gouverne- 
ment de  Montevideo  et  le  général  Flores,  traité  rédigé  par  le 
ministre  du  Brésil,  Silva-Paranhos,  ce  général  fut  reconnu  comme 
gouverneur  provisoire  de  la  République,  et  les  Alliés  firent  leur  en- 
trée dans  la  ville  assiégée.  La  République  de  l'Uruguay  devint  l'al- 
liée du  Brésil  contre  le  dictateur  du  Paraguay,  François  Solano 
Lopez  4,  qui,  sans  déclaration  de  guerre,  avait  capturé  un  paquebot 
brésilien  (12  novembre  1864),  emprisonné  son  équipage  ainsi  que 
tous  les  passagers,  et  envahi  la  province  brésilienne  de  Matto- 
Grosso2.  Peu   après,  les  Paraguayens  s'étant   emparés  de  deux 

i.  Son  père,  le  dictateur  Carlos  Lopez,  l'avait  nommé,  par  testament, 
vice-président  du  Paraguay.  A  la  mort  de  Carlos  Lopez  (10  septembre  1862), 
il  prit  possession  du  gouvernement  et  convoqua  un  Congrès,  qui  le  nomma 
président  de  la  République.  On  sait  que,  sous  le  nom  de  République,  le  Para- 
guay était  un  pays  gouverné  despotiquement,  et  que  son  peuple  avait  été 
habitué  à  l'obéissance  passive  par  les  jésuites,  dès  les  premières  années  delà 
■conquête  espagnole,  puis  par  le  célèbre  docteur  Jbrancia  et  par  Carlos 
Lopez.  Le  nouveau  dictateur,  Solano  Lopez,  militarisa  le  pays.  Son  projet 
était  d'augmenter  le  Paraguay  au  dépens  de  la  République  Argentine,  par  la 
conquête  des  provinces  de  Corientes  et  de  l'Entre-Rios,  ainsi  que  de  l'ile  de 
Martin-Garcia,  qui  domine  l'entrée  de  Paranâ  et  de  l'Urugay.  Puis,  après  la 
victoire,  il  comptait,  comme  Napoléon  1er,  se  faire  acclamer  Empereur.  On 
trouva  à  la  douane  de  Buenos-Aires  en  1865,  le  modèle  de  couronne  impériale 
que  son  ministre  à  Paris  lui  remettait.  En  1864,  le  ministre  Carreras,  envoyé 
au  Paraguay  par  le  gouvernement  de  Montevideo,  réussit  à  détourner  Lopez 
de  a  ligne  politique  qu'il  s'était  tracée  en  le  persuadant  qu'une  alliance 
secrète  avait  été  signée  entre  le  Brésil  et  la  République  Argentine  pour  la 
ccnquête  et  le  partage  du  Paraguay  et  de  l'Uruguay.  Il  paya  cher  cette  inven- 
tion, car  s'étaut  réfugié  au  Paraguay  après  la  chute  du  parti  blanco,  il  fut 
emprisonné  en  1868,  mis  à  la  torture  et  fusillé  le  27  septembre.  Des  milliers 
.1  étrangers  et  de  Paraguayens  furent  exécutés  par  ordre  de  Lopez.  La  folie 
seulement  peut  expliquer  la  conduite  du  dictateur  paraguayen  après  ses 
premières  défaites.  En  1865  (décret  du  8  août)  Lopez  créa  «l'Ordre  national 
du  mérite  »  dont  le  grand  cordon  ne  pouvait  être  donné  aux  présidents  de 
République. 

2.  Matto-Grosso  n'avait  alors  qu'une  garnison  de  875  hommes  disséminés 
sur  son  vaste  territoire,  et  5  petites  canonnières,  outre  sa  garde  nationale, 
qui  n'avait  pas  été  mobilisée,  car  on  ne  s'attendait  pas  à  une  invasion. 
La  partie  méridionale  de  cette  province  fut  attaquée  par  9.000  Paraguayens 
et  une  escadre  nombreuse.  Les  communications  entre  le  littoral  du  Brésil  et 
cette  province  lointaine,  se  faisaient  alors,  comme  aujourd'hui,  par  la  voie 
fluviale  du  Paranâ  et  du  Paraguay. 

12 


[78  1. 1:     îiui.siL     i..\     l  .s.y.i. 


cannoniere 


-  argentines  et  envahi,  encore  une  fois   sans   décla- 


o 


ration  de  guerre,  la  province  de  Cor  ri  en  tes  (13  avril  1865),  uno 
triple  alliance  fut  signée  >i  Buenos-Aires  ;  1"'  mai)  entre  le  Brésil, 
l,i  République  Argentine  et  l'Uruguay  ',  et  les  troi^  Etats  entre* 
P in-, -ut  une  guerre  Longue  et  difficile,  dont,  en  lait,  le  Brésil  sup- 
porta  presque  tout  le  poids-.  Le  général  Bartholomé  Mitre,  prési- 
dent de  la  République  Argentine,  <"iit  le  commandemenl  eu  chef 
dus  armées  alliées  pendant  les  premières  années  de  la  guerre3. 
Les  Brésiliens  débutèrent  par  la  victoire  navale  de  Riachuek), 
remportée  par  l'amiral  Barroso  sur  l'escadre  paraguayenne 
(Il  juin  1865).  Une  division  de  troupes  qui  s'avançait  sur  la  rive 
droite  de  L'Uruguay,  fut  anéantie  à  Yatay  (17  août)  par  les  Alliés, 
sous  la  conduite  de  Flores.  Un  autre  corpsd'armée  qui  avail  péné- 
tré par  SâO-Borja  (10  juin),  dans  la  province  brésilienne  de   llio- 

1.  Plénipotentiaires  :  du  Brésil,  le  Conseiller  F.  Octaviano  ;  de  la  Répu- 
blique Argentine,  li.  Elizalde  ;  de  l'Uruguay,  C.  de  Castro. 

-2.  Le  gouvernement  de  la  République  de  l'Urugay  ne  pouvait  pas  em- 
ployer dans  cette  guerre  lointaine  un  plus  grand  nombre  de  troupes  car  ou 
craignait  un  soulèvement  du  parti  blanco,  ce  qui,  d'un  autre  côté,  toréait  le 
Brésil  à  conserver  sur  les  frontières  de  cette  République  des  troupes  d'obser- 
vation. La  République  Argentine  n'était  pas  encore  la  nation  florissante  d'au- 
jourd'hui. La  grande  prospérité  de  cette  République  date  précisément  de 
la  -lierre  du  Paraguay  et  du  gouvernement  éclairé  du  général  Mitre.  Elle 
ne  comptait  en  1869  que  1.877.000  habitants,  et  l'influence  de  certains  gou- 
verneurs de  province  Taisait  ombrage  au  gouvernement  central.  Ain.-i.  le 
général  Urquiza,  foui  puissant  dans  l'Entre-Rios,  n'a  fourni  un  seul  soldat 
contre  Lopez.  En  général,  les  fédéralistes  argentins  espéraient  que  la  victoire 
du  dictateur  du  Paraguay  serait  la  victoire  de  leur  parti,  et  le  gouvernement 
de  Buenos-Airès  fut  mal  secondé  par  les  provinces  pendant  toute  la  durée  de 
la  guerre. 

3  Au  commencement  de  la  guerre  (1864)  Lopez  avait  une  armée  de 
80.000  hommes,  selon  le  général  Resquin,  sou  chef  d'état-major,  et  le  lieu- 
tenant-colonel Thompson,  \\\\  de  ses  ingénieurs M(War  in  Paraguay,  chap.  V). 
En  1865,  après  la  prise  <\>^  deux  cannonnières  argentines,  sa  marine  de 
guerre  se  composait  de  39  navires  et  de  plusieurs  chalands  (chatas).  Le  Brésil 
n'avait  en  1864  qu'une,  armée  de  15.000  hommes.  Sa  Hotte  comptait 
Y.)  navires.  A  l'appel  de  l'Empereur,  .'17  bataillons  de  volontaires  furent  orga- 
oiséa  en  I86S  :  L3  à  Bahia,  Il  à  Rio-de-Janeiro  (ville  de  Rio.  7  ;  province,  4), 
s  à  Pernambuco,  4  à  Rio-Grande-du-Sud,  3?dans  chacune  des  provinces  de 
Sao-Paulo,  Minas-Geraes  et  Maranhâo,  2  à  Para,  2  à  Piauhy,  1  dans  chacune 
des  provinces  de  Cearâ,  de  Rio-Grande-du-Nord,  l'arahvha.  Alagôas,  Goyâz 
et  Matto-Grosso  ;  1  composé  de  volontaires  du  Cearà,  de  Piauhy  et  de  Ser- 
gipe  :  1  seul  (n"  16,  puisn0  18)  composé  d'étrangers.  La  garde  nationale  de  Rio- 
Grande-du-Sud  a  fourni  presque  toute  la  cavallerie  de  l'armée  impériale. 
En  L886  la  Hotte  brésilienne  comptait  62  navires,  dont  i  cuirassés,  En  1867, 
les  cuirassés  étaient  au  nombre  de  10  (un  cuirassé  avait  été  perdu  au  bom- 
bardement de  Curuzû  par  l'explosion  d'une  torpille).  Au  mois  de  février  1868 
dre    en   opérations  avait  13  cuirassés,    28  cannonières,  4.500  hommes, 

155  ca is.  En  1869  avril    la  flotte  brésilienne! comptait,  outre  de  nombreux 

transports,  Sj  navires,  dont  10  cuirassés,  211  canons  et  6.447  hommes. 


ESQUISSE     DE     i/niSTOIRE    DU     BRÉSIL.  170 

Grande-du-Sud,  fut  enfermé  dans  la  ville  d'Uruguyana  et  obligé 
de  mettre  bas  les  armes  (18  septembre).  L'empereur  Dom  Pedro  II 
se  trouvait  alors  à  la  tête  des  Alliés,  et  ce  fut  dans  ce  campe- 
ment qu'il  reçut  le  ministre  Thornton,  envoyé  par  l'Angleterre 
pour  lui  demander  la  reprise  des  relations  diplomatiques  avec 
le  Brésil,  rompues  dès  18(53  *.  Lopcz,  qui  s'était  laissé  battre  en 
détail,  sans  savoir  tirer  parti  de  la  superioté  numérique  de  ses 
armées,  évacua  la  province  de  Corrientes  pour  attendre  sur  le 
territoire  du  Paraguay  les  ennemis  qu'il  s'était  faits,  et  auxquels 
il  laissait  ainsi  le  temps  et  la  liberté  nécessaires  à  l'organisation 
des  troupes  et  aux  préparatifs  de  l'attaque. 

En  1866  les  Alliés  se  trouvaient  en  face  du  Paso-dc-la-Patria, 
dans  le  Paranâ,  ayant  réuni  une  armée  qu'ils  croyaient  suffisante 
à  l'offensive,  mais  qui  n'était  pas  supérieure  en  nombre  à  celle 
de  leur  adversaire2.  Les  Brésiliens  commencèrent  par  le  bombar- 
dement des  positions  ennemies  et  l'occupation  de  l'île  d'Itapirû, 
où,  sous  la  conduite  de  Villagran  Cabrita,  ils  repoussèrent  une 
attaque  des  Paraguayens  (10  avril).  Quelques  jours  après,  protégé 
par  l'escadre  impériale,  le  général  Ozorio  (marquis  de  Herval), 
débarqua  avec  10.000  Brésiliens  sur  la  rive  gauche  du  Paraguay 
(16  avril),  remporta  deux  victoires  à  Confluencia  sur  les  troupes 
qui  vinrent  l'attaquer  (16  et  17  avril),  et  occupa  le  fort  d'Itapirû. 
D'autre  part,  l'artillerie  de  l'escadre  brésilienne  ayant  forcé 
Lopez  à  évacuer  les  retranchements  de  Paso-de-la-Patria,  toute 
l'armée  alliée  put  débarquer  librement  sur    les  positions  cou- 

1.  Le  naufrage  d'un  navire  anglais  sur  les  côtes  de  Rio-Grande-du-Sud 
et  l'arrestation  de  quelques  marins  anglais  à  Rio  avaient  donné  lieu  à  ce 
conflit  entre  le  gouvernement  impérial  et  le  ministre  anglais  à  Rio.  Le  roi 
des  Belges  Léopold  lor,  choisi  comme  arbitre,  adonné  une  décision  favorable 
au  Brésil. 

2.  Lopez  attendait  les  Alliés  avec  47  ou  48.000  hommes  dans  les  retran- 
chements de  Paso-de-la-Patria  et  d'Humaïtâ.  11  avait  en  outre  un  corps  d'ob- 
servation  à  Itapua  (3.000  hommes)  et  des  troupes  d'occupation  dans  la  partie 
méridionale  du  Matto-Grosso.  Voici  les  forces  des  Alliés  à  cette  époque 
(mars  1866;  :  l°r  corps  brésilien,  33.078  hommes  (général  Ozorio)  ;  armée 
argentine,  11.500  hommes  (président  Mitre,  général  en  chef  des  Alliés)  ; 
armée  uruguayenne,  1.580  hommes  (général  Flores).  Total,  devant  le  Paso- 
de-la-Patria.  46.258  hommes,  et  l'escadre  brésilienne.  A  cette  même  date 
13.000  Brésiliens  formant  le  2e  corps  d'armée  (général  Porto-Alègre),  se  trou- 
vaient sur  l'Uruguay,  8.498  sur  les  frontières  méridionales  du  Rio-Grande- 
du-Sud.  el  6.361  daDs  la  province  de  Matto-Grosso.  Total  des  Brésiliens, 
60.943  hommes;  des  Argentins  et  Urugayens,  13,000  hommes.  Les  chiffres 
que  nous  donnons  dans  ce  travail  résultent  de  l'examen  des  documents  des 
Alliés  et  de  ceux  de  Lopez,  ainsi  que  des  déclarations  d'un  grand  nombre  d'of- 
ficiers paraguayens. 


180  LE     BRÉSIL     EN     1S89. 

quises  par  Ozorio.  Le  dictateur  transporta  alors  son  quartier- 
général  à  Paso  Pucû,  au  centre  de  plusieurs  lignes  fortifiées 
qui  renfermaienl  un  vaste  terrain  situé  entre  les  batteries 
d'Humaïté  e1  de  Curupaïty,  sur  le  Ûeuve  Paraguay,  el  les  posi- 
tions de  Sauce,  Rojas  el  Espinillo.  Ces  lignes  étaient  presque 
partout  inabordables  car  elles  étaient  construites  derrière  des 
marécages  et  des  petits  lacs.  La  bataille  d'Estero-Bellaco 
(2  mai),  gagnée  par  Ozorio  el  Flores,  et  celle  de  Tuyuty  [24  mai), 
par  le  président  Mitre,  qui  avait  en  sous-ordre  ces  deux 
généraux,  assurèrent  aux  Allies  la  possession  de  la  partie  sud- 
ouest  du  Paraguay,  qu'ils  venaient  d'occuper,  et  forcèrent  Lopez 
à  se  borner  à  La  défensive,  mais  ils  durent  rester  inactifs  devant 
les  retranchements  ennemis,  en  attendant  des  renforts.  Cepen- 
dant, le  16  juillet  ils  s'emparèrent  des  positions  de  Potrero 
Piriz  et  Boqueron,  mais  ils  furent  repoussés  le  18,  à  Sauce.  Les 
premiers  renforts  arrivés,  le  général  brésilien  comte  de  Porto- 
Alégre  (Marques  de  Souza),  appuyé  par  l'escadre  impériale,  prit 
d'assaut  Curuzû,  ouvrage  avancé  de  Curupaïty  (2  septembre),  et, 
ayant  reclamé  des  renforts  pour  pousser  en  avant,  il  s'ensuivit 
entre  les  généraux  alliés  ries  diseussions  pendant  lesquelles 
Lopez  augmenta  les  fortifications  de  Curupaïty.  Enfin,  le  prési- 
dent Milic,  avec  presque  toute  l'armée  argentine,  se  réunit  à 
Porto-Alegre,  et  le  22  septembre  ils  échouèrent  à  l'assaut  de 
Curupaïty. 

Ce  fut  alors  que  D.  Pedro  II  concentra  le  commandement  de 
ses  armées  de  terre  et  de  mer  entre  les  mains  du  maréchal  de 
Caxias,  et  que  la  plus  grande  partie  de  l'armée  argentine  se  retira 
pour  aller  reprimer  des  révoltes  et  des  résistances  de  gouverneurs 
de  province.  En  18G7  (22  juillet),  après  plusieurs  mois  d'inaction 
forcée  (le  choléra  avait  ravagé  les  campements  et  y  faisait  encore 
un  grand  nombre  de  victimes),  Caxias,  resté  général  en  chef  des 
Alliés  après  le  départ  de  Mitre  pour  Buenos- Aires,  commença  ses 
opérations  entre  Humaïtâ  et  les  lignes  de  Paso-Pucû.  Il  partit 
du  camp  retranché  de  Tuyuty,  dont  le  commandement  fut  confié 
à  Porto-Alegre,  et,  par  une  marche  de  flanc,  il  alla  se  placer  au 
nord-est  des  positions  ennemies,  du  côté  Tuyû-Cuê.  Mais  l'armée 
alliée  n'était  pas  assez  nombreuse  pour  investir  complètement 
un   si   vaste    système    de  fortifications1.  Les  cuirassés  brésiliens 

1.  Voici  la  compositioD  de  l'armée  alliée  le  22  juillet  1867  : 
Général  en  chef,  le  maréchal  marquis    puis  due;  de  Caxias.  —  En  marche 
sur  Tuyû-Cuê  avec  le  général  en  chef  :    Brésiliens,    1er  et  3c  corps  d'armée 


ESQUISSE    DE     L  HISTOIRE    DU    BRESIL.  181 

(amiral  Ignacio,  vicomte  (Tlnhaûma)  forcèrent  le  passage  de 
Curupaïty  [iSaoût),  et  commencèrent  le  bombardement  d'Humaïtâ, 

on  attendant  l'arrivée  de  quelques monitors  d'un  faible  tirant  d'eau 
que  le  ministre  de  la  marine  Affonso  Celso  faisait  construire  à 
l'arsenal  de  Rio.  Dans  les  environs  d'Humaïtâ  et  des  campements 
des  Alliés,  eurent  lieu  plusieurs  combats  assez  vifs  entre  les  Brési- 
liens et  l»1^  Paraguayens.  Le  20  septembre  la  division  de  cavalerie 
du  général  And  rade  Neves,  Brésilien,  remportait  la  victoire  de  Pilar. 
Peu  après,  Porto-Alégre  repoussait  l'ennemi  à  EsteroRojas  (24  sep- 
tembre ,  et  la  cavalerie  brésilienne,  sous  la  conduite  du  général 
Victorino  Monteiro,  parvenait  à  détruire  celle  de  l'ennemi  dans 
les  combats  de  Parê-Cuê  (3  octobre)  et  de  Tatayibâ(21  octobre). 
Le  général  Menna  Barreto  (Jean-Emmanuel)  s'emparait  de  Po- 
trero-Obella  (27  octobre)  et  de  Tayi  (2  novembre).  Comprenant 
l'importance  de  cette  opération,  qui  lui  fermait  les  communica- 
tions fluviales  entre  Humaïtâ  et  le  reste  du  pays,  Lopez  envoya 
contre  Tuyuty,  la  base  d'opérations  des  Alliés,  ce  qu'il  avait 
d'hommes  disponibles  sous  la  conduite  du  général  Barrios 
(3  novembre).  Les  Paraguayens  commencèrent  la  journée  en 
s'emparant  facilement  des  retranchements  occupés  par  un  batail- 
lon d'artillerie  brésilien  et  par  quelques  troupes  argentines,  mais 
ils  échouèrent  à  l'assaut  de  la  redoute  centrale,  où  se  trouvait 
Porto-Alegre,  et  subirent  des  pertes  très  grandes  lorsque  ce 
général  put  prendre,  à  son  tour,  l'offensive1. 

sous  le  commandement  des  généraux  Argollo  (vicomte  dTtaparica)  et  Ozorio 
(marquis  d'Herval),  21.521  hommes,  48  canons  ;  Argentins,  6.016  hommes, 
13  canons,  c'est-à-dire  presque  toute  leur  armée  en  opérations,  sous  le 
général  Gelly-y-Obes  ;  Uruguayens,  500  hommes,  6  canons,  sous  le  général 
E.  Castro,  qui  formaient  tout  le  contingent  d'un  des  trois  Alliés.  Total  des 
Allies  en  marche  sur  Tuyû-Cuê,  28.037  hommes.  — Retranchements  de  Tuyuty 
et  de  Paso-de-la-Patria: — Brésiliens,  2e  corps  d'armée,  général  comte  de 
Porto-Alegre  (Marques  de  Souza),  10.331  hommes  et  72  canons;  Argentins, 
sous  le  commandement  du  colonel  Baez  (Paraguayen),  700  hommes  et 
12  canons  (une  «  légion  »  composée  de  300  Paraguayens  faisait  partie  de 
cette  force).  —  Retranchements  du  Chaco  (rive  droite  du  Paraguay),  près  des 
positions  occupées  par  l'escadre  brésilienne  :  Brésiliens,  1.098  hommes, 
colonel,  puis  général,  Gurjâo.  —  Campement  d'Aguapehy  (province  argentine 
de  Corrientes)  :  Brésiliens,  2.600  hommes,  général  Portinho.  Garde  des  dépôts 
et  des  hôpitaux  (Corrientes,  Cerrito,  etc.)  :  Brésiliens,  4.499  hommes.  Les  Bré- 
siliens avaient  à  cette  époque,  outre  les  forces  ci-dessus  déclarées,  10.557  ma- 
lades. —  Province  de  Matto-Grosso  :  Brésiliens,  7,000  hommes. 

Paraguayens  :  L'armée  de  Lopez  à  Humaïtà  et  derrière  les  lignes  de 
Espinillo,  Rojas,  Sauce  et  Curupaity,  comptait  alors  30.000  hommes. 

1.  Le  savant  Agassiz  s'exprime  ainsi  dans  son  Voyage  au  Brésil  :  «  La 
puissance  du  Brésil  s'affirme,  en  ce  moment  même,  par  la  poursuite  de  la 
guerre   la    plus  importante  dont  l'Amérique  du    Sud    ait  été  le  théâtre.  En 


1  32  LE     BRÉSIL     i.  \     1889. 

Le  L9février  L868,  avanl  Le  jour,  sii  petits  cuirassés  brési- 
liens, commandés  par  Delphim  de  Carvalho,  forcèrenl  les  batteries 
d'Humaïtâ,  pendant  que  toute  L'escadre  de  L'amiral  Lnhaiima 
bombardail  les  fortifications  ennomies,  el  que  Caxias  prenail 
d'assaut  Reducto  Cierva,  ou  Kstablecimiento.  Dès  lors,  Lopez  ne 
util  plus  en  sécurité  à  Humaïta,  et,  ayant  essayé  sans  succès 
un  abordage  contre  les  grands  cuirassés  brésiliens  à  l'ancre 
devant  Riod'Oro,  en  aval  d' Humai  té  -1  mars),  il  traversa  Le  lleuvc 
en  face  de  (•••lie  forteresse,  avec  une  partie  do  sod  armée,  pour 
aller  organiser  de  nouvelles  défenses  sur  le  Tebicuary.  Ci  x  ias 
s'empara  <\c>  Lignes  <!•'  Curupaïty,  Sauce,  Hojas  et  Espinillo 
(21  mars),  puis  força  la  garnison  d'Humaïté  à  se  réfugier  sur  la 
rive  droite  du  Paraguay,  <»ù,  après  plusieurs  jours  do  combat  sur 
la Laguna  Veré,,  elle  mit  bas  les  armes  à  Isla-Poî  [5  août).  Mar- 
chant ensuite  vers  Le  nord,  il  s'empara  des  fortifications  duTebi- 
cuary,  el  arriva  à  Palm  as,  devant  de  nouvelles  Lignes  de  défense 
élevées  par  L'ennemi  sur  la  rive  droite  du  Pikysyry,  ei  proti 
par  dc^  marais,  qu'il  ne  put  ni  attaquer  de  front,  ni  tourner.  11  lit 
alors  construire,  sur  la  rive  droite  du  Paraguay  (Chaco  .  une  sorte 
de  chaussée  traversant  des  forêts  inondées  par  les  eaux  du  lleuvc 
(d,  Laissanl  à  Pal  mas  les  Argentins  et  LTrugayens,  ainsi  qu'une 
division  de  son  armée,  il  conduisit  par  cette  route  18.000  Brési- 
liens1, qui,  transportés  par  le-  cuirassés,  débarquèrent  sur  les 
derrières  des  ouvrages  ennemis.  Là  il  gagna  sur  le  général 
Caballero  les  batailles  du  Pont  d'itôrdré  (0  décembre)  (d  d'Avay 
(Il  décembre),  et  dix  jours  après  il  commenci  l'attaque  des 
retranchements  de  Lopez  à  Lomas  Valentinas,  nom  sous  lequel 
sont  désignées  les  collines  de  [ta-Ibaté  et  deCumbarity.  Le  même 
jour   il  décembre)  il  s'emparait  de  la  ligne  du  Pikysyry,  d'une 

effet,  la  lutte  ([no  ?« >ut im t  le  Brésil  n'a  aucun  caractère  égoïste  ;  dans  sa 
querelle  avec  le  Paraguay,  le  peuple  brésilien  doit  être  regardé  comme  le 
porte-drapeau  de  la  civilisation.  Tout  ce  que  je  sais  de  cette  guerre  m'a 
convaincu  qu'elle  a  été  entreprise  par  des  motifs  honorables,  et  qu'en  lais- 
sant de  cr.ir  1rs  petites  intrigues  des  individus, inévitable  suite  -le  ers  grands 
mouvements,  elle  est  conduite  dans  un  esprit  de  désintéressement  absolu. 
!.'•  Brésil,  dans  cette  lutte,  mérite  la  sympathie  dn  momie  civilisé  :  ce  qu'il 
attaque,  c'est  une  organisation  tyran  nique  demi-cléricale  et  demi-militaire 
qui,  eu  prenant  le  titre  de  République,  déshonore  le  beau  uom  qu'elle 
usurp 

l.  Effectif  de  l'armée  alliée  le  5  décembre  1868:  Brésiliens,  24.666  >ans 
compter  911  restés  à  Humaïta  :  Argentins,  4,300  ;  Uruguayens,  300.  Total: 
2'».2iii».  Effectif  de  l'armée  <\<-  Lopez:  corps  du  général  Caballero.  (i.c.uu  hommes  : 
retranchements  de  Lomas  Valentinas  el  du  Pikysyry,  13.000  ;  Angostura, 
1.300  ;  renforts  arrivés,  1.600  hommes.  Total  :  22.:>oii  hommes. 


ESQUISSE    DE    L'illSTOIRE    DU     BRÉSIL.  183 

partie  dos  retranchements  du  quartier  général  ennemi  et  de 
presque  tous  ses  canons.  Les  troupes  restées  à  Palmas  purent 
alors  franchir  le  Pikysyry  et  faire  leur  jonction  avec  Caxias,  et  le 
27  décembre,  les  Alliés  se  rendaient  maîtres  de  Lomas  Yalenti- 
nas.  Lopez  réussit  à  se  sauver  dans  la  direction  de  Cerro  Léon, 
suivi  d'une  cinquantaine  d'officiers  et  soldats,  son  armée  ayant 
été  complètement  détruite  dans  cette  campagne,  la  plus  sanglante 
de  la  guerre  du  Paraguay.  Les  Brésiliens  y  perdirent,  eux  aussi, 
en  lues  et  blessés,  une  grande  partie  de  leur  effectif1.  La 
forteresse  d'Angostura,  où  commandait  l'anglais  Thompson,  se 
rendit  aux  Alliés  (30  décembre),  qui,  aussitôt,  marchèrent  sur 
L'Assomption.  La  ville  était  déserte,  Lopez  ayant  forcé  les  habi- 
tants de  toute  la  rive  gauche  du  Paraguay  à  se  retirer  vers  l'inté- 
rieur. Pendant  sa  fuite  il  rencontra  quelques  troupes  de  renfort 
qui  venaient  le  rejoindre,  et  il  alla  se  fortifier  sur  la  Cordillère 
d'Ascurra,  où  il  parvint  à  organiser  une  nouvelle  armée2. 

Le  maréchal  de  Caxias,  malade,  avait  dû  laisser  le  comman- 
dement de  l'armée  (janvier  1869),  et  partir  pour  Rio.  La  dernière 
campagne  fut  dirigée  par  le  comte  d'Eu  (16  avril  1869 -1er  mars 
1870  ,  qui  prit  d'assaut  la  ville  de  Piribebuy  (12  août,),  écrasa  la 
majeure  partie  de  l'armée  de  Lopez,  conduite  par  Caballero,  à  la 
bataille  de  Campo-Grande  (18  août),  et  fit  poursuivre  les  vaincus 
dans  toutes  les  directions,  au  milieu  des  déserts  et  des  forêts  de 
l'est  et  du  nord  du  Paraguay,  malgré  les  difficultés  immenses 
qu'offrait  l'approvisionnement  des  troupes.  Enfin,  après  plusieurs 
engagements  partiels,  un  de  ses  lieutenants,  le  général  Camara, 
parvint  à  découvrir  et  à  surprendre  (1er  mars  1870)  le  campement 
de  Lopez  à  Cero-Corâ,  sur  un  affluent  de  l'Aquidaban,  près  des 
frontières  de  la  province  brésilienne  de  Matto-Grosso.  Le  dictateur 
n'avait  plus  qu'un  millier  d'hommes  qui  se  dispersèrent  à  l'arrivée 
des  Brésiliens.  Il  fut  tué  pendant  la  fuite,  et  cette  mort  mit  fin  à  la 
guerre  du  Paraguay  3. 

1.  Effectif  de  l'armée  alliée  le  31  décembre  1869  :  Brésiliens,  17.857  hommes 
(16.455  en  marche  sur  l'Assomption,  922  à  Villeta,  480  à  Humaïtà)  ;  Argentins, 
4.000  ;  Uruguayens,  300. 

■1.  La  nouvelle  armée  que  Lopez  avait  organisée  pour  cette  dernière  cam- 
pagne se  composait  de  16.000  hommes.  Celle  des  Alliés  était  formée  par  25.000 
Brésiliens,  3.000  Argentins  et  300  Urugayens. 

3.  Cette  guerre  a  coûté  au  Brésil  un  milliard  et  demi  de  francs 
(630  mille  contos). 

Voici  la  statistique  aussi  exacte  que  possible,  des  pertes  que  les  combats 
ont  occasionnés  aux  Alliés  et  au  dictateur  Lopez  : 

Brésiliens  :  5.858  tués  (dont  563  officiers)  ;    24.804  blessés  (2.051  officiers)  ; 


184  LE    BRÉSIL    EN    1889. 

Dès  L869  l  '  février  ,  après  les  victoires  du  maréchal  de  Caxias, 
le  ministre  des  affaires  étrangères  du  Brésil,  Silva-Paranhos, 
avait  été  envoyé  au  Paraguay  pour  diriger  la  réorganisation  du 
Le  Lo  août  (1869)  un  gouvernement  provisoire,  composé  de 
trois  Paraguayens,  fut  installé  à  l'Assomption  sous  les  auspices 
des  Alliés  '.  Ce  gouvernement  décréta,  sur  la  demande  du  comte 
d'Eu,  l'abolition  de  l'esclavage  au  Paraguay  (2  octobre  1869),  et 
signa  avec  les  Alliés  la  convention  préliminaire  de  paix  du 
2(i  juin  1S70.  Le  traité  définitif,  ainsi  que  celui  de  limites  (9  jan- 
vier 1872)  furent  négociés  à  L'Assomption  parle  baron  de  Cotegipe. 
Le  Brésil  se  contenta  des  frontières  dont  il  était  en  possession 
depuis  le  xvnie  siècle,  et  maintint  au  Paraguay  une  petite  armée 
et  une  escadre  pour  défendre  le  nouveau  gouvernement  et 
assurer  l'indépendance  de  cet  Etat,  qu'il  avait  déjà  protégé 
contre  l'ambition  du  dictateur  argentin  Rosas  (1845-1852).  Les 
dernières  troupes  brésiliennes  évacuèrent  le  Paraguay  le 
22  juin  1876  après  le  règlement  de  la  question  de  limites  entre 
le  Paraguay  et  la  République  Argentine. 

Le  parti  conservateur  était  revenu  aux  affaires,  le  1G  juillet 
L868,  avec  le  ministère  présidé  par  le  vicomte  d'Itaborahy,  qui 
employa,  comme  le  cabinet  précédent,  de  Zacarias  de  Vascon- 
cellos,  la  plus  grande  énergie  à  terminer  la  guerre  du  Para- 
guay ,  et  s'occupa  d'améliorer  la  situation  des  finances  de  l'Em- 
pire. 

L'abolition  de  l'esclavage  était  devenue  une  des  grandes  préoc- 
cupations de  Dom  Pedro  II  et  des  hommes  politiques  brésiliens, 
surtout  après  la  lutte  sanglante  dont  les  Etats-Unis  furent  le 
théâtre.  En  1866  (23  janvier),  l'Empereur  avait  accueilli  avec 
faveur  un  plan  d'abolition  graduelle  qui  lui  avait  été  présenté  par 
le  sénateur  Pimenta  Bueno,   créé  peu  après  vicomte   et  marquis 


1.592    disparus  et    prisonniers    (39  officiers);   total,  32, 254  hommes  hors  de 
combat    2.653  officiers). 

Argentins:     1,572  tués    (105  officiers),   4.026   blessés    (374  officiers),   343 
prisonniers  (1G  officiers)  ;    total,  5.944  hommes  (495  officiers). 

Urugayens  :  188  tués   (40  officiers),  704  blessés  (73    officiers;   total:  1.192 
hommes    L13  officiers). 

/     apitulalion  :  39.390  homme?  hors  de  combat,  dont  3.261  officiers. 

Paraguayens:  environ  85.000  tués,  blesses  ou  prisonniers. 

1.  Ce  fut  avec  des  prisonniers  de  guerre,  mis  en  liberté  parles  Alliés 
avec  les  vieillards,  les  femmes  et  les  enfants,  affranchis  de   la    tyrannie  de 
Lopez   par  les  expéditions  brésiliennes  envoyées  aux   forêts   de   l'intérieur, 
<pie  le  Brésil  a  pu  faire  renaître  le  Paraguay  et  ce  peuple   epae  le    dictateur 
avait  cherché  à  anéantir. 


ESQUISSE    DE     L'niSTOIRE     DU     BRÉSIL.  185 

de  Silo  Yicente1.  Ce  projet,  qui  répondait  entièrement  aux  vues 
de  l'Empereur,  fut  étudié  par  le  conseil  d'Etat  (1867-G8),  adopté 
avec  quelques  modifications,  mais  ajourné  pendant  la  durée  de 
la  guerre.  C'était  pour  le  Brésil  une  question  difficile,  car  tout  le 
travail  agricole  était  entre  les  mains  des  esclaves,  qui  formaient 
alors  un  cinquième  de  la  population  totale  de  l'Empire.  En  1870, 
après  le  rétablissement  de  la  paix,  la  Chambre  nomma,  sur  la 
proposition  du  député  Teixeira  junior,  aujourd'hui  vicomte  de 
Cruzeiro,  une  commission  dont  la  majorité,  composée  d'abolition- 
nistes,  rédigea  un  projet  (15  août)  identique  au  système  proposé 
par  le  marquis  de  Sâo  Vicente.  Des  divergences  d'opinion  entre 
les  ministres  amenèrent  alors  le  cabinet  Itaborahy  à  résigner  le 
pouvoir.  Sào  Yicente,  qui  était  aussi  un  des  chefs  du  parti  conser- 
vateur, et  à  qui  appartenait  l'honneur  de  l'initiative  dans  cette 
réforme,  fut  chargé  par  l'Empereur  d'organiser  le  nouveau  minis- 
tère (29  septembre  1870)  ;  mais  bientôt,  avant  laVentrée  des  Cham- 
bres, ce  savant  jurisconsulte  et  homme  d'Etat  se  retira,  décou- 
ragé devant  les  attaques  des  journalistes  de  l'opposition.  Le 
vicomte  de  Rio-Branco  (Silva-Paranhos)  forma  un  autre  cabinet 
conservateur  (7  mars  1871),  qui,  après  une  lutte  parlementaire 
de  cinq  mois,  réussit,  malgré  une  nombreuse  opposition,  à  faire 
triompher  la  première  loi  d'émancipation  graduelle  (28  septembre), 
sanctionnée  le  même  jour  par  la  princesse  impériale  Dona  Izabel, 
qui  était  la  régente  de  l'Empire  pendant  le  premier  voyage  de 
Dom  Pedro  II  en  Europe 2.  Cette  loi  déclarait  désormais  libres 
tous  les  enfants  nés  au  Brésil,  facilitait  les  manumissions,  et 
créait  un  fonds  spécial  destiné  à  racheter  chaque  année  un 
certain  nombre  d'esclaves3. 

1.  Le  député  Joaquim  Nabuco,  que  M.  E.  Levasseur,  de  l'Institut,  a 
surnommé  avec  raison  le  «  Buxton  brésilien  »,  a  écrit  les  lignes  suivantes 
dans  un  livre  publié  à  Londres  en  1883  :  «  Il  est  certain  que  l'action  person- 
nelle de  l'Empereur  s'est  exercée,  surtout  depuis  1845  jusqu'en  1850,  dans  le 
sens  de  la  suppression  de  la  traite,  et,  depuis  1866  jusqu'en  1871,  en  faveur 
de  l'émancipation  des  enfants  nés  de  mères  esclaves.  C'est  cette  influence  qui 
a  produit  la  loi  Eusebio  de  Queirôs  en  1851  et  la  loi  Rio-Branco  en  1871.  Ce 
fait  là,  si  le  souverain  voulait  écrire  ses  mémoires  et  raconter  l'histoire  de 
ses  divers  ministères,  il  pourrait  le  prouver  par  un  très  grand  nombre  de 
documents.  La  part  qui  revient  à  l'empereur,  dans  tout  ce  qui  a  été  exécuté 
pour  la  cause  de  la  libération  est  très  grande,  elle  est  essentielle.    » 

2.  65  députés  se  prononcèrent  pour  l'émancipation,  45  contre  (7  députés 
étaient  absents  et  2  sièges  vacants).  Au  Sénat  la  majorité  fut  grande  :  33  pour 
la  réforme,  7  contre  (16  sénateurs  étaient  absents  et  2  sièges  vacants). 

3.  Voir  sur  cette  loi  Michaux-Bellaire,  Considérations  sur  l'abolition  de 
l'esclavage  au  Brésil,  Paris,  1876;  et  L.  Couty,  L'esclavage  au  Brésil,  Paris  1881. 
—  Nous    avons   déjà   fait  mention    d'un    des  précurseurs  de  cette  cause  de 


LE     BRÉSIL     l'N      1889. 

La  discussion  de  la  réforme  avail  amené  la  scission  <lu  parti 
conservateur.  Un  grand  nombre  de  députés  et  quelques  séna- 
teurs se  séparèrent  du  cabinet  et,  dirigés  par  l'ancien  ministre 
Paulino  de  Souza,  ils  continuèrent  à  le  combattre  jusqu'en  L875- 
A  cette  époque  le  \  icomte  de  Rio-Branco  ayant  donné  sa  Rémis- 
sion, le  duc  de  Caxias l  forma  un  nouveau  ministère  (25  juin)  qui 
parvint  à  rétablir  l'union  des  conservateurs. 

Uni'  réforme  électorale,  votée  celle  même  année,  tout  en 
maintenant  L'élection  à  deux  degrés,  qui  existait  depuis  la  fonda- 
tion de  L'Empire,  établissait  le  vole  incomplet  avec  le  scrutin  de 
liste  ;  mais  l'opposition  Libérale  el  un  grand  nombre  de  conserva- 
teurs, parmi  Lesquels  Le  baron  de  Cotegipe  et  le  conseiller 
Paulino  de  Souza.  réclamaient  depuis  quelque  temps  l'élection 
directe.  Du  5  janvier  1S7S  au  20  août  1885,  le  gouvernement  fut 
aux  mains  des  libéraux.  Leur  premier  ministère,  présidé  par  le 
conseiller  Cansansâo  de  Sinimbu  tenta  cette  réforme  et  échoua 
devant  l'opposition  des  conservateurs  au  Sénat.  Son  successeur, 
le  conseiller  Saraiva  (28  mars  1880),  réussit  à  la  réaliser 
L'appui  du  baron  de  Cotegipe.  qui  était  devenu  le  chef  des  conser- 
vateurs, et  la  loi  du  9  janvier  188J  établit  enfin  le  suffrage  direct, 
et,  pour  l'élection  des  députés,  le  scrutin  d'arrondissement. 

Sous  ce  dernier  ministère  un  groupe,  d'abord  peu  nombreux, 
formé  d'hommes  appartenant  à  tous  les  partis,  commença  à 
agiter  l'opinion  et  à  demander  qu'une  date  fut  fixée  pour  l'abo- 
lition totale  de  l'esclavage.  11  se  composait  de  quelques  rares 
membres  du  Parlement,  entre  autres  le  député  Joaquim  Xabuco, 
et  de  plusieursjournalistes,  parmi  lesquels  il  faut  citer  en  première 

l'émancipation  an  Brésil,  l'abbé  Manoel  Ribeiro  Rocba  (1758  .  En  1810,  an 
magistrat,  Velloso  de  Oliveira,  de  la  province  de  Sâo  Paulo,  dans  un  mémoire 
adressé  à  Jean  VI,  alors  prince  régent,  demandait  la  liberté  des  enfants  qui 
naîtraient  de  mères  esclaves.  Hippolyte  da  Costa  Pereira,  dans  le  Correio 
Braziliense  (1808-22  signalail  L'émancipation  graduelle  des  esclaves  comme 
une  nécessité  pour  le  Brésil.  En  1822,  un  député  de  Babia,  Borges  de  Barros 
(depuis  vicomte  de  Pedra-Branca),  proposait  au  Cortès  constituantes  de  Lis- 
bonne,  sans  aucun  succès,  un  projet  d'émancipation  graduelle.  En  1825,  José 
Bonifacio  de Andrada  e  Silva  publiait  un  autre  projet  d'émancipation  pro- 
gressive. Le  18  mai  1830,  Antoine  Ferreira  França  présentait  à  la  Chambre  des 
députés  un  projet  pour  l'émancipation  graduelle  de  l'esclavage,  qui  devrait 
finir  entièremenl  le  25  mars  1881,  cl  trois  ans  après  (8  juin  1833),  un  autre 
projet  déclarant  Libres  tous  Les  uouveau-nés.  La  Chambre  refusa  de  discuter 
ces   deux  propositions. 

1.  Le  maréchal  de  Caxias,  né  à  Estrella  (province  de  Rio-de-Janeiro)  le 
2."»  août  1803,  est  morl  à Santa-Monica  (même  province)  le  7  mai  1880.  Quelques 
'"ois  après  L«»  nov.  Le  vicomte  de  Rio-Branco  (né  à  Bahia  le  L6  mars  1816) 
mourait  à  Rio-de-Janeiro. 


ESQUISSE     DE     L' HISTOIRE    DU     BRÉSIL.  187 

Kgne  Ferreira  de  Menezes  el  José  do  Patrocinio.  L'agitation  alla  en 
grandissanl  sous  les  ministères  MartinhoCampos  (21  janvier  1882), 
Paranagué  3  juillet  1882)  el  Lafayette  Pereira  (21  mai  1883). 

En  1884  les  provinces  de  Ceara  et  d'Amazonas  affranchirent 
leurs  esclaves,  et  la  même  année  le  ministère  Dantas  (du  6  juin), 
vivement  appuyé  par  l'Kmpereur  et  par  les  abolitionnistes, 
demanda  au  Parlement  la  libération  des  esclaves  à  partir  de  l'âge 
de  soixante  ans.  Une  coalition  de  quelques  libéraux  et  de  presque 
tous  les  députés  conservateurs  repoussa  cette  proposition  par 
une  motion  contre  le  ministère1,  et  l'Empereur  prononça  la  disso- 
lu! ion  de  la  Chambre;  mais  les  élections  générales  ne  changèrent 
pas  notablement  la  force  relative  des  partis,  et  à  la  rentrée  le 
ministère  dut  se  retirer  après  avoir  subi  un  second  échec  2.  Cepen- 
dant la  discussion  engagée  dans  le  Parlement  et  dans  la  presse 
avait  donné  une  grandeimpulsion  à  l'idée  aboli  tionniste.  Le  conseil- 
ler Saraiva  forma  un  nouveau  ministère  libéral  (6  mai  1885),  qui, 
avec  l'appui  des  conservateurs,  fît  triompher  à  la  Chambre  un 
projet  qui  déclarait  libres  les  esclaves  âgés  de  soixante  ans,  à 
condition  qu'ils  serviraient  encore  trois  ans  leurs  anciens  maîtres, 
fixait  un  tarif  de  la  valeur  des  esclaves  décroissant  avec  les 
années,  augmentait  les  fonds  destinés  au  rachat  annuel  des 
esclaves,  et  appliquait  certains  impôts  à  encourager  l'immigra- 
tion européenne.  La  discussion  de  ce  projet  fut  continuée  au 
Sénat  sous  la  direction  d'un  ministère  conservateur  organisé  le 
20  août  par  le  baron  de  Cotegipe,  et  la  nouvelle  loi  fut  promul- 
guée   le  28  septembre  1885. 

Le  nombre  des  esclaves,  qui  était  d'environ  1.800.000  en  1870, 
de  1.584.000  en  1873,  de  1.050.000  en  1885,  se  trouvait  réduit  à 
7 13.419  en  1887.  Il  y  avait  en  outre  (mars  1887)  plus  de  500.000  en- 
fants d'esclaves3,  nés  libres  en  vertu  delaloi  de  1871,  et  18. 946  sexa- 
génaires qui  devaient  encore  des  années  de  service. 

Cette  même  année  les  sénateurs  Corrêa  de  Oliveira  (Jean- 
Alfred)  et  Antonio  Prado,  deux  chefs  conservateurs,  se  pronon- 
cèrent pour  la  nécessité  d'une  nouvelle  loi,  et  ce  dernier  se  mit  à 
la  tête  de  la  propagande  dans  la  province  de  Sao-Paulo.  Un  grand 

!.  Cette  motion  fut  adoptée  par  59  voix  (42  députés  conservateurs  et 
17  libéraux    contre  52  (48  libéraux  et  4  conservateurs). 

2.  Cinquante  députés,  dont  43  libéraux,  3  conservateurs  et  2  républicains 
votèrent  pour  le  cabinet  ;  cinquante-deux  contre  (43  conservateurs,  9  libéraux), 

3.  Le  30  juin  1885  il  y  avait  439.831  enfants  d'esclaves,  nés  libres,  mais 
qui  étaient  au  service  des  maîtres  de  leurs  mères. 


188  LK     BRÉSIL     EN     18  80. 

oombre  de  planteurs,  parmi  Lesquels  tous  les  membres  de  la 
famille  Prado,  commencèrent  a  Libérer  leurs  esclaves,  et  ce  mou- 
vement de  générosité  gagna  le  pays  toul  entier.  Le  10  mars  isss 
Le  ministère  Gotegipe  ayant  donné  sa  démission,  La  princesse 
impériale  régente  chargea  Le  conseiller  Corrêa  de  Oliveira  de  for- 
un  t  un  nouveau  ministère, et  cet  homme  d'Etat  s'adjoignil  comme 
collègue  le  conseiller  Antonio  Prado.  Enfin,  après  quatre  jours 
de  discussion,  les  deux  Chambres  votèrenl  presque  à  l'unanimité, 
au  milieu  de  l'enthousiasme  général,  la  loi  du  \',\  mai  1SS8  qui  a 
aboli  complètement  dès  cette  date,  et  sans  aucune  restriction, 
l'esclavage  au  Brésil {. 

Pendant  le  règne  actuel,  et  par  suite  des  voyages  de  l'empe- 
reur à  l'étranger,  la  princesse  impériale  Doua  Izabel  a  eu  trois 
fois  la  régence  de  l'Empire  :  du  25  mai  1871  au  30  mars  1872,  du 
2G  mars  1S7C»  au  25  septembre  1877  et  du  30  juin  1887  au  21 
août  1888. 

Depuis  une  quarantaine  d'années,  le  Brésil,  pacifié  à  l'inté- 
rieur, a  fait  de  grands  efforts,  sous  la  direction  de  l'empereur 
Dom  Pedro  II,  pour  répandre  l'instruction,  pour  élever  le  niveau 
de  l'enseignement,  pour  développer  l'agriculture,  l'industrie  et  le 
commerce,  et  pour  tirer  partie  des  richesses  naturelles  du  sol  par 
la  construction  de  voies  ferrées,  par  l'établissement  de  lignes  de 
navigation  et  par  des  faveurs  accordées  aux  immigrants.  Les 
résultats  obtenus  depuis  la  clôture  de  la  période  révolutionnaire 
sont  déjà  considérables  :  nulle  part  en  Amérique,  sauf  aux  Etats- 
Unis  et  au  Canada,  la  marche  du  progrès  n'a  été  plus  ferme  ni 
plus  rapide. 

i.  La  Chambre  des  députés  se  compose  aujourd'hui  de  125  membres, 
mais  :j  sièges  étaient  vacants,  et  22  conservateurs  et  7  libéraux  n'étaient  pas 
présents  au  vote.  Quatre-vingt-quatre  députés  (64  conservateurs  et  20  libé- 
raux) votèrent  pour  l'abolition;  9  conservateurs,  contre. 

Au  Sénat,  composé  de  60  membres,  quarante-trois  (19  conservateurs  et 
2t  littéraux  ont  voté  pour  la  loi,  6  conservateurs  contre.  Cinq  conserva- 
teurs et  quatre  libéraux  étaient  absents  et  3  sièges  vacants. 


CHAPITRE  VI 

POPILVTIOX,    TERRITOIRE,    ÉLECTORAT 

Par  M.  J.-P.  FAVILLA-NUNES1 


I.  Population.  —  En  dehors  d'une  tentative  d'enrôlement  de 
la  population  faite  par  M.  le  conseiller  Paulino  de  Souza,  nous 
n'avons  encore  eu  au  Brésil  qu'un  seul  recensement  général, 
opéré  en  1872,  il  y  a  près  de  dix-sept  ans,  parles  soins  de  M.  le 
conseiller  Joâo-Alfredo,  alors  ministre  de  l'intérieur.  C'est  la 
seule  base  sérieuse  que  nous  possédions  pour  nos  études  de  dé- 
mographie. Dans  la  ville  de  Rio-de-Janeiro,  on  a  procédé  à  plu- 
sieurs recensements  locaux  à  différentes  époques.  Le  premier  de 
ces  recensements  partiels  eut  lieu  en  1799,  par  ordre  du  comte 
de  Rezende,  alors  vice-roi  du  Brésil  colonial.  Le  second  fut  effec- 
tué sous  le  règne  du  roi  de  Portugal  Dom  Jean  VI,  en  1821. 

Le  troisième  fut  effectué  en  1838  par  les  soins  de  feu  le 
conseiller  Bernardo  de  Vasconcellos,  alors  ministre  de  l'intérieur. 
Enfin,  en  1849,  on  procéda  à  un  nouveau  recensement  à  Rio-de- 
Janeiro  par  ordre  de  feu  le  conseiller  Eusebio  de  Queiroz,  alors 
ministre  de  la  justice. 

Le  recensement  de  1872  donnait  au  Brésil  une  population  de 
9.930.478  habitants.  Mais  ce  recensement  était  incomplet.  Il  ne 
comprenait  ni  32  paroisses  dans  tout  l'Empire,  ni  10.993  Indiens 
localisés  dans  des  hameaux  de  la  province  de  Maragnon,  ni 
4.059  habitants  de  la  province  de  Rio-de-Janeiro. 

1.  M.  Favilla-Xunes  s'est  fait  connaître  au  Brésil  par  une  série  d'études 
de  statistique  dont  quelques-unes  ont  été  publiées  par  les  soins  du  Gouver- 
nement. Cette  notice,  que  nous  avons  arrangée,  est  empruntée  à  Tune  de 
ces  études  qu'il  nous  a  envoyée. 


l'jo  LE     BRÉSIL     EN      1889. 

Celle  population  de  9.930.478  habitants  comprenait  8.419.672 
citoyens  et  1 .510.806  esclaves,  car  L'esclavage  existait  encore  à  cette 
époque  là.  Au  point  de  vue  de  la  race,  ces  (.). 930.  178  habitants  se 
répartissaienl  en  3.80i  782  habitants  mulâtres  et  métis,  3.787.289 
habitants  de  race  caucasienne,  L. 959. 452  habitants  de  race  afri- 
caine, et  386.955  habitants  de  race  indienne-américaine.  Au  point 
de  vue  du  sexe,  on  comptai!  5. 1 23.869  habitants  du  sexe  masculin, 
dont  4.318.699  libres  et805.170  esclaves;  et  1.806.609  habitants 
du  sexe  féminin,  dont  1.100.973  libres  et  705.636  esclaves.  Au 
point  de  vue  de  la  religion,  on  comptait  9.902.712  habitants 
catholiques,  dont  8.391.906  libres  et  1.510.806  esclave-,  et 
27.766  habitants  non-catholiques,  tous  libres.  Au  point  de  vue  de 
la  nationalité,  la  population  libre  (8.419.672)  se  répartissait  en 
8.176.191  Brésiliens  et  243.481  étrangers. 

Celte  population  n'a  pu  rester  stationnaire  eu  aucune  manière 
depuis  cette  époque.  N'ayant  aucune  base  proportionnelle  pour 
en  faire  l'estimation,  on  L'a  calculée  d'une  manière  plus  ou  moins 
divergente. 

.Nous  essayons  aujourd'hui  une  estimation  rapprochée  de  la 
réalité,  et  nous  l'établissons  sur  des  coefficients  raisonnables  et 
aussi  exacts  <|ue  possible. 

En  calculant  en  général  les  naissances  probables  à  4  pour  100 
de  la  population  et  les  décès  à  2  pour  100,  la  différence  en  faveur 
de  la  natalité  est  de  2  pour  100.  Ce  calcul  ne  s'applique  qu'aux 
provinces  qui  ne  reçoivent  pas  encore  un  nombre  sensible  d'im- 
migrants, et  il  faut  se  rappeler  que  les  populations  rurales  ou  les 
populations  disséminées  sur  de  vastes  territoires,  comme  cela 
arrive  au  Brésil,  ont  plus  d'éléments  de  vitalité  et  de  fécondité 
que  les  populations  urbaines  ou  accumulées  sur  un  petit  es- 
pace. 

Aussi  donnons-nous  pour  chacune  des  provinces  que  nous 
allons  énumérer  la  proportion  suivante  d'augmentation  annuelle 
parlOO  habitants:  Maragnon,  Piauhy,  Céarâ,  Rio-Grande-du-Nord, 
Pernambuco,  Aiagôas,  Sergipe,  Bahia,  Goyaz  et  Matto-Grosso, 
-2  pour  L00:  —  Amazon  as,  qui  a  reçu  un  certain  nombre  d'immi- 
grants, 2,5  pour  100  ;  Para,  Espirito-Santo,  Rio-de-Janeiro  (ville), 
Rio-de-Janeiro  (province),  Paranâ,  Santa-Catharina,  Rio-Grande- 
du-Sud  et  Minas-Geraes,  3  pour  100;  San-Paulo,  3,5 pour  100. 

L'augmentation  de  la  population  produite  parles  Immigrants 
se  trouve  donc  être  la  suivante  [tendant  les  seize  années  écoulées 
depuis   1S72: 


POPULATION,      TERRITOIRE,      ÉLECTORAL  191 

Provinces.  Augm.  ann.  par  100  hab.      Total  en  1G  années 

rYmazonas 

Paré 


Espirito-Santo 

Rio-de-Janeiro  (ville) 

Rio-de-Janeiro  (province). 

Saa-Paulo 

Paranë 

Santa-Catharina 

Rio-Grande-du-Sud 

Minas-Geraes 


0,5.... 

1,0 

1,0.... 
1,0.... 
1,0.... 
1,5.... 
1,0.... 
1,0.... 
1,0.... 
1,0..., 

Total.. 


11.521 

44.037 
13.141 

43.995 

125.885 

175.843 

20.095 

25.514 

69.570 

326.357 

855.958 


Ce  calcul  donne  une  moyenne  annuelle  de  53.497  immigrants 
pour  tout  l'Empire.  On  ne  peut  pas  trouver  ce  chiffre  exagéré, 
car  le  seul  port  de  Rio-de-Janeiro  a  reçu,  pendant  les  dix  années 
écoulées  de  1875  à  1884,  comprises  dans  la  période  dont  nous 
nous  occupons,  228.407  immigrants,  et  pendant  les  quinze  années 
écoulées  de  1870  à  1884  le  nombre  des  immigrants  débarqués  à 
Rio-dc-.Ianeiro  a  été  de  303.179. 

La  population  entière  du  Brésil  se  répartissait  de  la  manière 
suivante,  selon  le  recensement  de  1872  : 


PROVINCE: 


Amazonas 



Maranhào 

l'iauli\ 



Rio-Granile-du-Xonl 
Parahyba-du-Nord  . . 
Pernambuco 



Bahia 

Espirito-Santo 

Rio-de-Janeiro 

ulo 

Paranâ 

Santa-Catharina  . . . 
Rio-Grande-du-Sud. 



Goyaz 

Matto-Gr  isso 

Total 


POPULATION 

POPULATION 

TOTAL 

LIBRE 

ESCLAVE 

56.631 

979 

57.610 

247.779 

27.458 

L75.237 

284.101 

74.939 

359.040 

178.427 

23.795 

202.222 

689.773 

31.913 

721.689 

220.959 

13.020 

233.979 

354.700 

21.526 

376.226 

752.511 

89.028 

841.539 

312.268 

35.741 

348.009 

153.620 

22.623 

176.213 

1.211.792 

167.824 

1.379.613 

59.478 

22.659 

82.137 

226.033 

48.939 

274.972 

490.087 

£92.637 

782.724 

680.742 

156.612 

837.354 

116.162 

10.560 

126.722 

144.818 

14.984 

159.802 

367.022 

67.791 

434.816 

1.669.276 

370.459 

2.039.735 

149.743 

10.652 

160.395 

53.750 

6.667 

60.417 

8.429.672 

1.510.806 

9.930.478 

192 


LE     BRÉSIL     EN     18  89. 


Cette  même  population,  calculée  d'après  nos  indications  pré« 
cédentes,  donne,  pour  L'année  1888,  1rs  résultats  suivants: 


PROVINCES 


\i  GMBH  rATIO 

annuelle 

par  ioo  bah 


Amazonas 

l'ara    

Maragnon 

l'iauliy 

Cearâ  

Elio-Grande-du-Nord 

Parahyba 

Pernambuco 

Alagoas 

Sergipe 

Bahia 

Espirito-Santo 

Municipe  neutre.. . 

Rio  de-Janeiro 

San-Paulo 

Parana 

Santa-Catharina  . . . 
Rio  i  irande-du-Sud. 

Minas-Geraes 

Goyaz 

Matto-Grosso 

Total. . . 


AUJllKM.UIiiN 


23.014 
132.113 
118.410 

64.711 

230.939 

74.813 

120.392 

2G9.292 

111.362 

50.397 

441.  176 

39.42S 

131.986 

377.655 

408.918 

00.826 

7U.544 

208.711 

97!).  072 

51.326 

19.333 


4.050.805 


POPULATION 
on  1888. 


80.054 
407.350 
188.443 

952.625 

308.852 
49(3.618 

1.110.831 
459.371 
232.640 

1.821.083 
121.562 
406.958 

l. 164.438 

1.306.272 
187.548 
236.340 
613.527 

3.018.807 

211.721 

79.750 


11.0U2.335 


Dans  ce  calcul  nous  avons  tenu  compte  des  10.993  Indiens  de 
la  province  de  Maragnon  et  des  4.059  habitants  de  l'une  des 
paroisses  de  la  province  de  Uio-de-Janeiro  qui  n'avaient  pas  été 
compris  dans  le  recensement  de  1872.  Mais  nous  avons  négligé 
les  32  paroisses  qui  n'ont  pas  été  comprises  dans  le  recensement 
de  1872  dans  les  provinces  de  Maragnon,  Piauhy,  Sergipe,  Rio-de- 
Janeiro,  Uio-Grande-du-Sud  et  Minas-Geraes.  Nous  n'avions 
aucune  base  pour  en  faire  une  estimation,  même  approximative. 

Le  tableau  suivant  renferme  toutes  les  données  relatives  à  La 
population  du  Brésil  : 


POPULATION,  TERRITOIRE,  ÉLECTORAT, 


193 


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l',U  LE     BRÉSIL     EN     18  80. 

II.  Territoire. —  D'après  Les  meilleurs  calculs  il  semble  établi 
que  La  superficie  totale  du  Brésil  embrasse  une  superficie  de 
8.337.218  kilomètres  carrés,  soit  85  [tour  100  du  territoire  de 
L'Europe  entière. 

Detousles  pays  d'Euro] t  d'Amérique,  si  Ton  en  exclut  les 

possessions  et  domaines,  c'est  le  Brésil  qui  a  la  plus  grande  su- 
perficie. 

Les  États-Unis  de  l'Amérique  du  .Nord  avec  ses  38  États 
comptent  4.404.668  kilomètres  carrés,  et  3.926.692  kilomètres 
carrés  de  plus  appartenant  aux  territoires  annexes,  au  territoire 
indien,  à  celui  d'Alaska  et  aux  baies  de  Delaware,  Raritan  et 
New-York. 

En  Europe,  L'État  qui  a  le  plus  vaste  territoire  est  la  Russie, 
avec  5.016.024  kilomètres  carrés,  3.321.194  kilomètres  carrés  de 
moins  que  le  Brésil.  Cependant.,  L'empire  russe  est  le  plus  grand 
pays  du  inonde  au  point  de  vue  de  la  superficie,  car,  ;ivec  la 
Sibérie,  le  Caucase,  l'Asie  centrale,  en  Asie,  et  Le  Grand-Duché  de 
Finlande,  en  Europe,  il  a  21.702.230  kilomètres  carrés  de  super- 
ficie. 

La  grande-Bretagne  vient  après.  En  Europe,  elle  n'a,  avec 
l'Irlande,  que  314.951  kilomètres  carrés  ;  mais  avec  l'empire  des 
Indes  et  les  autres  possessions  elle  a  un  territoire  de  20.135.547 
kilomètres  canes. 

La  Chine  proprement  dite  est  plus  petite  que  le  Brésil,  car 
elle  compte  à  peine  4.024.690  kilomètres  carrés  ;  mais  avec  la 
Mandchourie,  la  Mongolie,  le  Tibet,  le  Dsoungarie,  le  Tourkistan 
de  l'Est  et  la  Corée,  elle  aune  superficie  de  11.792.548  kilomètres 
carrés. 

Le  territoire  du  Brésil  se  divise  comme  suit  : 

Kilomètres  carrés. 

Amazonas 1.897.020 

Paré 1.149.712 

Maranhâo 459.884 

Piauhy 301.797 

Ce  na 10Ï.250 

Rio-Grande-du-Nord 57.485 

Parahyba 7ï.7.;i 

Pernambuco 128.395 


A  reporter 4.173.274 


POPULATION,     TERRITOIRE,     ÉLECTORAL  19*. 

Report 4.173.274 

AJagôas 58. 491 

Sergipe 19.090 

Bahia 426.427 

Espirito-Santo 44.839 

Municipe  neutre 1.394 

Rio-de-Janeiro 68.982 

S.  Paulo 290.876 

Parané 221.319 

Santa-Catharina 74.156 

Rio-Grande-du-Sud 236.553 

Minas-Geraes 574.855 

Goyaz 747.311 

Matto-Grosso 1.379.651 


Total 8.337.218 

La  province  la  plus  petite  est  celle  de  Sergipe,  qui  n'a  que 
39.090  kilomètres  carrés.  Malgré  cela,  elle  est  encore  plus  grande 
que  le  Danemark,  que  les  Pays-Bas,  que  la  Belgique,  que  les 
Républiques  de  Haïti  et  de  San-Salvador  et  que  beaucoup  d'autres 
États. 

La  plus  grande  est  celle  de  l'Amazonas,  avec  1.897.020  kilo- 
mètres carrés.  Elle  se  divise  en  15  Municipes,  de  sorte  que  cha- 
cun d'eux  a  une  superficie  moyenne  de  126.468  kilomètres  carrés, 
lu  Municipe  quelconque  de  cette  province  est  donc  plus  étendu 
que  le  Portugal,  la  Bavière,  la  Grèce,  la  Bulgarie,  la  Serbie  ou 
la  Suisse. 

Exception  faite  de  la  Russie,  n'importe  lequel  des  autres 
Etats  de  l'Europe  est  plus  petit  que  l'une  des  provinces  de  l'Ama- 
zonas, de  Para,  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso. 

Cette  dernière  province  se  compose  de  10  Municipes,  ayant 
chacun  en  moyenne  une  superficie  de  137.965  kilomètres  carrés. 
Mais  il  y  en  a  un,  le  Municipe  de  Santa- Anna-do-Parnahyba,  qui  ne 
se  compose  que  d'une  paroisse  ayant  une  superficie  de  158.273 
kilomètres  carrés. 

Nous  allons  donner  le  territoire  du  Brésil  et  ses  vingt  pro- 
vinces séparément,  en  le  comparant  à  celui  de  divers  pays  du 
globe  : 


196  LE     BRÉSIL     EN     1S89. 

Kilomètres   carrés. 

Russie,  avec  la  Finlande,  la  Sibérie  et  le 

Caucase 21.702.230 

Angleterre,   avec  les  Indes   et  toutes 

possessions 20.135..Vi7 

Sibérie 12.495.109 

Chine,  Mandchourie  et  pays  sujets  à  la 

Couronne 1 1 .  7(.i2..Vitt 

Etats  de  l'Europe  avec  les  mers  et  les 

baies  intérieures 9.902.631 

États-Unis  avec  tous  les  Territoires.   .  9.331.360 

Brésil 8.337.218 

Canada,  avec  les  mers  et  les  lacs  inté- 
rieurs   8.301.503 

Empire  Ottoman  avec  toutes   les  pos 
sessions    immédiates,     États   tribu- 
taires  et  protectorats G.23G.250 

États-Unis  sans  les  Territoires  annexes .  5 . 4?4 .  G68 

Russie  d'Europe  avec  la  Pologne.    .    .  5.016.02 \ 

Empire  chinois  sans  les  dépendances.  4.024.690 

Asie  centrale 3.017.760 

Egypte 2.987.000 

République  Argentine 2.835.970 

Australie   occidentale 2.527.530 

Mexique 1.945.723 

Province    de  VAmazonas 1.897.020 

Quecnsland 1.730.630 

Province    de    Malto-Grosso 1.379.631 

Bolivie 1.297.255 

Province  de  Paru. 1.149.712 

Venezuela 1.137.615 

Pérou 1.119.941 

Australie  méridionale 983.655 

Colombie 830.700 

Maroc,  Sahara  et  dépendances.    .    .    .  812.300 

Nouvelles  Galles  du  Sud 800.730 

Province  de    Goyaz 7  i7 .  311 

Siam 726.850 

Equateur 643,295 

Chili  avec  les  îles (536.769 

Autriche-Hongrie 625.168 


POPULATION,      TERRITOIRE,     ELECTORAT. 


197 


Kilomètres  carrés. 

Province  de  Minas-Geraes 574.853 

Empire  allemand 540.514 

Chili  sans  les  îles  et  les  possessions.   .  537.187 

France 528.571 

Espagne  et  dépendances 507.033 

Espagne  sans  les  dépendances.    .    .    .  500.443 

Caucase 459.884 

Province  de  Maragnon 459.884 

Suède 450.574 

Annam,  avec  laCochinchine,  leTonkin 

et  Tsiampa 440.500 

Algérie 430.000 

Province  de  Bahia 426.427 

Japon 382.447 

Finlande 373.603 

Prusse 348,258 

Territoire  Transcaspien 327.068 

Turquie  d'Europe,   possessions  immé- 
diates, Roumélie  orientale,   Bosnie, 

Herzégovie,  Sandjak,  Bulgarie.    .    .  326.376 

Hongrie 322.285 

Norvège 318.195 

Grande-Bretagne  et  Irlande 314.951 

Province  de  Piauhy 301.797 

Autriche 299.984 

Italie 296.323 

Province  de  San-Paulo 290.876 

Nouvelle   Islande 270.392 

Turquie  d'Europe,  sans  les  dépendances  262 .  404 

Paraguay 238.290 

Province  de  Rio-Grande-du-Sud.    .    .    .  236.553 

Victoria  (Australie) 227. 610 

Province  de  Paranâ 221.319 

Uruguay 186.920 

Un  Municipe  de Matio-Grosso 158.273 

Nicaragua 133.800 

Roumanie 129.947 

Province  de  Pernambuco 128.395 

Un  Municipe  de  T Amazonas 126.468 

Guatemala 121.140 


U;     BRÉSIL     EN     1889. 

Kilomètres  carréi 

Honduras 120.480 

Tunisie '  L6.348 

Province   de    Cearâ L04.250 

Portugal 89.625 

Irlande 84.252 

Ecosse 78.895 

Bavière 75.859 

Province  de  Parahyba-du-Nord .    .    .    .  74.731 

Province  de  Santa-Catharina 74.156 

Province  de  Rio-de-Janeiro 68.982 

Tasmanie 68.309 

Grèce      64.688 

Bulgarie 63.927 

Provint*'  d'Alagâas 58.494 

Province  de  Rio-Grande-du-Nord.    .    .  57.485 

République  dominicaine 53.343 

Costa-Rica 51.760 

Serbie 48.590 

Province   d'Fspirito-Santo 44.839 

Suisse 41.390 

Province  de  Sergipe 39.090 

Danemark 38.302 

Sibérie 37.200 

Hollande •    •    .  33.000 

Belgique 29.455 

Haïti 23.911 

San-Salvador 18.720 

Monténégro 9.030 

Luxembourg 2.507 

M  unir  if»'  Neutre 1.394 

Andorre -){)  l 

Liechtenstein 157 

Saint-Marin 

Monaco 


9-7 


En  acceptant  comme  base  le  calcul  de  la  population  que  nous 
venons  d'établir,  le  territoire  des  provinces  du  Brésil  comparé 
avec  le  chiffre  de  la  population  donne  comme  densité  kilométrique 
les  résultats  suivants  : 


POPULATION,  TERRITOIRE,  ÉLECTORAT. 


199 


P  R  0  VIN  CE  S 

POPULATION 

SUPERFICIE 
en  kilom.  carrés 

HABITANTS 
par  kilom.  carré 

A  mazonas 

Para    .                          

80.654 

407.350 
488.443 
266.933 
952.625 
308.852 
496.618 

1.110.831 
459.371 
232.640 

1.821.089 
121.562 
406.958 

1.164.438 

1.306.272 

187.548 

236.346 

64.527 

3.018.807 

211.721 

79.750 

1.897.020 

1.149.712 

459.884 

301.797 

104.250 

57.485 

74.73.1 
128.395 

58.491 

39.090 
426.427 

44.839 
1.394 

68.982 
290.876 
221.319 

74.156 

236.553 

574.855 

747.311 

1.379.651 

0.04 

0.35 
1.06 

0.88 
9.13 
5.37 
6.64 
8.63 
7.85 
5.95 
4.27 
2.71 
291.96 
16.88 
4.49 
0.84 
3.18 
2.72 
5.25 
0.28 
0.06 

Cearil. 

Total 

14.002.335 

8.337.218 

1.67 

Ce  tableau  démontre  que  la  population  spécifique  du  Brésil 
est  à  peine  de  1.67  habitants  par  kilomètres  carrés,  et  que  les 
provinces  ayant  un  territoire  très-vaste  sont  les  moins  peuplées 
relativement,  tandis  que  celles  qui  ont  un  territoire  moins  vaste 
ont  une  population  plus  dense. 

Classées  d'après  la  superficie  de  leur  territoire,  les  provinces 
occupent  le  rang  suivant  : 

Kilomètres  carrés. 

Amazonas 1.897.020 

Matto-Grosso 1.379.651 

Para 1.149.712 

Goyaz 747.311 

Minas-Geraes 574.855 

Maragnon   459.884 

Bahia 426.427 

Piauhy    301.797 

San-Paulo 290.876 

Rio-Grande-du-Sud 236.553 

Paranâ 221e319 

Pernambuco 128.395 

Cearâ 101.250 


200  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

Kilomètres  carrés. 

Parahyba-du-Nord 71.731 

Santa-Catharina 74.156 

Rio-de-Janeiro 68.982 

Alagôas 38.491 

Rio-Grande-du-Nord 57.483 

Espirito-Santo U.839 

Sergipc 39.090 

Municipe  Neutre 1.394 

Classées  d'après  la  densité  de  la  population,  les  diverses 
provinces  occupent  un  rang  bien  différent,  comme  on  va  le 
voir  : 

Habitants 
par  kilomètres  carrés. 

Municipe  Neutre 291.96 

Rio-de-Janeiro 16.88 

Cearà 9.13 

Pernambuco 8.63 

Alagôas 7.83 

Parahyba-du-Nord 6.64 

Sergipe 3.95 

Rio-Grande-du-Nord 5.37 

Minas-Geraes 5.25 

San-Paulo 4.49 

Bahia 4.27 

Santa-Catharina 3.18 

Rio-Grande-du-Sud 2.72 

Espirito-Santo 2.71 

Maragnon 1.06 

Piauhy.    . 0.88 

Paranâ 0.84 

Para 0.35 

Goyaz 0.28 

Matto-Grosso 0.05 

Amazonas 0.04 


Le  tableau  suivant  montre  le  rang  qu'occupe  chacune  des 
provinces  du  Brésil,  au  triple  point  de  vue  de  la  superficie,  de  la 
population  absolue  et  de  la  population  par  kilomètre  carré  : 


POPULATION,     TERRITOIRE,     ÉLECTORAT.  201 

D'après  D'après  D'après 

le  la  la   densité 

territoire.      population,      kilométrique. 

Ainazonas 1  20  21 

Matto-Gosso 2  21  20 

Para 3  il  18 

Goyaz 4  17  19 

Minas-Geraes 5  1  9 

Maragnon 6  9  15 

Bahia 7  2  11 

Piauhy 8  14  16 

San-Paulo 9  3  10 

Rio-Grande-du-Sud    .    .  10  7  13 

Paranâ 11  18  17 

Pernambuco 12  5  4 

Cearâ 13  6  3 

Parahyba-du-Nord.    .    .  14  8  6 

Santa-Catharina.    ...  15  15  12 

Rio-de-Janeiro 16  4  2 

Alagôas 17  10  5 

Rio-Grande-du-Nord .    .18  13.  8 

Espirito-Santo 19  19  14 

Sergipe 20  16  7 

Municipe  Neutre.    ...  21  12  1 

On  voit  que  la  province  de  TAmazonas  est  la  première  en 
erritoire,  l'avant-dernière  en  population  et  la  dernière  au  point 
f  de  vue  de  la  densité  de  la  population,  et  que  le  Municipe  neutre, 
le  dernier  au  point  de  vue  de  retendue  du  territoire,  est  le  dou- 
zième pour  la  population  absolue  et  le  premier  au  point  de  vue 
de  la  densité  de  la  population. 

Si  jamais  le  Brésil  parvenait  à  être  peuplé  comme  la  Belgique, 
son  vaste  territoire  contiendrait  le  chiffre  formidable  de 
1.667.443.600  habitants,  c'est-à-dire  une  population  supérieure  à 
celle  du  monde  entier  à  l'heure  présente  ! 

III.  Électorat.  —  L'Empire  du  Brésil  est  divisé  en  125  districts 
électoraux,  qui  élisent  125  représentants  temporaires  (députés, 
élus  pour  4  ans),  60  représentants  à  vie  (sénateurs)  et  641  mem- 
bres des  assemblées  provinciales  (élus  pour  2  ans). 

Ces   125   districts  électoraux  comprennent  20   provinces  et 


202  LE     BRÉS1  i.     i  N      L8 

892  Municipes,  avec  330  villes,  562  bourgs  (villas]    el    L.866   pa 
poiss 

Jusqu'à  la  révision  de  1887,  le  nombre  des  électeurs  au  Brésil 
étail  de  220.000  à  peu  près,  soit  1.5  pour  L00  de  la  population 
totale.  C'esl  un  des  électorats  les  moins  nombreux  que  l'on  con- 
naisse. 

L"  tableau  suivant  donne  quelques  indications  précieuses  au 
sujet  de  la  représentation  nationale,  d'après  le  territoire  de 
chaque  province,  d'après  sa  population  et  les  revenu-  qu'elle 
verse  à  L'État. 


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CHAPITRE  VII 


TRAVAIL    SERYIIE    ET    TRAVAIL    LIBRE 


Par  M.  F.-J.  de  SANTA-ANNA  NERY 


La  loi  n°  3353  du  13  mai  1888  a  aboli  définitivement  l'escla- 
vage dans  l'empire  du  Brésil.  Elle  n'a  pas  rendu  seulement  la 
liberté  aux  noirs  qui  restaient  encore  en  servitude,  et  dont  le 
nombre,  d'après  une  statistique  officielle  en  date  du  30  mars  1887, 
s'élevait  à  723.419,  évalués  à  la  somme  de  485.225  contos,  soit,  au 
change  de  400  réis  pour  1  franc,  à  plus  de  1  milliard  213  millions 
de  francs.  La  loi  d'or  —  lei  aurea,  comme  on  l'a  appelée  là-bas 
—  a  aussi  rompu  tout  lien  entre  les  anciens  maîtres  et  les  affran- 
chis ou  ingenuos,  nés  libres  en  vertu  de  la  loi  du  28  septembre 
1871,  mais  qui  devaient  leurs  services  jusqu'à  l'âge  de  21  ans 
accomplis  aux  maîtres  de  leur  mère.  Bien  plus  :  cette  loi,  en 
libérant  les  derniers  esclaves  et  en  faisant  rentrer  dans  le  droit 
commun  les  affranchis,  a  établi  implicitement  que  les  uns  et  les 
autres  devenaient  citoyens  brésiliens  par  le  fait  même  de  leur 
libération. 

Les  philanthropes  ont  le  droit  de  se  réjouir  de  semblables 
mesures.  Les  négrophiles  peuvent  triompher.  Les  uns  et  les 
autres  ont  raison.  Le  Brésil  a  fait  grandement  les  choses.  S'il  a 
été  le  dernier  État  chrétien  et  civilisé  qui  ait  gardé  l'esclavage, 
du  moins,  en  le  supprimant,  a-t-il  élevé  les  esclaves  de  la  veille 
au  niveau  de  leurs  anciens  maîtres,  et  a-t-il  su,  par  une  éducation 
libérale,  battre  en  brèche  les  préjugés  qui,  dans  d'autres  pays, 
ont  établi  une  barrière  infranchissable  entre  les  races.  Là-bas, 


206  LE     BRESIL    EN     1889. 

les  noirs  libérés  peuvent  cire  assurés  do  vivre  sur  un   pied  de 
parfaite  égalité  sociale  avec,  les  autres  races. 

Mais  si  le  philantrophe  et  le  négrophile  ne  voient  dans  la  loi 
•  lu  L3  niai  1888  qu'un  acte  de  justice,  l'économiste  est  obligé  d'y 
voir  autre  chose  :  une  révolution  dans  les  conditions  du  travail 
national.  Cette  révolution  est  intéressante  à  étudier  dans  ses 
conséquences.  D'abord,  parce  qu'elle  nous  montre  comment 
ii ii  pays,  (|iii  ne  vit  guère  que  d'exploitation  agricole  et  forestière, 
,i  cherché  à  opérer  la  transition  entre  le  travail  servile  non  rému- 
néré et  le  travail  libre  salarie,  ensuite  parce  que  le  Brésil  est  le 
grand  fournisseur  de  café  des  principaux  marchés  des  deux 
mondes,  et  qu'une  production  plus  ou  moins  abondante  de  cette 
denrée  entraîne  la  hausse  ou  la  baisse  de  cette  fève  entrée  dans 
la  consommation  journalière  de  tous  les  pays.  Finalement,  parce 
que  les  destinées  économiques  d'un  Etat  qui  fait  avec  l'étranger 
des  échanges  annuels  se  mon  tant  à  plus  d'un  milliard  de  francs 
ne  peuvent  pas  être  indifférentes. 

Voyons  donc  de  quelle  manière  le  Brésil  a  cherché  et  cherche 
encore  à  remplacer  les  bras  esclaves,  auxquels  il  devait  jusqu'ici 
une  partie  de  sa  production  et  qui  entraient  comme  un  facteur 
important  dans  ses  échanges  internationaux.  Car  on  ne  saurait 
nier  que  la  liberté  rendue  en  moins  de  dix-sept  ans  —  de  1871  à 
1888  —  à  près  de  deux  millions  d'esclaves  et  à  un  demi-million 
d'ingenuos  eût  entraîné  la  décadence  irrémédiable  du  pays  si  le 
gouvernement  impérial  n'avait  pas  pris  certaines  mesures  pour 
adoucir  une  perturbation  économique  aussi  radicale.  Ces  mesures 
consistent  dans  l'effort  constant  pour  attirer  au  Brésil  l'émigra- 
tion européenne,  à  laquelle  on  a  eu  recours  pour  combler  en 
partie  les  vides  faits  par  l'émancipation  des  noirs.  Le  gouverne- 
ment impérial  a  su  mener  de  front  ces  deux  œuvres  connexes, 
celle  de  l'émancipation  et  celle  de  l'immigration,  surtout  depuis 
quelques  années. 

En  effet,  depuis  1871,  date  de  la  «  loi  du  ventre  libre  » 
jusqu'en  1888,  il  est  entré  au  Brésil,  par  les  seuls  ports  de  Rio  et 
de  Santos,  plus  de  500.000  immigrants,  qui  se  sont  substitués  en 
partie  aux  esclaves  sur  les  plantations  et  ont  apporté  au  pays  les 
bienfaits  du  travail  libre.  Ces  chiffres  ne  s'appliquent  pas  aux 
arrivages  d'émigrants  dans  tout  le  Brésil  :  ils  se  rapportent  exclu- 
sivement aux  deux  grands  ports  de  Rio  et  de  Santos  et  laissent 
de  côté,  par  conséquent,  toute  l'émigration  qui  se  dirige  vers 
d'autres  points  du  Brésil,   spécialement  vers  l'Amazonie.  Tous 


TRAVAIL     SERVILE     ET     TRAVAIL     LIBRE.  207 

ceux  qui  ont  fait  la  traversée  d'Europe  à  Para  et  Mauâos  savent 
que  les  steamers  de  la  Red  Ci%oss  Lin<\  partant  de  Liverpool  pour 
Para,  Parintins,  Ltacoatiâra  et  Manâos,  avec  escale  au  Havre, 
sont  toujours  bondés  d'émigrants,  portugais  pour  la  plupart,  qui 
vont  chercher  fortune  dans  le  «  pays  du  caoutchouc  ». 

C'est  principalement  d'Italie  que  partent  aujourd'hui  pour  le 
Brésil  Les  émigrantsragriculteurs.  Cet  exode  italien  pour  l'empire 
sud  américain  est  de  date  récente.  De  1855  à  1882,  pendant  une 
période  de  vingt-huit  années,  le  Brésil  n'a  guère  reçu  que  11.000 
immigrants  de  provenance  italienne.  Mais,  depuis  lors,  l'immi- 
gration italienne  y  a  pris  une  extension  considérable. 

De  1882  à  1885,  le  chiffre  des  immigrants  italiens  qui  y  débar- 
quent commence  à  atteindre  10.000  âmes.  Les  planteurs  s'en 
trouvent  bien  et  demandent  de  nouveaux  bras  à  la  Ligurie,  au 
Piémont,  à  la  Toscane,  à  la  Lombardie,  au  Tyrol.  Aussi,  en  1886, 
le  chiffre  des  Italiens  arrivés  au  Brésil  dépasse-t-il  14.000.  Sitôt 
débarqués,  sitôt  placés.  La  fièvre  s'empare  des  planteurs,  tous 
veulent  avoir  des  travailleurs  d'Italie.  En  1887,  les  immigrants 
italiens  y  débarquent  en  nombre  supérieur  à  40.000.  En  1888,  on 
en  reçoit  plus  de  100.000. 

D'ailleurs,  le  nombre  des  autres  immigrants  augmente  égale- 
ment, comme  le  constate  avec  une  légitime  satisfaction  le 
conseiller  Rodrigo  da  Silva,  ministre  de  l'agriculture,  dans  le 
Rapport  qu'il  a  présenté  aux  Chambres  en  1888.  Les  entrées  de 
toute  provenance  dans  le  Brésil  méridional  se  répartissent  ainsi 
depuis  dix  ans  : 

1878 22.423         1883 28.670 

1879 22.189         1884 20.087 

1880 29.729         1885 30.135 

1881 11.054         1886 25.741 

1882 27.197         1887 55.986 

1888 132.000 


Ainsi,  tandis  que  la  moyenne  des  arrivées  annuelles  est, 
depuis  dix  ans,  de  27.000  immigrants  de  toute  provenance,  en 
1888,  Rio  et  Santos  seulement  ont  reçu  près  de  132.000  immi- 
grants de  toute  provenance. 

Les  Italiens  viennent  en  tête,  suivis  d'assez  près  par  les 
Portugais. 


208  LE     BRESIL     EN      1889. 

Les  Italiens,  d'ailleurs,  prospèrent  admirablement  au  Brésil. 
Ils  y  trouvent,  surtout  dans  la  zone  méridionale,  un  climat 
presque  semblable  au  leur  et  des  occupations  en  rapport  avec 
leurs  aptitudes  agricoles.  Comme  les  chiffres  sont  plus  éloquents 
que  de  simples  affirmations,  nous  citerons  ici  un  exemple  frap- 
pant de  cette  prospérité.  Dans  un  rapport  présenté  dernièrement 
par  M.  le  commandeur  Grillo,  directeur  général  de  la  Banque 
nationale,  au  Conseil  de  l'industrie  et  du  commerce,  sur  un 
projet  pour  la  création  d'une  banque  de  crédit  colonial,  il  est 
établi  que,  du  Brésil  seulement,  les  expéditions  d'argent,  faites 
par  les  Italiens  émigrés  à  leur  famille  demeurée  au  pays,  se 
montent  annuellement  à  10  millions  de  lires.  L'Italie  ne  perd 
donc  pas  tout,  en  perdant  quelques-uns  de  ses  enfants,  et  la 
mère-patrie  bénéficie  de  ses  travailleurs  d'outre-mer  en  recueil- 
lant une  partie  de  leurs  épargnes,  en  même  temps  qu'elle  étend 
ses  débouchés  commerciaux  par  leur  intermédiaire. 

Grâce  à  ses  émigrants,  l'Italie  est  en  train  de  conquérir  au 
Brésil  un  large  marché  consommateur,  à  côté  de  l'Allemagne  et 
de  l'Angleterre,  car  si  celle-ci  envoie  là-bas  ses  capitaux,  les 
deux  autres  y  envoient  leurs  nationaux,  et  si,  en  1883,  la  France 
vendait  au  marché  de  Rio  trois  fois  plus  que  l'Allemagne,  —  en 
1887,  celle-ci  a  rejoint  le  chiffre  des  ventes  françaises  sur  notre 
première  place  et  l'a  même  dépassé. 

La  plus  grande  partie  des  Italiens  qui  s'expatrient  au  Brésil 
s'y  fixent  à  demeure.  Ils  y  vont  en  famille  ;  et  les  statistiques 
dressées  par  M.  Bodio,  dont  on  connaît  l'autorité  en  ces  matières, 
font  ressortir  ce  fait  d'une  manière  précise.  En  effet,  de  1883  à 
1886  inclusivement,  il  est  revenu  des  deux  Amériques  en  Italie 
environ  51.000  anciens  émigrants,  soit  une  moyenne  de  13.500 
par  an,  moyenne  qui  tend  à  augmenter.  De  ce  nombre,  près  de 
39.030  revenaient  de  la  Plata;  près  de  14.000  des  États-Unis.  Du 
Brésil,  il  n'en  revenait  que  994  pendant  la  même  période.  Il  résulte 
de  ces  données  que  rémigrant  italien  se  rend  souvent  à  la  Plata 
d'une  manière  temporaire,  comme  celui  qui  vient  en  France.  Il  y 
va,  soit  pour  exécuter  certains  travaux  publics,  soit  pour  y  prendre 
part  aux  récoltes  annuelles.  Son  travail  terminé,  il  quitte  le 
pays,  dont  il  n'augmente  pas  la  population  d'une  manière  cons- 
tante. Il  n'en  est  pas  de  même  pour  l'Italien  qui  émigré  au  Brésil  : 
il  va  s'y  établir  sans  esprit  de  retour,  pour  essayer  d'y  acquérir 
l'aisance  et  en  jouir  sur  place.  Les  quelques  centaines  qui  revien- 
nent tous  les   ans   dans   leur  patrie   y  retournent  après  avoir 


TRAVAIL     SERVILE     ET     TRAVAIL     LIBRE.  209 

ramassé  une  petite  fortune,  et  leur  exemple  encourage  les  parents 
et  amis  à  suivre  la  même  route. 

Los  autres  pays  d'Europe  offrent  un  contingent  d'immigrants 
comparativement  restreint.  Cependant,  les  Belges  commencent  à 
émigrer  vers  Le  Brésil  avec  empressement.  En  1888,  il  est  arrivé 
àRio  un  groupe  d'immigrants  belges  qui  s'est  établi  dans  un 
centre  colonial  de  la  province  de  Minas-Geraes.  Ce  sont  tous  des 
petits  laboureurs  possédant  des  économies.  Ils  sont  l'avant-gardc 
d'autres  laboureurs  de  même  provenance,  et  c'est  grâce  au 
concours  de  pareils  éléments  que  la  transition  s'opère  sans  trop 
de  difficultés. 

Cependant,  il  est  des  pessimistes  qui  s'en  vont  disant  que  le 
Brésil  aura  à  se  repentir  de  la  grande  réforme  qu'il  vient  d'ac- 
complir  sans  indemniser  les  propriétaires  d'esclaves,  et  qu'il 
sera  victime  de  la  hâte  avec  laquelle  il  a  marché  vers  la  solution 
finale,  car,  le  9  mars  1888,  les  abolitionnistes  les  plus  avancés 
n'auraient  jamais  pu  supposer,  dans  leurs  rêves  hardis,  qu'au 
bout  de  deux  mois  ces  rêves  seraient  devenus  une  réalité. 

Nous  ne  pouvons,  pour  le  moment,  que  leur  opposer  des 
raisons  tirées  de  l'analogie  et  de  l'induction  la  plus  rigoureuse. 
Certes,  nul  n'est  prophète  pour  son  pays.  Mais  tout  le  monde 
peut  avoir  confiance  en  l'avenir  quand  le  passé  —  un  passé  d'hier 
—  est  là  pour  le  rassurer.  Or,  depuis  que  le  mouvement  d'éman- 
cipation s'est  accentué  au  Brésil  ;  depuis  que  ce  pays  sacrifie 
libéralement  l'un  des  principaux  facteurs  de  sa  richesse  maté- 
rielle, est-ce  que  la  prospérité  publique  a  diminué?  est-ce  que  la 
production  agricole  a  été  atteinte?  souffre-t-il  dans  sa  fortune  et 
dans  son  bien-être?  s'est-il  appauvri  en  se  guérissant  d'un  mal 
séculaire  ? 

—  On  est  obligé  de  convenir  qu'il  n'en  est  rien,  et  que,  tout  au 
contraire,  le  bienfait  rendu  à  toute  une  race  injustement  oppri- 
mée a  été  payé  au  centuple  par  un  surcroît  d'abondance.  Que 
l'on  nous  permette  de  prouver  cette  assertion,  paradoxale  en 
apparence,  par  quelques  chiffres  curieux. 

De  1871  à  1887,  sous  le  régime  des  deux  lois  d'émancipation 
promulguées  le  28  septembre  1871  et  le  28  septembre  1885,  non 
seulement  pas  un  seul  homme  n'est  venu  au  monde  dans  le  pays 
sans  naître  libre,  mais  encore  un  million  d'esclaves  ont  été  rendus 
à  la  liberté.  Or,  ainsi  que  nous  allons  le  voir,  la  production  géné- 
rale n'a  fait  que  suivre  une  marche  ascendante  pendant  cette 
période  de  transition.  Si  l'on  consulte  les  chiffres  se  rapportant 

14 


210  LE     BRÉSIL     EN     18  80. 

au  café,  élément  prédominant  de  la  richesse  actuelle  du  pays,  on 
esl  toui  surpris  de  constater  que  sa  production  n'a  pas  cessé  de 
croître  à  mesure  que  la  zone  noire  se  rétrécissait. 

En  effet,  on  évaluait  la  production  totale  du  Brésil  en  cafés: 
de  1835  à  1840,  à  l'époque  du  trafic  des  négriers,  à  40  millions 
de  kilos  ;  de  1855  à  1860,  à  l'époque  où  La  traite  a  cessé  complè- 
tement,  à  120  millions  de  kilos;  de  1872  à  1877,  pendant  la 
première  période  quinquennale  qui  a  suivi  le  vote  de  la  «  loi  du 
ventre  libre  »,  à  177  millions  de  kilos  ;  de  1877  à  1882,  alors  que 
la  propagande  abolitionntste  s'organisait,  à  350  millions  de  kilos  , 
finalement,  de  188-2  à  18S7,  quand  les  jours  de  l'esclavage  étaient 
comptés,  à  près  de  400  millions  de  kilos. 

Il  est  impossible  de  ne  pas  être  frappé  de  cette  progression 
constante  et  rapide,  qui  a  fait  du  Brésil  le  fournisseur  de  tous  les 
grands  marchés  à  café  dos  deux  mondes.  On  ne  peut  l'attribuer 
à  des  causes  étrangères  au  sujet  qui  nous  occupe.  Car,  il  est 
évident  que,  s'il  y  a  eu  plus  de  café  produit,  c'est  que  plus  de 
terres  ont  été  mises  en  culture  et  que  les  anciennes  plantations 
ont  été  mieux  soignées.  Or,  ou  ces  progrès  ont  été  réalisés  par 
des  esclaves  affranchis  et  par  des  ingenuos,  demeurés  attachés  au 
sol,  et,  en  ce  cas,  leur  travail  a  été  plus  fructueux  que  lorsqu'ils 
étaient  asservis,  et  Ton  a  bien  fait  de  les  émanciper  ;  ou  ces  mer- 
veilleux résultats  ont  été  obtenus  par  l'intervention  graduelle  du 
travail  libre  et  rémunéré  des  immigrants,  et  alors  il  est  prouvé 
que  l'agriculture  nationale  peut  se  passer  dès  maintenant,  sans 
trop  de  souffrances,  du  travail  servile. 

En  affranchissant  d'un  seul  coup  le  demi-million  d'esclaves 
qui  restaient,  on  a  lésé  sans  doute  quelques  intérêts  privés.  Ici, 
c'est  une  veuve  ou  un  orphelin,  dont  la  fortune  consistait  exclu- 
sivement en  esclaves,  et  qui  se  trouvent  dans  une  situation 
précaire  Là,  c'est  un  planteur  aisé,  qui  pratiquait  l'absentéisme, 
vivant  dans  les  grandes  villes  pendant  que  ses  noirs  cultivaient 
le  café  dans  la  fazenda,  et  qui  devra  se  soumettre  désormais  à  la 
giandc  loi  commune  :  «  Tu  gagneras  ton  pain  à  la  sueur  de  ton 
front  ».  Ces  exceptions,  quelque  respectables  qu'elles  soient^ 
n'étaient  pas  de  nature  à  ajourner  une  réforme  devenue  urgente. 
Toute  transformation  dans  l'outillage  entraine  d'une  manière 
fatale  ces  désastres  partiels,  promptement  réparés  pour  l'indi- 
vidu et  largement  compensés  par  l'augmentation  du  bien-être 
général.  Aussi,  pouvons-nous  affirmer  que  l'ensemble  de  la  nation 
ne  souffrira  pas  sensiblement  de  l'abolition  de  l'esclavage  et  que 


TRAVAIL     S  EU  VI  LE     ET     TRAVAIL     LIBRE.  211 

ta  pays  y  gagnera  même  dans  la  suite.  C'est  ainsi  que  les  capi- 
taux étrangers  oui  envisagé  la  situation.  Deux  faits  le  demon- 
trent. 

En  arrivant  au  pouvoir,  le  10  mars  1888,  le  ministère  présidé 
par  M.  le  conseiller  Jofto-Àlfredo  Correia  d'Oliveira  annonça  tout 
oc  suite  qu'il  s'apprêtait  à  réaliser  l'abolition.  En  même  temps, 
dressai!  à  la  place  de  Londres  pour  y  contracter  un  gros 
emprunt.  Or,  cet  emprunt  4  1/2  pour  100,  émis  à  9G,  fut  couvert 
immédiatement,  sans  que  les  capitaux  anglais  montrassent  la 
moindre  crainte  dans  l'avenir,  et  cela  au  moment  même  où  la 
santé  du  souverain  populaire  du  Brésil  inspirait  des  inquiétudes. 
11  y  a  mieux.  La  place  de  Paris  n'a  pas  encore  pris  une  part 
active  dans  les  affaires  brésiliennes,  commanditées  presque 
exclusivement  par  les  Anglais.  Or,  au  mois  de  juin  1888,  alors 
que  la  libération  était  déjà  un  fait  accompli,  il  se  formait  à  Paris 
u ii  syndicat,  ayant  à  sa  tête  MM.  Fould  et  le  vicomte  de  Figuei- 
redo,  pour  consacrer  un  capital  de  100  millions  de  francs  aux 
affaires  du  Brésil. 

Cette  confiance  s'explique  aisément.  Les  financiers  d'Europe 
savent  que  le  bras  noir  était  un  instrument  peu  intelligent  et  peu 
actif,  justement  parce  qu'il  n'était  pas  rémunéré.  L'expérience 
faite  dans  les  provinces  de  l'Amazone  et  de  Céarâ,  libérées  depuis 
quatre  ans  ;  dans  celles  de  San-Paulo,  Rio-Grande-du-Sud, 
Paranâ  et  Santa-Catharina,  où  il  ne  restait  plus  qu'une  faible 
portion  d'esclaves  employée  dans  les  travaux,  prouve  que  la 
production  n'a  rien  à  perdre  à  la  suppression  de  l'esclavage. 

A  San-Paulo,  les  recettes  de  la  douane  (destinées  à  l'État) 
et  celles  de  la  mesa  de  rendas  (destinées  à  la  province),  n'étaient 
que  de  12  millions  de  francs  en  1875-1876,  et  s'élevaient  à  près 
de  -2i  millions  en  1884-1885;  tandis  que  la  production  du  café, 
qui  n'était  que  de  40  millions  de  kilos  en  1873-1874,  montait  en 
1884-1885  à  130  millions  de  kilos. 

Dans  la  province  de  l'Amazone,  la  valeur  officielle  des  pro- 
duits exportés  (caoutchouc  principalement)  s'est  élevée  de  1873 
à  1887  dans  la  proportion  de  1  à  100. 

A  Céara,  quoique  la  terrible  sécheresse  dont  la  région  a  souf- 
fert il  y  a  douze  ans  ait  jeté  un  grand  nombre  d'habitants  hors 
du  territoire  provincial,  les  recettes  ont  doublé  d'une  année  à 
l'autre. 

Nous  pourrions  multiplier  ces  exemples. 

L'esclavage,  d'ailleurs,  entre  autres  inconvénients,  avait  celui 


212  LE     BRÉSIL     EN      18  80. 

de  repousser  l'immigrant  européen,  qui  ne  tenait  pas  à  se  com 
mettre  avec  le  travailleur  non  salarié.  Ainsi,  de  1857  à  1871, 
pendant  les  quinze  années  qui  ont  précédé  la  promulgation  de  la 
loi  Rio-Branco,  il  est  arrivé  au  Brésil  170.000  immigrants  seule- 
ment. Au  contraire,  de  1873  à  1887,  pendant  les  quinze  années 
signalées  par  le  mouvement  abolitionniste,  il  en  est  entré  près 
de  100.000. 

Un  dernier  fait  fera  ressortir  davantage  la  prospérité  du  jeune 
Brésil:  le  papier-monnaie  y  perdait  au  change,  d'une  manière 
plus  ou  moins  considérable,  pendant  ces  dernières  années,  sans 
arriver,  cependant  à  la  dépréciation  qu'il  subit  dans  la  République 
Argentine.  Or,  depuis  septembre  1888,  non  seulement  le  papier- 
monnaie  du  Brésil  a  rejoint  le  pair  (27  deniers  par  1.000  réis), 
mais  encore  il  fait  prime  sur  l'or.  Tandis  qu'àBuenos-Ayres,  dans 
la  République  Argentine,  Ton  fait  plus  de  50  pour  100  de  prime 
au  moment  où  nous  écrivons  (janvier  1889),  au  Brésil,  c'est  le 
papier-monnaie  qui  fait  prime  sur  l'or,  comme  le  démontre  le 
tableau  suivant,  que  nous  empruntons  au  journal  0  Paizf  de 
Rio-de-Janeiro. 

On  peut  donc  affirmer  sans  chauvinisme  que  l'abolition  de 
l'esclavage  au  Brésil,  réalisée  en  six  jours  (du  8  au  13  mai)  par 
l'homme  éminent  qui  a  assumé  cette  lourde  responsabilité  devant 
son  pays,  demeure  une  page  glorieuse  et  pleine  d'enseignements. 
En  la  votant  presque  unanimement,  les  Chambres  brésiliennes 
n'ont  pas  seulement  rendu  la  liberté  à  des  noirs  victimes  d'un 
crime  de  lèse-humanité,  elles  ont  aussi  affranchi  la  conscience 
des  patriotes  brésiliens,  honteux  de  voir  leur  pays  étaler  cette 
tache  au  soleil  duxixe  siècle. 

On  connaît  le  mot  fameux  de  Girardin  :  «  Confiance  !  Con- 
fiance !  »  On  dirait  que  la  grande  loi  abolissant  l'esclavage  a 
réveillé  chez  tout  le  monde  la  confiance  dans  les  destinées  du 
Brésil,  et  cette  confiance  est  justifiée  par  les  événements  :  à  la  fin 
du  mois  de  mars  1888,  la  dette  flottante  du  Brésil  était  de  près  de 
90  millions  de  francs  ;  à  la  fin  du  mois  de  mars  1889,  elle  n'existe 
plus!  Quant  au  change,  jamais,  depuis  1875,  il  n'a  été  aussi 
favorable. 


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22  1/4, 
22  3/g 
22 

21  7/5 
21   3/4 

2i  3/8 

21  12 

CHAPITRE  VIII 


LES     ZONES     AGRICOLES 


Par  M.  André  REBOUÇAS1 


L'immense  territoire  du  Brésil  peut  être  divisé  en  dix  zones 
agricoles,  qui  sont  :  I.  La  zone  Amazonienne,  comprenant  les 
provinces  de  Para  et  de  l'Amazone.  —  II.  La  zone  du  Parnahyba, 
comprenant  les  provinces  de  Maragnon  et  de  Piauhy.  —  III.  La 
zone  de  Céarâ.  —  IV.  La  zone  de  Parahyba-du-Nord,  comprenant 
les  provinces  de  Rio-Grande-du-Nord,  de  Parahyba-du-Nord,  de 
Pernambuco  et  d'Alagôas. —  V.  La  zone  du  San-Francisco,  com- 
prenant les  provinces  de  Sergipe  et  de  Bahia.  —  VI.  La  zone  du 
Parahyba-du-Sud,  comprenant  les  provinces  d'Espirito-Santo,  de 
Rio-de- Janeiro  et  de  San-Paulo.  —  VIL  La  zone  de  Paranâ,  com- 
prenant les  provinces  de  Paranâ  et  de  Santa-Catharina.  —  VIIL 
La  zone  de  l'Uruguay,  comprenant  la  province  de  Rio-Grande- 
du-Sud.  —  IX.  La  zone  Auro-ferrifère,  comprenant  la  province  de 
Minas-Geraes.  —  X.  La  zone  Centrale,  comprenant  les  provinces 
de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso. 

I.  La  zone  amazonienne.  —  La  surface  de  la  province  de 
l'Amazone  est  de  1.897.020  kilomètres  carrés;  celle  de  la  pro- 
vince de  Para  est  de  1.149.712  kilomètres  carrés.  La  zone  ama- 
zonienne a  donc  l'énorme  surface  de  3.046.732 kilomètres  carrés. 

1.  Ingénieur,  professeur  à  l'École  Polytechnique  de  Rio-de  Janeiro,  auteur 
d'an  grand  nombre  d'ouvrages  estimés,  dont  quelques-uns  sont  cités  dans 
le  cours  de  ce  travail. 


21G  LE     I3RESIL     EN      1889. 

Tout  ce  territoire  n'est  occupe  que  par  500  à  GOO.000  habitants. 
Peuplé  comme  la  France,  à  raison  de  72  habitants  par  kilomètre 
carré,  il  ferait  la  richesse  d'une  population  de  219.3G4.70i  âmes. 

Terre.  —  Cette  zone  est  d'une  fertilité  proverbiale  :  on  peut 
même  dire  que  l'excès  de  matières  fertilisantes  est  un  des  prin- 
cipaux obstacles  à  l'occupation  de  ce  pays  par  des  immigrants 
européens.  La  terre  y  est  presque  toujours  argileuse.  La  roche 
prédominante  est  le  grès.  On  y  trouve  toute  la  série  des  grès 
classifiée  par  les  minéralogistes.  Les  argiles  pour  la  céramique 
y  sont  excellentes.  Les  indiens  ou  les  aborigènes  de  la  vallée  de 
l'Amazone  excellaient  dans  le  travail  de  l'argile.  Aussi  la  fabrica- 
tion de  briques,  de  tuiles  et  de  tous  les  produits  céramiques  est- 
elle  une  industrie  à  recommander  comme  très  lucrative  aux 
industriels  qui  désireraient  aller  s'établir  dans  la  vallée  de  l'Ama- 
zone. —  Les  argiles  blanches  y  sont  connues  sous  le  nom  indien 
de  Tabatinga.  —  On  trouve  des  calcaires  dans  la  vallée  du 
Trombela,  un  des  confluents  du  fleuve  de  l'Amazone,  et  dans  les 
localités  connues  sous  les  noms  de  Tapajoz  (île),  Manéassû, 
Monte-Alegre,  Manicoré,  Santarem,  etc.,  etc.  Le  prix  des  terres 
est  très  variable  dans  la  vallée  de  l'Amazone.  Le  Gouverne- 
ment y  possède  d'immenses  étendues.  Il  sera  toujours  facile 
aux  immigrants  d'y  obtenir  des  terres  à  des  prix  minimes. 

Produits  végétaux.  —  Caoutchouc.  La  grande  richesse  de  la 
vallée  de  l'Amazone  et  son  premier  produit  d'exportation  est  le 
caoutchouc,  nommé  là-bas  Seringa,  Sernamby  et  Borracha.  Le 
caoutchouc  est  produit  par  plusieurs  arbres  des  familles  bota- 
niques des  Euphorbiacées  et  des  Moracées,  notamment  par  les 
suivantes  :  Ilcoea]  guianensis  (Siphonia  elastica)  ;  Bevca  brasi- 
liensis  ;  Hevea  discolor ;  Jatropha  glasiovii  (caoutchouc  de  Géarâ)  ; 
Ficus  elastica  (caoutchouc  des  Indes).  —  Les  grandes  forêts  de 
caoutchouc,  nommées  Seringaes,  sont  constituées  principalement 
par  les  Heveas  ;  mais  tous  les  arbres  à  caoutchouc,  sans  en  excep- 
ter Y Urceola  elastica,  de  la  famille  des  Apocynacées,  qui  donne 
le  caoutchouc  de  Malasic,  prospèrent  admirablement  dans  la 
vallée  de  l'Amazone.  L'extraction  du  caoutchouc  se  fait  encore 
d'une  manière  primitive  par  des  gens  du  pays.  Il  y  a  là  un  im- 
mense champ  ouvert  à  L'initiative  de  l'industrie  européenne.  Des 
usines  centrales  à  caoutchouc,  établies  à  Belem,  à  Manâos,  et 
dans  les  îles  du  grand  fleuve  et  de  ses   innombrables  confluents, 


LES     ZONES     AGRICOLES.  217 

produira  ent  des  richesses  énormes  et  introduiraient  de  grands 
progrès  dans  toutes  les  branches  de  cette  importante  industrie. 
Les  arbres  à  caoutchouc  devraient  être  traités  d'une  manière  ra- 
tionnelle  e(  méthodique,  comme  les  chênes-lièges  par  les  colons 
français  en  Algérie.  Le  caoutchouc  deviendrait  ainsi  infiniment 
supérieur  et  à  meilleur  marché  ;  ces  forets  seraient  conservées 
et  augmentées.  L'exportation  du  caoutchouc  est  très  impor- 
tante, comme  Ton  verra  dans  les  tableaux  statistiques  ci-joints. 
Ce  sont  surtout  les  ports  de  New-York,  de  Liverpool,  de  Londres 
et  du  Havre  qui  en  reçoivent  les  plus  fortes  quantités.  Les  prix 
varient  de  3  à  10  francs  par  kilog.,  suivant  les  demandes  de  l'Eu- 
rope et  des  États-Unis. 

Cacao.  —  L'arbre  qui  produit  le  cacao  est  le  Theobroma  cacau, 
de  la  famille  des  Byttneracées  ou  Buetteneriacées  réunie  par 
quelques  botanistes  à  la  grande  famille  des  Malvacées.  Généra- 
lement on  ne  fait  que  récolter  les  fruits  de  cet  arbre  d'une  façon 
toute  primitive.  Comme  pour  le  caoutchouc  il  est  à  désirer  que 
les  industriels  européens  fondent  à  Belem,  à  Manâos,  et  dans  les 
îles  du  fleuve  de  l'Amazone  ou  de  ses  confluents,  des  usines 
centrales  à  cacao  et  des  fabriques  de  chocolat.  On  réussirait  à 
introduire  des  procédés  scientifiques  dans  le  traitement  des  forêts 
à  cacao,  et  on  obtiendrait  des  produits  infiniment  supérieurs  et  à 
meilleur  marché.  Le  cacao  est  exporté  pour  l'Europe  et  pour  les 
États-Unis  dans  les  proportions  indiquées  dans  les  tableaux  sta- 
tistiques ci-joints.  Les  prix  sont  très  variables  :  depuis  50  cen- 
times jusqu'à  un  franc  par  kilog. 

Vanille.  —  On  trouve  la  vanille  dans  tout  le  Brésil  ;  mais  la 
plus  estimée  vient  des  provinces  de  l'Amazone,  de  Para  et  de 
Matto-Grosso.  La  vanille  est  le  fruit  d'une  orchidée  ;  les  espèces 
les  plus  connues  sont  les  suivantes  :  Vanilla  aromatica,  Vanilla 
palmarum  (epidendron  vanilla),  Vanilla  palmifolia,  etc.  Les  plus 
belles  gousses  de  vanille  sont  très  odorantes  et  couvertes  de 
cristaux  en  aiguilles,  très  blanches,  d'acide  benzoïque.  La  vanille 
est  un  des  produits  végétaux  ayant  le  plus  de  valeur.  Le  kilog.  de 
gousses  de  vanille  se  vend  de  10  à  20  fr.  ;  une  belle  gousse,  longue 
de  20  à  22  centimètres,  large  de  1  à  2  centimètres,  vaut  de  1  à 
3  francs.  La  culture  et  la  récolte  de  la  vanille,  faites  par  des 
immigrants  intelligents,  produiraient  des  sommes  énormes.  La 
plupart  du  travail  peut  être  fait  par  des  femmes  et  des   enfants. 


218  LK     BRÉSIL      EN      18X0. 

Châtaignes  de  Para.  —  Ce  sont  les  beaux  arbres  classifiés  par 
les  botanistes  BerthoUetia  cxcclsa,  famille  des  Lecythidacées,  qui 
produisent  la  castanha  de  Para,  dont  les  Anglais  et  les  Améri- 
cains sont  très  friands,  et  qui  donne  aussi  une  excellente  huile 
pour  Tindustrie.  On  en  exporte  des  sommes  importantes  pour 
l'Europe  et  pour  les  États-Unis.  Les  prix  varient  de  20  à  00  cen- 
times par  kilogramme. 

Bois  de  construction  et  d'ébénisterie.  —  C'est  un  fait  prouvé 
par  toutes  les  expositions  universelles,  que  nul  pays  au  monde 
ne  possède  des  bois  comme  le  Brésil;  mais  il  faut  dire  que  c'est 
dans  la  vallée  de  l'Amazone  que  les  essences  forestières  du  Brésil 
acquièrent  leur  maximum  de  résistance,  de  densité,  de  colora- 
tion et  de  beauté.  La  simple  «numération  des  bois  de  la  vallée  de 
l'Amazone  occuperait  des  centaines  de  pages.  On  en  a  classifié 
déjà  au  Brésil  22.000  espèces  !  Le  catalogue  [Indice  gérai  das 
madeiras  do  Brazil,  por  André  e  José  Rebouças,  1870-1878) 
en  occupe  trois  volumes  de  300  pages  chacun.  Aussi  sommes-nous 
obligé  de  nous  borner  à  rénumération  des  plus  connus  :  Bois- 
Rose  (Paû-Rosa),  Sébastian  d'Arruda,  classifié  Pkysocalyrrma 
florida,  de  la  famille  des  Lythrariacées  ;  Bois-Satin  (Paû-Setim, 
Pequia-setim,  Pequia  marfim)  produit  par  des  arbres  du  genre 
Aspidosperma  :  A.  eburneum,  A.  sessiliflorum,  etc.,  de  la  fa- 
mille des  Apocynées  ;  Bois-écaille  (Paû-tartaruga,  Muira-pinima) 
classifié  Brosimum  discolor,  de  la  famille  des  Arthocarpacées. 
On  en  fait  des  cannes  de  toute  beauté.  Il  est  aussi  très  estimé 
pour  l'ébénisterie  de  luxe.  Bois  palissandre  (Jacarandà  ;  jacaran- 
dâtau).  Le  Palissandre,  très  riche  en  espèces  et  variétés  dans 
toute  rétendue  du  Brésil,  est  fourni  par  des  arbres  de  la  famille 
des  Légumineuses,  appartenant  aux  genres  Machaerium  et  Dal- 
bergia.  On  en  fait  une  exportation  très  importante  pour  le  Havre 
et  pour  les  principaux  ports  de  commerce  de  l'Europe  et  des 
Etats-Unis. 

Cèdre.  —  Les  cèdres  du  Brésil  sont  tout  différents  des  cèdres 
du  vieux  monde  ;  on  les  classifié  dans  le  genre  Gedrela  de  la 
famille  des  Cedrelacées,  tandis  que  le  cèdre  du  Liban  et  ses  con- 
génères appartiennent  à  la  famille  des  Conifères.  Rien  n'égale  la 
majesté  des  cèdres  brésiliens;  ils  abondent  partout  du  nord  au 
sud.  Dans  les  grandes  crues  du  fleuve  de  l'Amazone,  on  les  voit 
flotter  et  suivre  les  cours  des  eaux  comme  de  petites  îles  vertes. 


LES     ZONES     AGR   COLES.  210 

Bien  son  vont  on  a  proposé  d'établir  des  scieries  flottantes  pour 
utiliser  les  beaux  cèdres  qui  flottent  sur  l'Amazone  ;  ils  seraient 
péchés  comme  d'énormes  poissons,  sans  frais  de  transport  et 
d'abattage  en  forêt. 

Fleurs  et  plantes  fleuries.  —  11  faudrait  faire  un  traité  de 
botanique  pour  donner  une  idée  des  fleurs  de  la  vallée  de  l'Ama- 
zone. Nous  nous  bornerons  à  dire  que  la  plus  grande  fleur  connue, 
la  Victoria  régla,  flotte  sur  les  eaux  de  ce  fleuve  prodigieux.  Les 
aborigères  l'appellent  Mururé  et  aussi  Four  des  (lapés.  Les  fleurs 
parfois  sont  grandes  comme  un  petit  canot;  les  feuilles  rondes, 
d'un  mètre  de  diamètre,  peuvent  soutenir  un  enfant  à  flot. 

Les  Orchidées,  aujourd'hui  à  la  mode  dans  le  grand  monde  en 
Europe,  abondent  dans  la  vallée  de  l'Amazone  et  partout  au 
Brésil.  La  Catleyasuperba  et  la  Catleya  Eldorado  sont  natives  de 
la  vallée  de  l'Amazone.  Nous  citons  pour  mémoire  les  prix  fa- 
buleux payés  par  les  amateurs  du  vieux-monde:  Cypripedium, 
0.000  francs  ;  Cattleya  Talnoayana,  dédiée  au  sénateur  Taunay, 
vice-président  de  la  Société  Centrale  d'Immigration,  vendue 
4.500  francs  ;  Cattleya  Par icivalima,  vendue  2.500  francs  ;  Cattleya 
Nossiœ,  vendue  12.000  francs  ;  et  les  fleurs  de  YOncidium  papilio, 
qui  obtiennent  d'un  à  deux  francs,  chacune. 

Pour  l'importation  de  plantes  fleuries  il  faudra  s'adresser  à 
M.  P. -M.  Binot,  floriculteur  à  Petropolis,  province  de  Rio- 
Janeiro,  ou  à  son  correspondant,  M.  Brot,  faubourg  Saint-Denis, 
n°  89,  à  Paris,  et  à  Bruxelles,  au  Jardin  Botanique  de  l'État  ou 
à  YHorticidture  internationale,  qui  s'est  chargée  de  l'ornementa- 
tion florale  du  Pavillon  du  Brésil,  au  Champ -de-Mars. 

Plantes  ornementales.  —  L'opulence  de  la  vallée  de  l'Ama- 
zone en  plantes  ornementales  est  vraiment  inouïe.  On  y  trouve 
une  infinité  de  palmiers,  de  fougères,  d'aroïdées  et  les  plus 
beaux  arbres,  arbrisseaux,  épiphytes  et  parasites  connus.  Le 
plus  grand  arbre  de  l'Amazone  est  la  Sumaumeira,  classifîée 
eriodendronsuamaûma,  de  la  famille  des  malvacées  (Bombacées), 
un  géant  végétal  qui  rivalise  avec  le  sequria  gigantea  ou  washing- 
tonea  gigantea  de  la  Californie . 

Plantes  médicinales.  —  La  flore  thérapeutique  de  l'Amazone 
est  d'une  extraordinaire  richesse  en  espèces  et  variétés  ;  dans  ce 
travail  tout-à-fait  synoptique,  nous  nous  bornerons    à   mention- 


220  LE     BRÉSIL     EN      188  0. 

ncr  :  La  Salsepareille,  classifiée  smilax  salsaparilla,  de  la  famille 
des  smilacées.  —  L'Ipécacuanha,  classifiée  cephaelis  ipecacuan/m, 
d(>  la  famille  des  rubiacées.  L'ipécacuanha  blanche  est  fournie 
par  le  genre  richardsonia,  dont  on  connaît  les  espèces  R.  emetica, 
II.  rosea  et  R.  scabra.  —  Le  jaborandy  ou  pylocarpe,  dont  on 
extrait  la  pylocarpine,  si  employée  maintenant  en  France  et 
dans  le  monde  entier.  Les  plantes  qui  produisent  la  pylocarpinc 
abondent  dans  tout  le  nord  du  Brésil,  au  Céarâ,  à  Pernambuco 
et  ailleurs  ;  elles  sont  classifîées  dans  la  famille  des  pipéracées 
avec  les  titres  de  pilocarpus  primatus  —  piper  jaborandy  —  otlonia 
anisum.  —  Le  cubeba  classifié  piper  cubeba  dans  la  famille  des 
pipéracées,  qui  compte  une  infinité  de  plantes  médicinales.  —  Le 
curare,  le  fameux  venin  des  indiens,  aujourd'hui  si  étudié  par  les 
physiologistes  ;  il  est  produit  par  le  strychnos  castelnœi  ou  S.  Cas- 
telnaena,  par  le  S.  cogens,  par  le  S.  toxifera  etc.,  de  la  famille  des 
loyaniacées,  quelquefois  réunies  aux  solanacées.  — La  nux  vomica, 
qui  appartient  aussi  à  la  famille  des  hyaniacées,  dans  l'espèce 
strychnos-nux-vomica.  —  Il  faudrait  remplir  des  pages  entières 
pour  énumérer  les  plantes  médicinales  des  familles  des  solana- 
cées et  des  loyaniacées,  si  communes  dans  tout  le  Brésil. 

Guarana.  —  C'est  un  produit  très  singulier  de  l'industrie  des 
aborigènes  de  la  vallée  de  r  Amazone  et  qui  a  l'aspect  d'un  cho- 
colat très  clair  et  très  fortement  comprimé.  Il  est  fait  avec  les 
fruits  du  paulinia  sorbilis,  de  la  famille  des  sapindacées.  Il  a  été 
dernièrement  introduit  dans  la  pharmacopée  européenne.  Les 
naturels  s'en  servent  en  guise  de  rafraîchissement,  en  mélan- 
geant la  poudre  du  guarana  avec  de  l'eau  sucrée.  On  en  fait  déjà 
une  certaine  exportation  pour  l'Europe  et  pour  les  provinces  du 
sud  du  Brésil. 

Fruits.  —  Tous  les  fruits  de  l'équateur  et  des  tropiques 
abondent  dans  la  vallée  de  l'Amazone.  Les  ananas  à  la  forme 
conique  nommés  abacaxis  y  sont  de  toute  beauté.  C'est  le  fruit 
d'une  broméliacée,  classifiée  bromelia  ananassa  ou  ananassa  sativa, 
qu'on  voit  dans  toutes  les  serres  chaudes  de  l'Europe.  Dans 
cette  môme  famille  on  trouve  une  énorme  collection  de  plantes 
fleuries  et  de  plantes  d'ornement,  qui  sont  épiphytes  ou  pseudo- 
parasites.  —  L'avocat  ou  abacatc,  classifié  persea  gratissima,  dans 
la  famille  des  lauracées,  a  reçu  des  éloges  de  tous  les  botanistes 
qui  ont  étudié  ie  Brésil.  On  en  connaît  de  rouges  et   de  verts  ; 


LES     ZONES     AGRICOLES.  221 

dans  la  vallée  do  L'Amazone  le  fruit  acquiert  des  proportions 
gigantesques.  —  Les  cocos  ou  les  fruits  des  palmiers  sont  abon- 
dants dans  la  vallée  de  l'Amazone.  Les  naturels  font  une  énorme 
consommation  de  Vassahy  ou  jussara,  classifîé  cuterpe  eduhs. 
Les  fruits  de  cet  élégant  palmier,  délayés  dans  de  l'eau,  un  peu 
sucrée,  produisent  le  rafraîchissement  le  plus  populaire  à  Para 
et  à  Maragnon.  —  Le  cupû  ou  le  cupu-assû  est  un  fruit  d'un  par- 
fum exquis  très  employé  pour  des  glaces  et  des  sorbets,  bien 
supérieur  à  ceux  de  l'ananas.  Il  est  classifîé  dans  le  môme  genre 
theobroma  que  le  célèbre  cacao.  —  Il  va  sans  dire  qu'on  trouve 
dans  la  vallée  de  l'Amazone  une  variété  infinie  d'oranges  et 
de  bananes,  etc. 

Produits  animaux.  —  Le  fleuve  de  l'Amazone  et  tous  ses 
affluents  abondent  en  poissons  de  toute  grandeur  et  de  toutes  les 
variétés.  Le  savant  Agassiz  y  a  fait  une  collection  de  poissons, 
qui  est  devenue  célèbre  entre  les  ichthyologistes.  Le  fameux 
poisson  électrique,  le  puraqué,  est  une  des  curiosités  de  l'Amazone. 
Le  poisson  le  plus  commun  est  le  pirarucû,  qu'on  prépare 
comme  la  morue,  et  qui  est  une  des  grandes  ressources  alimen- 
taires des  habitants  de  cette  vallée. 

Les  tortues  sont  extraordinairement  nombreuses  sur  les 
rives  du  grand  fleuve.  On  consomme  des  quantités  énormes  d'œufs 
de  tortue.  A  vrai  dire,  le  pirarucû  et  la  tortue  sont  la  base  de 
l'alimentatton  des  seringueiros  ou  exploiteurs  de  caoutchouc  dans 
la  vallée  de  l'Amazone.  Les  tortues  fournissent  la  belle  écaille, 
dont  on  fait  différents  objets  de  toilette  et  d'agrément.  La  quan- 
tité d'oiseaux  aux  plumages  splendides  qui  peuplent  les  forêts  de 
l'Amazone  est  vraiment  innombrable.  Le  gibier  y  est  très  abon- 
dant. On  y  trouve  partout  le  tapir  [anta),  la  capivara,  la  pacca  et 
une  grande  variété  de  cerfs.  Les  jaguars  (onças)  fournissent  des 
peaux  aussi  belles  que  celles  du  tigre  royal  de  l'Inde.  Il  y  en  a  de 
plusieurs  espèces  :  fauves,  jaunes,  noirs,  tigrés  en  noir  et  jaune 
or,  etc.,  etc. 

Voies  de  communication.  —  A  vrai  dire,  il  n'y  a  qu'une 
seule  voie  de  communication  :  le  fleuve  avec  ses  innombrables 
affluents  et  ses  canaux  naturels  de  communication.  Il  est  impos- 
sible de  se  faire  une  idée  de  la  majesté  et  de  la  beauté  du  fleuve. 
A  l'embouchure,  il  est  si  large  qu'on  n'en  voit  pas  les  rives.  Ses 
eaux  pénètrent  dans  l'océan  comme  un  énorme  coin  hydraulique 


LE     BRÉSIL     i:\     1889. 

de  \  iii-l  lieues  de  largeur.  Sur  une  grande  étendue  les  plus  forts 
bateaux  à  vapeur  naviguent  comme  en  pleine  mer,  tant  il  est 
large  et  profond.  Dans  certains  endroits,  une  infinité  d'îles,  cou- 
vertes de  La  plus  belle  végétation  du  monde,  obligent  les  bateaux 
à  vapeur  à  parcourir  un  vrai  labyrinthe  de  canaux  bordés  d'arbres 
sup  irbes,  comme  on  n'en  voit  pas  de  pareils,  môme  aux  Indes 
dans  l<is  vallées  si  célèbres  du  Gange  et  de  Tin  dus.  On  donne  ace 
fleuve  merveilleux  une  longueur  de  2.828  kilomètres  et  à  tous  ses 
affluents  13.250  kilomètres.  Dans  les  tableaux  statistiques  ci- 
joints,  on  verra  l'extraordinaire  mouvement  de  la  navigation  à 
vapeur  sur  l'Amazone  et  sur  ses  principaux  affluents.  L'acte  de 
l'ouverture  de  ce  fleuve  majestueux  à  toutes  les  nations  du  monde 
doit  être  compté  comme  un  des  plus  brillants  du  règne  de  Dom 
Pedro  II.  La  belle  propagande  en  faveur  de  ce  bienfait  universel 
a  été  faite  avec  une  grande  éloquence  par  feu  Aureliano  Can- 
dido  Tavares-Bastos,  un  des  plus  remarquables  publicistes  du 
Brésil. 

Chemins  de  fer.  —  Pour  le  moment,  on  ne  compte  à  Para 
qu'un  seul  chemin  de  fer  :  celui  de  Belem  à  Bragança,  qui  doit 
avoir  1  il  kilomètres,  évalués  à  5.656  contosde  réis,  mais  qui  n'a 
encore  que  61  kilomètres,  jusqu'à  Apehii.  —  Le  fleuve-océan,  avec 
ses  énormes  affluents  et  son  infini  labyrinthe  de  canaux  (furos, 
igarœpês)  est  le  vrai  réseau  de  chemins  de  fer  de  cette  vallée.  De- 
puis 1867  le  grand  fleuve  est  ouvert  à  tous  les  pavillons  ;  la  navi- 
gation à  vapeur  y  fait  des  progrès  extraordinaires,  comme  on  le 
verra  dans  les  tableaux  statistiques  ci-joints. 

Agriculture.  —  La  vallée  de  l'Amazone  est  si  riche  en  pro- 
duits naturels,  et  sa  population  est  si  insignifiante  qu'on  n'y  fait 
de  l'agriculture  que  pour  les  besoins  locaux.  On  comprend  bien 
qu'il  vaut  mieux  récolter  le  caoutchouc,  le  cacao,  la  vanille,  les 
châtaignes  ou  toucas,  la  salsepareille,  l'ipécacuanha  et  les  autres 
produits  d'une  haute  valeur  que  de  se  donner  la  peine  de 
labourer  la  terre.  Mais  tous  les  produits  de  Féquateur  et  des 
tropiques  réussissent  prodigieusement  dans  les  terres  drainées 
et  irriguées  par  l'Amazone  et  par  ses  innombrables  confluents. 
Ainsi  l'indigo,  la  canelle,  les  girofles,  les  piments  de  l'Inde  et 
de  Cayenne,  le  poivre,  etc.  peuvent  être  cultivés  comme  dans 
leur  pays  natif;  le  Manioc,  qui  donne  le  meilleur  tapioca,  et 
les  maïs,  ont  été  cultivés  par  les  aborigènes,  même  avant  la  dé- 


LES     ZONES     AGRICOLES. 


223 


couverte  de  L'Amérique.  Le  tabac  produit  merveilleusement  :  le 
tabac  de  Borba,  celui  d'Irituia  et  de  L'Acarâ  sont  très  goûtés  par 
les  amateurs  de  cigarettes.  —  La  canne  à  sucre  est  excellente 
dans  la  vallée  de  l'Amazone.  Il  est  temps  d'y  fonder  quelques 
usines  centrales  cl»1  sucre.  Les  conditions  économiques  y  sont 
excellentes  à  cause  de  la  facilité  des  transports  en  bateaux  à 
vapeur  et  de  l'abondance  du  combustible.  Les  débouchés  ne 
manqueraient  pas,  le  sucre  pouvant  être  envoyé  par  les  affluents 
de  L'Amazone  jusqu'au  Pérou  et  dans  la  Bolivie.  —  Le  riz  donne 
d'abondantes  récoltes  dans  les  prairies  basses  de  la  vallée  de 
l'Amazone. —  Le  café  réussit  merveilleusement  sur  les  collines 
et  dans  les  terres  hautes;  il  a  l'aspect  du  petit  café  de  Moka. 
C'est  même  par  Para  que  le  café  a  été  introduit  au  Brésil  ;  il 
y  avait   été  importé  de  Cayenne. 

Exportations.  —  Les  principaux  articles  d'exportation  de  la 
vallée  de  l'Amazone  sont  les  suivants  :  Le  caoutchouc,  le  cacao, 
la  vanille,  le  guarana,  les  châtaignes  de  Para,  les  huiles  de  plu- 
sieurs palmiers,  la  piaçaba,  qui  est  constituée  par  des  fibres  de 
Yattalea  funifera,  de  la  famille  des  palmiers,  et  aussi  par  le  genre 
leopoldine,  la  salsepareille,  Yipécacuanha,  les  plantes  médicinales, 
le  tabac  de  Borba,  les  bois  de  construction  et  cVébénisterie,  les  cuirs 
et  peaux,  les  plumes  d'oiseaux,  etc.,  etc. 

Dans  les  tableaux  statistiques  ci-joints,  on  trouvera  la  valeur 
de  ces  différents  articles  d'exportation. 


Exportation  de  produits  forestiers  par  le  port  de  Para, 
de  janvier  à  juillet  4888  : 


Produits. 

Caoutchouc  .    . 

Cacao 

Noix  du  Brésil. 


Quantité. 

Valeur  en  contos. 

6.262.105  kilogr. 

12.924 

2.786.224      — 

1.340 

94.151  hectol. 

666 

En  transit,  venant  de  Manaos  : 


Produits. 

Caoutchouc  .    . 
Cacao 

Noix  du  Brésil. 


Quantité. 

1. 368.555  kilogr. 
181.148      — 

37.152  hectol. 


Valeur  en  contos. 

2.936 
89 


224  LE      BRÉSIL      EN      18  89. 


Mouvement    de    la  population    dans  le  port   de   Para, 
de  janvier  à  juillet   1888. 

Entrées.   —  Nationaux,  4.785;  étrangers,  1.797.  Total  :  G. 582 

Sorties.  —  Nationaux,  1.927;  étrangers,       622.  Total  :  2.549 

Accroissement  de  la  population 4.033 


Caoutchouc.  —  Exportation  par  le  port  de  Para  en  1888  : 

Caoutchouc  de  lrc  qualité  (Borracha  fina).         10.000.000  kilogr. 
Caoutchouc  de  2e  qualité  ^Sernamby) 5.000.000     — 

Total 15.000.000  kilogr. 

En  1888,  les  prix  moyens  ont  été  de  2.000 §  (à  peu  près 
6  francs)  pour  la  première  qualité,  et  de  1.000$  (à  peu  près 
3  francs)  pour  la  seconde  sorte. 


II.  La  zone  du  Parnahyha .  —  La  zone  du  Parnahybà 
comprend  les  provinces  de  Maragnon  et  de  Piauhy.  La  surface 
de  la  province  de  Maragnon  est  de  459.884  kilomètres  carrés.  La 
surface  de  la  province  de  Piauhy  est  de  301.797.  La  zone  entière  du 
Parnahyba  a  donc  une  surface  de  761.681  kilomètres  carrés.  La 
population  de  Maragnon  est  de  400  à  500.000  habitants  ;  celle  de 
Piauhy  est  estimée  de  250.000  a  300.000  habitants.  Toute  la  zone 
du  Parnahyba  ne  contient  pas  plus  de  800.000  habitants  et  est 
toute  prête  à  recevoir  des  millions  et  des  millions  d'immigrants. 
Le  grand  fleuve  du  Parnahyba  sépare  les  provinces  de  Mara- 
gnon et  de  Piauhy  :  il  est  depuis  longtemps  silloné  par  des  ba- 
teaux à  vapeur.  La  province  de  Maragnon  jouit  d'un  magnifique 
réseau  fluvial,  formé  par  les  grands  fleuves  Gurupy,  Tury-Assû, 
Pindaré,  Mearlm,  Ilapicurû  et  Munin.  Des  bateaux  à  vapeur  cir- 
culent dans  tous  ces  fleuves  et  dans  leurs  principaux  confluents. 
La  capitale  de  Maragnon,  nommée  5.  Luiz  do  Maranhâo,  se 
trouve  placée  dans  une  ile  et  reçoit  par  des  bateaux  à  vapeur 
les  produits  de  toute  cette  belle  province,  comme  si  elle  était  la 
station  centrale  d'un  grand  réseau  de  chemins  de  fer.  Son  beau 
port  reçoit  des  navires  de  tous  les  ports  d'Europe,  principale- 
ment du  Havre  et  de  Livcrpool. 


LES     ZONES     AGRICOLES.  225 

Terre.  —  Le  nord  de  la  province  de  Maragnon  touche  à 
Para,  et  possède  des  terres  à  caoutchouc  et  à  cacao,  comme 
la  vallée  de  l'Amazone.  Dans  la  vallée  de  l'Itapicurû  la  roche 
prédominante  est  un  grès  noir  ferrugineux,  qui  est  employé 
comme  pierre  de  construction  dans  la  capitale  de  Maragnon.  Aux 
environs  de  la  ville  d'Alcantara  il  y  a  un  bassin  calcaire  parfai- 
tement  déterminé.  A  l'Itacolumy  on  trouve  des  grès  ferrugineux. 
Les  grès  blancs,  verts,  rouges  et  bigarrés  sont  très  abondants 
même  dans  l'île  où  se  trouve  la  capitale  de  Maragnon.  Des  argiles 
-de  toutes  les  couleurs,  excellentes  pour  briques,  tuiles  et  produits 
céramiques,  abondent  à  Maragnon  et  à  Piauhy.  La  pierre  de 
•taille  est  fournie  par  un  grès  très  dur,  qu'on  trouve  à  Maragnon, 
dans  l'île  de  Jacumy,  tout  près  de  Itaquy.  A  Itaquy  môme  on 
exploite  des  carrières  d'un  grès  ferrugineux.  On  trouve  à  Mara- 
gnon des  marbres  aux  environs  des  villes  du  Brejo  et  de  Caxias. 
On  fait  des  dalles  avec  un  schiste,  qu'on  exploite  tout  près  de  la 
ville  de  Caxias.  Les  calcaires  de  Tresidella,  dans  la  province  de 
Maragnon,  peuvent  servir  à  la  bâtisse  et  au  chaulage  des  terres 
argileuses.  Le  fleuve  Parnahyba  abonde  en  cristaux  de  roche.  La 
roche,  qui  couvre  le  lit  de  ce  fleuve,  est  un  grès  très  dur  :  on  y 
trouve  aussi  des  puddings  et  des  conglomérats.  Sur  les  rives  de  ce 
•beau  fleuve  abondent  le  sable  et  les  cailloux.  L'ocre  jaune,  appelée 
Taud  par  les  aborigènes,  est  exploitée  tout  près  de  la  ville 
d'Oeiras,  ancienne  capitale  de  la  province  de  Piauhy.  Le  gypse, 
le  talc  et  les  calcaires  de  plusieurs  espèces  se  trouvent  dans 
plusieurs  localités  de  la  vaste  province  de  Piauhy.  On  a  signalé 
plusieurs  mines  de  fer,  de  cuivre  et  d'or,  tant  à  Piauhy  qu'à 
Maragnon  ;  les  mines  d'or  et  de  cuivre  du  Tury-Assû  et  de  Mara- 
cassumé  ont  eu  même  un  commencement  d'exploitation. 

Sel.  —  On  fabrique  le  sel  sur  toute  la  côte  du  Brésil,  depuis 
Para  jusqu'au  cap  Frio,  dans  la  province  de  Rio-de-Janeiro. 
A  Maragnon,  les  conditions  naturelles  facilitent  beaucoup  cette 
industrie.  On  trouve,  aux  environs  d'Alcantara,  de  vastes  marais 
salés,  à  fond  de  pierre  calcaire,  qui  sont  de  vraies  salines  natu- 
relles. Elles  sont  connues  sous  le  nom  indien  d'Apicwns.  Les 
marées  à  Maragnon  sont  les  plus  fortes  de  toute  la  côte  du 
Brésil  :  elles  montent  de  a  à  8  mètres  comme  dans  le  port  du 
Havre.  L'évaporation  del'eau  de  merse  fait  très  rapidement,  grâce 
au  soleil  équatorial  ;  la  saison  sans  pluie  dure  de  5  à  G  mois, 
toujours  accompagnée  d'une  forte  brise  de  E.-N.-E.,  qui  accélère 

15 


226  i.i:    MÉSIl    i:.\    1889. 

beaucoup  l'évaporation.  Des  usines  à  sel.  moulées  à  la  française, 
raffinant  le  sel  et  profilant  des  prôéuits  ehimiques  des  eomtc- 
mèves,  donneraient  à  coup  sur  de  beaux  résultats  à  Maragnon. 

Bois  de  Construction  et  d'Ébénisterie.  —  Au  nord  de  la 
province  île  Maragnon,  on  trouve  les  mêmes  essences  de  bois 
qu'à  Para;  nous  ne  ferons  donc  que  mentionner  les  suivants  à 
la  suite  de  ceux  déjà  cités  dans  la  description  de  la  première 
zone  agricole  :  Acapu  ( Waaap&u),  elassilié  Andira  Aublelil  ou 
Wacœp&ua  umericumt,  dans  la  famille  des  légumineuses.  C'est  le 
bois  le  plus  employé  là-bas,  surtout  dans  les  travaux  hydrauli- 
ques :  il  résiste  au  ver-taret  (gusemo)  ou  Teredo  navedis  des 
zoologistes.  Un  autre  bois  de  cette  zone,  YAngeUca,  classilie 
Bio&r&nya  iParaensis,  jouit  aussi  de  la  précieuse  propriété  de 
résister  aux  vers-larets.  —  Bacuky  (Pacourv,  Pacoury-Uva) 
elassilié  Platmia  insigni&,  dans  la  famille  des  Guttifères ou.  Clv&ia- 
cées.  C'est  le  bois  de  construction  le  plus  abondant  à  Maragnon 
et  celui  dont  on  fait  un  emploi  plus  général. 

Café.  — Le  café  vient  très  bien  dans  la  province  de  Maragnon  ; 
le  meilleur  est  produit  :  dans  File  de  Saint-Louis,  à  Vianna,  dans 
la  vallée  du  Pindaré  et  dans  les  collines  duMearim,  Dans  la  statis- 
tique générale  de  la  production  du  caté  de  l'Empire  du  Brésil, 
Maragnon  occupe  la  septième  place.  A  Piauhy  on  ne  cultive 
le  cale  que  pour  la  consommation  locale,  mais  il  vient  très  bien 
dans  les  terres  hautes  du  Parnahyba,  du  Gurgueia,  du  Piauhy, 
du  Canindé,  du  Poly  et  du  Longa. 

Cacao.  —  Ce  précieux  fruit  commence  à  être  régulièrement 
cultivé  à  .Maragnon.  Le  cacaoyer  est  un  bel  arbre  qui  produit 
pendant  50  à  80  ans.  On  peut  compter  sur  une  récolte  de  cinq  à 
dix  kilos  d'amandes  pour  chaque  cacoyer.  La  culture  en  est  très 
facile  ;  il  ne  faut  des  soins  que  dans  les  premiers  temps.  Dès  que 
l'arbre  commence  à  produire,  tout  le  travail  se  réduit  à  la  récolte 
et  à  tenir  l'arbre  propre  de  parasites  et  de  mauvaises  herbes. 

Um  cacaoyer  produit  chaque  année  200  fruits;  chaque  fruit  a 
de  30  à  50  amandes.  Chat] m;  amande  pèse  50  grammes.  Ainsi  on 
a  1-0  kilogrammes  em  200  fruits.  Une  ferme  à  cacao  avec  50.000 
arbres  produirait  500. (KM)  kilogrammes  d'amandes.  Si  on  compte 
1  fr.  50  par  kilo  de  cacao,  on  aura  750.000  fr.  de  recette  brute.  On 
calcule  ainsi  les  frais  d'exploitation  : 


LES     ZONES     AGRICOLES.  g&7 

Labourage    de    LOÛ    hectares,    acquisition    de 

semences,  pépinières,  eèc G7.500  fr. 

(1  fr.  25*  par  cacaoyer). 

Plantation  de  12.500  bananiers  pour  abriter  les 
>yers  dans  les  premières  années 2.000 

Personnel  pour  soigner  les  cacaoyers  pendant 
quatre  ans 100.000 

Somme 166.260  fr. 

Le  cacaoyer  commence  à  produire  régulièrement  à  la  qua- 
trième année. 

La  récolte  et  la  préparation  des  amandes  se  font  à  dix  cen- 
linies  par  kilogramme.  Aussi,  môme  avec  le  prix  des  terres, 
intérêts,  transports,  emballage,  etc.,  etc.,  arrive-t-on à 300.000 fr. 
de  revenu  net. 

Sucre.  —  La  canne  à  sucre  réussit  merveilleusement  dans 
les  provinces  de  Maragnon  et  de  Piauhy.  Dans  la  statistique 
générale  de  l'exportation  du  sucre  de  l'Empire  du  Brésil,  Mara- 
gnon occupe  la  sixième  place.  Dans  la  vallée  du  Pindaré,  on  a 
fondé,  par  l'initiative  du  négociant  danois  Martinus  Hoyer,  la 
première  usine  de  Maragnon,  qui  est  exploitée  par  la  compagnie 
«  Progresso  Agricola  »,  au  capital  de  500  contos  de  réis,  c'est-à- 
dire,  1.250.000  francs  au  change  de  400  réis  par  franc.  Gomme 
partout,  la  production  de  l'eau-de-vie  suit  celle  du  sucre. 

Coton.  —  Maragnon  a  été  toujours  renommé  par  l'excel- 
lence du  coton.  On  prétend  que  dans  les  terres  d'Alcantara  on 
produit  le  vrai  Sea-Island.  Le  coton  vient  partout  au  Brésil  ; 
les  botanistes  affirment  qu'au  moins  trois  espèces  de  coton  sont 
natives  du  Brésil,  savoir  :  Gossipium  brasiliense,  Gossipium 
fcli'jiosum,  Gossipium  vitifolium.  Dans  la  statistique  générale  de 
l'exportation  du  coton  du  Brésil,  Maragnon  occupe  la  cinquième 
place  et  Piauhy  la  onzième. 

Agriculture.  —  Nous  avons  déjà  cité  le  café,  le  cacao,  le 
sucre  et  le  coton  comme  des  produits  de  la  zone  agricole  du 
Parnahyba.  Pendant  longtemps  le  riz  a  été  le  principal  produit 
de  Maragnon:  encore  aujourd'hui  le  riz  de  Maragnon  obtient  les 
premiers   prix    sur  les    marchés    du  Brésil.    Le   tabac    réussit 


228  LE     BRÉSIL     EN     188  9. 

très  bien  à  Maragnon  et  à  Piauhy.  Dans  la  statistique  géné- 
rale de  L'exportation  du  tabac  du  Brésil,  Maragnon  occupe  la 
neuvième  place. 

Bétail.  —  Piauhy  est  renommé  pour  la  richesse  de  ses  prairies, 
nommées  campos  de  criaçâo.  On  en  exporte  des  bœufs  même 
pour  les  Guyanes.  Le  gouvernement  impérial  possède  dans  cette 
province  une  vingtaine  de  grandes  fermes  ou  fazendas,  qu'il  met 
souvent  en  adjudication.  On  fabrique  le  fromage  dans  ces  fazendas 
par  les  anciens  procédés  laissés  par  les  jésuites  ;  dans  cette 
industrie,  comme  dans  le  tannage  des  cuirs,  il  y  a  beaucoup  à 
espérer  de  l'industrie  des  immigrants  européens. 

Voies  de  communication.  —  Le  fleuve  Parnahyba  est  navigué 
à  vapeur  sur  une  étendue  de  plus  de  200  lieues;  le  Gorgueia,  un 
de  ses  principaux  affluents,  permet  la  même  navigation  sur  une 
étendue  de  130  lieues.  Dans  la  province  de  Maragnon,  les  fleuves 
Itapicurû,  Mearim,  Pindaré,  Munim  et  Tury-Assù  jouissent  des 
avantages  d'une  navigation  régulière  par  des  bateaux  à  vapeur 
de  GO  à  70  mètres  de  longueur  et  de  70  à  90  centimètres  de  tirant 
d'eau. 

Chemins  de  fer.  —  La  navigation  à  vapeur  sur  les  beaux 
fleuves  de  Maragnon  et  de  Piauhy  a  fait  retarder  jusqu'à  ce  jour 
la  construction  de  chemins  de  fer.  Nonobstant  on  a  déjà  projeté 
les  suivants  :  1°  De  la  capitale  de  Maragnon  à  Gaxias,  avec  340 
kilomètres  de  longueur  ;  2°  De  la  ville  de  Caxias  à  Theresina,  la 
capitale  de  Piauhy,  avec  126  kilomètres  de  longueur;  3°  De  la 
ville  de  Caxias  à  San-José  dos  Matôes,  sur  le  Parnahyba,  avec  150 
kilomètres  de  longueur;  4°  De  la  ville  de  la  Barra-do-Corda,  sur  le 
Mearim,  à  la  ville  de  Chapada,  avec  130  kilomètres  de  longueur  ; 
5°  De  la  Barra-do-Corda  à  la  ville  de  Carolina,  sur  le  grand  fleuve 
Tocantins,  qui  a  été  concédé,  en  novembre  1873,  par  la  province 
de  Maragnon.  Dans  la  province  de  Piauhy,  le  chemin  de  fer  le 
plus  intéressant  est  celui  delà  ville  d'Amarante  à  la  ville  d'Oeiras, 
qui  a  pour  but  de  relier  la  vallée  du  Parnahyba  à  la  vallée  du 
San-Francisco. 

Exportations.  —  Actuellement,  les  principaux  articles  d'ex- 
portation de  Maragnon  sont  les  suivants  :  Coton  —  sucre  —  eau- 
de-vie  —  bois  de  construction  et  d'ébénisterie  —  riz  —  farine  de 


LES     ZONES     AGRICOLES.  229 

manioc  et  tapioca  —  huiles  de  coco  (palmiers  —  cocos  nuci- 
fera,  etc.).  Pour  le  Piauhy  les  principaux  articles  d'exportation 
sont  les  suivants  :  Bœufs  pour  les  Guyanes  —  coton  —  tabac  — 
cuirs  —  mais  —  riz  —  haricots,  etc. 


III.  L.a  zone  €lu  Céarà.  —  Cette  zone  agricole  est  cons- 
tituée par  la  province  de  Céarâ,  d'une  surface  de  10-4.250  kilomè- 
tres carrés.  Sa  population  est  estimée  de  800.000  à  1.000.000 
d'habitants,  malgré  les  émigrations  pour  la  vallée  de  l'Amazone, 
pendant  les  crises  produites  parla  sécheresse. 

Terre.  —  Le  sol  de  Céarâ  est  constitué  principalement  par 
des  gneiss  et  des  granits.  Sur  la  ligne  du  chemin  de  fer  de 
Camocim  à  Sobral,  on  trouve  les  mêmes  granitoïdes  que  dans  la 
province  de  Rio-de-Janeiro.  Les  calcaires  et  les  marbres  se 
montrent  à  Baturité,  à  Granja,  à  Villa-Viçosa  et  à  Sobral.  Les 
argiles  pour  briques,  tuiles,  et  pour  tous  les  produits  cérami- 
ques, abondent  dans  toute  la  province  de  Céarâ.  Les  prairies 
naturelles  —  os  campos  de  criaçâo  — ■  de  Céarâ  sont  magnifiques. 
Dès  que  les  pluies  tombent  régulièrement,  le  bétail  se  reproduit 
comme  nulle  part.  Les  vallées  humides  de  Céarâ  et  les  monta- 
gnes, où  abondent  les  sources,  sont  d'une  fertilité  extraordinaire, 
même  au  Brésil.  Tous  les  produits  agricoles,  tous  les  fruits  sont 
à  Céarâ  d'une  grande  beauté,  d'un  goût  et  d'un  parfum  exquis. 
Le  café  de  la  Serra  (chaîne  de  montagnes)  de  Maranguape  est 
excellent,  et  figure  déjà  sur  les  marchés  d'Europe. 

Métaux  —  On  a  découvert  plusieurs  mines  d'or,  de  cuivre, 
de  fer,  etc.,  dans  la  province  de  Céarâ.  Pour  le  moment  on  n'ex- 
ploite que  la  mine  de  cuivre  de  Pedro-Verde,  située  dans  le 
Municipe  de  Yiçosa. 

Matières  textiles.  —  La  flore  du  Brésil  est  très  riche  en 
fibres  et  matières  textiles.  Dans  les  familles  botaniques  des  pal- 
miers, des  malvacées,  des  filiacées,  des  broméliacées,  des  liliacées 
(surtout  le  fameux  genre  fourcroya),  des  musacées  (bananiers 
sauvages),  on  trouve  une  infinité  de  plantes  donnant  des  fibres 
pour  les  tissus,  pour  les  cordes,  pour  le  papier,  etc  Encore  der- 
nièrement la  maison  Boris  frères,  de  Céarâ,  a  commencé  l'exploi- 
tation industrielle  du  gravât  a,  de  la  famille  des  broméliacées. 


23€  KE     BRÉSIL     EN     18  89. 

Caoutchouc.  —  La  province  de  Céarâ  exporte  deux  espèces 
de  cnoiilrlioiic,  bien  différentes  de  celles  de  la  vallée  de  l'Ama- 
zone, savoir:  —  la  m/ëmmoèa  on  La  bovrœka  de  mmniisobm,  pro- 
duite par  un  arbre  qu'on  appelle  la  leiteim  (productrice  de  lait), 
et  qui  esl  classifiée  jatropha  g las iovil  dans  la  famille  des  euphor- 
biacées  ;  —  la  borracha  de  mangabeira,  produite  par  la  hancornia 
osa,  de  la  famille  des  apocunacées,  qui  vaut  1  franc  à  1  IV.  50 
le  kilogramme  dans  les  ports  d'embarquement  pour  l'Europe. 
û  va  sans  dire  que,  depuis  la  vallée  de  1'  Amazone  jusqu'à  la  pro- 
vince de  Mallo-Grosso,  le  Brésil  possède  tous  les  climats  propres 
à  la  production  du  cnnufchnuc  et  de  la  <jutia-per<h<i.  Ainsi,  le 
caoutchouc  de  Malasie  est  produit  par  une  plante  de  cette  même 
famille  des  apoeyrn&eées,  si  répandue  sur  tout  le  territoire  du 
Brésil;  on  laclassifie  ureeeëa  clusiica.  Le  caoutchouc  des  Indes  est 
produit  par  Le  j&eus  eèastiea  de  la  même  famille  que  la  seringmwa 
de  l'Amazone  et  la  lesteira  de  Céarâ. 

Gutta-Percha.  —  Il  ne  faut  pas  oublier  que  la  gutta-percha, 
native  du  Brésil,  est  produite  par  deux  arbres  de  la  famille  des 
sapQtaeées,  savoir:  —  le  jaquâ,  classilié  ïucuma  g/ganlea;  — la 
riiasst/)vni(luh(f,  aussi  nommée  apraliiû  crrmdlw  (rouge),  classifiée 
mimusops  data.  La  gutta-percha  de  la  Malasie  est  produite  par 
Yisonuudra  gutta  ou  isonandra  percha  (Hooker),  de  cette  même 
famille  des  sapotacées.  C'est  dans  l'ile  de  Sumatra  (Per/j  a  h)  qu'on 
trouve  les  plus  belles  forêts  de  gutla-pereha;  l'entrepôt  principal 
est  àSingapore.  La  gutta-percha  est  encore  produite  par  la  bassia. 
parkii,  de  la  famille  des  sapofacées.  En  Abgssiiiie,  la  gulla-percha 
est  extraite  des  arbres  du  genre  mimusops  comme  la  massaranduba 
du  Brésil,  notamment  du  mimusops  schimperti  et  du  .1/.  Kwmnel. 
Il  est  de  toute  évidence  que,  dans  un  prochain  avenir,  les  immi- 
grants européens  acclimateront  toutes  ces  espèces  et  variétés  au 
Brésil,  qui  deviendra  le  principal  producteur  de  caonêehout  et  de 
gutta-percha,  de  toutes  les  qualités  demandées  pour  les  différents 
is  de  l'industrie. 

Carnauba.  —  Si  on  devait  caractériser  la  province  de  Céarâ 
par  un  arbre,  ce  serait,  bien  sûr,  la  carnaûbeira  qui  aurait  la 
préférence.  C'est  un  joli  palmier,  classilié  primitivement  par  le 
botaniste  Arruda:  Coryfhms  eerifera,  et,  définitivement  pariMûrrtwo, 
le  célèbre  auteur  de  la  Flora  èrasitiensk,  dans  l'espèce  Copermteia 
cerifèm.  La  ciirna iihi'ira  produit    une  cire  végétale,  dont  le    Céaré 


l .  i  :  s     10NBS     AGRICOLES.  231 

fait  UM  impôrlanlc^  exportation  pour  les  au! rcs  provinces  du 
Brésil  et  powr  l'Europe.  Les  chawmiitoes  dans  l'intérieur  de  la 
province  de  Céarà,  au  S«rtoë}  comme  on  dit  au  Brésil,  sont 
toutes  tait.es  du  tronc  et  des  feuilles  delà  rnrnnûbcirn.  Le  bois 
de  mrneriàa  esl  1res  résistant  ;  il  donne  des  pilotis  magnifi- 
ques peur  tes  pon!s  et  pour  les  travaux  hydrauliques  mari- 
times.  Il  résiste  bien  au  gusano  ou  ver-taret  (Teredo  navalis).  On 
a  employé  aussi  le  bois  de  carnaûba  pour  faire  des  traverses  de 
chemins  de  fer,  etc. 

Agriculture.  —  La  province  de  Céarâ  est  considérée  la 
province  la  plus  active  du  nord  de  l'Empire.  Elle  fut  la  première 
à  abolir  l'esclavage,  par  sa  propre  initiative,  le  25  mars  1884. 
Dans  la  statistique  générale  de  l'exportation  du  Brésil,  Céarâ 
occupe  la  deuxième  place  dans  l'exportation  du  caoutchouc  ;  la 
quatrième  pour  le  café;  la  troisième  pour  le  coton;  la  septième 
pour  le  sucre,  et  la  cinquième  pour  l'exportation  de  cuirs,  os, 
cornes,  etc.  On  exporte  de  Céarâ  des  oranges  pour  l'Europe, 
notamment  pour  les  ports  d'Angleterre.  Les  fruits  de  Céarâ  sont 
délicieux,  surtout  les  abacaxis,  la  plus  belle  variété  de  l'ananas, 
et  les  citas,  qu'on  nomme  dans  les  autres  provinces  du  Brésil 
pinha,  fructa  de  conde,  etc.  UAta  est  le  fruit  de  YAnona  squamosa, 
de  la  famille  des  anonacées.  Il  y  a  plusieurs  espèces  iïanonas  dans 
la  flore  brésilienne,  connues  sous  les  noms  iïaraticum,  araticum- 
panan  ;  nralicum-ponha,  etc. 

Chemins  de  fer.  —  La  province  de  Céarâ  a  deux  chemins  de 
fer,  qui  sont  déjà  en  exploitation,  et  qu'on  prolonge  en  ce  mo- 
ment, comme  moyen  de  secours  pour  la  population  de  l'intérieur 
dans  les  crises  produites  par  la  sécheresse. 

Un  ingénieur  anglais,  M.  Revy,  a  imaginé  un  grand  réservoir 
d'eau  à  Quixadâ  pour  prévenir  les  souffrances  des  agriculteurs  et 
du  bétail  pendant  les  sécheresses.  On  espère  bien  arriver,  au 
moyen  d'un  système  de  grands  et  de  petits  réservoirs  d'eau, 
construits  dans  toutes  les  vallées,  par  la  plantation  d'arbres 
spéciaux  et  par  un  réseau  de  chemins  de  fer  de  secours,  à  réduire 
au  minimum  les  crises  de  sécheresses,  le  seul  ananké  de  la  ma- 
gnifique province  de  Céarâ. 

Exportations.  —  La  province  de  Céarâ,  ayant  été  toujours 
une  province  d'agriculture  libre  et  de  petite  propriété,  présente 


232  LE     BRESIL     EN     1889. 

la  plus  grande  variété  dans  ses  produits  d'exportation.  Nous 
nous  bornerons  à  mentionner  les  suivants  :  Carnauba  (cire-végé- 
tale). Caoutchouc  de  deux  espèces  (manissoba  et  mangabeirà)^  café, 
coton,  sucre,  eau-dc-vie,  etc.,  oranges  pourLiverpool  et  Londres, 
riz,  haricots  et  fruits  divers,  cuirs,  os,  cornes,  etc.,  etc.,  peaux 
de  cerfs  et  de  chèvres,  bois  de  construction  et  d'ébénisterie. 

Statistiques.  —  Céarà. 

Importations  directes  : 

1885-1886 2.382  :  4210715 

1886-1887  3.389  :  331 §371 

Exportations  : 

1885-1886 3.237  :  654 # 447 

1886-1887 3.780  :  895 #993 

Recette  des  douanes  : 

1886 1.425  :  014  #504 

1887 2.278  :  756#882 

IV.  Lia  zone  du  Parahyba-du-]\ord.  —  Les  quatre 
provinces,  classées  dans  la  quatrième  zone  agricole  du  Brésil, 
sont  les  suivantes  :  Rio-Grande-du-Nord,  qui  a  une  surface  de 
57.485  kilomètres  carrés  et  une  population  de  250  à  300.000  ha- 
bitants; Parahyba-du-Nord,  qui  a  une  surface  de  74.731  kilo- 
mètres carrés  et  une  population  de  400  à  450.000  habitants  ;  Per- 
nambuco  (Fernambouc  des  Français),  qui  a  une  surface  de 
128.395  kilomètres  carrés  et  une  population  de  900.000  habi- 
tants ;  Alagôas,  qui  a  une  surface  de  58.491  kilomètres  carrés  et 
une  population  de  350  à  400.000  habitants. 

Dans  cette  zone  on  ne  trouve  que  deux  fleuves  importants  : 
le  Parahyba-du-Nord  et  le  Capiberibe.  Le  grand  fleuve  San-Fran- 
cisco  limite  cette  zone  agricole  au  sud. 

Terre.  —  A  Rio-Grande-du-Nord,  les  roches  prédominantes 
sont  les  grès,  les  gneiss  et  les  granits.  On  y  trouve  des  calcaires 
et  du  gypse.  L'argile  pour  briques,  tuiles  et  pour  tous  les  pro- 
duits céramiques,  abonde  dans  toutes  les  quatre  provinces  de 
cette  zone  agricole.  Dans  les  montagnes  deCaxixa,  a  sept  lieues  de 


LES     ZONES     AGRICOLES.  233 

la  ville  (TAreia,  dans  la  province  de  Parahyba-du-Nord,  on  trouve 
Le  vrai  kaolin  à  porcelaine.  Le  fleuve  Parahyba-du-Nord  coule,  à 
s. m  embouchure,  sur  un  vrai  bassin  calcaire  ;  on  est  en  train 
d'organiser  une  Compagnie  pour  la  fabrication  de  la  chaux 
hydraulique  et  des  ciments  connus  dans  le  commerce  sous  les  dé- 
nominations de  ciment  Romain  et  de  ciment  de  Portland.  Dans  les 
montagnes  de  Borborema,  qui  forment  une  chaîne  très  impor- 
tante embrassant  les  provinces  de  Rio-Grande-du-Nord,  de  Para-^ 
hyba-du-Nord  et  de  Pernambuco,  on  trouve  des  grès,  des  gneiss 
et  des  granits.  Ces  montagnes  sont  magnifiques  par  le  climat, 
par  l'abondance  d'eau  et  par  la  fertilité.  Ce  sera  la  première 
région  qui  sera  occupée  par  les  immigrants.  On  y  trouve  déjà 
quelques  Européens,  établis  spontanément  et  qui  sont  très  con- 
tents. Le  chemin  de  fer  «  Comte  d'Eu  »  dessert  déjà  la  base  de 
ces  montagnes,  tout  près  de  la  ville  d'Areia,  située  sur  un  beau 
plateau,  qui  a  mérité,  par  la  douceur  de  son  climat  et  par  la 
beauté  de  ses  panoramas,  le  surnom  de  Petropolis-du-Nord. 
La  géologie  et  la  minéralogie  de  la  province  de  Pernambuco  ont 
été  étudiées  par  le  professeur  Charles-Frédéric  Hartt,  compagnon 
du  célèbre  Agassiz  dans  son  voyage  à  la  vallée  de  l'Amazone.  La 
région  maritime  de  la  province  de  Pernambuco  est  nommée 
zona  da  Mat  ta,  ou  tout  simplement  A  Matta,  pour  signifier  la  région 
où  abondent  les  forêts.  La  roche  qui  y  prédomine  est  le  granit 
avec  ses  évolutions  pour  le  gneiss  et  pour  le  grès.  Les  montagnes 
de  Guaranhuns,  qui  limitent  les  provinces  d'Alagôas  et  de  Per- 
nambuco, abondent  en  gneiss.  Ces  montagnes  sont  aussi  belles 
que  celles  de  Borborema  et  produisent  du  café  excellent.  Les 
immigrants  peuvent  déjà  y  arriver  par  le  chemin  de  fer  de 
Recife  à  Guaranhuns,  dans  la  province  de  Pernambuco  ;  ou, 
encore  plus  rapidement,  par  le  chemin  de  fer  de  Maceiô  à  Impe- 
ratriz,  connu  sous  la  dénomination  de  Central  Alagôas.  A 
Aguas-Bellas,  dans  la  province  de  Pernambuco,  on  trouve 
des  granits  avec  des  filons  de  calcaires  cristallins,  semblables  à 
ceux  de  la  vallée  duParahyba-du-Sud,  dans  la  province  de  Rio. 
Les  granits  de  Tamandaré  et  de  Tacarahi,  dans  la  province  de 
Pernambuco,  sont  bien  connus.  Dans  file  d'Itamaracâ,  si  renom- 
mée par  l'excellence  de  ses  fruits  :  raisins,  muscatel,  mangas, 
cocos,  abacaxis,  etc.,  etc.,  on  trouve  des  calcaires.  Le  professeur 
Hartt  a  fait  une  splendide  collection  de  calcaires  fossilifères  à 
Pajehû,  à  Bezerro  et  à  San-Caetano-da-Raposa  sur  le  chemin  de 
fer  de  Recife  à  Caruarû. 


534  le    &R1SII    EN     188  9. 

Dans  la  province  à'Alagôe»,  le  gneiss  est  abondant  dans  les 
environs  de  la  fameuse  eatarwete  de  Paufo-A/ponso,  le  Niagara 
bfésélieii.  Des  calcaires  cristallins  se  trouvent  dans  les  mon- 
tagnes de  Craûnanian,  de  Graûnam  ;  on  a  signalé  aussi  des  cal- 
caires  à  Piranhas,  sur  lariirf  gauche  du  San-Franci 

Guano  et  phosphates  alcalins.  —  On  trouve  sur  tous  les  ilôts 
de  la  côte  du  Brésil  des  dépôts  de  guanos  et  de  phosphates 
alcalins,  analogues  à  ceux  du  Pérou.  Les  plus  importants  se 
I  nui  vent  dans  l'archipel  de  Fernando  de  Noronha.  Us  sont  ex- 
ploités par  une  Compagnie  brésilienne  organisée  en  octobre  1888. 
La  direction  technique  de  l'exploitation  est  confiée  au  chimiste 
français  RI.  Louis  Berthaud. 

Bois-Brésil.  —  Le  commerce  du  Bois-Brésil  {Paû-Brazil)  a 
perdu  de  son  importance  après  la  découverte  des  couleurs 
d'aniline  ;  nonobstant  on  en  fait  encore  une  certaine  exportation 
des  provinces  d'Alagôas  et  de  Bahia.  Il  est  produit  par  des 
arbres  magnifiques,  classifîés  €  ses  alpins  /n-azi.liensis;  C.  eckùmia  ; 
C.  pel/ophci-uîdes,  dans  la  grande  famille  des  Légumineuses.  Il 
faut  dire  que  ce  bel  arbre  caractérise  bien  le  Brésil,  parce  qu'on 
le  trouve  dans  les  forêts  du  nord,  du  centre  et  du  sud  de  l'Em- 
pire. 

Agriculture.  — -  La  zone  du  Parahyba-du-Nord  se  caractérise 
par  la  production  du  sucre  et  du  coton.  Le  port  de  Recife  a  pen- 
dant longtemps  concentré  le  commerce  d'importation  et  d'ex- 
portation des  quatre  provinces  de  Pernambuco,  de  Parahyba-du- 
Nord,  d'Alagôas  et  de  Rio-Grande-du-Nord.  Actuellement,  ces 
trois  petites  provinces  commencent  à  négocier  directement 
avec  les  ports  de  l'Europe  et  des  États-Unis.  A  l'embouchure 
du  Parahyba-du-Nord,  on  est  en  train  de  préparer  un  port 
de  commerce  transatlantique,  à  Cabedello,  qui  servira  de  ^arc- 
maritime  au  chemin  de  fer  Comte  oVEu.  Ce  fleuve  Para- 
hyba-du-Nord a  des  crues  régulières,  comme  le  Nil,  et  dépose  un 
limon  aussi  fertilisant  pour  la  canne  à  sucre  que  celui  du  Nil  pour 
le  blé.  Depuis  des  siècles  on  récolte  la  canne  à  sucre  à  Parahyba- 
du-Nord,  sans  même  employer  la  charrue  de  bois,  obstinément 
conservée  par  les  fellahs  de  l'Egypte. 

A  Rio-Grande-du-Nord,  la  vallée  du  Céarà-Mirim  est  la  plus 
renommée    pour    son    extraordinaire    production    do   canne   à 


LES      ZON'KS      Ali  R1C0LKS.  235 

sucre.  A  Pernambueo  on  commence  à  cultive*  régulièrement  le 
cacaoyer  sur  Les  terrains  desservis  par  le  chemin  de  fer  de  Rccife 
à  Limoeiro.  Les  plateaux  et  les  collines  de  liio-Grande-du-Nord, 
de  Parahyba-du-Nord,  de  Pernambuco  et  d'Alagôas  produisent 
très  bien  h  café.  Le  tabac  \icnl  tores  bien  partout;  on  espère 
que  la  liberté  an  travail  agricole  donnera  à  cette  culture  le  môme 
développement  crue  dans  la  province  de  Rallia.  La  canne  à  sucre 
produit  1res  bien  dans  les  terres  basses  de  la  province  cTAIagoas. 
Le  tabac  vient  mieux  dans  les  terrains  secs.  Le  café  est  excellent 
dans  les  montagnes  de  Mundahu,  à  l'extrémité  occidentale  du 
ehemin  de  fer  central  «FAlagôas  ;  c'est  sur  ces  montagnes  qu'on 
lablir  les  premiers  immigrants.  Toutes  les  plages  de  cette 
zone  agricole,  depuis  le  Rio-Grande-du-Nord  jusqu'à  l'embou- 
chure du  San-Francisco,  sont  couvertes  de  magnifiques  forêts  de 
cocotiers  (Cocos  nucifera)  ;  leurs  fruits  donnent  lieu  à  un  com- 
merce très  important. 

Immigration.  —  Le  Parlement  vient  de  voter  une  somme  de 
1.000  contosde  réis  (à  peu  près  3  millions  de  francs)  pour  un  essai 
d'immigration  européenne  dans  la  province  de  Pernambuco.  Le 
succès  de  cette  belle  entreprise  sera  magnifique,  si  on  donne  aux 
immigrants  la  propriété  directe  delà  terre,  et  si  on  les  place  sur 
les  hauts  plateaux  de  Guaranhuns,  dans  des  endroits  connus  par 
leur  fertilité  et  par  leur  abondance  en  sources  et  eaux  courantes. 
Les  insuccès  de  l'immigration  dans  le  nord  du  Rrésil  étaient  entiè- 
rement dus  à  l'esclavagisme.  Le  climat  des  montagnes  du  nord  du 
Rrésil  est  excellent  pour  les  Européens  ;  ce  qui  est  mauvais,  ici 
comme  dans  tout  le  monde,  ce  sont  les  marais  et  les  prairies  basses 
et  humides.  La  chaleur  à  Pernambuco  et  dans  toute  cette  zone 
agricole  n'atteint  jamais  les  degrés  connus  dans  la  Lombardie,  à 
Naples,  en  Espagne  et  dans  toute  la  Méditerranée.  V immigrant- 
propriétaire  est  parfaitement  libre  de  choisir  les  heures  les  plus 
convenables  pour  ses  travaux  agricoles  ;  il  n'est  pas  obligé  d'obéir 
aux  ordres  de  propriétaires  parfois  égoïstes.  Le  labourage 
de  la  terre  au  Rrésil  est  très  facile  :  un  cacaoyer  vit  50  à  80  an- 
nées ;  ce  sont  des  arbres  fruitiers,  c'est  un  travail  de  verger. 
L'immigrant-propriétaire  cultivera  la  vanille  avec  sa  femme  et 
ses  enfants;  élèvera  des  abeilles  et  des  vers-à-soie  ;  cultivera  des 
ananas  et  les  beaux  fruits  du  Rrésil;  exercera,  enfin,  une  multi- 
tude de  petites  industries  avec  les  produits  naturels,  si  abondants 
dans  les  forêts  du  pays. 


236  LE     BRESIL     EN      1889. 

Chemins  de  fer.  —  La  zone  agricole  du  Parahyba-du-Nord 
(>st  déjà  desservie  par  plusieurs  chemins  de  fer  énumérés 
ailleurs. 

Exportations.  —  Les  quatre  provinces,  qui  composent  la  zone 
du  Parahyba-du-Nord,  ont  des  articles  d'exportation  très  variés  ; 
nous  nous  bornerons  à  citer  les  suivants  :  Sucre  —  coton  — ■  bois 
de  construction  et  d'ébénisterie  —  cuirs  —  os,  cornes,  etc.,  etc., 
—  cocos  (fruits  du  cocos  nuclfera)  —  riz  —  maïs  —  tapioca  et 
farine  de  manioc  —  haricots  —  tabac  —  gratins  de  sucre  (rapa- 
duras)  —  fruits  (oranges,  ananas)  —  eau-de-vie  —  huile  de 
ricin  —  huiles  de  plusieurs  palmiers  —  café  —  caoutchouc  de 
Jatropha  et  de  Hancomia  —  bois-Brésil  —  cire  végétale  de  coper- 
nicea,  etc.,  etc. 

PROVINCE   DE   PERNAMBUCO,     TORT   DE   RECIFE 
Mouvement  maritime  en  1887. 

Entrées:  1.181  navires  jaugeant  859.216  tonneaux. 

Sorties  :   1.135  navires. 

Vapeurs  entrés 539 

Vapeurs   sortis 642 


Somme 1.181 

Il  y  a  en  plus  10    navires    de   guerre  à  vapeur    entrés  et 
sortis. 

COMMERCE  DE  SUCRE  ET  DE  COTON  DE  1878  A  1888. 

Sucre. 

1878-1879 1.055.938  sacs 

1879-1880 1.716.637  — 

1880-1881 2.224.773  — 

1881-1882 2.029.489  — 

1882-1883 1.229.579  — 

1883-1884 2.150.138  — 

1884-1885 1.661.887  — 

1885-1886 1.296.335  — 

1886-1887 1.971.216  — 

1887-1888 2.493.365  — 


LES     ZONES     AGRICOLES.  237 

Coton. 

1878-1879 31 .168  balles 

1879-1880 00.117  — 

1880-1881 119.118  — 

1881-1882 158.497  — 

L882-1883 118.280  — 

1883-1884 136.982  — 

1884-1885 149.932  — 

1885-1886 161.337  — 

1886-1887 319.134  — 

1887-1888 302.268  - 

Le  sac  de  sucre  pèse  60  kilogrammes. 

La  balle  de  coton  pèse  de  60  à  80  kilogrammes. 


V.  La  zone  du  San-Francisco.  —  La  zone  du  San-Fran- 
cisco  est  constituée  par  les  deux  provinces  de  Sergipe  et  de  Bahia. 
La  province  de  Sergipe  a  une  surface  de  39.090  kilomètres  carrés 
et  une  population  de  200  à  250.000  habitants.  La  province  de 
Eahia  a  une  surface  de  426.427  kilomètres  carrés  et  une  population 
de  1.500.000  à  1.600.000  habitants. 

Terre.  —  Dans  les  provinces  de  Bahia  et  de  Sergipe,  la  terre 
la  plus  estimée  pour  la  canne  à  sucre  est  nommée  Massapê  ;  c'est 
une  terre  forte,  une  argile  dont  les  nuances  vont  depuis  le  gris- 
perle  jusqu'au  plomb-foncé.  Au  nord  de  Sergipe,  sur  les  rives 
du  San-Francisco,  la  roche  prédominante  est  le  grès  ou,  parfois, 
les  gneiss.  On  trouve  des  calcaires  crétacés  aux  environs  des 
villes  de  Maroim  et  de  Larangeiras.  On  a  aussi  signalé  à  Sergipe 
quelques  gisements  de  marbre  blanc  et  d'un  calcaire  amorphe 
bleuâtre.  A  Bahia,  dans  les  environs  de  la  capitale,  la  roche  la  plus 
commune  est  un  granitoïde,  connu  vulgairement  sous  le  nom  de 
Coraçâo  de  Negro  (Cœur  de  noir),  à  cause  de  sa  couleur  foncée  et 
de  la  difficulté  qu'on  a  à  le  tailler. 

Au  grand  fleuve  Paraguassû,  les  roches  prédominantes  sont 
les  granits  et  les  gneiss.  Sur  les  rives  de  San-Francisco  on 
trouve  l'albâtre,  le  marbre  et  des  calcaires  de  toute  espèce.  Les 
grottes  calcaires,  à  stalactites  et  stalagmites,  comptent  parmi 
les  beautés  naturelles  de  ce  fleuve   majestueux,  si  justement 


238  LH     BAÊSLL     EN     1889, 

surnommé  La  Méditerranée  brésilienne.  Le  granit  abonde  dans  La 
chaîne  de  montagnes  d'Iliuba.  A  Camamû  on  trouve  le  calcaire 
Lithographique-  Au  sud  de  la  province  de  Bahia,  à  Taperoâ,  à 
Valença  et  à  Camann'i,  on  commence  à  exploiter  des  schistes 
bitumineux,  qui  fournissent  du  pétrole  et  du  gaz  d'éclairage.  Les 
calcaires  argileux  de  Valença  produisent  une  belle  chaux  hydrau- 
lique. 

Dans  la  province  de  Bahia,  on  nomme  Tauà  une  espèce  de 
marne  ou  de  calcaire  argileux.  On  a  signalé  des  gites  de  calcaires 
à  Santo-Amaro,  à  Inhambupe,  à  Capim-Groaso,  à  Chique-Chique 
et  à  Bom-Jcsus-da-Lapa  sur  les  rives  du  Bio-das-Contas. 

Les  argiles  plastiques  de  la  province  de  Bahia  sont  les  plus 
belles  du  Brésil  :  on  y  a,  dès  les  temps  primitifs,  fabriqué  des 
briques,  des  tuiles,  des  alcarazas  (tal/ias,  moringas,  quartinhas, 
etc.,  etc.),  et  toute  sorte  de  poterie  et  d'objets  d'utilité  ou  de 
fantaisie. 

Or  et  Diamants.  —  C'est  aux  provinces  de  Bahia  et  de  Minas 
que  le  Brésil  doit  sa  renommée  de  Pays  d'Or  et  de  Diamants.  On 
a  signalé  plusieurs  gîtes  d'or  et  d'argent  dans  la  province  de 
Bahia.  Depuis  longtemps  on  y  fait  un  commerce  régulier  de 
diamants.  Dernièrement  on  a  commencé  l'exploitation  des  mines 
d'or  d'Assuruâ,  qui  sont  déjà  sur  le  bassin  du  S.  Francisco.  Tout 
cela  n'est  dit  que  pour  mémoire.  Il  n'entre  pas  dans  notre  pro- 
gramme de  faire  du  Brésil  un  pays  minier.  A  la  formule  —  Pays 
d'or  et  de  diamants,  nous  préférons  de  beaucoup  :  —  Pays  fertile  et 
tranquille.  —  Pays  de  liberté  et  de  progrès.  —  Pays  pacifique  et 
hospitalier.  —  Pays  agricole  et  industriel.  Ce  n'est  pas  de  l'or  et 
des  diamants  que  nous  offrons  aux  immigrants  ;  c'est  tout  sim- 
plement la  propriété  d'une  terre  qui  produit  tout  ce  qu'il  y  a  de 
plus  précieux  au  monde  :  du  caoutchouc,  du  cacao,  du  café,  du 
coton,  du  sucre,  du  vin,  de  la  soie,  de  la  vanille,  tous  les  fruits, 
tous  les  bois  et  toutes  les  essences  de  l'Arabie  et  des  Indes,  de 
l'Asie  et  de  l'Afrique. 

Le  Fleuve  San-Francisco.  —  La  formule  :  Le  San-Francisco 

est  la  Méditerranée  brésilienne  est  parfaitement  exacte.  Ce  fleuve 
superbe,  embelli  par  la  pittoresque  cataracte  de  Paulo-Afïbnso, 
forme  un  trait  d'union  entre  toutes  les  provinces  du  Brésil  Cen- 
tral, depuis  Piauhy  jusqu'à  la  province  de  Minas.  Dans  les 
temps  primitifs,  le  San-Francisco  était  la  grande  route  pour  tout 


LES      ZONES      AGRICOLES.  239 

le  commerce  antérieur  du  lirésil  :  aussi  le  San-Francisco  est-il  peut- 
être  eacoreçlus  populaire  au  Brésil  que  le  magnifique  Amazone. 

Quand  ou  a  commencé  à  eonslruire  des  chemins  de  fer  au  Bré- 
sil toutes  les  lignes  •étaient  destinées  ans  rives  du  San-Francisco: 
chemin  île  fer  de  Récite  au  San-Francisco  ;  chemin  de  fer  de 
l>ahia  au  San-Francisco  ;  chemin  de  fer  de  Dom  Pedro  II  ou 
de  la  capitale  de  L'Empire  au  San-I'raiicisco.  Le  l^iulo-A/fonso, 
ou  le  Niaqwa  hrcsilicii,  divise  naturellement  le  fleuve  San- 
Francisco  en  deux  sections  :  la  section  maritime,  qui  va  jus- 
qu'au port  de  Piranhas;  la  section  supérieure,  qui  est  navigable 
par  &es  bateaux  de  rivière. 

Les  deux  premiers  bateaux  à  vapeur  qu'on  y  a  lancés  ont  été 
transportés,  tout  en  pièces,  à  dos  de  mulet.  On  vient  de  cons- 
truire un  chemin  de  fer  de  Piranhas  à  Jatobapour  relier  les  deux 
sections  du  fleuve  San-Francisco.  Le  gouvernement  a  une  com- 
mission d'ingénieurs  travaillant  incessamment  aux  améliora- 
tions de  ce  merveilleux  bassin  hydraulique.  Nous  espérons 
pouvoir  y  placer  des  immigrants-propriétaires  dans  quelques 
années. 

Bois  de  Construction  et  d'Ébénisterie.  —  Les  provinces 
de  Sergipe  et  de  Bahia  possèdent  des  forêts  magnifiques  de  bois 
excellents  pour  les  constructions,  pour  la  menuiserie  et  pour 
l'ébénisterie.  A  Sergipe,  les  plus  belles  forêts  sont  sur  le  littoral 
et  sur  les  montagnes  d'Itabaiana  :  à  Bahia,  sur  les  rives  du  Para- 
guassû  et  du  Jequitinhonha,  que  les  poètes  disent  avoir  un  Ut 
d'or  et  de  diamants.  La  liste  des  bois  de  construction  de  la  zone 
du  San-Francisco  occuperait  des  pages;  nous  nous  bornerons 
aux  plus  remarquables,  savoir  :  les  Palissandres,  nommés  au 
Brésil  Jacarandâs,  de  plusieurs  genres,  espèces  et  variétés, 
notamment  le  Jacarandà-preto  (noir)  ou  Cabiuna,  classifîé  Dalber- 
i ;  le  Jacarandd-rosa  (rose),  classifîé  Machaerium  sp  ; 
le  Jacarandd-d'esplnho,  classifîé  Machaerium  leucopterum  ;  le 
undd-rôxo  (rouge),  classifîé  Machaerium  firmum  ;  le  Jacarandd- 
tan,  classifîé  Mâcher lum  Allemani,  en  honneur  de  Freire  Allemâo, 
le  plu  re  des  botanistes  brésiliens;  le  Jacarandd-mocô   ou 

Pau-de-moc6,  classifîé  Machaerium  auriculatum  ;  le  Jacarandd- 
violêta  (violet),  classifîé  Machaerium  violaceum  ;  le  Jacarandd- 
banana,  classifîé  Swartzia  Langsdorfil,  du  nom  d'un  célèbre  voya- 
geur russe  qui  a  traversé  le  Brésil  ; 

Les  Vinhaticos,  des  bois  qui   rappellent  l'acajou,   et  qui  sont 


2-10  LE     BRESIL     EN      1889. 

très  employés  au  Brésil  pour  la  menuiserie.  En  règle  générale, 
les  meubles  brésiliens  sont  de  palissandre  ou  de  vinhatico.  Le 
Vinkatico  le  plus  commun  est  classifié,  comme  les  palissandres, 
dans  la  famille  des  légumineuses,  Eckyrospermum  Baltha- 
sarii,  Plilhymcnia  reticulata  (Bentham);  le  Gonçalo-  Alves, 
un  bois  superbe  pour  l'ébénisterie  ;  il  a,  parfois,  l'aspect  de 
Técaille;  on  le  classifié  Astronium  fraxinifolium,  dans  la  famille 
des  térébinthacées  ;  le  Potumujû,  connu  sous  le  nom  d'Araribd 
ou  à'Eriribâ  dans  la  province  de  Rio,  excellent  bois  de  cons- 
truction et  de  menuiserie,  le  plus  estimé  pour  les  portes  des 
grands  bâtiments  ;  on  le  classifié  Centrolobum  robustum, 
C.  tomentosum,  dans  la  famille  des  légumineuses; 

Le  Tapinhoam,  qui  est  peut-être  le  bois  le  plus  générale- 
ment employé  à  Bahia  dans  la  construction  navale,  dans  les 
constructions  hydrauliques  et,  surtout,  dans  la  tonnellerie.  Il 
a  l'aspect  du  chêne  de  l'Europe  et  des  États-Unis.  On  le  clas- 
sifié Sylvia  navalium,  dans  la  famille  des  lauracées. 

Agriculture.  —  Dans  la  province  de  Bahia  l'unité  agricole 
pour  la  terre  est  la  Parafa,  de  900  traças  quadradas,  c'est-à-dire, 
de  4.356  mètres  carrés.  Parèfa  signifie  le  service  d'un  homme 
dans  une  journée  de  travail.  C'est  surtout  dans  la  culture  de  la 
canne  à  sucre  que  cette  unité  est  employée.  Ainsi  on  dit  à  Bahia: 
la  Parèfa  de  Santo-Amaro  produit  de  50  à  100  arroubas  de  sucre, 
à  peu  près,  734  kilos  à  1.469  kilogrammes.  Ou  encore  :  la  Parèfa 
de  Inhambupe  produit  400  à  800  arroubas  de  sucre,  à  peu  près, 
5.876  à  11.752  kilogrammes  de  sucre.  H  y  a  encore  une  Parèfa, 
unité  de  longueur,  qui  s'applique  aux  cêrcas  (haies-vives)  ;  la 
Parèfa  de  Cêrca  est  une  longueur  de  30  Draças  ou  de  66  mètres 
de  haie-vive. 

Primitivement  on  exportait  le  sucre  dans  de  grandes  caisses 
en  bois  :  bien  souvent  on  employait  des  bois  précieux  comme 
la  palissandre,  le  cèdre  ou  le  vinliatico.  La  Caixa  d'assucar,  la 
caisse  de  sucre,  devait  contenir  50  arroubas  ou  734  kilogrammes 
de  sucre. 

La  terre  préférée,  dans  les  provinces  de  Bahia  et  de  Sergipe, 
pour  la  canne  à  sucre  est  le  massapê,  une  espèce  de  terre  forte, 
de  terre-glaise,  quelquefois  blanche,  plus  souvent  variant  du 
gris-perle  au  plomb-foncé.  Dans  certains  endroits  la  canne  à 
sucre  rapporte  trois,  quatre  et  même  cinq  fois.  On  y  appelle  cette 
production  continuelle  de  la  canne  à  sucre   sôca  e  resôca.  11  ne 


LES     ZONES     AGRICOLES.  241 

manque  pas  d'exemples  de  terres,  à  Bahia,  à  Sergipe,  à  Parahyba- 
du-Nord,  à  Rio-Grande-du-Nord,  et  surtout  dans  la  vallée  de 
L'Amazone  el  à  Matto-Grosso,  ayant  des  plantations  de  canne-à- 
sucre  (Cannaviâes),  qui  produisent  incessamment  pendant  15  à 
20  années. 

On  compte  régulièrement  sur  la  production  de  100.000  kilo- 
grammes de  canne  à  sucre  pour  un  hectare  de  terre.  Il  faut  15 
mois  entre  la  plantation  et  la  coupe  de  la  canne  à  sucre.  Un 
planteur  fait  parfaitement  la  besogne  de  deux  hectares,  qui  lui 
rapportent  200.000  kilogrammes  de  canne  à  sucre.  S'il  vend  la 
canne  aune  usine  centrale,  au  prix  de  7  $000  réis  (à  peu  près 
20  francs)  la  tonne  de  1.000  kilos,  il  obtiendra  seulement  de  ce 
chef  1.-400$  000  réis,  soit  4.000  fr. 

Si  ce  planteur  est  un  immigrant  intelligent,  il  aura  quelques 
ea levers  autour  de  sa  maison,  des  cacaoyers,  des  orangers, 
quelques  palmiers,  une  plantation  cle  maïs  et  de  légumes,  c'est- 
à-dire,  que  ces  1.000  francs,  reçus  de  l'usine  centrale,  pourront 
être  comptés  comme  revenu  net  annuel.  Tous  ces  calculs  ont 
été  confirmés  par  la  pratique.  C'est  un  fait  ordinaire  de  voir  des 
immigrants  envoyer,  à  la  Caisse  d'Epargne  ou  aux  Banques, 
des  économies  annuelles  d'un  à  deux  contos  de  réis,  soit  de 
3.000  à  6.000  francs. 

Les  provinces  de  Sergipe  et  de  Bahia  possèdent  des  régions 
magnifiques  pour  la  culture  du  coton.  Sur  un  hectare  on  peut 
planter  4.515  cotonniers,  qui  produisent  2.160  kilogrammes  de 
coton  en  gousse.  Un  planteur  peut  faire  parfaitement  la  besogne 
de  3  hectares  et  avoir  ainsi  6.480  kilogrammes  de  coton  en  gousse. 
S'il  obtient  des  usines  centrales  de  coton  125  réis  par  kilo,  sa 
récolte  annuelle  lui  produira  810  $000  réis,  à  peu  près  2.200  francs. 
Il  est  évident  que  les  raisonnements  faits  pour  le  sucre  s'appli- 
quent aussi  au  coton,  et  que  ces  2.300  francs  doivent  être  consi- 
dérés comme  le  revenu  net  annuel  d'un  immigrant,  propriétaire 
d'un  terrain  à  coton. 

On  verra  par  la  statistique  générale  de  l'exportation  du  Brésil 
que  la  province  de  Bahia  occupe  la  troisième  place  pour  l'expor- 
tation du  café.  La  production  en  est  générale  dans  les  montagnes 
et  dans  les  terres  élevées.  À  Bahia  il  s'est  produit  sur  le  café  un 
phénomène  de  transformisme  fort  curieux  et  très  digne  d'étude. 
Le  café  de  Maragogipe  ou  de  San-Felippe,  qui  reste  au  fond  de 
la  grande  rade,  au  Reconcavo,  comme  on  dit  à  Bahia,  a  acquis  la 
couleur  jaune  et  des  dimensions  énormes.  Le  fruit  ou  Ja  cerise 

16 


2  12  LE     BRÉS1  L     BU      18  89. 

a  1  r>  à  20  millimètres  de  longueur.  A  Botucatû,  dans  La  province 
de  San-Paulo,  l<is  forces  cosmiques  ont  aussi  réussi  à  produire 
une  autre  variété  de  café.  On  a  envoyé  au  i'eu  général  Morin, 
ancien  directeur  du  Conservatoire  des  A.rts-et-Métiers,  des  échan- 
tillons des  cafés  de  Maragogipe,  San-Felippe  et  de  Botucatû  pour 
être  analysés  et  étudiés  en  comparaison  avec  les  cafés  les  plus 
estimés. 

Dans  la  province  de  Sergipe,  c'est  sur  les  montagnes  de  Ita- 
baïana  que  la  production  du  café  est  plus  considérable.  Ces 
montagnes  sont  riches  en  dépôts  de  salpêtre,  qui  seront  exploi- 
tés par  les  immigrants  européens  pour  les  besoins  de  l'industrie. 
On  étudie  un  projet  de  chemin  de  fer  pour  desservir  cette  région, 
certes  la  plus  convenable  pour  l'établissement  d'immigrants- 
propriétaires. 

Tabac.  —  La  culture  du  tabac  dans  la  province  de  Bahia  es 
faite  depuis  longtemps  par  de  petits  propriétaires;  elle  n'a  l'ail 
que  prospérer  et  augmenter  après  l'abolition.  La  France 
achète  des  sommes  importantes  de  tabac  de  Bahia  pour  ses 
grandes  manufactures  nationales.  Il  appartient  à  leurs  directeurs 
d'étudier  la  convenance  d'envoyer  à  Babia  une  commission  pour 
signaler  les  progrès  à  faire  dans  la  culture  du  tabac.  On  arrivera, 
bien  sur,  à  prouver  les  avantages  d'établir  à  Babia  des  fermes- 
modèles,  dirigées  par  des  agronomes  français;  ils  indiqueraient 
aux  agriculteurs  la  manière  de  produire  les  meilleures  qualités 
de  tabac  voulues  par  les  manufactures  de  France.  Les  deux 
gouvernements,  français  et  brésilien,  dont  les  rapports  sont 
beureusement  des  plus  amicaux,  se  mettraient  d'accord  pour  la 
bonne  réussite  de  cette  entreprise,  aussi  importante  pour  l'agricul- 
ture de  l'Empire  que  pour  les  finances  de  la  République.  L'ini- 
tial ive  individuelle  pourrait  faire  encore  mieux  que  les  gouver- 
nements, si  les  grands  importateurs  de  tabac  envoyaient  des 
agents  pour  établir  des  comptoirs  àSan-Fidelis  et  àCachoeira,  pour 
fournir  des  semences  et  des  engrais  et  donner  des  instructions 
aux  planteurs.  Ils  achèteraient  le  tabac,  sur  place,  de  la  meilleure 
qualité  et  à  des  prix  très  avantageux.  L'exemple  a  été  déjà  donné 
par  la  Manchester  Cotton  Supply  Association,  qui  a  été  le  prin- 
cipal promoteur  de  la  culture  du  coton  dans  la  province  de  San- 
Paulo,  pendant  la  crise  produite  par  la  guerre  pour  l'abolition  de 
l'esclavage  aux  États-Unis. 


LES     ZONES     AGRICOLES.  243 

Cacao.  —  Toute  L'immense  zone  du  San-Francisco  est  appro- 
priée à  la  production  du  cacao,  aussi  bien  au  bord  de  la  mer,  sur 
le  littoral  des  provinces  de  Sergipe  et  de  Bahia,  que  sur  les  rives 
du  grand  fleuve.  Les  plus  belles  fermes  de  cacao  (Fazendas  de 
du  Brésil  se  trouvent  au  sud  de  la  province  de  Bahia,  à 
Camamû,  à  Porto-Seguro,  à,Valença,  à  Santa-Gruz  etc.  etc.  Nous 
recommanderons  constamment  aux  immigrants-propriétaires  la 
culture  du  cacaoyer  partout  où  elle  sera  possible.  Un  seul  immi- 
granl  peut  soigner  1.000  cacaoyers,  qui  lui  produiront  un  revenu 
net  de  1.500  à  2.000  francs.  Le  cacaoyer  rapporte  pendant  80 
années.  Une  plantation  de  cacaoyer  doit  être  considérée  par 
l'immigrant  comme  un  patrimoine  pour  lui  et  pour  sa  famille. 

Le  cacaoyer  est  aussi  beau  que  l'oranger,  mais  ses  fruits  sont 
plus  précieux;  ils  donnent  le  chocolat,  le  beurre  de  cacao,  l'eau- 
de-vie  de  cacao,  etc.,  etc.  La  pulpe  qui  enveloppe  les  amandes 
est  d'un  goût  exquis  et  très  rafraîchissante. 

Immigration.  —  Le  gouvernement  brésilien  a  été  autorisé 
par  le  Parlement  à  employer  1.000  contosde  reis,  à  peu  près  trois 
millions  de  francs,  pour  l'immigration  dans  la  province  de  Bahia. 
Le  sud  de  cette  belle  province  est  dans  les  mêmes  conditions  de 
climat  que  la  province  limitrophe  de  Espirito-Santo,  où  prospè- 
rent plusieurs  colonies  d'Italiens  et  d'Allemands,  tous  proprié- 
taire de  lots  de  terre  concédés  par  le  gouvernement  brésilien. 
Au  nord  et  au  centre  de  la  province  de  Bahia,  on  trouve  des 
chaînes  de  montagnes  où  le  climat  est  excellent,  sec  et  tempéré, 
produisant,  comme  Jacobina,  les  fruits  de  France  :  pommes, 
coings,  poires,  pêches,  etc. 

Nous  répéterons  encore  une  fois  :  —  V Immigration  dans  les 
provinces  du  nord  du  Brésil  réussira  'parfaitement  si  on  place  les 
immigrants  dans  les  belles  montagnes  et  si  on  leur  donne  la  propriété 
immédiate  de  la  terre.  Tous  les  insuccès  furent  causés  par  l'escla- 
vagisme. Ce  qui  était  impossible  —  le  travail  de  l'immigrant  à 
côté  de  l'esclave  —  est,  Dieu  merci,  hors  de  question. 

Chemins  de  fer.  —  La  province  de  Sergipe  a  en  étude  le 
chemin  de  fer  de  Aracajû,  la  capitale,  à  Simao-Dias.  Dans  la 
province  de  Bahia  on  exploite  déjà  un  certain  nombre  de  chemins 
de  fer  énumérés  plus  loin. 

Exportations.  —  Les    articles   d'exportation   plus   notables 


211  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

des  provinces  de  Sergipe  et  de  Babia  sont  les  suivants  :  Or  et 
diamants  —  sucre  —  tabac  —  coton  —  café  —  cacao  —  eau-de- 
vie  —  bois-brésil  —  palissandre  —  fruits  (oranges,  mangas, 
cocos,  etc.)  —  huiles  de  baleine,  de  palme,  de  ricin,  etc.  —  cuirs, 
os,  cornes,  etc.  —  tapioca,  farine  de  manioc  —  haricots,  maïs 
—  caoutchouc  (de  mangabeira,  hancornla)  —  fibres  de  palmiers 
(piassaba,  tucwn,  etc.). 


VI.  L<a  zone  du  Parahyba-du-Sud .  —  Trois  provinces 
constituent  la  zone  du  Parahyba-du-Sud,  qu'on  pourrait  aussi  clas- 
sifier  :  —  La  grande  zone  du  café. —  Ces  provinces  sont:  la 
province  d'Espirito-Santo,  avec  une  surface  de  44.839  kilomètres 
carrés  et  une  population  de  100  à  120.000  habitants  ;  la  pro- 
vince de  Rio,  avec  une  surface  de  68.982  kilomètres  carrés  et  une 
population  de  850.000  à  900.000  habitants  ;  la  capitale  du  Brésil 
se  trouve  enclavée  dans  la  province  de  Rio,  dans  le  Munie ipio 
Neutro,  ou  Municipe  de  la  Cour,  qui  a  une  surface  de  1.394  kilo- 
mètres carrés  et  une  population  de  500  à  600.000  habitants;  —  la 
province  de  San-Paulo,  qui  a  une  surface  de  270.870  kilomètres 
carrés  et  une  population  de  950.000  à  un  million  d'habitants. 

Terre.  —  La  roche  prédominante  dans  la  province  d'Espirito- 
Santo  est  le  granitoïde  ou  le  gneiss-granit,  caractéristique  de 
toute  la  zone  agricole  du  Parahyba-du-Sud.  Les  calcaires  et  les 
marbres  ont  été  déjà  signalés  en  plusieurs  localités  de  cette 
province,  notamment  dans  la  Serra  de  S an-Felippe,  dans  la  vallée 
dTtapemirim.  Les  argiles  plastiques  sont  abondantes  et  employées 
partout  en  briques,  tuiles,  poteries,  etc.  On  trouve,  parfois, 
enclavés  dans  l'argile  ou  sur  le  lit  des  rivières,  des  cristaux  de 
quartz  de  toute  beauté.  Le  Museo  National  de  Rio  en  possède 
un  exemplaire  superbe,  d'un  mètre  de  longueur.  Dans  la  vallée 
du  Parahyba-du-Sud  le  gneiss-granit  est  traversé  par  des  filons 
calcaires  cristallins.  Ils  sont  exploités  pour  la  fabrication  de  la 
chaux  et  aussi  comme  marbres  d'ornementation.  Les  professeurs 
Charles-Frederick  llartt  et  Orville-Adalbert  Derby  ont  trouvé 
dans  ce  calcaire  le  fameux  Eozoon  canadense,  caractéristique  des 
terrains  laurentiens,  et  considéré  le  premier  animal  qui  s'est 
organisé  sur  noire  planète. 

Les  calcaires  de  la  Barra-do-Pirahy,  sur  le  chemin  de  fer  de 
Dom   Pedro   II  ;  ceux  de  la   Fazenda-do-Govcrno,  sur  la    route 


LES     ZONES     AGRICOLES.  245 

Uniào-Industria  ;  les  calcaires  de  Valcnça,  desservie  par  un 
embranchement  du  chemin  de  fer  de  Dom  Pedro  II  ;  ceux  de  la 
Fazenda  de  Cackoeira  de  Montserrate^  tout  près  de  la  gare  de  la 
Serraria,  sur  le  chemin  de  fer  de  Dom  Pedro  II,  doivent  être  cités 
parmi  ceux  qui  sont  en  exploitation.  Les  argiles  abondent  même 
dans  les  terrains  qui  bordent  le  port  de  Rio.  On  y  voit  des  fabriques 
montées  comme  les  plus  belles  de  Marseille.  Le  kaolin  se  trouve  à 
Nitherohy,  dans  l'île  de  Paquetâ,  etc.  Le  savant  naturaliste  D'Orbi- 
gny  a  été  tout  étonné  de  voir  à  Rio  le  granit  employé  dans  toutes  les 
constructions.  Vraiment  il  est  impossible  de  trouver  quelque  part 
une  plus  grande  variété  de  roches  granitiques,  depuis  les  gneiss 
jusqu'aux  pegmatites  et  aux  syénites,  depuis  les  diorites 
jusqu'aux  diabases. 

La  ville  de  Rio  exporte  des  pavés  ou  des  parallélipipèdes 
pour  pavage,  pour  la  Plata  et  même  pour  les  autres  villes  du 
Brésil.  Dans  la  province  de  San-Paulo  on  exploite  pour  dalles  un 
schiste  vert  foncé.  Le  municipe  de  San-Roque  a  une  importante 
exploitation  de  marbres.  Les  calcaires  abondent  à  Sorocaba, 
Itapetininga,  Cutia,  Taubaté,  Iguape,  Paranahyba,  Araraquara, 
Yporanga,  Jaboticabal,  etc.  La  fameuse  Terra  Rôxa,  terre  rouge 
foncée,  est  produite  par  la  décomposition  de  diorites  et  de 
diabases.  On  discute  encore  à  San-Paulo  si  la  Terra  Boxa  vaut 
mieux  ou  non  que  le  Massapê  pour  la  culture  du  caféyer.  Ce  qu'il 
paraît  résulter  de  ces  discussions  c'est  que  la  Terra  Boxa,  par  son 
abondance  en  fer,  fait  accélérer  la  production  du  caféyer,  qui 
commenee  à  rapporter  de  2  à  3  ans,  tandis  que  le  massapè  est 
plus  lent  dans  la  production,  mais  garde  le  caféyer  en  rapport 
pendant  une  période  plus  longue.  A  Taubaté  on  trouve  un  très 
importante  gisement  de  schistes  bitumineux,  qui  est  exploité 
par  une  Compagnie. 

Bois  de  Construction,  de  Menuiserie  et  d'Ébénisterie.  — 
Ce  sont  les  forêts  de  la  Serra-do-Mar,  de  la  chaîne  de  montagnes 
qui  borde  la  mer  depuis  le  cap  Frio  jusqu'au  cap  de  Santa-Martha, 
clans  la  province  de  Santa-Catharina,  qui  ont  mérité  les  éloges 
enthousiastes  de  Charles  Darwin,  de  Saint-Hilaire,  d'AGASSiz  et  de 
tous  les  savants  qui  ont  visité  le  Brésil. 

Un  voyageur  distingué  disait  tout  dernièrement  :  —  «  J'ai  vu 
bien  des  forêts,  partout  dans  le  monde,  mais  c'est  seulement  au 
Brésil  qu'on  voit  des  forêts  si  serrées  que  l'on  croit  pouvoir  mar- 
cher dessus.  » 


246  LE     BRÉSII    EN     1889. 

La  terre,  d'une  fertilité  incomparable,  et  les  forets  d'une 
beauté  infinie,  sont  et  seront  toujours  la  grande  richesse  du 
Brésil.  Vraiment  aucun  sol  au  monde  ne  vaut  celui  qui  est  drainé  et 
arrosé  par  l'Amazone,  par  le  San-Francisco,  par  les  deux  Parahyba 
au  nord  et  au  sud,  par  l'Uruguay,  par  le  Paranà,  et  par  leurs 
milliers  d'affluents.  Les  forets  de  caoutchouc  couvrent  des  régions 
immenses  depuis  la  vallée  de  l'Amazone  jusqu'à  la  province  de 
Matto-Grosso  ;  les  splendides  forets  de  Palmiers  à  Carnaûba 
vont  depuis  Piauhy  et  Céarâ  jusqu'à  la  vallée  du  San-Francisco 
sur  les  confins  des  provinces  de  Minas  et  Bahia  ;  les  forêts 
d'Araucaria,  du  sapin  brésilien,  vont  depuis  le  Pieu,  dans  la  pro- 
vince de  Minas,  jusqu'au  montagnes  de  Rio-Grande-du-Sud  ;  les 
forêts  multiples  de  Bois-Brésil,  de  Palissandre,  de  Cèdre,  de 
Vinhatico,  de  Peroba,  etc.,  etc.,  se  trouvent  sur  les  montagnes, 
dans  la  zone  maritime  ou  dans  les  vallées  des  grands  fleuves. 
Dans  l'impossibilité  d'énumérer  tous  les  bois  des  provinces 
d'tispirito-Santo,  de  Rio-de -Janeiro  et  de  San-Paulo,  nous  nous 
bornerons  aux  suivants:  la  Peroba,  le  chêne  du  Brésil,  employée 
partout  dans  la  construction  navale  et  dans  la  bâtisse,  dans  la 
menuiserie  et  dans  l'ébénisteric.  La  variété  Peroba-revessa  est 
mouchetée  comme  l'érable,  mais  d'un  jaune  or  plus  vif  et  plus 
brillant.  On  l'a  déjà  employée  à  Paris  pour  des  pianos  et  des 
meubles  de  luxe.  Ce  bois  superbe  forme  des  forêts  unies  dans  la 
province  de  San-Paulo,  dans  les  environs  de  la  ville  de  Campinas 
et  dans  la  région  de  la  Terra  lîôxa.  La  Peroba  de  Campos,  dans 
la  province  de  Rio-de-Janeiro,  est  employée  de  préférence  dans 
les  arsenaux  du  gouvernement.  La  Peroba  est  classifiée  Aspidos- 
perma  peroba,  dans  la  famille  des  Apocynacées. 

Les   Canellas,  dont   on    compte  une  variété   infinie,    la  plus 
estimée  étant  la  Canclla-prêla  (noire);   elles  sont  classifîées  Nec 
landra  atra,  N.  mollis,  etc.,  etc.,  dans  la  famille  des  Lauracées. 

Les  Ipês,  Pâus  d'arco  (bois  d'arc),  parce  que  les  Indiens  s'en 
servaient  pour  leurs  arcs  et  flèches.  Les  Ipês  abondent  partout  au 
Brésil.  Au  mois  de  novembre,  ils  se  distinguent,  dans  les  forêts  de 
Rio,  par  leurs  grandes  fleurs  jaunesd'or,  qui  ressortent  au  milieu 
du  vert-foncé  des  feuilles  des  autres  arbres.  Les  Ipês  sont  classi- 
fîées dans  le  genre  Tecoma,  de  la  famille  des  Bignoniacées.  Vlpê 
roxo  (roux)  est  le  Tecoma  curialis  ;  Vlpê  tabaco  est  le  Tecoma-ipê  ; 
Vlpê  Paû  d'Arco  est  le  Tecoma  sjieciosa,  etc.,  etc. 

Le  Genipapo,  qui  abonde  dans  les  provinces  de  Bahia  et  de 
Rio,    est  un  bois  très  homogène  et  très  élastique,  d'une  couleur 


LES     ZONES     AGRICOLES.  247 

lilas.  Ces!  toui  dernièrement  qu'on  l'a  introduit  dans  La  menui- 
serie et  dans  rébénisterie,  en  concurrence  avec  L'érable.  Il  es1 
classifié  Genipa  brasiliensù,  dans  la  même  famille  des  rubiacées 
où  se  trouve  le  café.  L'arbre  donne  de  gros  fruits  d'un  goût 
exquis,  auxquels  oni  attribue  des  vertus  médicinales; 

Les  palissandres,  tant  de  fois  cités,  abondent  surtout  dansles 
belles  forêts  d'itabapoana,  d'Itapemirim,  du  Rio-Doce,  duMucury, 
clr.,  etc.,  dans  la  province  d'Espirito-Santo. 

On  a  envoyé  de  cette  province  à  l'Exposition  universelle  de 
Philadelphie,  en  1876,  un  fameux  bois,  nommé  Itapicurû,  qui 
a  l'apparence  du  palissandre  traversé  par  les  fibres  jaune  d'or 
du  Vinkalico  : 

La  Massaranduba  ou  YAprahiû  vermelho,  rouge,  le  bois  le 
plus  commun  sur  le  marché  de  Rio  ;  il  est  produit  par  un  bel 
arbre  de  la  famille  des  Sapotacécs,  classifié  Mimusops  data. 

Immigration.  —  La  zone  à  café  jouit  déjà  d'un  mouvement 
d'immigration  très  important.  Dans  la  province  d'Espirito-Santo, 
on  remarque  les  importantes  colonies  de  Rio-Novo,  de  Castello,  de 
Sainte-Isabelle  et  de  Sainte-Léopoldine.  Elles  ont  une  popula- 
tion, toujours  en  progrès,  de  20.000  à  30.000  Italiens,  Allemands, 
Suisses,  Autrichiens,  Portugais,  Français,  Hollandais  et  Belges. 
A  coté  des  immigrants  se  placent  toujours  des  familles  brési- 
liennes pour  jouir  des  avantages  de  la  petite  propriété.  La  pro- 
vince d'Espirito-Santo  a  un  grand  avenir.  C'est  par  les  vallées  de 
ses  beaux  fleuves  et  par  ses  ports  de  mer  que  se  fera  l'exporta- 
tion d'une  immense  zone  de  la  province  de  Minas  et  du  centre  du 
Brésil.  Heureux  les  immigrants-propriétaires  qui  s'établiront 
dans  la  province  d'Espirito-Santo  !...  Ils  seront  enrichis  par  le 
seul  fait  de  la  majoration  du  prix  des  terres  après  la  construction 
des  chemins  de  fer  qui  desserviront  les  vallées  de  Mucury,  du 
Rio-Doce,  duSan-Matheus,  du  Benevente,  de  l'Itapemirim  et  de 
fltabapoana.  Dans  la  province  de  Rio,  on  cite  toujours  Petropo- 
lis,  the  Paradise  of  Brazil  selon  l'expression  pleine  d'enthou- 
siasme des  touristes  anglais,  quia  été  une  colonie  allemande,  et 
Friburgo,  qui  a  été  une  colonie  suisse.  Entre  Petropolis  et  Fri- 
burgo,  il  existe  un  superbe  plateau,  de  800  à  1.200  mètres  d'alti- 
tude, où  pourront  s'établir  des  milliers  d'immigrants-proprié- 
taires. 

Dans  la  province  de  San-Paulo,  le  mouvement  d'immigration 
atteint   déjà  le   beau   chiffre  de  \  0.000   Italiens  par  mois.   lisse 


248  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

placent,  pour  commencer,  en  salaire  et  en  métayage,  chez  les  grands 
propriétaires.  Lors  de  la  merveilleuse  récolte  de  café  de  1888, 
des  familles  italiennes  ont  gagné  20  francs  par  jour.  Avec  les  éco- 
nomies d'une  seule  récolte,  elles  sont  à  même  de  s'acheter  des  lots 
de  terre  dans  les  colonies  du  Gouvernement  central  (San-Ber- 
nardo,  San-Caetano,  Porto-Feliz  et  Jundiahy )  ou  dans  celles  du 
Gouvernement  provincial,  à  Ribeiraô-Prcto,  à  Cascalho,  etc.,  etc. 
On  voit  déjà  des  immigrants  hardis  s'élancer  dans  le  Far-West 
de  San-Paulo.  La  foret  vierge  arrête  quelques  Européens,  mais 
d'autres  s'en  sont  épris  et  s'en  passionnent  follement. 

Chemins  de  fer.  —  Toute  cette  zone  possède  un  grand 
nombre  de  voies  ferrées,  principalement  dans  les  provinces  de 
Rio  et  de  San-Paulo. 

Exportation.  —  La  grande  exportation  de  la  zone  agricole  du 
Parahyba-du-Sud  est  le  café;  elle  donne  l'énorme  quantité  de  six 
millions  de  balles  de  60  kilos,  d'un  poids  total  de  360.000.000 
de  kilogrammes,  la  plus  forte  exportation  du  monde  entier. 

Les  provinces  d'Espirito-Santo,  de  Rio  et  de  San-Paulo  ex- 
portent encore  les  articles  suivants  :  Sucre  (principalement  le 
municipe  de  Campos),  eau-de-vie,  bois  de  construction  (Espirito- 
Santo),  fruits  (oranges  et  bananes  pour  le  Plata),  tabac,  cuirs, 
or  et  diamants  de  la  province  de  Minas,  etc.,  etc. 


Exportation  de  Café  tar  le  port  de  Rio -de- Janeiro 

(En  sacs  de  60  kilos.) 

1879 3.535.183  sacs. 

1880 3.563.05-4     - 

1881 4.377.118     — 

188-2 4.200.590    — 

1883 3.651.511     — 

1884 3.897.113     — 

1885 4.206.911     — 

1886 3.580.965     — 

1887 2.241.755     — 

1888 3.330.185     — 


LES     ZONES     AGRICOLES.  249 


Recettes  de  la  Do  taxe  du  port  de  Rio-de-Janeiro 

Importation. 

1887  :   110  millions  et  demi.  —  1888  :  119  millions  et  demi. 
Excédent  en  1888  :  9  millions  de  francs. 

Exportation. 

1887  :  17  millions  et  demi.  —  1888  :  19  millions. 
Excédent  en  1888  :  1/2  million  de  francs. 

Sacs  de  café  entres  à  Rio-de-Janeiro. 

(Le  sac  contenant  60  kilos.) 

1887  :  2.227.036.  —  1888  :  3.442.954. 
Excédent  en  1888  :  1.215.918  sacs  de  60  kilos. 

Exportation  de  café. 
(Par    sacs    de    60  kilos.) 

1887  :  2.241.755  sacs.  —  1888  :  3.330.185. 

Excédent  en  1888  :  1.088.430  sacs. 

Destination  du  café  exporté. 

Pour  les  États-Unis  .    .    .     1887  :  1.460.078  sacs. 
.    .    .     1888  :  2  025.509    — 

Pour  l'Europe,   etc.   .    .    .     1887  :       781.677  sacs. 
—       ....     1880  :  1.304.676    — 

Excédent  en  1888  :  Pour  l'Europe,   etc  .   .    .     522.999  sacs. 
—  :   Pour  les  États-Unis.    .    .     565.431     — 

Eau-de-Vie  de  Canne 

Importation. 

(Provenant  des  diverses  provinces  du  Brésil  et  de  divers  points 
de  la  Province  de  Rio.) 

1887  :   19.773  pipes.  —  1888   :  20.515. 
Excédent  en  1888  :  742  pipes. 


250  LE     BRÉSIL     EN     188  9. 

Exportation. 

IKSS  :    Tour  les   autres  provinces.    .    .  280  pipe-. 

—      Rio  de  La  Plata 30    — 

Europe 220    — 

Sucre  de  Canne 
Importation. 

(De  même  provenance  que  l'eau-de-vie.) 

1887  :  646.032  sacs.  —  1888  :  599.671  sacs. 

Excédent  en   1887  :   46.361. 

Ventes  de  sucre. 
1887  :  652. 524  sacs.  — 1888  :  620.454  sacs. 

Excédent  en  1887  :  32.070. 

Recettes  de  la  Douane  de  Rio-de- Janeiro  en  contos  l 

L879 41.775 

1880 42.850 

1881 41.755 

1882 40.013 

1883 39.176 

1884 40.297 

1885 40.328 

1886 43.101 

1887 45.932 

1888 48.483 

Montant  des  Traites  négociées  sur  la  place  de  Rio-de-Janeiro 

1884  :  sur  Londres  :  £  12.541  .359  =  sur  Paris  :  fr.  32.254.844 

1885  11.147.035  —  27.074.572 

1886  —  20.284.438  —  36.250.803 

1887  25.320.271  —  48.780.100 
18882           —                   22.579.863               —                  59.235. I9S 

1.  Au    change    de    350    réis    par   franc,    le    conto    vaut    bien    près    «le 
2,8G0  francs. 

2.  Voir  la  note  de  la  page  suivante. 


LES     ZONES     AGRICOLES.  251 


Valeurs  importées  a  Rjo-de- Janeiro  en  1888  * 

De  Londres:  Souverains,    401.749  s=  Argent  en  barre  4.715.000f 
1).'   France  :  monnaie. . .     238.877  —  865.000 

D'Allemagne:  Souverains,        5.000  —  115.000 

Ue  Portugal:        —  76.440  —        —  ....... 

DelaPlata:        —  1.400.813  —        —        1.782.000 


Valeur  de  l'Exportation  en  1888 

270  millions  1/2  de  francs,  provenant  des  produits  suivants  : 

Café 262.800.000  fr 

Tabac,  cigares,  cigarettes  ....  2.300.000 

Or  en  poudre  et  fondu  ......  2.250.000 

Cuirs 2.200.000 

Palissandre 300.000 

Diamants 260.000 

Tapioca 230.000 

Cornes 62.000 

Articles  divers 798.000 


270.500.000  fr 


Navigation  au  Long  Cours  en  1888 


Entrées.  Sorties. 

Anglais il 8  navires.  380  navires. 

Norvégiens 153  —  149  — 

Français 152  —  147  — 

Allemands 142  —  111  — 

Italiens 85  —  82  — 

Américains  du  Nord.  67  —  66  — 

Brésiliens 47  —  42  — 

A  Reporter  .    .    .         1.064  navires.  997  navires. 

1.  Les  chiffres  de    1888  ne   comprennent  que    onze  mois.    Les    données 
relatives  au  mois  de  décembre  n'étaient  pas  encore  connues. 


252  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

Report 1.064  navires.  (.»'.»7  navires. 

Portugais 41      —  14  . — 

Belges 29      —  31  — 

Suédois 22       -  17  — 

Autrichiens 10       —  11  — 

Danois 9       —  4  — 

Espagnols 9       —  4  — 

Hongrois 4       —  2  — 

Hollandais 3       —  7  — 

Russes 2       —  2  — 

Argentins 2       —  4  — 

Grec 1      —  0  — 

Total 1.19G  navires.         1 .072  navires. 


Navigation  de  Cabotage 


Brésiliens 

Anglais 

Allemands 

Français 

Norvégiens 

Américains  du  Nord. 

Suédois 

Portugais 

Danois 

Autrichiens 

Italiens 

Hollandais 

Espagnols 

Belge 

Argentin 

Hongrois 

Grec 

Total  .... 


Entrées. 

Sorties. 

823 

navires. 

953 

navires. 

96 

— 

133 

— 

73 

— 

87 

— 

35 

— 

38 

— 

27 

— 

36 

— 

18 

— 

29 

— 

16 

— 

16 

— 

14 

■ — 

33 

— 

14 

— 

15 

— 

12 

— 

10 

— 

11 

— 

6 

— 

3 

— 

3 

— 

2 

— 

7 

— 

1 

— 

3 

— 

1 

— 

0 

— 

0 

— 

4 

— 

0 

— 

1 

— 

1 . 1 46 

navires. 

1.379 

navires. 

LES     ZONKS      AGRICOLES.  253 


Tonnage  des  Navires  au  Long  Cours 

Entrées.  Sorties. 

A  voile.    .         358.491  tonneaux.  322. 626  tonneaux, 

V    vapeur.      I   137.910  1.084.613 


Total.   .     1.495.410  tonneaux.       1.407.239  tonneaux. 


Tonxage  des  Navires  de  Cabotage 

Entrées.  Sorties. 

A  voile.    .  75.872  tonneaux.  129.658  tonneaux, 

A   vapeur.         489.006  508.683 


Total.    .         560.938  tonneaux.  638.341  tonneaux. 


VII.  L-a  zone  du  Paranà.  —  La  septième  zone  agricole  du 
Brésil  est  formée  parles  provinces  :  de  Paranâ,  avec  une  surface 
de  221.319  kilomètres  carrés,  et  une  population  de  250  à  300.000 
habitants  :  de  Santa-Catharina,  avec  une  surface  de  74.156  kilo- 
mètres carrés,  et  une  population  de  200  à  250.000  habitants.  La 
plupart  de  ces  immenses  surfaces  appartiennent  à  l'État  et  seront 
incessamment  consacrées  à  l'immigration. 

Terre.  —  La  chaîne  maritime,  la  Serra-do-Mar,  dont  les 
montagnes  soutiennent  lesbeaux  plateaux  de  Paranâ  et  de  Santa- 
Catharina,  est  formée  principalement  de  roches  granitiques. 
Dans  la  province  de  Paranâ  on  trouve  des  calcaires  à  Bareguy,  à 
Curitiba,  à  Assunguy,  à  Butiutuva-Grande,  à  Varoval,  etc.  Dans 
les  environs  de  la  ville  de  Curitiba,  capitale  de  Paranâ,  on 
admire  des  grottes  calcaires  à  stalactites  et  stalagmites,  notam- 
ment les  grottes  de  Itapirussû  et  Arraial-Queimado.  Dans  la 
colonie  Al fredo-C hâves,  on  a  rencontré  une  belle  carrière  de 
marbre-saccharoïde.  Les  calcaires  hydrauliques  abondent  à  The- 
resina,  autrefois  Colonia  Theresa.  Tout  près  de  la  ville  de  Lapa, 
on  exploite  un  grès  rouge  schisteux  pour  dallage.  Les  colons 
d' Assunguy  emploient  les  ardoises  de  cette  vallée  pour  la  couver- 
ture  de  leurs  maisons.  La  dolomie  abonde  à   Assunguy  et   à 


LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

Butiutuva.  La  fabrication  de  briques,  I  ailes  et  paierie  est  facilitée 
par  l'abondance  d'excellentes  argiles  plastiques,. voire  de  kaolin, 
tant  à  Parana"  qu'à  Santa-Catharina.  Dans  cette  dernière  pro- 
vince, dans  les  mines  de  houille  du  Tubarao,  on  a  trouvé  de 
l'argile  réfractaire.  On  verra,  à  Paris,  dans  l'Exposition  spéciale 
de  ces  mines,  quelques  échantillons  pris  au  filon  nommé  Barro- 
Branco.  Dans  le  littoral  des  provinces  de  Parana  et  de  Santa- 
Catharina,  on  peutencore  voir  des  S  ambaquis,  Casqueiros,  Ostreiras, 
élevés  dans  les  temps  primitifs  par  les  aborigènes,  et  tout-à-fail 
analogues  aux  Kjôkkenmoddings  de  Suède,  de  Norwège  et  du 
Danemark.  Ils  ont  été  étudiés  par  des  anthropologistes  du 
lirésil  et  de  l'Europe,  notamment  par  le  professeur  Cli.  "Wiener 
(1882-1884).  Ces  monuments  anthropologiques  tendent  à  dispa- 
raître, car  les  habitants  utilisent  les  huîtres  et  les  coquillages, 
qui  y  abondent,  pour  la  fabrication  de  la  chaux. 

Cataracte  du  Guayra.  —  On  ne  peut  pas  parler  du  Parana 
sans  taire  mention  du  fameux  Guayra,  ou  Salto  das  Sele  Quedas 
(Saut-à-sept-chutes-d'eau),qui  est  regardé  comme  plus  admirable 
que  le  Paulo-Allbnso,  le  Niagara  brésilien.  En  effet,  le  Parana,  en 
amont  delà  cataracte,  a  4.200  mètres  de  largeur  ;  bientôt,  il  entre 
dans  un  canal  bordé  d'immenses  rochers,  étroit  de  GO  mètres,  et 
se  précipite  en  plan  incliné  de  50  degrés  d'une  hauteur  de 
17  mètres,  en  produisant  un  fracas  terrible,  qui  s'entend  à  six 
lieues  à  la  ronde.  Le  Guayra  est  presque  inconnu  en  Europe.  Cepen- 
dant il  n'y  a  peut-être  au  monde  aucune  région  plus  pittoresque 
que  le  haut  Parana,  avec  ses  beaux  affluents  l'ivahy,  le  Pikiri  et 
llguassû.  Ce  même  Iguassû  atteint  le  Parana  par  une  immense 
cataracte,  qu'on  appelle  le  Salto  de  Santa-Maria.  Le  Parana, 
l'ivaliy  et  l'Iguassu  ont  de  grandes  étendues  navigables  par  des 
vapeurs  de  80  à  120  centimètres  de  tirant  d'eau.  C'est  une  région 
qui  défie  la  curiosité  des  savants,  des  naturalistes  et  des  touristes, 
et  qui  attend  des  immigrants  pour  profiter  de  la  douceur  de  son 
climat  et  des  avantages  d'un  sol  admirablement  fertile  et  chargé 
d'immenses  richesses  naturelles. 

Houille.  —  La  province  de  Santa-Catharina  possède  dans  la 
vallée  du  Tubarao  un  important  bassin  houiller.  On  a  déjà 
construit  le  chemin  de  fer  Dona  Theresa  Christ ina  pour  servir  au 
transport  du  charbon  de  terre.  11  est  aussi  question  d'y  construire 
un  port  d'abri  pour  les  navires  de   haut  tonnage,  de  manière  à 


LES     ZONES     AGRICOLES.  255 

pouvoir  exporter  la  houille  pour  les  ports  du  nord  du  Brésil.  La 
vallée  du  Tubarào  est  remarquable  par  l'excellence  de  son  climat 
el  par  la  fertilité  de  ses  terres,  qui  apparl  iennentpresque  toutes  à 
L'État.  C'est  une  région  où  L'immigrant-propriétaire  aura  un  grand 
avenir  agricole  et  industrie]  par  L'abondance  de  combustible. 

Araucaria.  [Sapin  du  Brésil.)  —  Les  forets  d'Araucaria  brasi- 
»  doivent  être  comptées  au  nombre  des  plus  grandes  richesses 
naturelles  de  la  province  de  Paranâ.  Ces  arbres  conifères  s'élèvent 
jusqu'à  20  et  à  36  mètres,  avec  un  diamètre  de  1  mètre  50  à 
-  nulles.  Leur  bois  l'appelle  en  même  temps  le  sapin  d'Europe 
et  le  cèdre  du  Brésil.  Quelquefois  il  est  tout  blanc,  quelquefois 
jaunâtre  ;  plus  souvent  blanc  et  rose  ;  il  est  de  toute  beauté  pour  la 
menuiserie.  A  la  naissance  des  branches  on  rencontre  des  nœuds, 
chargés  de  résine,  qu'on  travaille  au  tour,  et  dont  on  fait  une 
infinité  d'objets  de  fantaisie.  Ces  nœuds  produisent  un  charbon, 
qui  est  très  estimé  par  les  forgerons.  En  1872,  l'ingénieur  Antonio 
Rebouças  a  fondé  la  première  grande  exploitation  d'Araucarias 
pour  la  Compagnie  Florestal  Paranaense  :  il  a  envoyé  à  l'Exposi- 
tion Universelle  de  Vienne,  en  1873,  un  tronc  qui  a  été  monté 
dans  le  parc,  haut  de  25  mètres,  et  qui  lui  a  valu  un  diplôme 
d'honneur.  Aujourd'hui  on  compte  à  Paranâ  plusieurs  entre- 
prises pour  l'exploitation  des  Araucarias. 

Les  fruits  de  Y  Araucaria,  les  pinhôes,  sont  comestibles.  Les 
immigrants  s'en  servent  surtout  pour  engraisser  leurs  porcs.  On 
peut  dire  que  le  Pinheiro  est  aussi  utile  à  l'immigrant  à  Paranâ 
que  Y  Érable  à  sucre  ou  Sugar-Mapple  [Acer  saccharinum)  aux 
colons  du  Canada.  En  effet,  avec  Y  Araucaria,  l'immigrant  peut 
bâtir  sa  maison,  depuis  les  fondations  jusqu'aux  combles  ;  en 
faire  le  mobilier  ;  avoir  du  bois  et  du  charbon,  et,  encore,  la 
nourriture  pour  lui  et  pour  ses  porcs. 

L'Araucaria,  comme  les  autres  conifères,  produit  de  la  résine, 
la  thérébentine,  du  goudron  et  tous  les  produits  analogues.  Les 
cendres  de  Y  Araucaria  sont  riches  en  potasse  et  en  soude.  On 
voit  donc  que  Y  Araucaria  offre  un  vaste  champ  d'exploitation 
pour  les  immigrants  intelligents  et  industrieux,  depuis  les  capi- 
talistes et  les  industriels  jusqu'aux  simples  ouvriers,  charpentiers, 
menuisiers,  tourneurs,  etc. 

Bois  de  Construction,  de  Menuiserie  et  d'Ébénisterie.  — 
Les  forêts  d'Araucaria  présentent  leur  maximum  de  richesse  à 


25G  LE     BRÉSIL     EN     188  9. 

Parané  ;  mais  elles  se  trouvent  sur  tous  les  plateaux  du  sud  du 
Brésil,  entre  300  et  800  mètres  d'altitude,  depuis  la  province  de 
Minas  jusqu'à  Rio-Grande-du-Sud.  A  Paranâ  les  forêts  d'Arau- 
caria  sont  entremêlées  d'Embuias,  bois  superbe  qu'on  emploie 
dans  la  menuiserie  et  dans  l'ébénisterie  en  concurrence 
avec  le  vieux  chêne.  VEmbuia  est  un  bel  arbre  du  genre 
Nectandra,  de  la  famille  des  Lauracées.  A  Santa-Catharina  les  bois 
les  plus  communs  sont  les  Perobas  [Aspidosperma  peroba,  famille 
des  Apocynacées)  et  les  Caneïlas-Prêtas  (Nectandra  atra,  famille 
des  Lauracées).  En  visitant  les  colonies  de  cette  province,  en 
L863,  j'ai  vu,  chez  un  immigrant,  un  tronc  de  cèdre  d'un  mètre 
et  demi  de  diamètre  et  de  20  mètres  de  longueur.  Il  n'est  pas 
rare  de  voir  à  Santa-Catharina,  comme  dans  l'Amazone,  des  canots 
creusés  dans  un  seul  tronc  de  cèdre  et  pouvant  naviguer  avec 
dix  à  vingt  personnes.  A  Paranâ  et  à  Santa-Catharina,  dans  les 
forêts  au  bord  de  la  mer,  on  rencontre  les  bois  du  nord  du  Brésil, 
quelquefois  avec  d'autres  noms.  Ainsi  le  Paâ-cVArco  (Bois 
d'Arc)  est  connu  sous  le  nom  de  Guarapory  à  Paranâ;  mais  c'est 
toujours  le  Tecoma  speciosa,  de  la  famille  de  Bignoniacées,  comme 
dans  les  provinces  du  nord  du  Brésil.  Il  ne  faudra  pas  oublier 
que  tous  les  cèdres  natifs  du  Brésil  appartiennent  à  la  famille 
des  Cedrelacécs-Meliacées  ;  les  Cèdres -Conifères  (Cedrus  Liban î, 
etc.)  ont  été  acclimatés  dans  les  provinces  du  sud  de  l'Empire. 

On  a  envoyé  de  Paranâ  aux  Expositions  de  Paris  (1867),  de 
Vienne  (1873)  et  de  Philadelphie  (1876)  un  bois  très  précieux, 
qui  ressemble  à  de  l'écaillé  mouchetée  de  jaune  et  de  noir.  Ce 
bois  est  produit  par  une  liane  énorme,  de  la  famille  des  cœsalpi- 
nacées-légumineuses,  classifiée  dans  le  genre  baukinia.  A  Paranâ 
on  appelle  cette  liane  cipô-florâo  (liane-fleuron)  ;  dans  la 
province  de  Rio  on  l'appelle  clpô-escada  (liane-escalier)  ou  encore 
cipô-unha-de-boi  (liane-ongle-de-bœuf).  Ce  bois,  même  au  Brésil, 
n'est  employé  que  dans  l'ébénisterie  de  luxe,  en  marqueterie  ou 
en  ouvrages  de  mosaïques  sur  bois. 

Maté  (Thé  du  Paraguay,  Thé  du  Brésil).  —  Le  maté  est 
encore  l'article  d'exportation  le  plus  important  de  la  province  de 
Paranâ.  On  a  fait  en  France,  en  Allemagne  et  en  Italie,  des 
études  physiologiques  sur  ce  succédané  du  thé  de  Chine  et  des 
Indes.  Par  ces  études  on  est  arrivé  à  la  conclusion  que  le  maté 
convient  mieux  que  le  café  et  le  thé  aux  dames,  aux  enfants,  aux 
convalescents,  aux  névrotiques,  à  tous  ceux  enfin  qui  soullrent 


LES     ZONES     ACUICOLES.  257 

d'insomnies  el  de  complications  nerveuses.  Aussi  commence-t-on 
à  importer  en  Europe  le  maté  de  Paranâ,  surtout  pour  le  service 
des  hôpitaux  el  maisons  de  santé.  A  Paranâ  et  dans  le  sertâo 
(centre)  du  Brésil,  on  appelle  les  arbres  qui  produisent  les 
feuilles  propres  à  la  fabrication  du  maté  :  Congonhas  et  Con- 
goinhas. Ces  arbres  appartiennent  à  la  famille  des  Ilicinacées,  dans 
le  genre-type  Ilex,  A  Paranâ  les  principales  espèces  sont  :  Ilex 
curitybensis,  I.  Paraguay  ensis,  Ilex  ovatifolia,  I.  aculifolia,  Ilex 
acrodonta,  L  obtusifolia,  Ilex  humboldliana,  Ilex  ebe?iacea,  etc.,  etc. 
1 /exportation  du  maté  de  Paranâ  se  fait  pour  le  Chili  et  la  Plata 
el  oscille  entre  12  et  14  millions  de  kilogrammes,  d'une  valeur 
de  7  à  8  millions  de  francs. 

Agriculture.  —  Pour  bien  comprendre  l'infinité  de  cultures, 
auxquelles  on  peut  se  livrer  dans  les  provinces  de  Paranâ  et  de 
Santa-Catharina,  il  faudrait  avoir  sous  les  yeux  la  carte  en  relief  de 
cette  zone  agricole  du  Brésil.  Alors  on  verrait  la  chaîne  maritime, 
l&Serra-do-Mar,  se  dresser  comme  une  immense  muraille  de  800  à 
2.000  mètres  de  hauteur,  pour  soutenir  des  plateaux,  comme  ceux 
de  Curitiba,  à  Paranâ,  et  ceux  de  Lages,  à  Santa-Catharina, 
jouissant  de  climats  européens  et  donnant  tous  les  produits  agri- 
coles de  la  France.  On  pourrait  alors  comprendre  comment  la 
province  de  Paranâ  possède,  à  elle  seule,  quatre  zones  agricoles 
parfaitement  caractérisées  :  1°  la  zone  maritime,  qui  ne  monte 
qu'à  30  mètres,  et  qui  possède  une  flore  tout  à  fait  brésilienne,  de 
palmiers,  de  broméliacées,  d'aroïdées,  de  melastomacées,  etc., 
et  dont  les  terres  sont  excellentes  pour  la  canne  à  sucre,  pour 
le  manioc  à  tapioca,  pour  Yararuta  [arrow-root),  pour  la  vanille, 
pour  les  piments,  etc.  ;  2°  la  zone  montagneuse,  formée  par  les 
contreforts  de  la  chaîne  maritime,  qui  monte  depuis  30  mètres 
jusqu'à  1.500  mètres  et  même  2.000  mètres  d'altitude,  où  on 
admire  les  forêts  de  Perobas  et  de  cèdres  brésiliens,  et  qui  pos- 
sède,  jusqu'à  300  mètres  d'altitude,  des  terres  excellentes  pour  la 
culture  du  café  ;  3°  la  zone  des  admirables  plateaux  de  Curitiba, 
•de  Campos-Geraes,  de  Guarapuava,  etc.,  etc.,  de  900  à  1.500 
mètres  d'altitude  ;  c'est  la  région  des  Araucarias,  des  superbes 
conifères  de  36  mètres  de  hauteur  et  de  2  mètres  50  de  diamètre  ; 
c'est  là  que  l'immigrant  se  trouve,  comme  en  Europe,  entre  des 
cultures  de  blé,  de  seigle,  d'avoine,  d'orge,  etc.;  il  peut  se  faire 
maraîcher  et  cultiver  les  mêmes  légumes  qu'en  France,  ou  se 
faire    horticulteur   et  envoyer  aux   marchés  des   pommes,    des 

17 


858  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

poire-,  des  pêches,  des  raisins,  des  prunes,  etc.  Campos-Gerae$ 
signifient  des  pâturages  et  des  prairies  naturelles,  où  on  ('-levé 
iœufs  et  des  chevaux,  et  où  on  a  déjà  acclimaté  des  moutons 
—  Rambouillet,  Mérinos,  etc.,  etc.;  4°  la  zone  centrale,  qui 
forme  un  immense  plan  incliné,  qui  descend  des  liants  plateaux 
jusqu'au  niveau  du  grand  fleuve  Paranâ,  qui  arrose  les  limites 
occidentales  des  provinces  de  Paranâ  et  de  Santa-Catharina, 
entre  des  altitudes  de  300  à  100  mètres.  Les  ingénieurs  anglais 
qui  ont  parcouru  cette  zone  pour  faire  Les  études  du  chemin  de 
fer  Dona  [sabel,  ont  été  très  étonnés  de  voir  un  pays,  où  les  fleuves 
coulaient  vers  l'intérieur.  (Test  que  toutes  ces  eaux  vont  se 
déverser  dans  le  grand  estuaire  de  la  Plata,  après  avoir  arrosé  le 
Brésil,  le  Paraguay  et  la  République  Argentine.  Depuis  les  alti- 
tudes de  500  mètres,  on  commence  à  retrouver  la  végétation  brési- 
lienne de  palmiers  et  de  melastomacées,  comme  dans  la  pre- 
mière zone,  et  des  terres  pour  la  culture  de  la  canne  à  sucre,  du 
manioc,  du  café,  du  maïs,  du  tabac,  etc.  L'expédition  dirigée 
par  l'ingénieur  Antonio  Etebouças  a  rencontré  sur  les  bords  de 
l'Ivaliy,  un  des  plus  beaux  affluents  du  Paranâ,  d'immenses 
d'orangers.  Sur  les  rives  de  ce  ûeuve,  le  docteur  Faibre  a 
fondé  la  colonie  Thereza,  qui,  aujourd'hui  forme  la  ville  de 
Theresina,  située  dans  une  région  aussi  riche  en  produits  agri- 
coles qu'en  produits  minéralogiques  de  toute  espèce,  y  compris 
l'or. 

Coton.  —  Pendant  la  crise  produite  par  la  guerre  de  l'aboli- 
tion aux.  États-Unis,  toutes  les  provinces  du  Brésil,  depuis 
Para  jusqu'à  Rio-Grande-du-Sud,  ont  exporté  du  coton  pour 
Liverpool.  A  Paranâ,  c'est  le  coton  herbacé  (Gossipium  herba- 
ceum  qui  donne  un  rendement  extraordinaire.  Sur  un  terrain  de 
750  mètres  carrés,  on  a  récolté  2.937  kilos  de  coton.  On  a  vu  un 
seul  co  ton  nier  chargé  de  150  cocons.  Les  meilleures  terres  à 
coton,  a  Paranâ,  se  trouvent  dans  le  centre  de  la  province,  à 
Castro  et  à  Guarapuava.  La  culture  du  coton  commence  à  se 
relever  dans  tout  le  Brésil,  grâce  à  la  demande  des  fabriques  qui 
se  fondent  presque  dans  toutes  les  provinces. 

Ramie.  —  On  a  déjà  acclimaté  au  Brésil  la  ramie,  la  fameuse 
Candida  Sidonis  dr>  anciens  Komains.  C'est  le  produit  fibreux  de 
la  Urtica  tenacissima,  Urtica  utilis  des  botanistes.  Les  plus  belles 
plantations  de  ramie  se  trouvent  dans  la  province  de  Santa-Catha- 


LES     ZONES     AGRICOLES.  239 

rina,  dans  la  colonie  Grâû-Parâ,  fondée  dans  la  vallée  du  Tubarao 
dans  Lé  patrimoine  du  comte  d'Eu,  Dans  les  essais  d'acclimatation 
faits  a  Rio  par  M.  J.  Bellissime,  il  a  obtenu  quatre  à  cinq  récoltes 
par  an.  chaque  plante  produisant  de  lia  16  tiges.  Les  fibres  en 
sont  très  belles  et  prennent  parfaitement  toutes  les  couleurs 
de  teinturerie.  Les  plantations  de  ramie,  à  Santa-Catharina, 
s'élèvent  à  des  millions  de  pieds.  On  préfère  la  ramie-verte,  à 
feuille  cordiforme,  qui  résiste  mieux  à  la  gelée.  M.  Joaquim 
Caetano  Pinto  Junior,  initiateur  de  l'immigration  italienne  au 
Brésil,  a  fait  venir  des  machines  du  système  Landstheer  pour 
décortiquer  la  ramie  dans  la  colonie  de  Grào-Parâ.  A  l'exposition 
d'Anvers,  la  ramie  de  cette  provenance  a  été  jugée  supérieure  à 
toute  autre  et  a  obtenu  une  médaille  d'or.  La  ramie  décortiquée 
>tée,  à  présent,  de  40  à  50  francs  les  100  kilos.  L'industrie 
européenne  a  énormément  à  gagner  avec  la  ramie,  qui  sera  aussi 
une  grande  source  de  richesse  pour  les  immigrants-propriétaires 
au  Brésil. 

Vin.  —  Les  immigrants  établis  clans  ces  deux  provinces  du 
sud,  cultivent  la  vigne  et  commencent  déjà  à  faire  le  vin.  Ces 
provinces  possèdent  des  terres  et  des  climats  excellents  pour  cette 
culture.  M.  Todeschini,  un  Hongrois,  ancien  directeur  de  colonie 
à  Santa-Catharina,  nous  disait  n'avoir  jamais  vu,  pas  même  à 
Tokay,  des  grappes  aussi  belles.  Le  gouvernement  brésilien  a  fait 
venir  des  plants  de  vigne  des  localités  les  plus  renommées  d'Eu- 
rope pour  les  distribuer  dans  les  provinces  de  Minas,  San-Paulo, 
Paranâ,  Santa-Catharina  et  de  Rio-Grande-du-Sud.  Les  chemins 
de  fer  de  l'État  font  des  rabais  aux  tarifs  de  transport  pour  les 
vins  brésiliens.  Aussi  peut-on  espérer  que  bientôt  le  Brésil  sera 
compté  parmi  les  grands  producteurs  de  vins. 

Soie.  —  Les  immigrants  établis  dans  les  provinces  d'Espirito- 
Santo,  de  Paranâ,  de  Santa-Catharina  et  de  Rio-Grande-du-Sud, 
cultivent  le  mûrier  et  élèvent  des  vers  à  soie.  Les  forêts  du  Brésil 
possèdent  des  vers  à  soie  natifs,  qui  vivent  sur  différentes  plan- 
I  !S,  notamment  le  Saturnia  aurata  qui  s'alimente  des  feuilles  du 
ricin,  Palma  Christi,  Ricinus  communis  des  botanistes.  On  a  déjà 
envoyé  des  échantillons  de  soie  brésilienne  aux  marchés  d'Europe, 
et  on  les  a  cotés  de  80  francs  à  100  francs  le  kilogramme.  Il  est 
déjà  question  de  fonder  une  fabrique  de  soie  pour  faire  avancer 
plus  rapidement  sa  production  au  Brésil. 


2G0  LE     BRÉSIL     EN      L889. 

Immigration. —  Les  provinces  de  Paranâ  et  de  Santa-Catha- 
rioa  sonl  connues,  depuis  longtemps,  des  émigrants  d'Europe, 
surtoul  d'Allemagne  et  d'Italie.  Ils  connaissent  bien  les  plateaux 
de  Curitiba,  où  le  blé,  l'avoine,  l'orge  el  les  autres  grains  donnent 
un  rendement  de  80  pour  1  ;  où  les  haricots  rendent  200  pour  1, 
el  les  mais  jusqu'à  250  pour  1.  La  renommée  de  ees  plateaux,  de 
17"  centigrades  de  température  moyenne,  a  déjà  atteint  la  Polo- 
gne et  le  Tyrol.  Les  ingénieurs  Joseph  et  François  Keller,   qui 
ont  étudié  l'Iguassù    et  d'autres  affluents  du   Paranâ,  ont  écrit 
pour  les  immigrants  cet  avis  plein  d'intérêt  :    «  Un  capital  de  7 
contos   de   réis  (19.831  fr.)  employé  à  l'achat  d'un    terrain    de 
4  hectares  avec  maison,  haies,  instruments  agricoles,  bétail,  etc., 
par  une  famille  de  4  à  5  personnes,  peut  produire  un  revenu  net 
de  15  0/0  à  16  0/0,  sans  compter  la  nourriture  et  les  vêtements 
pour   la   famille   de  l'immigrant.  »  C'est  l'immigrant  Kalkmann, 
établi    à    Paranâ,    qui    a    fourni   ces    chiffres    aux    ingénieurs 
Keller.   Tous    les    environs   de    Curitiba,   le     Ilocio,  comme  on 
dit    dans   la   province,  sont    occupés    par    des    milliers    d'im- 
migrants-propriétaires,   qui    vivent   heureux   et   contents  dans 
la  culture  de  leurs  terres  et  dans  la  petite  industrie,  ou  se  font 
de  belles  économies  dans  les   transports   en  charrettes  sur  les 
routes  de  la  capitale  aux  ports  d'Antonina  et  de  Morretes,  ou  à 
(iuarapuava  et   aux  autres  villes  de  l'intérieur  de  la  province. 
On    doit    applaudir  l'initiative  des  capitalistes  anglais,  qui   ont 
acheté  en   1888,   dans  la   province  de   Paranâ,  200.000   alqueires 
de  terres,  ou  484.000  hectares,  qui  correspondent  à  1.196. 037 acres, 
en  mesure  anglaise.  En  Angleterre,  on  fait  la  propagande  de  la 
petite  propriété  avec   la  formule  :    A    cow   and    an  acre,    c'est- 
à-dire  «  Une  vache  et  une  acre   de  terre  ».  Dans  cet  immense 
domaine  de   Paranâ  la  compagnie  anglaise  pourra  donc  établir 
un    million  d'Écossais,    d'Anglais    et    d'Irlandais   qui   y   oublie- 
r  »nt   les    martyres    du    terrible    Lancllordisme .    La   province  de 
Paranâ  est  vraiment  le  paradis  des  immigrants.  Impossible  de 
trouver    un    climat    plus     doux    et    des    terres    plus    fertiles. 
Quand  on  arrive  au  plateau  de  Curitiba  et  qu'on  se  voit  entouré 
de  ces  araucarias,  si  majestueux  et  si  parfumés,  on  ne  peut  pas 
retenir  un  cri  de  joie  et  d'enthousiasme.  L'air  y  est  si  pur,  si  vif 
et  si  léger  qu'il  produit  l'effet  du  gaz  hilariant C'est  l'admi- 
rable plateau  de  Curitiba  qui  a  inspiré  les  plus  belles  pages  à 
Saint- llilaire.  Ce  panorama  splendide  a  un  cachet  extraordinaire, 
même  au   Brésil  où  on  passe  la  vie  entouré  de  merveilles,  de 


LES     ZONES     AGRICOLES.  201 

plantes  el  de  Qeurs  qu'on  ne  peul   voir  en  Europe  que  dans  les 
s  irres  chaudes  des  rois,  des  princes  et  des  millionnaires. 

Chemins  de  fer.  —  La  province  de  Paranâ  est  déjà  desservie 
par  des  voies  ferrées,  comme  on  le  verra  plus  loin. 

Exportations.  —  Les  principaux  articles  d'exportation  de 
Parané  <it  de  Santa-Catharina,  sont  :  maté  (thé  du  Brésil,  thé 
du  Paraguay'  pour  la  Plataet  pour  le  Chili  —  coton  —  bois  de 
construction —  sapin  du  Brésil  [Araucaria)  —  farines  de  manioc  — 
farines  de  maïs  —  tapioca — cuirs  —  sucre  —  eau-de-vie  —  haricots 
—  fèves,  etc.  ;  puis,  de  la  vallée  du  Tubarâo  à  Santa-Catharina  : 
bourre  et  fromages  des  colonies  —  meubles  et  ouvrages  de  me- 
nuiserie, des  colonies  de  Joinville,  Blumeneau,  etc. 


VIII.  L,a  zone  de  l'Uruguay.  —  La  province  de  Rio-Grande- 
du-Sud,  qui  forme,  à  elle  seule,  la  zone  agricole  de  l'Uruguay,  a 
une  surface  de  236.553  kilomètres  carrés.  Sa  population  est  de 
950  mille  à  un  million  d'habitants.  Le  beau  fleuve  Uruguay,  l'un 
-rands  affluents  de  la  Plata,  contourne  la  province  de  Rio- 
Grande-du-Sud  par  les   frontières  du  nord  et  de  l'ouest. 

Terre.  —  Sur  une  carte  en  relief  de  la  province  de  Rio-Grande- 
du-Sud,  on  verrait  immédiatement  que  le  sol  de  cette  belle  région 
est  formé  principalement  par  deux  immenses  plans  inclinés  :  l'un 
jetant  ses  eaux  dans  l'Océan,  l'autre  dans  l'Uruguay.  Ainsi  le  grand 
fleuve  Jacuhy  coule  vers  la  mer  par  l'entremise  de  la  Lagôa-dos- 
Patos(Lagune-des-Canards),  tandis  que  l'Ibicuhyse  déverse  sur 
la  rive  gauche  de  l'Uruguay.  On  doit  remarquer,  comme  curiosité 
hydrographique,  la  coïncidence  de  la  direction  générale  de  ces 
deux  fleuves,  qui  se  trouvent  presque  sur  un  parallèle  à  l'équa- 
teur,  et  indiquent  le  plus  court  chemin  de  l'Océan  à  l'Uruguay. 
La  rive  septentrionale  du  Jacuhy  est  montagneuse  et  tourmentée 
par  les  contreforts  de  la  chaîne  maritime  (Serra-do-Mar),  qui  finit 
exactement  à  ce  thalweg  ;  sur  la  rive  méridionale,  au  contraire, 
commencent  les  fameux  campas  (pâturages,  prairies  naturelles) 
de  Rio-Grande-du-Sud,  qui  s'étendent  jusqu'à  la  Plata. 

Au  bord  delà  mer  on  trouve  des  dunes,  et  le  terrain  est 
sablonneux  :  mais  ce  sable  est,  exceptionnellement,  très  fertile. 
Ainsi,  dans YIlhadosMarinheiros (île  des  Marins),  danslaLagoa-dos- 


262  LE     BRÉSIL     EN      18 

Patos,  toul  près  de  la  ville  de  EUo-Grande,  on  voit  le  sable  cultive 
par  des  immigrants  produire  des  légumes  de  toute  beauté,  des 
Fruits  d'Europe  et  2.000  pipes  de  vin. 

L;i  poche  prédominante  à  Rio-Grande-du-Sud  est  Je  grès.  L< '^ 
rives  el  le  lii  de  l'Uruguay  abondent  en  silex,  agathes,  cornalines 
améthystes,  etc.,  etc.  On  les  exporte  pour  l'Allemagne,  où  on  en 
(ail  une  infinité  d'objets  <le  fantaisie. 

On  exploite  les  marbres  à  Encruzilhada  et  à  Caçapava  ;  les 
calcaires  à  Bagé,  à  San-Gabriel,  à  Santa-Ànna^-do-Livramento,  et 
dans  les  collines  d'Herval  (Serra  do  Herval).  A  Caçapava  on  trouve 
aussi  de  belles  serpentines.  Au  Cahy  abondent  les  grès  blancs  et 
rouges.  Au  nord  de  la  province,  dans  la  Serra  Gérai,  on  trouve 
le  porphyre  etlesyénite.  Les  argiles  plastiques  sont  abandantes  : 
les  immigrants  allemands  en  fabriquent  des  briques,  des  tuiles 
et  la  poterie  pour  leur  ménage. 

Houille.  —  Le  charbon  de  terre  est  exploité  à  Rio-Grande- 
du-Suel  depuis  longtemps,  à  Gandiota  et  à  l'Arroyo-dos-ïtatos. 
Une  Compagnie  anglaise  :  The  Brazilian  Collieries  Company, 
Limited,  de  £100.000  ou  2.500.000  fr.,  a  exploité  la  mine  de 
l'Arroyo-dos-Ratos  pendant  un  certain  temps  ;  aujourd'hui  c'est 
une  Compagnie  brésilienne  qui  possède  cette  mine,  et  qui  en 
fait  le  service  d'exploitation.  On  y  a  installé  des  machines  pour 
la  fabrication  de  briquettes  de  charbon. 

La  province  de  Rio-Grande-du-Sud  jouit  d'un  immense  réseau 
de  navigation  à  vapeur  dans  ses  fleuves  et  dans  les  lagunes 
Mcarim  et  des  Patos  ;  ainsi  la  houille  trouve  des  acheteurs  à  la 
sortie  des  puits  de  mine. 

Bois  de  Construction,  de  Menuiserie  et  d'Ébénisterie.  — 
Dans  les  forets  des  montagnes  du  nord  de  la  province  de  Rio- 
Grande-du-Sud,  on  voit  des  Araucarias  presque  aussi  beaux  que 
dans  la  province  de  Paranâ  ;  des  Cèdres  brésiliens  de  la  famille 
des  Cedrelacées-Meliacées ;  des  Perobas  du  genre  Aspidosperma,  de 
la  famille  des  Apocynacées ;  des  Canellas,  du  genre  Nectandra  de 
la  famille  des  Lauracées,  etc.,  etc.  Dans  la  région  des  Campos  ou 
des  pâturages  et  prairies  naturelles,  les  bois  de  construction 
sont  rares.  Les  petits  cours  d'eau,  les  arroyos,  comme  on  dit  dans 
cette  province,  n'arrosent  que  des  saules  (Salix),  des  Acacias  et 
des  Mimosas  à  bois  blanc. 

Quand  on  monte  l'Uruguay,  on  voit  le  changement  de  flore  se 


LES     ZONES     AGRICOLES.  263 

faire  aussi  rapidement  que  celui  des  coulisses  et  des  décors  au 
théâtre.  Jusqu'à  Itaquy,  on  a  la  végétation  caractéristique  des 
rives  de  la  Plata  :  en  amont  d'Itaquy,  commence  la  foret  brési- 
lienne, unie  el  serrée,  enveloppée  par  les  lianes,  chargée  d'épi- 
phytes,  d'orchidées,  d'aroïdées  et  de  broméliacées,  aux  belles 
Heurs  aux  couleurs  éclatantes,  sur  les  troncs  superbes  des  cèdres, 
des  perobas  el  des  canellas,  couronnés  par  des  touffes  de  feuilles 
miroitantes,  vert  foncé,  en  beau  contraste  avec  cet  azur  du  ciel 
qu'on  ne  peut  voir  qu'au  Brésil. 

Poissons  et  pêche.  —  Depuis  les  temps  coloniaux  on  exporte 
des  poissons  salés  de  la  province  de  Rio-Grande-du-Sud,  notam- 
ment la  Tàlnha  salgada.  Les  lagunes  Méarim  et  des  Patos  offrent 
vraiment  les  meilleures  conditions  pour  des  viviers  à  poissons, 
pour  des  parcs  à  huîtres  et  pour  toutes  les  industries  connexes  à 
la  pisciculture.  Ces  énormes  étangs  ont  été  formés  par  un  barrage 
en  sable,  construit  par  les  forces  cosmiques  de  l'Océan  et  des 
fleuves  de  Rio-Grande-du-Sud  ;  du  côté  de  la  mer  ils  sont  fermés 
par  des  digues,  voire  même  par  des  dunes,  quelquefois  larges  de 
quelques  kilomètres,  d'autres  fois  assez  étroites  pour  être  rompues 
par  les  lames  de  l'Océan.  Nous  espérons  bien  placer  sur  les  rives 
de  ces  lagunes  quelques  milliers  d'immigrants  hollandais,  au 
moment  de  l'exécution  des  travaux  hydrauliques  de  Rio-Grande- 
du-Sud,  qui  sont  du  même  genre  que  ceux  de  Hoek-Van-Holland 
à  l'entrée  du  port  de  Rotterdam.  Ces  Hollandais  implanteront  à 
Rio-Grande-du-Sud  leur  industrie  de  fascinages,  et  surtout  de 
salaison  des  poissons. 

Dans  l'extrême  rapidité  de  ce  travail,  nous  n'avons  pas  parlé 
des  poissons  du  Brésil  ;  à  peine  avons-nous  fait  mention  du 
Piracurû  (Vastres  Cuvierii)  et  du  Puraqué  (Gijmnotus electricus)  de 
l'Amazone.  Mais  cette  omission  ne  doit  pas  faire  croire  que  les 
fleuves  et  les  mers  du  Brésil  ne  soient  pas  des  plus  riches  en 
poissons  de  toute  espèce.  Encore,  l'autre  jour,  un  voyageur  Russe, 
un  gourmet  fort  entendu  en  poissons  de  mer  et  de  rivière,  nous 
disait  qu'il  ne  connaissait  rien  de  plus  exquis,  en  fait  de  pois- 
sons, que  ceux  de  Rio  ;  notamment  le  badèjo  et  le  badèjete,  la 
garôpa  et  la  garopinha,  le  robalo  et  le  bijupirà.  Les  crevettes 
de  Rio-de-Janeiro  et  de  Bahia  —  les  fameux  camarôes  — ■  sont 
déjà  exportées  en  conserve  pour  Paris  et  Londres. 

Il  ne  manque  pas  d'huîtres,  de, toute  espèce  et  de  toute  gran- 
deur, sur  la  côte  du  Brésil.  Une  famille  française  vient  d'obtenir 


LE     BRÉSIL     EN     1880. 

(novembre  1888)  l'autorisation  d'établir  un  parc  aux  huîtres  dans 
La  rade  de  Rio, 

Chaque  province  du  Brésil  a  son  poisson  favori;  par  exemple  : 
la  C aval  la  pour  la  province  de  Bahia,  la  Carapéba  pour  la  province 
d'Alagôas.  Avant  la  navigation  à  vapeur,  les  baleines  fréquentaient 
la  côte  du  Brésil.  On  verra  sur  les  cartes  du  Brésil  le  nom 
très  répété  d'Armaçao,  qui  signalait  les  stations  de  pèche  de 
haleines.  Les  endroits  de  la  côte  du  Brésil  les  plus  renommés  pour 
la  pêche  sont:  Abrolhos  —  des  îles  et  des  rochers,  qu'on  voit  des 
paquebots  à  vapeur,  quand  on  vient  de  Bahia  à  Bio,  et  qui 
restent,  à  peu  près,  en  face  de  la  ville  de  Canavieiras  ;  Cabo-Frio, 
un  peu  à  l'est  de  la  ville  de  ltio  ;  l'ile  et  le  canal  de  Santa- 
Catharina;  lalagunadu  Tubarâo,  et  les  lagunes  Mearim  et  des 
Patos,  dans  la  province  de  Bio-Grande-du-Sud. 

A  Abrolhos  et  Cabo-Frio,  les  poissons  les  plus  abondants  sont 
les  Garopas  et  les  Pcscadas,  de  gros  poissons  de  un  à  deux  mètres 
de  longueur,  qu'on  prépare  salés  et  secs,  comme  la  morue,  ou 
bien  confits  en  marinade  dans  des  boites  en  fer  blanc,  pour 
l'exportation. 

Dans  le  canal  et  le  long  des  côtes  de  l'ile  de  Santa-Catharina, 
abondent  les  Garopas,  les  Pescadas  et  surtout  les  Enchovas,  en 
quantités  énormes.  Dans  les  lagunes  du  Tubarâo,  au  sud  de  la 
province  de  Santa-Catharina,  de  Mearim  et  des  Patos,  ce  sont 
les  taïnhas,  longues  de  50  à  80  centimètres,  qu'on  pêche  et  qu'on 
prépare,  comme  la  morue,  pour  être  exportées  pour  les  provinces 
du  nord  du  Brésil. 

Ainsi  donc,  on  voit  que  les  immigrants  qui  aiment  la  pêche 
et  le  poisson  se  trouveront  au  Brésil  en  pays  d'abondance. 

Agriculture.  —  La  province  de  Bio-Grandc-du-Sud  comprend 
une  région  de  prairies  naturelles  et  de  pâturages,  nommée 
Campos,  et  une  région  plus  ou  moins  montagneuse.  Les  Campos 
étaient  entièrement  réservés  pour  le  bétail,  qu'on  élevait,  comme 
à  la  Plata,  en  troupeaux  innombrables  ;  dans  la  région  monta- 
gneuse et  dans  les  vallées  des  fleuves  on  faisait  l'agriculture. 

Jusqu'à  l'Abolition,  les  grands  propriétaires  ne  faisaient  que 
l'élevage  du  bétail  et  l'industrie  des  Saladcros  ;  l'agriculture 
appartenait  aux  immigrants.  Ainsi  la  belle  colonie  de  San- 
Leopoldo  était  le  principal  fournisseur  de  céréales,  de  légumes  et 
de  fruits  aux  marebés  de  la  province  de  Bio-Grande-du-Sud. 


LES     ZONES     AGRICOLES. 

Bétail.  —  La  fameuse  industrie  des  Saladeros,  si  connue  en 
Europe  par  les  descriptions  des  voyageurs  à  la  Plata,  a  reçu  un 
coup  mortel  lors  de  l'Abolition.  Le  Xarque,  la  Carne-Secca,  la 
viande  sèche  el  -aire,  étail  un  reste  de  barbarie  relié  à  l'esclavage . 
Cette  mauvaise  nourriture  «Mail  donnée  aux  esclaves  de  Cuba  et 
du  Brésil.  A  présent  on  travaille  pour  abolir  le  Xarque,  et 
pour  exporter  les  viandes  de  bœuf  et  de  mouton  en  frigorifiques, 
comme  on  fait  en  Australie  et  surtout  à  la  Nouvelle-Zélande. 

D'un  autre  côté,  il  y  a  énormément  à  faire  pour  améliorer  les 
de  chevaux,  de  bœufs  et  de  moutons,  et  pour  élever  toutes 
les  industries  connexes  à  la  hauteur  des  progrès  modernes. 

Blé.  —  La  culture  du  blé  est  très  ancienne  dans  la  province 
de  Elio-Grande-du-Sud.  Avant  1830  on  en  exportait  du  blé  pour 
Rio  et  pour  l'île  de  Cuba. 

A  présent,  les  immigrants  italiens  et  allemands  reprennent 
cette  culture  avec  avantage.  A  Pelotas,  une  des  plus  belles  villes 
de  la  province  de  Rio-Grande-du-Sud,  on  a  établi  un  moulin  à 
vapeur,  qui  achète  le  blé  aux  planteurs  à  3.000  réis  Valqueire.  — 
L'alqueire  vaut  36  litres  et  27  centilitres.  C'est  donc  à  peu"  près 
S  fr.  50  par  30  litres. 

A  Hio-de-Janeiro,  on  a  construit  deux  moulins  à  vapeur  avec 
toutes  les  améliorations  introduites  dernièrement  par  les  Améri- 
cains. Ils  appartiennent  à  deux  puissantes  Compagnies  :  Moinhos 
Fluminenses  (Moulins  de  Rio),  et  Rio-de- Janeiro  Flour  Mills  Gra- 
naries,  Limited. 

On  fait  dans  tout  le  sud  duRrésil  des  efforts  incessants  pour 
donner  la  plus  forte  expansion  possible  à  la  culture  du  blé.  Nous 
pensons,  comme  Michel  Chevalier,  que  les  peuples  civilisés  mangent 
du  pain,  et  que  la  culture  du  blé  est  un  indice  de  civilisation. 

Le  Brésil  des  temps  coloniaux  n'avait  que  la  farine  de  manioc, 
une  nourriture  pauvre,  qui  n'a  pas  la  force  nutritive  du  blé  ;  il 
faut  que  le  Nouveau-Brésil  produise  le  froment  et  la  vigne,  comme 
la  France.  Nous  espérons  bien  pouvoir  annoncer,  dans  trois  ou 
quatre  ans,  aux  émigrants  des  belles  races  méditerranées  que  le 
Brésil  est  un  pays  de  pain  et  de  vin,  et  qu'ils  s'y  trouveront  aussi 
confortablement  qu'en  France  et  en  Italie.  Le  manioc  servira  à  la 
fabrication  du  tapioca  pour  malades  et  convalescents  ou  pour 
plats  de  dessert  et  potages. 

Vin.  —  L'immigration  italienne  a  donné  une  grande  impul- 


2GG  LE     BRÉSIL     EH      L889. 

sion  à  la  culture  de  la  vigne  dans  La  province  de  Rio-Grande-du- 
Sud.  Les  deux  IkiIIcs  colonies  Comte  d'Eu  et  Dona  Isabel  produi- 
sent déjà  do  20  à  25.000  pipes  de  vin.  Nous  avons  déjà  cité  la 
petite  lie  Dos  Marinheiros,  qui  exporte  2.000  pipes  de  vin  par  an. 
La  viticulture  lait  des  progrès  à  Piratinim,  à  Santa-Maria-da- 
Boca-do-Monte,  dans  la  vallée  du  Camaquan,  à  Monténégro, et  par- 
tout où  on  établit  des  Italiens  comme  immigrants-propriétaires.  A 
Rio-Grande-du-Sud,  le  vin  brésilien  [Vinho  national)  se  vend 
120.000  réis  à  180.000  réis,  c'est-à-dire  310  francs  à  510  francs 
la  pipe,  et  est  déjà  exporté  pour  la  ville  de  Rio.  et  pour  le  nord 
de  l'Empire. 

Immigration.  —  La  province  de  Rio-Grande-du-Sud  est  la 
plus  connue  en  Allemagne  par  les  émigrants.  L'ancienne  colonie 
de  San-Leopoldo  en  était  le  plus  fort  centre  d'attraction. 

Pendant  plusieurs  années,  les  Allemands  ne  se  dirigeaient 
que  vers  Rio-Grande-du-Sud.  La  Société  de  Colonisation  d'Ilam- 
bourg  en  a  dirigé  un  beau  courant  vers  la  province  de  Santa- 
Catharina  en  y  fondant  Dona  Francisca  et  Join ville. 

Le*  Docteur  Blumenau  a  aussi  fondé  une  belle  colonie  à  Santa- 
Catharina,  qui  porte  son  nom,  et  qui  est  une  des  plus  prospères 
du  Brésil.  Le  courant  d'immigration  allemande  s'est  divisé 
dernièrement  entre  les  provinces  de  San-Paulo,  de  Parana,  de 
Minas  et  d'Espirito-Santo.  C'est  tout  récemment,  après  le  contrat 
Caetano  Pinto  (1874-1878)  que  les  immigrants  italiens  se  sont 
dirigés  vers  la  province  de  Rio-Grande-du-Sud.  Aujourd'hui  les 
Italiens  prédominent  dans  les  colonies  Comte  d'Eu,  Dona  Isabel, 
Caxias,  Sllveira  Martins,  etc.  La  concurrence  des  deux  immigra- 
tions allemande  et  italienne  a  produit  les  plus  beaux  résultats 
ethniques  et  économiques.  Leur  race  mixte  est  d'une  extraordi- 
naire beauté.  Les  Italiens  continuent  leurs  cultures  de  blé,  d'orge, 
d'avoine,  de  seigle,  de  vin  et  de  soie,  tandis  que  les  Allemands 
ont  gardé  les  cultures  brésiliennes  du  maïs,  des  haricots,  du 
manioc,  etc.,  et  font  de  la  bière  partout. 

Du  concours  de  tous  ces  efforts  il  résultera  que  la  province  de 
Rio-Grande-du-Sud  jouira  d'un  bien-être  difficile  à  rencontrer  en 
quelque  pays  du  monde  que  ce  soit. 

Chemins  de  fer.  —  La  province  du  Rio-Grande-du-Sud  a 
une  belle  navigation  à  vapeur  dans  les  lagunes  Mearim  et  des 
Patos  et  sur  plusieurs  fleuves.  La  région  ouest   de   la  province, 


LES     ZONES     AGRICOLES.  2G7 

baignée  par  l'Uruguay,  reçoit,  aux  temps  des  eaux,  des  navires 
d'Europe  et  des  bateaux  à  vapeur  dans  les  ports  d'Uruguayana, 
d'itaquy  ei  de  San-Borja.  Le  réseau  de  voies  ferrées  y  fait  des 
progrès  tous  1rs  jours,  comme  on  le  verra  dans  un  chapitre 
spécial. 

Exportation.  —  L'extraordinaire  polyculture  de  la  province 
de  Rio-Grande-du-Sud  ;  l'élevage  du  bétail  dans  les  fameux  Campos, 
ou  pâturages  et  prairies  naturelles  ;  l'industrie  naissante  sous  la 
forte  impulsion  des  races  concurrentes  dans  l'immigration,  don- 
ne ni  ;\  cette  zone  agricole  une  infinité  d'articles  d'exportation. 
Nous  nous  bornerons  à  faire  mention  des  suivants  : 
Xarque,  Carne  secca,  viande  sèche  et  salée,  suifs,  cuirs,  cornes, 
os,  guano  animal  et  tous  les  produits  connexes  ;  poissons  salés 
(Tainhas),  laines,  maté  (thé  du  Brésil),  bières,  vins  des  colonies, 
tabac,  haricots  et  céréales,  fruits  et  confitures,  tissus  de  laine, 
tissus  de  laine  et  coton,  etc.,  etc. 


268 


u:    isHK.siL    i:\     issu. 


NAVIGATION 

.h/  /o//y  ro///'.s'  <'/  au  cabotage  du  port  de  Rio-Grande-du-Sud 
de  1 883-1884  à  1886-1887. 


EXERi 


1883-1884... 
1884-1885.. 
1885-1886.. 
1886-1887.. 


NAVIRES 


Navires  . 
Tonnage 

\;i\  ires  . 
Tonnage 

Navires  . 
Tonnage 

Navires  . 
Tonnage 


I.DMi    COL' Il  S 


8i 

22.537 

20.899 

SI 

25.876 

19 
8.089 

302 
28.109 


38.744 


202 
33 .559 


:in; 


s  s 
23.154 

76 

20.2511 

68 
L8.693 

10 

7. M 

68 

10.90'J 


100 
16.613 


in 

18. 16" 


52 


C  A  B  O  T  A  G  E 


212 

37.497 

202 
320 


32G 
86.171 


130 
33.592 


145 

31.109 


175 
17.18" 


166 
14.897 


169 

21.791 


170 
33.449 


276 


300 

si. OU 


14" 

itt.OS: 


L64 


190 
18.59 


181 
11.223 


MOUVEMENT  MARITIME 

De  là  province  de  Rio-Grande-du-Sud. 


BATIMENTS 

ANNÉE  FINANCIÈRE  188  i-85 

ANNÉE  CIVILE  1884 

Commerce 
extérieur 

Commerce 
intérieur 

Commerce 
extérieur 

Commerce 
intérieur. 

1 

■7. 

1 

■7. 

1 

■7. 

1 

■7. 

\:n  ires  ii  voile 

Tonn. 
den  i 

13.964 

20.571 

Tonn. 
dereg. 

30.111 
20.808 

Tonn. 
de  reg. 

46.338 
11.729 

Tonn. 
dereg. 

60.569 
11.811 

Tonn. 
de  reg. 

38.775 

13.100 

Tonn. 
de  reg. 

26.732 
11.347 

Tonn. 
dereg. 

35.900 
44.833 

Tonn. 
dereg. 

16.959 

42.934 

TABLEAU  DE  LA  VALEUR  OFFICIELLE 

Des  importations  et  exportations  intérieures  de  lu  province  de  liio-Grande-du-Sud 

de  1878-1879  à   1881-1882. 


EXERCICES 

IMPORTATION 

EXPORTATION* 

1878-187!) 

1  s. i;  15. 900  OOOréis. 
18.749.700  000 
1!). 031. 700  000 
21.100.700  000 

14.493.800  OOOrcis. 
12.138.000  000 
14.641.400  000 
14.737.400  000 

1879-1880 .    . 

1880-1881 

L881-188  i         

LES      ZONES     AGRICOLES.  269 

COMMERCE   Al      LONG   COURS  DE    RIO-GUANDE-DU-SUD 


Valeur  de  Vim 

portation  et  de  Vex 

oortation  de  1888- 

s  ;  à  1886-87. 

l  M  PORTATION 

1883-1881 

1884-1885 

1SS5-168G 

1SN0-18S7 

11.192.156  s 

11.785.704  s 

14.714.517  s 

19.632.135  $ 

EXPORTATION 

1883-1884 

1884-1885 

1S85-1886 

18S6-1887 

2.887.704  s 

3.239.728  $ 

3.549.789  $ 

3.734.760  $ 

Nota.  —  Sans  les  droits  perçus  à  Uruguayana  et  quelques  autres  bureaux. 

COMMERCE   MARITIME  INTERPROVINCIAL 

Valeur  de  l'importation  et  de  l'exportation  de  1883-84  à  1886-87. 


IMPORTATION 

1883-1884 

1S84-1885 

1885-1886 

1886-1887 

12.016.900  S 

12.100.400  $ 

9.122,200  $ 

9.708.533  g 

EXPORTATION 

1-3-1884 

1884-1885 

1685-1886 

1886-1887 

8.061.100  S 

7.653.GO0  $ 

8.724.500  $ 

8.525.725  $ 

TARLEAU  DES  RECETTES 

D'importation  et  d'exportation  des  douanes  de  Porto- Alegre  et  Rio-Grande,  des 
bureaux  des  recettes  générales  des  municipes  de  Pelotas,  San-José-do-Norte, 
Jaguar So  et  Santa  Victoria  do  Palmar,  pendant  les  exercices  de  1869-70  à 
L880-8I,  avec  leur  valeur  officielle. 


EXERCICES 

Importation. 

Valeur  officielle. 

Exportation. 

Valeur  officielle. 

Réis. 

Réis. 

Réis. 

Réis. 

1869-1^70 

4.010.501  345 

13.368.347  816 

1.106.260  452 

15.803.720  742 

L871 

4.049.953  998 

13.499.864  660 

887.813  068 

12.683.043  828 

1871-1872 

3.517.322  399 

11.724.407  996 

1.027. 314  955 

14.675.927  928 

1872-1873 

3.370.540  353 

11.235.137  843 

1.142.596  279 

16.322.803  985 

1873-1874 

3.151.406  727 

10.514.689  090 

877.856  880 

12.540.812  571 

1874-1675 

2.908.094  664 

9.693.648  880 

774.351  215 

11.062.160  214 

1875-1876 

3.049.470  325 

10.164.901  883 

570.307  898 

8.147.255  685 

1876-1877 

3.014.698  199 

10. 048.993  996 

606.153  484 

8.659.335  485 

1877-1878 

2.510.651  491 

8.368.838  313 

638.217  509 

9.117.392  985 

1878-1879 

3.465.6.1  695 

11.551.538  983 

700.855  191 
766.527  891 

10.012.217  014 
10.950.398  442 

1879-1880  

3.951.537  751 

13.171.792  513 

1880-1881 

3.726.730  483 

12.422.434  943 

640.781  934 

9.156.027  628 

LE     BRÉSIL     EN     18  89. 


NAVIliKS   ENTRÉS  ET  SORTIS 


ENTRÉS 

ANNÉES 

H  A   1    1 

)  .N  A  l'  X 

É  r  H  A 

Total 

Tonnage 

Tirant 

d'eau 

maximum 

Navires  a 

Nai  ires  à 

voile 

\  apeurs 

voile 

\  apeurs 

en  palmes 

1873.... 

200 

G  9 

329 

5 

603 

152.841 

16.5 

1874.... 

2(js 

99 

217 

:; 

557 

164.576 

i  ;.5 

1875.... 

186 

12:; 

207 

9 

5  s:, 

HiO.821 

16.5 

1876.... 

186 

130 

257 

3 

576 

186.833 

10.5 

1877.... 

151 

128 

219 

1 

529 

184.119 

10.5 

1878.... 

103 

118 

321 

6 

608 

175.101 

17 

L879 

157 

107 

321 

0 

584 

131.272 

17 

1880 

116 

133 

322 

18 

019 

150.587 

10.5 

L881 

128 

137 

270 

1!) 

55  1 

133.779 

10 

1882.... 

170 

131 

301 

•10 

Ool 

147.442 

11.5 

1883 

Total.. 

91 

61 

101 

30 

355 

15 

1.789 

1.236 

3.051 

152 

6.231 

1.69S.751 

SORTIS 

ANNÉES 

NATIl 

N  A  L'  X 

ÉTRAl 

<  G  E  R  S 

Total 

Tonnage 

Tirant 

d'eau 

maximum 

Naviresà 

Navires  a 

voile 

\  apeurs 

voile 

\ apeurs 

en  palmes 

1873.... 

215 

69 

313 

0 

633 

171.172 

16.5 

1871.... 

189 

99 

266 

2 

556 

171.081 

16.5 

1875.... 

196 

123 

257 

9 

585 

201.101 

10.5 

1876.... 

186 

130 

219 

1 

566 

1'.  13. 023 

li.. 5 

1877.... 

119 

127 

230 

» 

506 

183.883 

17 

1878.... 

101 

Ils 

311 

5 

598 

175.815 

16.5 

1879.... 

166 

105 

311 

7 

592 

134.842 

16 

1880.... 

119 

134 

323 

18 

621 

150. 0S1 

16.5 

1881.... 

127 

138 

272 

18 

555 

133.276 

15.5 

1882.... 

161 

131 

311 

11 

653 

115. OIS 

11.5 

1883.... 

Total.. 

81 

02 

183 

37 

306 

82.119 

11 

1.789 

1.239 

3.059 

117 

6.231 

1.738,951 

LES     ZONES     AGRICOLES.  271 

1\.  —  La  Mne  Auro-Ferrifëre.  — La  grande  province 
m  Minas- G  raet  occupe  toute  la  neuvième  zone  agricole  du 
Brésil,  caractérisée  par  son  abondance  en  minerais  d'or  et  de 
fer.  Sa  surface  est  de  571.855  kilomètres  carrés  ;  sa  population 
de  2.200.000  à  2.300.000  habitants. 

Saint-Hilaire  a  écrit:  «  S'il  existe  un  pays  qui  jamais  puisse 
si'  passer  du  reste  du  monde,  ce  sera  certainement  la  province  de 
Minus.  »  Ces  mois  prophétiques  de  l'illustre  savant  sont  encore 
aujourd'hui  la  plus  belle  synthèse  de  la  superbe  zone  agricole  de 
Minas-Geraes.  On  y  trouve  tout:  depuis  l'or  et  les  diamants 
jusqu'aux  plus  beaux  cristaux  déroche;  depuis  le  fer,  qui  y 
forme  des  montagnes,  jusqu'aux  plus  rares  métaux  qui  accompa- 
gnent les  minerais  d'or,  d'argent,  de  plomb  et  de  platine.  On 
peut  y  cultiver  tous  les  produits  agricoles:  depuis  le  café,  la 
canne  à  sucre,  le  coton  et  le  tabac,  jusqu'au  blé,  la  vigne,  la  soie, 
l'olivier  et  tous  les  fruits  de  France  et  de  l'Italie.  Tout  cela  sous 
le  beau  ciel  du  Brésil,  dans  un  climat  qui  fait  les  délices  des 
voyageurs,  dans  un  climat  qui  a  doublé  la  vie  du  savant  anthro- 
pologiste  danois  Peter  Wilhelm  Lund,  si  renommé  par  la  décou- 
verte de  l'Homme  Fossile  dans  les  grottes  calcaires  de  la  province 
de  Minas-Geraes. 

Terre.  —  La  province  de  Minas  possède  les  plus  hautes 
montagnes  et  les  plateaux  les  plus  élevés  de  tout  le  Brésil.  Les 
aborigènes  leur  donnaient  le  nom  d'Itatiaya,  qui  veut  dire:  — 
'Pierre  qui  distille  une  eau  pure  et  salubre.  Ainsi  on  compte  dans  la 
province  de  Minas  trois  Itatiayas,  c'est-à-dire,  trois  points  culmi- 
nants, à  savoir:  1°  l'Ftatiaya  de  Rezende,  appelé  aussi  l'Itatiaya- 
Assiï  d'Ayruoea,  qui  se  trouve  sur  la  chaîne  de  montagnes  de  la 
Manliqueira;  il  contient  les  Agulhas-Negras  (Aiguilles-Noires)  qui 
s'élèvent  de  2.990  à  3.000  mètres  et  qui  sont  les  plus  hautes 
montagnes  du  Brésil  ;  2°  l'Itatiaya  du  grand  massif,  entre  les 
villes  dOuro-Branco  (Or-blanc)  et  d'Ouro-Preto  (Or-noir),  capitale 
de  la  province  de  Minas  ;  3°  FItatiaya-Assû  [Assit  veut  dire  grand) 
de  San-Joào-do-Kio-Acima,  qui  forme  une  immense  montagne 
de  minerais  de  fer  sur  gangue  d'argile,  placée  entre  les  fleuves 
paré  >'t  JNiraopeba,  deux  grands  affluents  du  majestueux  San- 
Francisco. 

Sur  une  carte  en  relief  de  la  province  de  Minas-Geraes  on 
verrait  immédiatement  ces  trois  Itatiayas,  et  on  distinguerait,  en 
même  temps,  les   grands  plans  inclinés,  qui  jettent  leurs   eaux 


LE     BRÉSIL     EN     1889. 

dans  les    fleuves  Parahyba-du-Sud,   Ilio-Doce,    San-Francisco  et 
Elio-Grande,  qui    finit  par  avoir  le  nom  de    Paranâ,  et  arrive  h 

l'i  » .  (  -  ;  1 1 1  par  le  grand  estuaire  de  la  Plata. 

On  comprend  bien  que  tous  ces  points  culminants,  tous  ces 
plateaux,  tous  ces  thalwegs  possèdent  des  terrains  de  toutes  les 
espèces  possibles  et  imaginables.  Leur  énumération  sera  toujours 
incomplète  ;  nonobstant  nous  signalerons  comme  roches-mères  : 
neiss  granits,  des  granitoïdes,  des  granits,  des  pegmatites, 
des  syénites,  des  diorites  et  des  diabases  et  tous  les  congém-i-c- 
dans  les  montagnes  de  la  Mantiqueira,  d'Ouro-Branco  et  d'Ouro- 
Preto.  Des  calcaires  et  du  gypse  dans  la  vallée  du  San-Francisco 
et  à  San-José-d'El-Rey. 

Toute  la  région  des  Campos-Gcraes  possède  des  grottes  cal- 
caires,  à  stalagmites  et  à  stalactites,  quelquefois  d'une  grande 
beauté.  C'est  dans  ces  grottes  que  le  savant  Lund  a  fait  ses  études 
si  célèbres  de  paléontologie.  Encore  dernièrement  le  Dr  Gorceix 
l'infatigable  directeur  de  l'École  des  Mines  d'Ouro-Preto,  a  fait  la 
découverte  d'une  grotte  abondante  en  fossiles.  La  Casa  Encantada 
(Maison  Enchantée)  est  une  merveilleuse  grotte  calcaire  tout  prèg 
de  la  ville  de  Sào-Joâo-d'El-Rey.  La  grotte  de  Carandahy  a  un 
volume  de  60.000  mètres  cubes.  Elle  a  fourni  une  belle  pierre  de 
taille  gris-perle  pour  le  viaduc  de  Carandahy,  sur  le  chemin  de 
fer  de  Dom  Pedro  II.  Tout  près  de  la  ville  de  Baepcndy,  on  a  décou- 
vert deux  grottes  appelées  Grula  d'Urubu  et  Grula-da-Pedra. 
La  grotte  de  Carandahy  est  aujourd'hui  exploitée  par  la  Com- 
pagnie Industrial  de  Cal  e  Marmores  de  Carandahy,  fondée  en 
octobre  1888  au  capital  de  200  conlos  de  reis  (56G.600  francs). 
Dans  cette  grotte  se  trouve  le  stéatite  ou  pierre-à-savon,  qui  est 
employé  comme  pierre  réfractaire  dans  les  fours  à  chaux.  Le 
stéatite  est  très  commun  dans  la  province  de  Minas-Geraes  :  dès 
les  temps  primitifs  les  aborigènes  en  faisaient  des  marmites  et 
d'autres  objets  de  ménage. 

C'est  dans  la  province  de  Minas  qu'on  rencontre  Yltacolumite, 
le  grès  flexible,  ou  le  quarzite  granulaire,  si  demandé  par  les 
savants  el  par  les  musées  d'Europe.  Le  professeur  Gorceix  croit 
cet  Itacolumite  la  roche-mère  du  diamant  et  du  topaze.  Les 
marbres  verts  de  Ponte-Alta,  tout  près  de  Passa-Tempo  ;  les 
marbres  blancs  et  verts  du  municipe  d'Oliveira,  employés  à 
l'ornementation  de  la  Cathédrale;  les  marbres  de  Gandarella,  de 
toutes  couleurs,  excellents  pour  l'architecture  polychrome, 
doivent  être  comptés  parmi  les  richesses  naturelles  de  cette  belle 


LES     ZONES     AGRICOLES.  273 

zone  agricole.  Il  ne  Tant  pas  oublier  l'abondance  d'argiles,  depuis 
la  Terra  Rôxa,  chargée  de  fer  et  si  renommée  pour  la  production 
du  café,  jusqu'aux  argiles  plastiques  pour  briques,  tuiles, 
poterie,  etc.  Les  massapês^  les  argiles  blanches  et  grises  si  esti- 
mées pour  la  culture  de  la  canne  à  sucre,  abondent  dans  les 
vallées  et  dans  les  zones  humides. 


Province  de  Minàs-Geraes. 
Tableau  des  altitudes  les  plus   remarquables. 

[tatiaya-Assû    (Agulhas  Negras),    la  plus   haute 

montagne  du  Brésil 3.000  mètres. 

Campos-do-Jordâo     (prairies    et    pâturages    du 

Jordan).  Climat  superbe  et  très  recommandé 

aux  poitrinaires 1 .  700  — 

Ouro-Preto,  capitale  de  la  province  de  Minas. . .  1.145  — • 
Diamantina,    ville    de    commerce    et    entrepôt 

important  au  nord  de  Minas 1 .  132  — 

Ayruoca,  sur  le  versant  nord  de  l'Itatiaya 1 .  100  — 

Campos  de  Caldas  (eaux  thermales) 1 .  100  — 

Victoria  (village) 1 .088  — 

Barbaccna  (ville  sur  le  chemin  de  fer  D.  Pedro  II).  1.076  — 

Serranos  (village) 1 .070  — 

Lagôa-Dourada  (village) 1 .056  — 

Caldas  (ville) 1 .040  — 

Or  et  Diamants.  —  Si  l'on  voulait  éblouir  les  émigrants 
d'Europe  par  des  histoires  merveilleuses  à'El-Dorado,  il  suffirait 
de  dire  que  dans  la  province  de  Minas  les  villes  s'appellent  Ouro- 
Branco  (Or-Blanc);  Ouro-Prêto  (Or-Noir);  Ouro-Fino  (Or-Fin); 
Diamantina  (Vllle-aur-Diamants)  ;  qu'on  y  voyage,  pendant  des 
journées,  sur  des  terrains  tourmentés  par  les  exploitations  d'or 
depuis  les  temps  coloniaux,  etc.,»  etc.  Mais  nous  croyons  pré- 
férable ne  faire  l'éloge  que  de  la  fertilité  de  la  Terra  Boxa  et  du 
Massapê,  des  terres  qui  donnent  le  café  et  le  sucre  et  tous  les  pro- 
duits de  France  et  d'Italie. 

Si  nous  voulions  faire  des  idylles  pour  les  émigrants,  nous 
n'aurions  qu'à  décrire  leur  belle  maisonnette,  entourée  de 
palmiers  et  d'orangers,  toute  garnie  d'orchidées,  d'aroïdées  et  de 

18 


274  LE     BRÉSJ  l.     EN     1889. 

broméliacées  aux  feuilles  brillantes  el  aux  fleurs  splendides,  sur 
un  terrain  planté  d'un  millier  de  caféyers;  el  de  leur  dire  que  les 
belles  cerises  rouges  et  jaunes  du  caféyer  ont  des  noyaux,  qui  se 
vendent,  même  à  Rio,  un  à  deux  francs  le  kilo,  s'ils  sont  bien 
préparés... 

En  Angleterre,  nous  l'avons  déjà  dit,  on  fait  la  propagande  de 
la  Petite  Propriété  avec  les  mots  :  A  cotv  and  an  acre  (une 
vache  et  quarante  ares  de  terre).  Dans  la  province  de  Mina-,  es 
pays  d'or  et  de  diamants,  on  sera  plus  généreux  :  on  donnera 
aux  immigrants  vingt  à  trente  hectares  de  terre,  trois  ou  quatre 
vaches  et  quelques  centaines  de  caféyers. 

Fer.  —  Les  minerais  de  fer  de  la  province  de  Minas-Geraes 
sont  aussi  riches  que  les  plus  beaux  de  Suède  et  de  Norwège,  de 
l'île  d'Elbe  et  des  gisements  les  plus  renommés  du  Vieux  .Monde.  Il 
faudrait  remplir  des  pages  avec  les  analyses  faites  à  l'Ecole  des 
Mines  d'Ouro-Preto  ;  mais  il  vaut  mieux  recommander  les 
Années  de  cette  école,  brillamment  dirigée  par  le  professeur 
Gorceix.  On  y  trouvera  d'intéressants  rapports  et  mémoires, 
donnant  la  description  de  tous  les  procédés  employés  clans  la  pro- 
duction du  fer,  depuis  les  temps  coloniaux  jusqu'à  nos  jours;  et 
aussi  toute  l'histoire  de  la  fabrique  de  fer  d'Ypanema,  à  San-Paulo, 
exploitée  par  le  Gouvernement,  et  qui  est  le  plus  important  éta- 
blissement métallurgique  du  Brésil. 

Bois  de  Construction,  de  Menuiserie  et  d'Ébénisterie.  — 
Les  plus  belles  forêts  de  la  province  de  Minas  se  trouvent  sur  ses 
limites  avec  les  provinces  de  Bahia,  d'Espirito-Santo  et  de  Rio- 
de-  Janeiro.  Les  forets  du  Manhuassû,  un  des  plus  beaux  aflluents 
du  Etio-Doce,  sont  comptées  parmi  les  plus  remarquables  du 
Brésil. 

Aussi  les  espèces  de  bois  de  Minas  sont-elles  les  mêmes  que 
celles  des  provinces  de  Bahia,  de  Rio  et  d'Espirito-Santo  :  palis- 
sandres,  cèdres,  uinhaticos,  perobas,  cannellas,  tapinhoâes,  etc.,  déjà 
décrits  dans  leurs  zones  respectives. 

Dans  les  chaînes  de  montagnes  de  Minas  :  Serra-da-Manti- 
queira,  Serra-das-Taipas,  Serra-das-Vertentes,  S  erra-do- Esp  in - 
haç  >,  etc.,  on  voit  toujours  des  Araucarias,  à  des  altitudes 
de  500  à  800  mètres. 

Agriculture.  —  Dans  la  province  de  Minas  on  distingue  deux 


LES     /.OMIS     AGRICOLES.  275 

Eones  parfaitement  caractérisées  :  l°la  zone  delà  Mat  la  ondes 
bois  et  forêts;  -"  la  zone  des  Campos  ou  des  pâturages  et  prai- 
ries  naturelles. 

L'agriculture  3e  fait  dans  la  zone  de  la  Mat  ta  ;  l'élevage 
du  bétail,  bœufs  et  chevaux,  principalement  dans  les  Campos. 
Dans  les  terres  limitrophes  de  Rio  et  d'Espirito-Santo,  la  grande 
culture  est  le  café;  dans  les  vallées  des  llcuves  et  dans  les  terres 
humides,  on  cultive  la  canne  à  sucre  et  le  riz;  au  sud  de  la  pro- 
vince,  dans  les  vallées  du  Rio-Verde  et  du  Sapucahy,  le  tabac 
est  la  culture  prédominante.  Le  maïs,  les  haricots  et  les  céréales 
se  cultivent  partout,  et  donnent  des  rendements  extraordinaires 

Coton.  —  Partout,  dans  la  province  de  Minas,  on  trouve  des 
lorrains  excellents  pour  la  culture  du  coton.  L'industrie  du  tissage 
date  des  temps  coloniaux.  Encore  aujourd'hui  on  file  et  on  tisse 
à  domicile,  et  le  voyageur  voit  partout  des  métiers  à  tisser  et 
entend  toujours  le  tic-tac  de  la  navette,  en  traversant  les  villages 
des  Campos-Geraes.  La  province  de  Minas-Geraes  compte  déjà 
vingt  fabriques  de  coton,  outillées  à  la  moderne,  avec  des  machines 
importées  d'Angleterre  et  des  États-Unis.  Ces  fabriques  donnent 
de  jolis  rendements;  elles  achètent  le  coton  immédiatement  aux 
planteurs,  et  ont  leurs  débouchés  garantis  sur  les  marchés  des 
provinces  centrales  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso. 

Ces  fabriques  utilisent  les  chutes  d'eau  en  turbines  et  en 
roues  hydrauliques.  Il  va  sans  dire  que  la  province  de  Minas 
possède  des  cascades  de  toute  beauté  pour  les  applications  indus- 
trielles. 

Vigne.  —  La  culture  de  la  vigne  est  déjà  très  étendue  dans 
la  province  de  Minas-Geraes,  surtout  au  sud,  dansle  Sapucahy  et 
dans  le  Rio-Yerde  ;  et  au  centre,  dans  le  Para  et  dans  le  Parao- 
péba,  affluents  duSan-Francisco.  On  y  commence  déjà  à  distinguer 
les  crus,  et  à  signaler  aux  voyageurs  les  villes  et  les  villages  où 
on  trouve  les  meilleurs  vins. 

Il  faut  bien  comprendre  qu'on  ne  possède  pas  encore  des 
Chàteaux-Laffite,  des  Ghàteaux-Margaux  et  des  Glos-Vougeot; 
mais  les  résultats  obtenus  font  déjà  espérer  qu'on  y  arrivera  par 
rimmigration  des  vignerons  les  plus  habiles  de  France,  de 
Hongrie  et  d'Italie. 

L'Australie,  avec  des  raisins  de  souche  bourguignone  et  bor- 
delaise, est  déjà  arrivée  à  imiter  les  meilleurs  crus  de  la  Cote- 


276  LE     BRÉSIL     EN     18  80. 

d'Or  et  du  Médoc.  Il  en  sera  de  même  au  Brésil.  Bientôt,  les  pro- 
vinces de  Minas,  de  San  Paulo,  de  Santa-Catharina  et  de  ltio- 
Grande-du-Sud  exporteront  des  vins  pour  les  provinces  du  nord 
du  Brésil.  A  Kio,  on  trouve  déjà  dans  les  magasins  des  vins  de, 
Rio-Grande-du-Sud  et  de  San-Paulo. 

Pour  Le  moment,  toute  la  question  de  la  viticulture  a  princi- 
palement pour  but  le  bien-être  de  l'immigrant.  Nous  désirons 
pouvoir  dire  :  «  Venez  au  Brésil...  Vous  y  trouverez  du  pain  et  du 
vin  comme  en  France,  comme  en  Hongrie,  comme  en  Italie.  » 

Jusqu'à  présent  les  vignes  du  Brésil  n'ont  ni  phylloxéra,  ni 
mildew,  ni  black  root,  ni  oïdium,  ni  aucune  autre  maladie.  On 
plante  surtout  la  cynthiana  et  la  northon's  Virginia,  qui  résistent 
fort  bien  aux  parasites  de  toute  espèce. 

Bétail.  —  A  l'époque  de  la  découverte  du  Brésil,  on  allait 
à  la  recherche  des  Campos  ou  des  pâturages  et  prairies  natu- 
relles, comme  à  la  recherche  des  mines  d'or  et  des  diamants.  La 
forêt-vierge  est  un  obstacle  pour  l'immigrant.  Presque  toujours 
elle  sert  de  muraille  qui  empêche  d'avancer  vers  l'intérieur.  Le 
Campo  abcrto,  la  campagne  ouverte,  au  contraire,  offre  des 
routes  toute  faites,  des  pâturages  pour  les  bœufs,  les  chevaux  «  ! 
les  moutons.  Rarement  les  Campos  sont  des  surfaces  planes; 
presque  toujours  ce  sont  des  mamelons  et  des  collines  à  surfaces 
bombées  et  aplaties.  Ce  qui  distingue  vraiment  le  Campo  c'est 
l'absence  de  bois  et  forêts.  Les  Campos  sont  recouverts  par 
un  tapis  de  graminées,  qu'on  appelle,  au  Brésil,  Capins.  Les 
Capins  les  plus  remarquables  sont  :  le  Capim  d'Angola,  classifié 
Panicum  spectabilc ;  le  Capim  mellado,  classifié  Melinis  glutinosus 
ou  Tristiges  glutinosus.  Dans  la  province  de  Minas,  on  dit  : 
Capim-gordura  fgraissc),  parce  que  les  prairies  de  ce  C<i/>>m 
sont  très  estimées  pour  engraisser  les  animaux.  Le  Capim-Barba- 
de-Bôde,  classifié  Aristida  pollens;  le  Capim-gramma,  Gramma  de 
Pasto,  Gramma  de  Prado,  ou  simplement,  Gramma,  classifié  Triti- 
cum  repens,  dans  le  genre  Paspalum.  Dans  ces  dernières  années, 
on  a  planté  des  prairies  arliiicielles,  composées  de  graminées 
et  de  légumineuses,  comme  en  France.  On  a  aussi  acclimaté 
VAlfafa  de  la  Plata,  <|iii  est  à  peu  près  la  luzerne  (Modicago 
sativa),  si  employée  dans  les  pâturages  d'Europe.  Les  races  de 
bœufs  et  de  chevaux,  introduites  au  temps  de  la  conquête, 
étaient  celles  du  Portugal  et  de  l'Espagne.  Ces  races,  qui  ont  a 
peu   près   trois    siècles    d'acclimatation,    sont    appelées    Creôlas 


LES     ZONES     AGRICOLES.  277 

Créoles)  pour  Les  distinguer  dos  races  introduites  tout  dernière- 
ment de  L'Europe  el  même  des  Indes.  Les  bœufs  de  la  province 
de  Minas  se  distinguent  par  leur  belle  taille  et  par  leur  force. 
Ces!  dans  cette  province  qu'on  achète  presque  tous  les  bœufs 
pour  les  abattoirs  de  la  ville  de  Rio.  Les  chevaux  de  la  province 
de  Minas  ont  un  peu  de  sang  arabe;  il  y  en  a  quelques-uns  d'assez 
élégants.  Dans  la  province  de  Minas,  comme  à  Paranâ  et  à 
Rio-Grande-du-Sud,  on  élève  une  énorme  quantité  de  mules  et 
de  mulets  pour  le  service  des  transports  sur  les  routes  et  dans 
L'intérieur  des  villes. 

Immigration.  —  Il  faut  encore  une  fois  répéter  les  belles 
paroles  de  Saint-Hilaire  :  «  S'il  existe  un  pays,  qui  jamais  puisse  se 
passer  du  reste  du  monde,  ce  sera  certainement  la  province  de  Minas.  » 
Eh  bien!...  Ce  paradis  est,  à  présent,  tout  à  fait  ouvert  aux 
immigrants.  On  les  reçoit,  aux  gares  des  chemins  de  fer,  avec 
des  hurrahs  et  des  feux  de  joie.  On  les  loge  dans  les  palais  aban- 
donnés par  les  propriétaires  des  mines  d'or,  et  on  les  établit  immé- 
diatement comme  immigrants-propriétaires.  Nulle  part  l'immi- 
grant-propriétaire  ne  se  trouvera  mieux  que  dans  la  province  de 
.Minas.  Sur  ces  plateaux  superbes  on  jouit  des  plus  doux  climats 
du  monde;  les  eaux  minérales  ferrugineuses,  alcalino- gazeuses, 
salées,  sulfureuses,  thermales,  arsenicales,  etc.,  etc.,  abondent  à 
Ouro-Preto,  à  Marianna,  à  Alambary,  à  Caxambû,  à  l'Araxâ,  au 
Uin-Yerdc,  à  Lagôa-Santa,  à  Caldas,  etc.,  etc.  Le  bétail  y  est  proli- 
fique et  la  viande  excellente.  L'élevage  des  porcs  est  une  industrie 
générale  dans  toute  la  province  de  Minas.  L'immigrant  peut  y 
continuer  ses  cultures  d'Europe  :  le  blé,  l'orge,  l'avoine,  le 
seigle,  la  vigne,  l'olivier,  etc.,  etc.  Il  peut  essayer  les  cultures 
brésiliennes  :  le  café,  le  sucre,  le  tabac,  le  coton,  le  manioc, 
le  maïs,  etc.,  etc.  L'abondance  de  fer,  de  bois  de  construction, 
de  calcaires  et  de  marbres  lui  facilitera  l'exercice  des  arts  et  des 
métiers.  Nous  dirons  encore  que  l'immigrant  ne  se  trouvera  pas 
mécontent  si,  par  hasard,  il  rencontre  un  joli  diamant  ou 
quelques  pépites  d'or. 

Chemins  de  fer.  —  Le  principal  chemin  de  fer  de  la  province 
de  Minas  est  le  Dom  Pedro  II,  qui  relie  déjà  Ouro-Preto,  sa  capi- 
tale, à  Rio-de-Janeiro.  Les  autres  sont  cités  plus  loin.  Mais,  il 
faut  bien  le  répéter,  les  chemins  de  ferles  plus  intéressants  pour 
l'immigration   et  pour   le    commerce  sont  ceux  qui  relient  les 


278  il-     BRÉSIL     EN     18  89. 

superbes  plateaux  de  la  province  de  Minas  aux  ports  de  mer  de 
l'Océan.  Ces  ports  sont  tout  préparés  par  la  nature  dans  les 
provinces  de  Bahia  et  d'Espirito-Santo  ;  les  tracés  de  ces  chemins 
de  fer  sont  parfaitement  indiques  par  les  vallées  perpendiculaires 
des  fleuves  Jequitinhonha,  Mucury,  Rio-Doce,  Rio  Benevente 
etc.,  etc.  Le  Parlement  vient  justement  de  concéder  une  garan- 
tie d'intérêts  au  chemin  de  fer  de  Benevente  à  Santa-Luzia- 
do-Garangola ,  dans  la  province  de  Minas-Geraes ,  de  180 
kilomètres  de  longueur.  Benevente  est  un  beau  port  de  la 
province  d'Espirito-Santo,  étudié  par  l'amiral  Mouchez,  et  qui 
peut  recevoir  des  vapeurs  de  7m00  de  tirant  d'eau.  La  vallée  du 
Benevente  possède  des  terres  à  cajté  aussi  fertiles  que  la  célèbre 
Terra  Rôxa  de  la  province  de  San-Paulo.  Ce  sont  des  chemins  de 
fer  ainsi  étudiés  qu'il  faut  construire  pour  ouvrir  la  province  de 
Minas  au  commerce  et  à  l'immigration. 

Exportations.  —  La  liste  des  produits  delà  province  de  Minas 
est  très  longue  ;  nous  nous  bornerons  à  citer  les  suivants  :  café, 
qui  est  exporté  par  les  ports  de  Rio  et  de  Santos  et  qui  est  pro- 
duit par  la  zone  de  la  «  Matta  »  ou  des  bois  et  forêts;  tabac,  qui 
est  produit  principalement  dans  les  vallées  du  Sapucahy  et  du 
Rio-Verde;  cigares  et  cigarrettes;  coton  brut  et  préparé  dans 
ses  20  fabriques;  fer  forgé  dans  ses  HOfabriqucs  ;  or  et  diamants; 
cristaux  de  roche,  améthistes,  topazes,  etc.,  etc.  ;  bœufs,  moutons 
et  chevaux  pour  la  ville;  porcs,  lard,  saindoux,  porc-salé,  etc.  ; 
cuirs,  cornes,  os,  etc.  ;  maïs,  haricots,  riz,  farines  de  manioc,  etc.  ; 
caoutchouc  de  Hancornia  (Borracha  de  mangabeira). 


X.  —  L-a  zone  centrale.  —  La  province  de  Goyaz,  qui 
occupe  rigoureusement  le  centre  du  Brésil,  a  une  surface  de 
7ï7.:Ul  kilomètres  carrés.  Sa  population  est  de  180  à  200  mille 
habitants.  La  province  de  Matto-Grosso  possède  l'énorme  surface 
de  1.379.651  kilomètres  carrés.  Seule  la  province  de  l'Amazone, 
avec  ses  1.81)7.020  kilomètres  carrés,  lui  est  supérieure.  Sa  popu- 
lation est  à  peine  de  90  à  100  mille  habitants. 

La  zone  centrale,  qui  se  compose  des  deux  provinces  de  Goyaz 
et  de  Matto-Grosso,  a  donc  une  surface  totale  de  2.126.962  kilo- 
mètres carrés.  C'est  vraiment  tout  un  monde  offert  à  l'immigration 
européenne.  Peuplée,  comme  la  France,  à  raison  de  72  habitants 
par  kilomètre  carré,    la    zone  centrale  aurait  une  population  de 


LES     ZONES     AGRICOLES.  279 

L 53. 141. 264  habitants,  c'est-à-dire  qu'on  pourrait  y  loger  confor- 
tablemenl  le  tiers  de  l'Europe.  Cette  immense  surface  de  terre 
contient  Les  plus  beaux  affluents  de  L'Amazone  et  de  la  Plata.  Elle 
possède  tous  les  climats  possibles  entre  5°  et  24°  degrés  de  lati- 
tude, el  dans  des  altitudes  qui  s'élèvent  presque  à  3.000  mètres 
dans  les  montagnes  des  Pyrénéos,  dans  la  province  de  Goyaz. 

Terre.  —  L'immense  territoire  de  la  province  de  Goyaz  peut 
être  défini  en  deux  mots:  il  est  la  double  vallée  des  fleuves 
Tocantins  et  Araguaya.  C'est  une  Egypte  qui  a  deux  Nils,  mais 
qui  n'a  pas  des  déserts  de  sable,  qui  est  partout  fertile,  qui  a  de 
L'or  et  des  diamants,  des  cristaux  de  roche  à  l'infini,  des  mon- 
tagnes et  des  plateaux  superbes  de  1.000  à  3.000  mètres  d'alti- 
tude, couverts  de  bois  et  forets  peuplés  des  plus  riches  arbres  du 
monde. 

Quel  que  soit  le  pays  qu'on  mette  en  comparaison  avec  le 
Brésil.  —  la  Chine  et  l'Inde  elle-même,  —  ils  restent  plats  et  secs, 
stériles  et  arides,  en  face  du  merveilleux  continent  aux  monta- 
gnes toujours  vertes,  de  toute  forme  et  de  toute  grandeur,  aux 
forêts  de  palmiers,  de  cèdres,  d'araucarias  et  des  plus  admirables 
espèces  du  règne  végétal.  Au  milieu  de  l'Araguaya,  il  y  a  une  île,  Ilha 
de  Santa  Anna  ou  Ilha  do  Bananal (parce  qu'on  y  voit  des  forêts  de 
Bananiers),  qui  est  comptée  au  nombre  des  plus  grandes  beautés  du 
Brésil  central.  Nous  avons  proposé,  en  187G,  la  création  de  Parcs 
nationaux  dans  cette  île  et  dans  sa  rivale  —  l'Ile  de  Guayra  —  dans 
le  fleuve  Paranâ,  afin  de  perpétuer  la  Flore  et  la  Faune  primitives 
du  Sertào  du  Brésil.  Cette  idée  a  été  déjà  réalisée  par  les  Yankees 
dans  la  fameuse  vallée  de  Yellow-Stone  et  des  Geysers  améri- 
cains. Si  l'on  veut  se  faire  une  idée  rapide  de  l'énorme  territoire 
de  la  province  de  Matto-Grosso,  il  faut  s'imaginer  deux  immenses 
plans  inclinés:  l'un  jetant  ses  eaux  dans  les  affluents  de  l'Amazone, 
l'autre  dans  la  Plata  par  l'entremise  des  fleuves  Paranâ  et  Para- 
guay. Entre  les  deux  plans  inclinés  il  existe  un  grand  plateau  qui, 
par  erreur,  est  figuré  comme  une  chaîne  de  montagnes  dans  les 
vieilles  cartes  géographiques. 

Dans  la  province  de  Goyaz  on  voit  des  zones  de  Terra  Boxa, 
formée  par  la  décomposition  de  diorites  et  de  diabases,  où  les 
caféyers  sont  grands  comme  des  orangers.  Dans  la  province  de 
Matto-Grosso  il  y  a  du  riz  natif;  la  canne  à  sucre  y  arrive  à  des 
diamètres  impossibles  pour  les  machines  à  vapeur. 

C'est  à  Matto-Grosso  qu'on  peut  admirer  les  forêts  de  bana- 


280  LE     BRÉSIL     EN     188  9. 

nier  brésilien  [Bananeira  da  terra,  Bananier  du  pays),  classifié 
Musa  sapientum,  sous  le  genre-type  des  Musacées.  Ces  bananiers 
sonl  hauts  comme  les  plus  beaux  palmiers  el  rivalisent  avec  eux 
en  élégance  el  en  majesté.  Leurs  fruits  sont  réunis  eu  ('normes 
grappes,  nommée"?  Cachos  de  banana,  d'un  mètre  de  hauteur. 
Chaque  fruit,  long  de  20  à  30  centimètres,  fournit  une  masse 
jaune  or,  riche  en  sucre  et  en  amidon  et  très  nutritive.  On  les 
mange  d'une  infinité  de  manières  ;  on  les  exporte  sèches  au  soleil, 
préparés  comme  les  ligues  d'Espagne.  On  comprend  bien  que 
dans  les  deux  millions  de  kilomètres  carrés  de  la  Zone  centrale 
—  Goyaz,  Matto-Grosso  —  on  doit  trouver  tous  les  terrains  possi- 
bles et  imaginables,  argileux  et  calcaires,  produits  par  la  décom- 
position de  gneiss,  de  granits,  de  diorites,  de  diabases,  de  serpen- 
tines, etc.,  etc.  A  Gorumba  il  existe  une  exploitation  de  calcaires 
très  importante,  qui  exporte  la  pierre  de  taille  et  la  chaux  p  >ur 
les  villes  de  la  Plata,  jusqu'à  Buenos-Ayres  et  .Montevideo.  Les 
grottes  calcaires  à  stalactites  et  stalagmites,  les  Lapas,  comme 
on  dit  au  centre  du  Brésil,  sont  toujours  mentionnées  parmi  les 
beautés  naturelles  de  Matto-Grosso. 

Les  argiles  plastiques,  excellentes  pour  briques,  tuiles  et 
toute  espèce  de  poterie,  abondent  dans  la  Zone  centrale,  comme 
dans  tout  le  Brésil. 

Forêts  et  gibier.  —  Notre  antipathie  pour  la  chasse  ne  nous 
empêchera  pas  de  dire  qu'il  n'y  a  pas  de  forets  au  monde  compa- 
rables aux  forêts  de  Goyaz  et  Matto-Grosso  pour  la  beauté,  la 
richesse  et  la  variété  du  gibier  de  toute  espèce.  Si  l'on  veut  voir 
des  jaguars  superbes,  aux  grands  yeux  éblouissants  et  fascina- 
teurs,  à  la  belle  peau  tigrée,  aux  tons  d'ébène  et  d'or,  il  faut  aller 
au  Sertâo  du  Brésil,  dans  les  vallées  de  l'Araguaya  et  du  Tocan- 
tins.  Si  l'on  a  la  fantaisie  de  voir  des  troupeaux  de  cerfs,  élé- 
gants, légers  et  rapides,  non  pas  en  parc  fermé  comme  en  Europe, 
mais  en  champ  ouvert  et  infini,  il  faut  aller  aux  grands  plateaux 
entre  Goyaz  et  Matto-Grosso. 

Des  oiseaux  du  Brésil,  des  colibris  et  des  papillons,  tout  le 
monde  connaît  la  beauté  sans  pareil.  A  l'Exposition  de  Vienne, 
en  1873,  Jes  éventails  en  plumes  d'oiseaux  des  forêts  brésiliennes, 
furent  vendus  par  centaines,  et  ont  eu  un  succès  énorme  Mais 
c'est  en  foret  vierge  qu'on  doit  voir  ces  oiseaux  magnifiques,  aux 
couleurs  splendides,  grimpés  sur  les  palmiers,  sur  les  cèdres  et 
sur  les   jequitibâs,  mangeant  les   fruits   des   myrtacées,  vifs  el 


LES     ZONES     AGRICOLES.  281 

contents,  chantant  à  l'unisson,  formant  un  orchestre  infiniment 
supérieur  auï  énormes  orchestres  des  fameux  Festivals  de  Londres 
et  de  New-York.  Du  reste,  c'est  un  l'ail  biologique  bien  avéré  :  à 
nue  Flore  riche  correspond  Infailliblement  une  Faune  richissime. 

Toutes  ces  fleurs,  Ions  ces  fruits  sont  nécessairement  la  nourri- 
ture  d'une  infinité  d'insectes,  d'abeilles,  d'oiseaux  et  d'animaux 
de  toute  espèce. 

Tous  ces  grands  fleuves,  l'Araguaya  surtout,  sont  peuplés  de 
poissons  délicieux;  de  dourados,  de  surubys,  de  lucunarés,  de 
matrinchans,  de  pirahybas,  de  pirararas,  de  mundys,  jurupensens, 
etc.,  etc.  A  Matto-Grosso  il  abonde  même  une  espèce  de  saumon, 
nommé  pirapitanga  et  classifîé  salmo  pirapitanga. 

Nous  mentionnerons,  comme  curiosité  pour  les  amateurs  de 
la  (liasse,  une  liane  qui  fournît  de  l'eau  fraîche  et  sucrée,  nommée 
Cipé-do-Caçador,  liane  du  chasseur,  et  classifiée  dans  le  genre 
Cissus,  de  la  famille  des  Ampellldées  ou  Vinifères;  et  la  plante 
gigantesque,  nommée  Buxa-do-Cacadoi\  bourre  du  chasseur,  et 
classifiée  Momordica  operculuta,  dans  la  famille  des  cucurbitacées. 

Mais,  ayant  en  vue  surtout  les  immigrants,  nous  devons 
leur  dire  que  la  chasse  au  Brésil  est  une  espèce  de  Circé  aux 
séductions  très  dangereuses.  Ainsi  on  raconte  qu'une  bande 
d'immigrants,  arrivée  à  Paranâ,  s'est  mise  à  chasser  des  perdreaux 
dans  les  champs  de  Curitiba,  pendant  des  mois  et  des  mois,  sans 
jamais  finir,  et  qu'il  ne  fut  jamais  possible  de  les  établir  sur  leurs 
lots  de  terre.  Aussi,  pour  la  chasse  et  pour  le  gibier,  faut-il  répéter 
aux  immigrants  le  conseil  de  Dante  :  Non  raggionar  di  lor,  ma 
guarda  e  passa. 

Or  et  Diamants.  —  Le  savant  Eschwege  a  écrit  dans  le  Pluto 
Brasiliensis:  «  De  tout  le  Brésil,  c'est  la  province  de  Goyaz  une  des 
plus  riches  en  mines  d'or.  Ses  montagnes  n'ont  pas  encore  été 
fouillées  ;  tout  au  plus  dans  certains  endroits  en  a-t-on  gratté  les 
surfaces.  Le  jour  où  la  population  sera  plus  dense  et  les  Brési- 
liens plus  habiles  dans  l'exploitation  régulière  des  mines,  ils  en 
tireront  des  profits  qui  aujourd'hui  ne  seraient  possibles  qu'au 
prix  d'immenses  sacrifices.  »  Actuellement  nos  idées  sont  tout 
autres.  L'or  n'a  jamais  fait  le  bonheur  d'aucun  pays.  La  recherche 
de  l'or  et  des  diamants  pousse  au  jeu  et  à  la  débauche,  aux 
luttes  armées  et  aux  crimes.  L'or  a  son  ananké. 

Ce  qu'il  faut  à  l'immigrant,  c'est  la  propriété  d'un  joli  lot  de 
terre  saine  et  fertile,  bien  arrosée  d'eau   pure  et  bien  boisée  ; 


282  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

c'esl  le  travail  régulierde  tous  Les  jours  ;  c'est  la  tranquillité  el 
la  paix  ;  c'est  la  vente  assurée  de  ses  produits  agricoles  et  indus- 
triels ;  c'esl  le  confort  chez  soi;  c'est  le  doux  bien-être  en 
famille,  entre  sa  femme  et  ses  enfants. 

Aussi  passerons-nous  sons  silence  les  histoires  de  ces  barbares 
chercheurs  d'or  qui  ont  traversé,  comme  an  horrible  cyclone,  les 
provinces  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso,  en  remuant  le  sol  et  en 
déplaçant  les  fleuves  ;  —  de  ces  Anhangueras,  de  ces  Hommes- 
Diables,  au  dire  des  aborigènes;  —  de  ces  Viradores-de-rio,  qui 
enlevaient  les  grands  fleuves  de  leurs  lits  pour  en  extraire  l'or 
et  les  diamants  ;  qui,  dans  quelques  jours,  amassaient  des  cen- 
taines de  kilogrammes  d'or,  et  qui  plus  tard  finissaient  tristement 
dans  la  misère  et  le  suicide.  Du  reste,  c'étaient  des  misérables, 
qui  n'ont  légué  à  l'humanité  que  l'horreur  de  leur  égoïsme  atroce, 
de  leur  cupidité  insatiable,  de  leurs  crimes  et  de  leurs  forfaits  à 
tout  jamais  abominables.... 

Fer.  —  Les  minerais  de  fer  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso  sont 
aussi  riches  que  ceux  de  Minas-Geraes.  Aux  temps  de  l'exploita- 
tion de  l'or,  on  travaillait  ce  fer  pour  en  faire  des  outils.  Tout  le 
travail  était  fait  au  charbon  de  bois.  Le  charbon  d'Angico 
(Piptadenia  sp.,  Pitkocolobium  gummiferum),  fameux  bois  de  la 
richissime  famille  des  Légumineuses,  était  le  préféré.  On  produi- 
sait, à  la  même  époque,  des  aciers  naturels,  des  aciers  de  forge,  et 
même  des  aciers-poules  ou  aciers  à  cémentation.  L'excellence 
des  minerais  et  du  charbon  produisait  des  armes  et  des  outils 
d'une  force  extraordinaire  ;  encore  aujourd'hui  on  les  préfère, 
dans  le  centre  du  Brésil,  au  Sertdo,  à  tout  ce  qu'on  reçoit 
d'Angleterre. 

L'immigration  européenne  fera  ressusciter,  à  Goyaz  et  à  Matto- 
Grosso,  l'industrie  du  fer,  et  certes  elle  y  fera  de  grands  progrès 
sous  l'impulsion  de  la  science  et  de  la  technologie  modernes. 

Bois  de  Construction,  de  Menuiserie  et  d'Ébénisterie.  — 
La  flore  brésilienne  a  déjà  22.000  espèces  classifiées  en  1.000 
genres  et  en  155  familles.  Nonobstant  on  peut  dire  que  la  flore  de 
la  zone  centrale  est  à  peine  connue.  Aucun  botaniste  n'a  jamais 
pénétré  dans  les  immenses  forets  arrosées  par  le  Madcira,  parle 
Tapajôs  et  par  le  Xingû.  Ces  22.000  espèces  sont  rigoureusement 
la  flore  du  littoral  du  Brésil  et  des  rives  de  ses  grands  fleuves. 
Freire  Allemâo,    le  grand    botaniste  brésilien,  l'homme   qui  a 


LES     ZONES     AGRICOLES.  283 

mieux  connu  la  flore  brésileDne,  nous  disait  toujours  qu'il  était 
tout  honteux  de  son  ignorance  quand  il  se  trouvait  en  face  de 
l'innombrable  forêl  brésilienne.  Charles  Darwin,  qui,  à  peine,  a 
pu  voir  Bahia  et  Rio-de-Janeiro,  a  écrit  : 

«  L'île  Maurice  est  en  somme  un  pays  fort  agréable,  mais 
qui  n'a  ni  les  charmes  de  Tahiti  ni  la  grandeur  du  Brésil.   » 

Ces!  vraiment  le  grandiose  qui  est  le  trait  caractéristique  du 
Brésil  en  tout  et  partout.  Territoire,  fleuves,  montagnes,  arbres, 
toul  y  est  énorme,  d'une  grandeur  vraiment  écrasante.  La  dernière 
phrase  de  Charles  Darwin  sur  le  Brésil  est  pleine  d'amour  et  de 
passion  : 

«  Pendant  ma  dernière  promenade,  je  tâchais  de  m'enivrer 
pour  ainsi  dire  de  toutes  ces  beautés;  j'essayais  de  fixer  dans 
mon  esprit  une  impression,  qui,  je  le  savais,  devait  un  jour 
s'effacer.  » 

George  Gardner  s'est  fait  un  devoir  de  prouver  que  les  forêts 
du  Brésil  sont  infiniment  plus  parfumées  que  les  fameuses  forets 
de  Ce  vlan. 

Achille  Richard  appelait  le  Brésil  :  LEden  du  naturaliste. 
On  sait  bien  que  Martius,  l'organisateur  de  la  Flora  brasiliensis,  a 
recommandé  à  ses  élèves  de  mettre  sur  son  tombeau  des  feuilles 
des  palmiers  du  Brésil  qu'il  avait  tant  étudié  et  tant  aimé. 

Dans  ces  22.000  espèces  classifîées  prédominent  les  grandioses 
légumineuses  brésiliennes,  où  se  trouvent  le  bois-brésil,  le  palis- 
sandre, le  vinhatico,  le  pau-ferro  (bois-fer),  les  Oleos,  et  dont  les 
troncs  ont  des  diamètres  d'un  à  deux  mètres  et  s'élèvent  à  20  et 
30  mètres  de  hauteur. 

Après  les  Légumineuses,  les  Rubiacées,  riches  en  matières  colo- 
rantes et  en  alcaloïdes  de  toute  espèce  ;  les  Myrtacées,  élégantes 
et  parfumées,  aux  troncs  d'ivoire,  aux  feuilles  brillantes,  aux 
fruits  délicieux  ;  les  Melastomacées,  qui  couvrent  les  forêts  de 
Rio  de  fleurs  violet-rouge,  grandes  comme  des  papillons  ;  les 
Synanihéracées  qu'on  rencontre  partout,  mais  qui  donnent  sur  la 
chaîne  maritime  (Serra-do-Mar)  la  fameuse  Plasia  brasiliensis  ou 
Stiflia  chrysantha  aux  belles  feuilles  vert  foncé,  avec  des  grands 
bouquets  de  fleurs  jaune  or.  En  orchidées  on  compte  déjà  le 
chiffre  énorme  de  1.600  espèces  ;  on  découvre  tous  les  jours  de 
nouveaux  palmiers,  ces  princes  du  règne  végétal,  —  Principes 
vegetabilàun,  —  comme  disait  l'immortel  Linné. 

.Mais  ce  qui  fait  le  charme  des  botanistes,  ce  sont  les  lianes, 
les  Cipôs,  comme  on  dit  au  Brésil,  qui  vont  de  branche  en  branche, 


284  LE     BRÉSIL     EN     18S9. 

d'arbre  en  arbre,  conduites  par  la  navette  mystérieuse  d'un  tisse- 
rand divin.  Ces  lianes  sont  des  bignoniacées,  qui  portent  la  croix 
do  Malle  à  la  section  transversale  de  La  tige,  et  se  chargent  de 
fleurs  jaunes  el  rouges  d'une  beauté  indescriptible,  ou  des  Sapin- 
s,  ou  des  Malpighiacées,  ou  des  Légumineuses,  ou  des  Ampelli- 
dacées  ou  des  Gnétacées,  etc.,  etc.  Il  y  a  même  une  aroïdée  qui  est 
une  liane:  le  Cipô-Imbé,  classifié  Pkilodendron-imbê...  ou  encore 
un  C issus  qui  fournit  de  l'eau  sucrée  à  boire  aux  chasseurs... 

A  tout  moment,  le  botaniste  s'arrête  et  dit:  Impossible  !  Une 
dicotyledonée  chargée  de  fleurs  monocotyledonées....  Une  fougère 
arborescente,  grande  comme  un  palmier,  portant  des  fleurs  dico- 
tyledonées....  Impossible  !... 

Tous  ces  miracles  sont  faits  tout  simplement  par  les  lianes  et 
par  les  épiphytes,  qui  grimpent  partout,  qui  s'introduisent  entre 
Les  brandies  et  entre  les  feuilles,  et  qui  s'épanouissent  en  fleurs, 
ou  se  chargent  de  fruits  dans  l'exubérance  d'une  flore  au-dessus 
de  toute  imagination. 

Après  des  années  d'étude,  on  commence  à  voir  clair  dans  ce 
cahot  ;  on  prend  des  jalons  pour  se  guider;  on  fait  connaissance 
avec  certains  arbres,  qui  sont  les  caractéristiques  de  la  llore  brési- 
lienne. D'abord,  on  se  passionne  pour  les  palmiers,  et  on  apprend 
à  les  distinguer  de  leurs  rivales,  les  fougères  arborescentes.  Il  y  a 
une  légumineuse —  le  Bacurubû,  classifié  Skisolobium  excelsum  — 
qui  a  en  mémo  temps  l'aspect  d'un  palmier  et  d'une  fougère  arbo- 
rescente, et  qui  joue  de  mauvais  tours  aux  botanistes  qui  débutent 
dans  la  forêt  brésilienne. 

Les  cèdres  brésiliens,  classifîés  Cedrela  fissilis,  Cedrela  brasi- 
liensis.  Cedrela  vellosiana,  Cedrela  Glasiovii,  etc,  dans  la  famille  des 
Méliacées,  parcourent  tout  le  Brésil,  depuis  l'Amazone  jusqu'à 
l'Uruguay. 

Ce  sont  des  arbres  superbes,  en  forme  d'énormes  bouquets, 
s'ils  sont  isoles  ;  hauts,  comme  des  sapins,  s'ils  vivent  en  forêt, 
quand  ils  sont  forcés  dans  le  struggle-for-life  à  dépasser  leurs 
rivaux  pour  avoir  le  grand  air  et  le  soleil  direct.  Les  troncs  des 
cèdres  vont  jusqu'à  trois  mètres  de  diamètre  et  à  30  mètres  de 
hauteur  :  un  seul  tronc  peut  fournir  un  canot  pour  20  personnes, 
Le  bois,  parfumé  et  satiné,  est  couleur  de  rose  sèche,  et  sert  pour 
toute  sorte  de  constructions,  pour  la  menuiserie  et  pour  l'ébé- 
nisterie. 

Le  JatobâoYX  ieJetahy  excède  même  les  limites  du  Brésil,  et  se 
voit  jusqu'aux    Antilles:    il  est    classifié  Hymena-Courbaril  ou 


LES     ZONES     AGRICOLES.  285 

Hymena  mirabilis,  dans  la  famille  des  légumineuses.  Le  Guarabû, 
connu  encore  sous  les  noms  d'Amarante,  de  Rôxinho,  est  un  bois 
violet -pourpre,  d'une  résistance  et  d'une  élasticité  extraordi- 
naires, employé  de  préférence  pour  les  trains  d'artillerie.  Il  appar- 
tient aux  légumineuses  brésiliennes  à  gros  troncs  ;  il  est  classifîé 
Peltogyne  guarabû,  Peltogyne  discolor,  Peltogyne  confertiflora.  Les 
Louros sont  des  arbres  de  tout  le  Brésil.  Ils  appartiennent  à  la 
famille  des  Borraginacées  qui,  en  Europe,  ne  possède  que  des 
herbes  et  des  végétaux  sans  tronc.  Il  y  a  une  grande  variété  de 
Louros,  classifîés:  Cordia  excelsa,  Cordia  o^coca///ie(Louro-branco, 
Pau  branco  de  Cearâ),  Cordia  alliadora  (Louro-amarello)  ;  Cordia 
frondosa  (Frei-Jorge)  etc.,  etc. 

La  belle  famille  des  Lauracées  produit  l'infinie  variété  des 
Canne  lias,  arbres  qu'on  rencontre  dans  toutes  les  forets  du 
Brésil,  depuis  la  vallée  de  l'Amazone  jusqu'à  la  vallée  de  l'Uru- 
guay. Les  Ganellas  appartiennent  presque  toujours  au  genre 
Nectandra;  la  plus  célèbre  est  la  Canella-prêta  [Nectandra  amara), 
qui  est  employée  avec  la  Peroba  dans  toute  espèce  de  construc- 
tions sur  terre  et  sur  mer. 

Les  forêts  de  la  Zone  Centrale  touchent  aux  forets  de  tout 
le  Brésil  depuis  l'Amazone  jusqu'au  Paranâ:  aussi  ses  bois  sont-ils 
les  mêmes  que  ceux  que  nous  avons  déjà  mentionnés.  Mais  les  bois 
de  la  Zone  Centrale,  les  bois  du  Sertâo,  comme  on  dit  au  Brésil,  se 
distinguent  par  leur  parfum  et  par  leur  résistance  vraiment 
extraordinaires.  Il  y  a  même  des  essences  de  bois  qi^on  ne  ren- 
contre, dans  toute  leur  beauté,  qu'à  Goyaz  et  à  Matto-Grosso. 
Nous  devons,  pourtant,  augmenter  la  liste  des  bois,  déjà  cites, 
des  suivants  : 

Aroeira  do  Sertao,  Aroeira,  Aroeira  vermelha  (rouge)  ;  Uran- 
dey  au  Paraguay;  arundeûva  dans  la  province  de  Baliia,  classifîée 
dans  la  famille  des  Térébinthacées;  schinus  terebentifolius,  astro- 
nium  urundeûva,  schinus  aroeira.  C'est  un  bois  d'une  force  et 
d'une  résistance  admirables.  Les  paysans  du  Centre  du  Brésil 
disent  que  personne  ri  a  jamais  vu  un  bois  iï  aroeira  pourri. 

V Aroeira  est  vraiment  incorruptible.  On  dirait  que  la  nature 
l'a  i •  réosotée  par  la  térébenthine,  qui  remplit  les  fibres  et  les  vases 
de  son  tissu  ligneux.  Il  faut  des  haches  et  des  scies  du  meilleur 
acier  pour  débiter  P  aroeira. 

Gonçalo-Alves,  classifîé  astronium  fraxinifolium,  astronium 
gravcolens,  dans  la  même  famille  des  térébinthacées  ;  bois  précieux 
que  nous  avons   déjà   décrit   dans  la  province  de  Bahia,  et  qui 


286  LE     BRÉSIL     i.N     1880. 

excelle  dans  Les  forêts  de  Goyaz  el  de  Matto-Grosso  par  sa  liaute 
taille,  par  Le  beau  moiré  de  son  bois  et  par  son  extraordinaire 
résistance  : 

Balsamo,  Oleo-Bn/sam»  Olno-vcniicllio  (rouge),  Cafnrnrn,  l>m'i- 
Santo  (Bois-Saint)  ;  une  des  superbes  Légumineuses  brésiliennes, 
classifiée  myrospermum  erythroxylum  par  Freire  Allemâo;  myroxy* 
Ion  peruiferum  (baume  du  Pérou).  C'est  vraiment  un  bois 
merveilleux.  Il  distille  une  résine,  la  cabuerieica,  d'un  parfum  dé- 
licieux. C'est  un  produit  hors  ligne  à  recommander  aux  parfu- 
meurs, à  Piver,  à  Lubin,  à  Atkinson,  à  Rimmel,  à  Pinaud,etc.,etc. 

Uoleo-vermelko  esl  employé  partout;  c'est  le  bois  préféré  pour 
turbines  et  roues  hydrauliques.  Dans  la  province  de  Goyaz  ob 
l'ait  d'oleo-vermelho  les  chars  à  bœufs,  qui  traversent  tout  le 
Sertâo  du  Brésil  et  viennent  jusqu'à  Rio.  .Nous  avons  essayé  le 
bois  d'un  de  ces  chars  patriarchaux ;  il  gardait  sa  belle  couleur 
rose  et  son  parfun  incomparable,  bien  plus  exquis  que  le  cèdre, 
le  sassafras,  le  sandale  et  la  cannelle. 

.Nous  nous  bornerons  à  ne  citer  plus  que  le  piqui,  clas- 
silié  caryocar  brasiliense,  caryocar  butyrosum^  dans  la  famille 
des  rhizobolacées,  dont  les  fruits  se  préparent  au  riz,  et  forment 
an  des  plats  favoris  du  Sertâo  du  Brésil.  Sur  la  résistance  des 
bois  du  Brésil,  on  pourra  consulter  l'ouvrage  d'André  llebouças  : 
Guia  para  os  Alumnos  de  Engenharia  cioil —  (Guide  pour  les  élèves 
du  Génie  civil),  —  et  surtout  l'ouvrage  de  l'ingénieur  brésilien 
Adolpho  José  Del  Yecchio,  qui  a  étudié  la  résistance  de  108  bois 
brésiliens. 

La  Société  anonyme  de  Travaux  Dyle  et  Bacalan  a  demandé 
des  essais  de  résistance  et  d'élasticité,  qui  ont  été  faits,  à  la 
machine  Kirkaldy,  au  banc  d'épreuves  de  l'État,  dans  l'Arsenal 
des  chemins  de  fer  belges. 

Les  conclusions  de  ces  essais  sont  la  consécration  de  la  supé- 
riorité universelle  des  bois  du  Brésil.  Le  rapport,  daté  de  Lou- 
vain  le  6  octobre  1882,  dit  en  conclusion  : 

«  Quant  aux  bois  du  Brésil,  il  faut  vraiment  les  mettre  hors 
de  pair;  les  résultats  ont  été  surprenants.  Si  on  a  pu  comparer 
le  chêne  et  Le  teak  à  du  fer  nerveux  et  à  de  l'acier  dur,  on  peut 
assimiler,  avec  beaucoup  de  raison,  Yoleo  au  bronze.  C'est  une 
observation  que  nous  avons  entendu  faire,  et  qui  nous  a  paru 
juste.  Voici  un  bois  qui  ne  se  rompt  que  sous  une  charge  de 
13  kil.  880  grammes  par  millimètre  carré;  ses  déformations  ne 
sont  réellement   presque  pas  apparentes,  et  vraiment  il  ne  cède 


LES     ZONES     AGRICOLES.  287 

que  devant  an  effort  tout  à  fait  supérieur.  Seulement  il  est  un 
peu  lourd,  et,  sous  ce  rapport,  on  peut  lui  préférer  le  peroba,  qui, 
proportionnellement  à  son  poids,  arrive  à  donner  une  forte 
tension  moléculaire.  » 

En  effet  le  Brésil  possède   des  bois-aciers  et  des  bois-bronzes  : 

Les  bois-bronzes,  soumis  aux  grands  efforts  des  machines 
d'essai  à  la  presse  hydraulique,  résistent  héroïquement,  sans 
se  déformer,  jusqu'au  moment  de  la  rupture. 

Les  bois-aciers,  au  contraire,  se  conduisent  comme  s'ils 
étaient  faits  de  lames  élastiques  ;  ils  se  courbent  dès  les  premiers 
efforts  et  suivent  toute  la  progression  des  forces  fléchissantes 
jusqu'à  la  rupture. 

Si,  par  exemple,  on  prend  une  lame  de  genipapo  (classifié 
genipa  brasiliensis,  famille  des  rubiacées)  on  en  peut  réunir  les 
deux  bouts  et  former  un  cercle,  exactement  comme  on  essayait 
autrefois  les  épées  des  aciers  célèbres  de  Damas,  de  Milan  et  de 
Tolède. 

Pendant  l'Exposition  il  sera  très  intéressant  de  faire  voir  la 
résistance  admirable  des  plus  fameux  bois  du  Brésil,  savoir  : 

De  l'Acapou  {andira  aubletii,  wacapoua  americana). 

De  l'Angico  (dicorenya  paraensis)  ; 

Des  Jacarandâs  ou  Pallissandres  {dalbergia,  machœrium ,  etc.). 

Des  Oleos  (myrospermum ; myroxylon). 

Des  Aroeiras  (astronium,  schinus). 

Des  Tapinhoans  (silvia  navalium). 

Des  Araribâs  (controlabium  robustum). 

Des  Araucarias  [araucaria  b?"asiliensis). 

Des  Ipès  (Tecomas,  bignoniacées). 

Des  Perobas  (aspidosperma),  etc.,  etc. 

Agriculture.  —  Comme  la  Californie,  les  provinces  aurifères 
de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso  ont  un  avenir  assuré  par  l'agricul- 
ture et  par  l'industrie.  Nulle  part,  même  au  Brésil,  on  ne  trouve 
des  terrains  plus  fertiles  pour  le  caoutchouc,  pour  le  cacao,  pour 
la  vanille,  pour  le  café,  pour  le  tabac,  pour  le  sucre  et  pour  tous 
les  produits  tropicaux. 

La  province  de  Matto-Grosso  a  des  forêts  de  caoutchouc,  de 
siphonia  elastica  ou  Hevea  Guianensis,  de  Hevea  Brasiliensis,  de 
Hevea  discolor,  etc.,  aussi  belles  que  celles  des  provinces  de  Para 
et   de  l'Amazone.  La  vanille  ^de  Matto-Grosso  produit  de  belles 


288  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

gousses  «l'un  parfum  délicieux,  chargées  de  cristaux  d'acide 
benzoïque. 

Le  cacao,  dans  les  terres  chaudes  de  Goyaz  et  Matto-Grosso, 
donne  le  même  rendement  qu'à  Paré  et  à  Maragnon. 

Les  caféyers  sont  grands  comme  des  orangers,  et  ils  trouvent 
à  Goyaz  et  à  Matto-Grosso  la  fameuse  Terra  Rôxa,  si  recherchée 
par  les  agriculteurs  de  la  province  de  San-Paulo. 

Le  tabac  de  Goyaz  est  peut-être  le  meilleur  du  Brésil. 

La  canne  à  sucre,  dans  les  vallées  de  Matto-Grosso,  arrive  à 
des  proportions  gigantesques.  Si  Ton  remonte  aux  plateaux  de 
Goyaz,  aux  Pyreneos,  à  la  Serra  Dourada^  chaîne  des  montagnes 
dorées  (car  leur  talc  et  leur  mica  brillent  au  soleil  comme  de  l'or) 
à  la  Serra  de  Santa-Martha,  à  la  Cordilheira  Grande,  etc.,  etc.,  on 
se  trouve  à  des  altitudes  de  1.000,  2.000  et  presque  3.000  mètres, 
climats  délicieux,  où  on  cultive  la  vigne,  le  blé,  toutes  les  céréales 
et  tous  les  fruits  de  France  et  d'Italie. 

C'est  cette  superposition  de  climats  qui  fait  du  Brésil  le  pays 
le  plus  propre  pour  l'immigration.  La  nature  y  a  préparé  de 
vrais  jardins  d'acclimatation  pour  les  races  d'Europe.  Les  immi- 
grants peuvent  commencer  par  les  climats  de  la  Méditerranée, 
et  descendre,  peu  à  peu,  jusqu'à  arriver  aux  terrains  prodigieux, 
qui  rapportent  le  caoutchouc,  le  cacao  et  la  vanille. 

Viticulture.  —  La  culture  de  la  vigne  et  la  production  du  vin 
sont  très  anciennes  dans  la  province  de  Goyaz.  L'illustre  savant 
Saint-Hilaire  a  fait  dès  1819  l'éloge  des  vins  de  Goyaz  par  leur 
excellent  goût  et  par  leur  fin  bouquet.  On  les  envoyait  en  cadeau 
aux  rois  de  Portugal  dans  les  temps  coloniaux.  La  vigne  donne 
deux  récoltes  à  Goyaz,  si  elle  est  taillée  après  la  première  ré- 
colte, au  mois  de  février.  On  y  distingue  le  raisin  de  la  saison 
sèche,  mai  à  octobre  (Uoa-da-Sêcca),  et  le  raisin  de  la  saison  des 
pluies,  novembre  à  avril  (Uvadas  aguas).  C'est  le  premier  qui 
donne  les  meilleurs  vins  ;  l'autre  est  réservé  pour  la  préparation 
du  vinaigre.  Dans  les  forêts  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso  on 
trouve  plusieurs  espèces  de  raisins  sauvages.  Le  raisin  appar- 
tient au  genre  vitis,  de  la  famille  des  ampeliidacées  ou  vinifères  ; 
près  de  ci>  genre  se  trouve  le  genre  cissus,  que  nous  avons  déjà 
mentionné  à  propos  du  cipô-do-caçador  ou  liane  du  chasseur. 
Le  cissus  discnlnr  et  le  (issus  antarcticus,  si  connus  des  bio- 
logistes par  les  expériences  de  CHARLES  Darwin  sur  la  sensibilité 
de   leurs   vrilles,    ne   sont  que  des  espèces  célèbres  de  ce  y;v\\vc 


LES     ZONES     AGRICOLES.  289 

botanique.  Le  docteur  Sace  a  porté  dos  ceps  des  vignes  natives 
des  forêts  de  .Matto-Grosso  pour  des  essais  à  Paris;  ces  vignes 
sont  des  vitis  ou  des  cissus  suivant  les  botanistes.  Du  reste,  révo- 
lution et  le  transformisme  ont  fait  justice  à  ces  infinies  questions 
taxonomiques.  Il  vaut  mieux  citer  encore  un  Indigo-Liane  (Anil- 
trepadôr))  c'est-à-dire  une  belle  liane  qui  produit  l'indigo,  et 
qui  a  été  classifîée  cissus  tinctoria. 

On  voil  donc  que  botanistes  et  les  viticulteurs  ont  énormément 
à  faire  dans  les  provinces  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso. 

Tabac.  —  Le  tabac  a  ses  crus  au  Brésil  comme  le  vin  en 
France.  Tous  les  amateurs  connaissent  les  tabacs  de  Borba,  dans  la 
vallée  de  l'Amazone,  qui  est  encore  préparé  à  la  mode  des  abo- 
rigènes; les  tabacs  de  la  province  de  Bahia,  de  Gachoeira  et  de 
San-Félix,  en  première  ligne  ;  les  tabacs  de  la  province  de  Minas, 
du  Rio-Novo,  du  Pomba,  de  Barbacena,  du  Sapucahy,  du  Rio- 
Verde,  du  Piumhy  etc.;  mais  ils  disent  qu'aucun  tabac  au  Brésil 
n'est  supérieur  au  tabac  de  Goyaz.  La  culture  du  tabac  est  excel- 
lente pour  les  immigrants-propriétaires.  La  famille  de  Timmi- 
grant  peut  fabriquer  immédiatement  des  cigares  etdes  cigarettes, 
et  en  tirer  un  magnifique  revenu.  Le  tabac,  ainsi  préparé,  obtient 
des  prix  si  élevés  qu'on  l'exporte  de  Goyaz,  malgré  les  distances 
énormes,  jusqu'à  Rio-de-Janeiro. 

Bétail.  —  Les  prairies  et  les  pâturages  de  Goyaz  et  de  Matto- 
Grosso  sont  parmi  les  plus  beaux  et  les  plus  productifs  du  Brésil. 
Malgré  la  distance,  une  Compagnie  anglaise  a  préféré  les  pâtura- 
ges de  Matto-Grosso  pour  y  fonder  un  grand  établissement  pour 
la  préparation  de  viandes,  de  langues  salées  et  fumées,  et  de 
l'Extrait  dans  le  genre  de  Liébig. 

La  Compagnie  américaine  The  Para  Transportation  and 
Trading  Company  va  faire  naviguer  sur  les  Tocantins  et  sur 
L'Araguaya  des  bateaux  à  vapeur,  construits  exprès  pour  trans- 
porter le  bétail  sur  les  marchés  de  Para  et  de  la  province  de 
LAmazone,  car  la  province  de  Goyaz  est  pour  le  Brésil  Central  ce 
que  le  Périgord  est  pour  la  France.  N'oublions  pas  qu'à  Goyaz 
on  excelle  dans  le  tannage  de  peaux  de  bœufs,  de  jaguars,  de 
cerfs,  etc.,  et  que  cette  industrie  est  favorisée  par  l'abondance 
de  matières  tannantes,  dans  les  familles  des  Légumineuses,  des 
Rubiacées,  des  Apocgnacées,  etc.,  de  l'inépuisable  flore  brésilienne. 

19 


290  LE     BRÉSIL     EN     18 

Apiculture.  —  Les  forêts  de  Goyaz,  de    Matto-Grosso  et  de 
toul  le  Brésil  abondent  en   abeilles   de    toute   '--pèce  et  d'une 
grande  variété.  Les  voyageurs  aiment  surtout    la  Mandury   el  la 
Jatany,  dont  le  miel  garde  le  parfum  des  fleurs  des  orang 
des  myrtacées  qui  leur  onl  donné  pâture. 

Les  abeilles  d'Europe  sont  acclimatées  très  facilement  et 
rapportenl  extraordinairement.  Nous  recommandons  de  tout 
cœur  l'apiculture  aux  immigrants.  Aux  Etats-Unis  cette  industrie 
se  chiffre  par  des  millions.  Du  reste,  on  sait  bien  que  Les  abeilles 
fonl  augmenter  toutes  les  récoltes,  en  transportant  le  pollen  de 
plaide  en  plaide  c'est-à-dire,  en  faisantla  fécondation  entrecroiséet 
comme  on  dit  en  biologie. 

Voies  de  communication.  —  Pour  arriver  à  comprendre 
L'admirable  réseau  de  voies  de  communication  que  la  nature  a 
préparé  dans  la  zone  centrale  du  Brésil ,  il  faut  prendre  la  carte 
de  l'Amérique  du  Sud  et  étudier  attentivement  son  système  hy- 
drographique : 

D'abord,  il  n'y  a  nulle  part,  pas  même  dans  l'Amérique  du  Nord, 
des  Ûeuves  comme  l'Amazone  et  le  Paranâ-Plata.  Le  Mississipi-Mis- 
souri  est  très  inférieur  à  l'Amazone;  le  Saint-Laurent,  même 
avec  ses  beaux  lacs,  ne  vaut  pas  la  Plata,  enrichie  par  l'Uruguay, 
parle  Paranâ  et  par  le  Paraguay.  Les  grands  affluents  de  l'im- 
mense Amazone  convergent  vers  l'île  de  Marajô,  comme  les  grandes 
lignes  des  chemins  de  fer  français  vers  Paris.  Cette  merveilleuse 
orientation  hydrographique  se  répète,  sur  une  échelle  réduite, 
dans  la  province  de  Maragnon,  ;  ses  beaux  fleuves,  navigables  à 
vapeur,  convergent  vers  l'île  de  Saint-Louis,  où  se  trouve  la 
capitale  de  la  province. 

Nulle  part  au  monde  on  ne  peut  voir  des  fleuves  qui  sem- 
blenl  avoir  été  tracés,  comme  les  chemins  de  fer  de  France,  par 
un  corps  de  ponts  et  chaussées,  sur  un  programme  de  centrali- 
sation économique,  financière  et  administrative  parfaitement 
médité. 

Dans  le  bassin  de  l'Amazone  on  parcourt  : 

Kilomètres 

i"  De  Belem  à  Manâos 1.720 

2°  De  Manâos  à  Iquitos  (Fleuve  Solimôcs) 2.260 

3°  De  Manâos  à  Santa  Isabel  (Rio-Negro,  Rivière  Noire)  780 

i°  De  Manâos  à  Hyutanahan  (Rivière  Purûs) 1 .800 

.1   reporter 6.560 


LES     ZONES     AGRICOLES.  291 

Report 6.  560 

5°  De  Manâos  a  Sainto  Antonio  ^Kio  Madeira) 780 

6°  D«>  Belôm  à  Bayâo  (Rio  Tocantins) •- 260 

T'1  De  Leopoldina  à  Santa-Maria  (Tocantins-Àraguaya)  950 

Somme 8.550 


L'énorme  chiffre  de  8.550  kilomètres  !!. . 

11  faut  bien  remarquer  que,  dans  ce  résumé,  on  ne  compte 
pas  la  na\  igation  : 

1°  Du  Guaporé,  affluent  du  Madeira,  qui  pénètre  jusqu'au 
cœur  de  Matto-Grosso,  navigables  tous  deux  sur  4.334  kilomè- 

2°  Du  Tapajôs  et  de  ses  affluents  ; 

3e  Du  Xingù,  dont  les  sources  se  trouvent  tout  près  de 
Cuyabâ,  capitale  de  Matto-Grosso  ; 

4°  Des  affluents  de  FAraguaya,  comme  le  Rio  das  Mortes, 
qui  débouche  en  face  de  l'île  du  Bananal,  et  qui  peut  être  navigué 
par  des  bateaux  à  vapeur  d'un  mètre  de  tirant  d'eau. 

Il  faut  encore  prendre  note  que  les  fleuves  du  Brésil  ont  des 
s  doubles  et  triples  de  navigation  à  cause  de  la  quantité  énorme 
d'iles,  de  furos  (canaux  entre  les  îles),  d'igarapés  (culs-de-sac)  qui 
en  font  un  vrai  canevas  hydrographique.  Ainsi,  dans  la  vallée 
de  l'Amazone,  avec  un  Stem  Wheel  Steamer,  un  bateau  à  vapeur 
d'une  seule  roue  à  l'arrière,  on  peut  aller  partout,  on  peut  faire 
des  visites,  comme  avec  un  cab  à  Londres  ou  un  coupé  à  Paris. 

On  vient  d'organiser,  à  New-York,  une  Compagnie,  The  Para 
Transportation  and  Trading  Company,  au  capital  de  dix  millions 
de  dollars  pour  naviguer  le  système  fluvial  Tocantins-Araguaya- 
Vermelho  jusqu'à  la  capitale  de  la  province  de  Goyaz. 

Cette  Compagnie  est  en  connexion  avec  la  The  Goyaz  Mining 
Company,  qui  a  acheté  les  fameuses  mines  d'or  des  fleuves 
Maranhâo  et  Cayapô  en  amont  de  la  ville  de  Goyaz.  Ces  deux 
Compagnies  se  sont  chargées  aussi  de  l'immigration  sur  les  rives 
admirablement  fertiles  du  Tocantins  et  de  l'Araguaya. 

Vm  singularité  du  système  hydrographique  brésilien,  qu'on 
doit  bien  étudier,  c'est  que  tous  les  affluents  de  ses  grands  fleuves 
s'entrecroisent,  de  manière  qu'il  sera  facile  dépasser  d'un  bassin  à 
l'autre  par  des  plans  inclinés  à  l'américaine,  par  des  canaux  à 
point  de  partage,  et  même,  quelquefois,  par  des  canaux  sans 
écluses  dans  les  grandes  vallées. 


292  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

Nous-même,  nous  avons  étudié,  de  1883  à  1884,  une  de  ces 
extraordinaires  Lignes  de  faîte,  qui  se  trouve  tout  près  de  la  ville 
de  Oliveira,  entre  les  eaux  des  derniers  affluents  des  grands 
fleuves  Parané  et  San-Franciseo. 

Au  centre  du  Brésil,  au  Seftâo,  on  appelle  ces  lignes  de  faîte  : 
Varadouros,  parce  que  on  peut  passer  un  canot  d'un  fleuve  à 
l'autre  sans  rompre  le  chargement. 

A  Mat to-Grosso,  le  plus  célèbre  des  Vm-adouros  est  celui  du 
Alegre,  découvert  en  1733,  long  de  H  à  12  kilomètres,  par 
l'entremise  duquel  on  projeté,  depuis  le  ministère  du  Marquis  DE 
Pombal,  de  relier  les  eaux,  de  la  Plata  aux  eaux  de  l'Amazone. 

En  exécutant  ce  projet  on  fera  du  Brésil  une  immense  île,  et 
un  bateau  à  vapeur  pourra  aller  de  Para  à  Buenos-Ayres,  en  navi- 
guant toujours  sur  des  fleuves,  des  rivières  et  des  canaux. 

Le  Varadouro  de  Camapuan,  entre  les  provinces  de  Goyaz 
et  de  Matto-Grosso,  a  une  étendue  de  18  à  20  kilomètres.  Il  va 
du  Sangpesuga,  affluent  du  Rio-Pardo  et  du  Paranâ,  au  rio 
Camapuan,  affluent  du  Coxim  et  du  Paraguay. 

La  ligne  de  la  Plata  à  Cuyabâ  se  divise  en  deux  sections  : 

1°  Montevideo    à    Corumbâ.     .     3.100  kilomètres. 
2°  Corumbâ  à  Cuyabâ.     ...         800  — 


Somme 3.900  kilomètres. 

Extraordinaire  ligne  de  navigation  de  3.900  kilomètres  de 
longueur,  sans  compter  la  ligne  du  Paranâ,  depuis  le  confluent 
du  Paraguay  jusqu'à  la  cataracte  du  Guayra  ou  des  Sete-Quédas!... 
Le  système  hydrographique  du  Haut-Paranâ  est  une  des  mer- 
veilles du  Brésil  central. 

On  a  déjà  étudié  les  lignes  suivantes  : 


1°  Paranapanema  à  Juru-mirim.  . 
2°  Paranapanema  à  Salto-Grandc  . 
3°  Paranapanema  au  Tibagv-  •  • 
4°  Paranapanema  au  Paranâ. 
5°  Paranâ,  Ivinheima  et  Brilhante. 
6°  Mogy-Guassû  (Porto-Ferreira 
Pontal) 

Somme.     .     .     . 


200  kilomètres. 
120         — 
110         — 
192 
528 

205 


1.353  kilomètres. 


LES     ZONES     AGRICOLES.  293 

Il  faut  encore  additionner  la  navigation  du  Tiéte,  du  Tibagy, 
du  Piracicaba,  du  lvahy,du  Piquiry,  du  Iguassû,  et  d'une  infinité 
d'affluents  des  deux  rives  de  l'immense  Paranâ,  qui,  sous  le  nom 
de  Rio-Grande,  pénètre  jusqu'au  cœur  de  la  province  de  Minas, 
et  entrecroise  ses  affluents  avec  le  San-Francisco,  la  Méditerranée 
Brésilienne,  qui,  lui-même,  rivalise  en  affluents  navigables  à 
vapeur,  avec  les  plus  beaux  fleuves  du  Brésil. 

Nouveaux  ports  de  commerce.  —  La  côte  maritime  du  Brésil 
a  7.920  kilomètres  d'extension.  Aucun  pays  ne  possède  une  aussi 
Longue  et  une  aussi  belle  façade  sur  l'Océan  Atlantique. 

L'Océan  brésilien  est  le  vrai  Océan  Pacifique  et  Tranquille. 
Les  tempêtes  et  les  naufrages  y  sont  très  rares.  Ni  fogs,  ni 
brumes,  ni  icebergs,  ni  glaciers  flottants.  Les  ports  du  Brésil 
sont  ouverts  et  francs  pendant  toute  l'année  ;  la  plupart,  à  toute 
marée,  à  toute  heure  du  jour  et  de  nuit. 

Tout  le  monde  sait  que  le  port  de  Rio  est  le  chef-d'œuvre  de 
la  nature  en  fait  de  ports  de  mer.  Décrire  la  baie  de  Rio,  c'est 
faire  un  cours  complet  de  ports  de  mer.  Rade  foraine,  rade  in- 
terne, avant-port,  arrière-port,  tout,  absolument  tout,  y  a  été 
fait  par  la  nature  avec  une  majesté,  une  grandeur  et  une  beauté 
sans  pareilles. 

Les  ports  de  Bahia,  de  Santos,  de  Paranaguâ  et  de  Antonina, 
de  San-Francisco,  sont  à  peine  inférieurs  au  merveilleux  port 
de  Rio. 

Depuis  Cabo-Frio  jusqu'à  Santa-Catharina  il  y  a  une  infinité 
de  rades,  de  baies,  de  canaux  maritimes  abrités,  qui  sont  aussi 
admirables  par  leur  pittoresque  et  par  leur  beauté  que  par  leurs 
avantages  économiques  et  techniques. 

Actuellement  on  compte  42  ports  de  mer  sur  la  côte  du 
Brésil. 

Mais  nous  travaillons  pour  doubler  et  pour  décupler  même 
ce  chiffre. 

Les  ports  du  Brésil  sont  vraiment  les  ports  de  toute  l'Amé- 
rique du  Sud,  depuis  les  Andes  jusqu'à  l'Océan.  La  plupart  des 
territoires  des  Républiques  de  Venezuela,  de  Colombie,  de  l'Equa- 
teur, du  Pérou  et  de  Bolivie  exporteront  et  importeront  les  produits 
d'Europe  et  des  Etats-Unis  par  les  ports  de  l'Amazone,  qui  est 
vraiment  une  prolongation  de  l'Atlantique. 

Nous  aurons  des  chemins  de  fer  interocéaniques,  allant  de 
l'Atlantique   au   Pacifique.    Le   beau  port  de  Bahia  sera  relié  à 


LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

Cailâo,  le  premier  porl  du  Pérou;  le  superbe  port  de  Rio  Bera 
relié  à  Cobija,  le  seul  port  de  Bolivie,  et  aux  ports  du  oord  du 
Chili.  Il  faut  marcher  directement  de  Test  à  l'ouest,  des  ports  de 
Bahia  vers  le  Sàn-Francisco  ;  des  ports  de  San-Paulo  vers  le 
Paranâ  :  des  poils  de  Santa-Catharina  et  du  Rio-Grande  vers 
l'Uruguay. 

Quand  la  locomotive  sera  arrivée  à  ces  grands  fleuves,  le 
problème  des  communications  de  la  zone  centrale  du  Brésil  sera 
complètement  résolu.  Alors  il  faudra  marcher  vers  les  Andes, 
pour  se  mettre  en  communication  avec  les  voies  ferrées,  qui  seront 
déjà  sur  les  hauts  plateaux  du  Pérou,  de  la  Bolivie  et  du  Chili. 

Dans  ce  bel  avenir,  on  aura  perdu  même  la  mémoire  du 
barbare  esclavagisme.  On  fera  le  commerce  avec  l'Afrique,  qui 
nous  peste  en  face  ;  nos  arrière- neveux  iront  au  continent  de  l'or, 
Ses  diamants  et  de  l'ivoire  payer  La  dette  de  gratitude  du  Brésil 
à  la  race  qui  a  travaille,  pendant  trois  siècles,  pour  la  richesse 
et  la  prospérité  de  leurs  ancêtres.  Pour  accélérer  ce  glorieux 
avenir  nous  demandions,  dès  1804,  la  création  de  nouveaux  ports 
de  commerce  sur  la  cote  du  Brésil,  et  des  ports  francs  sur  les 
affluents  de  PAmazone  et  sur  les  rives  brésiliennes  de  l'Uru- 
guay et  du  Paraguay.  On  sait  bien  que  tous  les  grands  ports  de 
commerce  d'Europe  ont  été  des  ports  francs  :  Liverpool,  Ham- 
bourg, Marseille,  Livourne,  Trieste,  etc.,  etc.,  et  que  Michel 
Chevalier  conseillait  incessamment  des  ports  francs  pour  civiliser 
et  enrichir  l'Algérie. 

Immigration.  —  L'immense  zone  centrale  du  Brésil  sera 
peuplée  :  directement  par  les  affluents  de  l'Amazone  et  par  les 
affluents  du  Paranâ  et  du  Paraguay  brésilien  ;  indirectement  par 
le  surplus  de  l'immigration  des  provinces  de  Minas,  de  San-Paulo 
et  de  Paranâ.  Il  y  a  souvent  parmi  les  immigrants  des  gens  qui 
ont  la  passion  du  Far-West,  qui  veulent  toujours  marcher  vers 
l'occident,  qui  sont  avides  de  voir  les  fameuses  forets  et  les 
belles  prairies  du  Sertâo  du  Brésil.  Même  à  présent,  on  rencontre 
des  Allemands,  des  Italiens,  des  Français,  des  Belges,  voire  même 
des  Danois  et  des  Suédois,  dans  les  derniers  villages  et  sur  les 
routes  de  Goyaz  et  de  Mal  to-Grosso.  L'immigration  commencera, 
à  Matto-Grosso,  par  les  beaux  plateaux  de  Maracajû  et  par  la 
vallée  de  TAquidauana,  si  poétiquement  décrits  par  Tauxay  ;  à 
Goyaz,  par  les  plateaux  des  Pyreneos,  des  montagnes  de  Santa- 
Martha,  du    Estrondo,  de   Tabatinga,  etc.,  etc.,  et  par  les  belles 


LES     ZONES     AGRICOLES.  295 

collines,  qui  bordenl  V  iraguayaetle  Tocantins.  Il  faudra  toujours 
utiliser    los   Qeuves   el    l<is   rivières   navigables,   les    routes    qui 

marchent,  selon  le  mol  de  Pascal;  il  faudra  construire  des 
plank-roads  et  des  tramways,  en  attendant  les  chemins  de  fer  et 
1rs  locomotives. 

C'est  à  Goyaz,  c'est  à  .Matto-Grosso,  qu'on  devra  incessamment 
réaliser  les  nouveaux  principes  de  Centralisation  agricole  et 
dte  Centralisation  industrielle.  Le  café,  le  tabac,  le  cacao,  le 
sucre,  etc.,  etc.,  devront  être  toujours  exportés  tout  préparés 
pour  la  vente  en  détail  et  pour  la  consommation  immédiate. 
Ainsi  les  immigrants  de  Goyaz  et  de  Matto-Grosso  obtiendront 
des  revenus  aussi  forts  que  s'ils  étaient  établis  dans  les  provinces 
maritimes  du  Brésil.  Les  fabriques  de  fer,  de  coton,  de  cuirs,  etc., 
jouiront  des  meilleures  conditions  pour  la  production  et  pour  la 
consommation. 

A  présent,  nos  chemins  de  fer  marchent  bravement  vers  le 
Far-West  du  Brésil.  Nous  ferons  grandement  et  rapidement 
comme  aux  Etats-Unis.  Rien  n'est  impossible  à  un  pays  qui 
reçoit  une  armée  de  150.000  immigrants  tous  les  ans.  Le  capital 
suit  l'homme  et  l'homme  suit  le  capital.  Hommes  et  capitaux 
chercheront  à  l'envi  le  pays  fertile  et  tranquille,  le  pays  préparé 
pour  tous  les  progrès.  On  demande  souvent  à  ceux  qui  font 
la  propagande  en  faveur  de  l'immigration  : 

—  Est-ce  que  vous  ne  craignez  pas  que  votre  pays  devienne 
allemand  ou  italien?  —  Pas  du  tout...  Pas  le  moins  du  monde...  Il 
faut  méconnaître  la  force  d'assimilation  que  possède  le  Brésil,  pour 
avoir  des  craintes  aussi  puériles...  Nos  colons  allemands  en  1866, 
au  temps  de  la  guerre  du  Paraguay,  se  sont  empressés  d'envoyer 
une  batterie  d'artillerie  à  l'armée  brésilienne.  L'autre  jour,  un 
Allemand,  revenu  de  Berlin,  nous  disait  :  —  «  Je  vous  avoue  que 
j'ai  trouvé  mes  anciens  compatriotes  bigrement  (sic)  barbares...  » 

L'expérience  a  été  faite  aux  États-Unis.  Les  Allemands. 
les  Irlandais,  les  Anglais  s'y  trouvent  partout,  jusqu'au  minis- 
tère.  Nonobstant,  qui  oserait  dire  que  les  États-Unis  sont 
allemands,  sont  irlandais  ou  sont  anglais?...  La  vérité  est  qu'ils 
sont  américains.  Ils  ont  été  européens  ;  aujourd'hui  ils  ne  sont 
que  Yankees. 

Il  en  sera  de  même  au  Brésil.  Quelques  jours  après  son  arri- 
vée, l'immigrant  sera  déjà  Brésilien.... 

Mais,  vraiment,  quel  est  l'immigrant  qui,  ayant  joui  de  nos 
institutions  et  de  nos   habitudes  si  bonnes,   si  simples,  si  tran- 


LE     BRÉSIL     EX     18  89. 

quilles,  voudra  se  rejeter  dans  l'affreux  tourbillon  européen  de 
baïonnettes,  de  canons,  de  cuirassés,  de  mélinites  et  de  robu- 
rites?!!... 

Qui  donc,  après  avoir  traité  avec  notre  empereur  et  avec  nos 
princes,  si  obligeants  et  si  aimables,  voudra  retourner  en  Europe 
pour  subir  la  morgue  humiliante  des  rois  et  des  aristocrates,  et 
voir  dil  près  les  horripilants  contrastes  de  la  misère  et  de 
l'opulence  ? 

Il  faut  dire  et  redire  des  histoires  d'immigrants  pour  qu'on 
puisse  en  Europe  comprendre  l'Amérique. 

J'étais,  le  5  juin  1873,  sur  VOeeanic,  un  superbe  bateau  à  vapeur 
de  la  White  Star  Line,  et  j'arrivais  à  New-York.  Sur  le  pont  du 
paquebot,  je  regardais  La  foule  immense  des  immigrants  irlan- 
dais qui  se  pressaient  à  l'avant.  Un  vieux  monsieur  était  tout 
près  de  moi,  en  proie  à  une  commotion  profonde.  Je  le  regarde, 
toul  donné lime  dit  d'une  voix  encore  coupée  par  l'émotion  : 

—  11  y  a  vingt  ans,  j'arrivais  ici...  non  en  paquebot  à  vapeur 
et  en  première  classe,  comme  aujourd'hui...  Mais  là-bas...  comme 
ces  pauvres  Irlandais...  en  navire  à  voile...  entassé  sur  le  pont 
avec  les  autres...  A  présent...  Dieu  bénisse  les  États-Unis!...  Et  il 
fondit  en  larmes... 

Voyez-vous!...  C'est  ce  sentiment  sublime  de  gratitude, 
qui  fait  V américanisation  de  l'immigrant,  bien  mieux  encore  que 
toutes   nos  lois   de  grande  naturalisation  et  dénationalisation... 

Oh  !  Bien  sûr  !  Nous  n'avons  pas  la  moindre  crainte  des 
immigrants.  Nous  sommes  sûrs  qu'ils  seront  des  Brésiliens  aussi 
dévoués  que  nous-mêmes.  Et  nous  sommes  encore  plus  sûrs  que 
le  Brésil  n'aura  pas  son  pareil  sur  la  terre  quand  il  sera  arrivé  à 
s'assimiler  les  meilleurs  éléments  ethniques  de  l'Europe,  épurés 
dans  le  Struggle  for  life  pendant  des  siècles,  et  passés  par  le 
grand  creuset  de  l'émigration  au-delà  de  l'Océan. 

Oh  !  Il  n'y  a  pas  à  en  douter.  Le  monde  ira  infiniment  mieux 
quand  L'Europe  comprendra  l'Amérique.  Si,  devançant  les  siècles, 
l'Europe  consentait  à  envoyer  en  Amérique  ses  six  millions  de 
soldats,  transformés  en  immigrants  ;  si  des  navires  cuirassés  on 
faisait  des  paquebots  transatlantiques,  l'humanité  serait  bien 
vite  transformée.  Malheureusement  l'humanité  n'a  pas  encore 
évolué  assez  pour  éliminer  les  individus  qui  ont  les  instincts 
barbares  de  la  guerre  et  du  sang,  de  la  violence  et  de  la  mort... 
Que  ceux-là  n'émigrenl  pas  au  Brésil... 

Nous  avons  été  élevés,    pendant   quarante-huit  ans,   par  un 


LES     ZONES     AGRICOLES.  297 

empereur  savant  et  bon,  qui  a  aboli  la  peine  de  mort,  la  torture, 
tes  peines  barbares  et  l'esclavage...  Victor  Hugo  Ta  comparé  à 
Rfarc-Àurèle...  C'est  Numa  Pompilius  qu'il  devait  dire...  Il  a  fondé 
au  Brésil  le  culte  de  la  science  et  des  arts,  le  culte  du  beau  en 
tout  et  partout...  Il  n'est  satisfait  et  content  que  dans  les  écoles 
au  milieu  des  enfants;  dans  les  académies  au  milieu  des  hommes 
îence  ;  dans  les  salons  au  milieu  des  artistes  ;  dans  les 
fabriques  au  milieu  des  industriels;  dans  les  chantiers  et  dans 
les  ateliers  au  milieu  des  ouvriers...  Il  aie  mépris  du  luxe  et  de 
l'ostentation...  Il  aime  la  simplicité  et  la  modestie...  Il  a  compas- 
sion de  la  vanité  des  aristocrates... 

L'orientation  humanitaire  et  altruiste  de  la  nation  brésilienne 
lui  a  été  donnée  par  lui  et  par  sa  fille,  à  jamais  célèbre  par  son 
courage,  par  son  héroïsme  et  par  son  dévouement. 


CHAPITRE    IX 

INSTITUTIONS     AGRICOLES 

Par   M.  J.-M.   LEITAO    DA   CUNHA1 


Il  est  clair  que  dans  les  différents  pays  le  développement  des 
institutions  agricoles  doit  être  en  raison  inverse  de  la  fertilité  du 
sol.  Au  Brésil,  dont  le  sol  est  d'une  fertilité  proverbiale,  le 
nombre  de  ces  institutions  n'a  donc  pas  pu  répondre  à  l'immensité 
de  l'étendue  du  territoire.  Le  Brésil,  en  effet,  est  un  pays  à 
culture  extensive,  dont  l'activité  agricole  s'est  bornée  jusqu'ici  à 
la  production  d'un  petit  nombre  de  matières  premières  au  moyen 
de  méthodes  rudimentaires  ;  il  n'avait  pas  senti  le  besoin  devoir 
recours  à  des  procédés  perfectionnés  et  à  des  moyens  artificiels 
pour  augmenter  la  productivité  de  son  sol. 

Dernièrement,  cependant,  une  révolution  économique  s'y  est 
produite  qui  va  transformer  forcément  son  régime  agricole.  La 
loi  du  13  mai  1888  a  affranchi  heureusement  les  derniers  serfs 
delà  glèbe  qu'il  possédait  encore.  Cette  loi  donnera  sans  doute 
un  grand  élan  aux  institutions  agricoles,  en  obligeant  la  grande 
propriété,  aussi  bien  que  la  petite  culture,  à  y  chercher  toutes 
deux  une  nouvelle  source  de  rénovation.  Pour  maintenir  l'exploi- 
tation extensive  des  terres,  la  grande  propriété  devra  puiser  dans 
le  choix  judicieux  des  méthodes  et  dans  l'instruction  scientifique 
les  moyens  de  compenser  le  manque  de  bras  serviles  grâce  aux- 
quels elle  s'était  constituée.    De  son  coté,  la  petite  propriété,  qui 

1.  Député  à  l'Assemblée  générale  législative  pour  la  province  de  Para, 
dont  son  père,  M.  le  baron  de  Mamoré,  sénateur  et  ancien  ministre  d'État,  est 
originaire. 


300  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

esl  entrain  de  s'établir  graduellement  par  l'arrivée  d'immigrants- 
propriétaires,  voil  son  avenir  lié  à  ces  institutions,  dont  le  con- 
cours peut  seul  pendre  fructueuse  la  culture  intensive  à  laquelle 
elle  devra  s'astreindre,  et  qui  serait  impossible  si  elle  s'avisait  de 
conserveries  anciens  procédés. 

En  outre,  la  polyculture,  corollaire  immédiat  de  la  transfor- 
mai ion  des  conditions  de  travail  et  de  l'élargissement  des  surfaces 
cultivées,  dépend  essentiellement  de  l'aide  de  ces  institutions, 
qui,  par  L'étude  de  la  physiologie  des  différentes  espèces  et  par 
l'analyse  des  terrains,  établiront  l'adaptation  de  chaque  culture 
au  sol  qui  lui  conviendra  le  mieux,  et,  par  l'application  des  prin- 
cipes de  chimie  agricole  et  d'économie  rurale,  assureront  le 
bon  résultat  des  cueillettes  et  des  récoltes. 

Le  ministre  de  l'agriculture  a  compris  tout  cela.  Pendant  la 
session  de  l'année  18SS,  il  ne  s'est  pas  borné  à  solliciter  des 
Chambres  des  mesures  pour  l'introduction  d'immigrants,  pour 
le  développement  des  voies  de  communication  et  pour  la  réduc- 
tion des  prix  de  transport.  Il  a  insisté  aussi  en  faveur  de  la  créa- 
tion de  nouvelles  institutions  agricoles  aussi  bien  qu'en  faveur 
de  l'amélioration  de  celles  que  nous  possédons  déjà.  —  «  Le 
gouvernement,  a  dit  le  ministre,  est  décidé  à  créer  des  écoles 
agricoles,  dont  il  lui  semble  inutile  de  faire  ressortir  les  avan- 
tages, car  l'enseignement  professionnel  est  le  meilleur  moyen  de 
donner  à  l'agriculture  d'autres  conditions  et  d'autres  habitudes, 
et,  partant,  un  autre  avenir.  »  Et  le  ministre  a  demandé  tout  de 
suite  un  crédit  da  -48  contos  (environ  138.000  fr.)  pour  la  fonda- 
tion d'une  station  agronomique  et  d'écoles  pratiques  d'agricul- 
ture. 

La  commission  du  budget  de  la  chambre  des  députés  a  large- 
ment secondé  les  vues  du  ministre,  en  proposant  d'augmenter 
le  crédit  demandé.  Le  Sénat  est  entré  dans  la  même  voie,  de  sorte 
que,  dans  le  budget  pour  l'exercice  1889,  une  somme  de  408  contos, 
environ  1  million  159.000  fr.,  a  été  mise  à  la  disposition  du 
ministre  pour  la  création  d'une  ferme  expérimentale  dans  la 
province  de  Ilio-de-Janeiro,  sur  la  lisière  du  chemin  de  fer  de 
Dom  Pedro  II,  pour  la  fondation  d'une  école  scientifique  de  viti- 
culture dans  l.i  province  de  San-Paulo  et  pour  l'établissement 
d'une  station  agronomique  dans  la  province  de  Minas-Geraes. 

Une  ère  nouvelle  s'annonce  donc  pour  ces  utiles  institutions. 

lài  attendant  faisons  connaître  rapidement  celles  qui  existent 
actuellement  : 


INSTITUTIONS     AGRICOLES.  301 

Institut  agricole  de  Rio-de- Janeiro  (Impérial  instituto  flu- 
minense  de  Agricultura).  —  Fondé  par  S.  M.  l'empereur  et  sous  sa 
protection  immédiate,  il  a  pour  but,  conformément  à  ses  statuts, 
approuvés  par  le  décret  n°  2681  du  3  novembre  1800,  d'aider  au 
développement  do  L'agriculture  dans  le  Municipe  Neutre  et  dans 
La  province  de  Rio-de-Janeiro  :  1°  en  facilitant  la  substitution 
des  bras  par  des  machines  et  dos  instruments  appropriés,  et  en 
essayant  Le  meilleur  système  de  colonisation  nationale  et  étran- 
gère :  3°  en  Tondant  des  établissements  normaux  pour  des  expé- 
riences  de  machines  et  instruments  agricoles,  pour  des  essais 
de  systèmes  de  cultures,  des  méthodes  de  fabrication,  perfec- 
tionnement et  conservation  de  produits  agricoles  et  procédés 
pour  l'extinction  des  vers  et  insectes  nuisibles  ;  3°  en  procurant 
l'acquisition  de  semences,  graines  et  plants  de  plantes  qui  seront 
distribués  aux  cultivateurs  ;  4°  en  cherchant  l'amélioration  des 
races  d'animaux  et  la  généralisation  des  meilleures  espèces  ; 
5°  en  venant  en  aide  à  l'administration  dans  le  perfectionnement 
des  moyens  de  transport  ;  G0  en  organisant  une  exposition  an- 
nuelle des  produits  agricoles  ;  7°  en  procédant  tous  les  ans  à  la 
statistique  rurale,  et  en  exposant  la  situation  de  l'agriculture, 
ses  progrès  ou  sa  décadence,  et  les  causes  permanentes  ou  tran- 
sitoires de  ces  phénomènes  ;  8°  en  publiant  une  Revue  destinée 
aux  choses  de  l'agriculture  étala  vulgarisation  des  bons  principes 
d'économie  rurale  ;  9°  en  créant  des  établissements  normaux, 
des  écoles  d'agriculture,  et,  à  leur  défaut,  en  entretenant  des  agri- 
culteurs professionnels  qui  fournissent  les  instructions  qui 
pourraient  leur  être  demandées  et  qui  visitent  les  établissements 
particuliers. 

L'Institut  est  administré  par  une  direction  de  neuf  membres 
et  par  un  conseil  de  vingt-huit  membres,  ayant  l'un  et  l'autre 
des  attributions  clairement  définies  ;  des  commissions  munici- 
pales ont  pour  mission  d'étudier  les  nécessités  de  l'agriculture 
dans  leur  municipe  respectif,  en  présentant  à  la  direction  des 
rapports  semestriels,  d'organiser  la  statistique  rurale  de  ces 
municipes  et  d'étudier  l'état  de  ses  routes  et  cours  navigables. 

Le  patrimoine  de  l'Institut,  formé  parles  droits  d'entrée  et  les 
cotisations  annuelles  de  ses  membres,  par  une  subvention  an- 
nuelle du  gouvernement  se  montant  à  48  contos,  par  un  subside 
de  la  province,  et  par  des  dons  spontanés,  parmi  lesquels  il  faut 
citer  l'un  de  108  contos  fait  par  l'empereur,  se  monte  aujourd'hui 
à  349  contos,  un  peu  plus  d'un  million  de  francs  en  titres  de  l'État. 


LE     BRÉSIL     EN      1889. 

La  Revista  Agricoia  (Revue  Agricole),  paraissant  tous  les  trois 
mois,  compte  plusieurs  années  d'existence. 

Pour  répondre  aux  exigences  de  son  programme,  l'Institut  a 
fondé  et  entretient  un  asile  agricole  el  une  Ferme  Normale;  il 
dirige  également  le  jardin  Botanique,  dont  l'administration  lui 
a  été  confiée  par  un  contrat  en  date  du  17  août  1861,  moyennant 
la  subvention  annuelle  de  12  contos. 

V asile  Agricole  fonctionne  depuis  le  21  juin  1868.  Le  28  novembre 
L884  il  a  été  installé  dans  un  bâtiment  construit  à  cette  fin  et 
situé  sur  une  des  collines  les  plus  pittoresques  de  la  ferme  du 
Macaco,  60  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  nier,  à  2  kilomètres 
du  Jardin  Botanique,  auquel  il  se  trouve  relié  par  une  ligne  de 
chemin  de  fer  à  voie  étroite.  Le  bâtiment  se  compose  d'un  corps 
principal,  d'une  véranda  et  d'une  chapelle  ;  il  y  a  un  salon  pour 
les  classes,  une  bibliothèque  contenant  plus  de  100  volumes  d'ins- 
truction primaire  et  de  connaissances  agricoles,  quatre  dortoirs 
spacieux,  deux  lingeries,  réfectoire,  cuisine,  office,  et  deux  salles, 
Tune  pour  la  classe  de  musique,  l'autre  pour  l'élève  du  ver  à 
soie.  Dans  les  annexes,  on  trouve  un  jardin,  des  étables  et  des 
écuries,  une  grande  cour,  un  étang  pour  des  bains,  des  niches  à 
lapins,  des  poulaillers  d'après  le  système  allemand  etc.  Le  com- 
partiment des  machines  possède  une  machine  demi-lixe  de  la 
force  nominale  de  0  chevaux-vapeur,  un  appareil  en  fer  pour 
moudre  jusqu'à  5.000  kilogs  de  canne  par  jour,  un  alambic  pou- 
vant distiller  ^2.000  litres  par  jour,  des  engins  pour  la  fabrication 
delà  farine  de  manioc,  un  moulin  à  blé,  un  décotirqueur  de 
coton,  une  scie  circulaire  etc.  etc. 

Le  règlement  expédié  le  15  octobre  1881-  fixe  à  quatorze  ans 
l'âge  maximum  des  élèves  qui  seront  admis  dans  l'asile.  Ils 
doivent  être  orphelins  et  d'une  constitution  appropriée  aux  tra- 
vaux des  champs.  Ils  sont  entretenus  entièrement  aux  frais  de 
l'asile,  et  ont  droit  à  un  salaire  et  à  une  partie  du  pécule  cons- 
titué dans  la  Caisse  d'Épargne.  Le  programme  de  l'enseignement 
comprend  les  matières  suivantes  :  instruction  primaire,  lecture, 
calligraphie,  orthographe,  grammaire,  géographie,  mathéma- 
tiques élémentaires,  comptabilité,  catéchisme,  dessin  linéaire  ; 
agriculture  pratique,  connaissance  des  instruments  agricoles  et 
des  machines,  manipulations  pour  préparer  les  terrains  aux  di- 
verses cultures,  traitement  des  végétaux,  cueillette  des  produits, 
études  pratiques  sur  les  engrais,  soins  aux  animaux  domestiques, 
notions  sur  les  aliments,  horticulture  ;  études  sur  les  tissus  des 


INSTITUTIONS     AGRICOLES.  303 

végétaux,  leurs  organes  el  leurs  fonctions,  greffe,  coupe  et  au- 
tres opérations  analogues,  jardinage,  embellissement  des  parcs, 
drainage  et  irrigation  :  gymnastique,  natation,  musique,  métiers 
se  rapportant  à  l'agriculture,  serrurier,  maçon,  charpentier  etc. 
L'asile  compte  présentement  ^8  élèves,  mais  des  demandes  sont 
faites  pour  1rs  places  vacantes,  le  nombre  maximum  des  élèves  de- 
van  I  être  de  M). 

La  Ferme  Normale  (Fazenda  Normal),  composée  d'une  bande 
de  terrain  entre  le  Jardin  Botanique  et  la  montagne  de  la  Gàvea, 
aune  superficie  de  4 hectares.  Elle  s'occupe  de  la  culture  des 
diverses  espèces  de  plantes  économiques,  principalement  de  celles 
qui  sont  les  plus  recherchées  par  les  agriculteurs,  telles  que 
canne-à-sucre,  coton,  tabac,  manioc,  arrowroot,  café,  cacao,  va- 
nille etc.  Elle  cherche  aussi  à  acclimater  et  à  propager  la  jute, 
la  ramie,  le  mûrier,  le  sorgho,  le  thé,  et  d'autres  plantes  d'une 
valeur  industrielle,  soit  indigènes  soit  exotiques. 

La  Ferme  emploie  pour  toutes  ces  cultures  les  instruments  les 
plus  récents,  en  suivant  autant  que  possible  la  méthode  ration- 
nelle. Dernièrement  les  travaux  y  ont  été  poussés  avec  une  grande 
activité.  L'administration  se  trouve  en  état,  non  seulement  de  déve- 
lopper la  culture  de  la  vigne  dansdes  terrains  aptes  pour  l'étude 
des  engrais  et  des  divers  genres  de  tailles,  mais  encore  d'initier 
des  cultures  comparatives  en  soumettant  les  végétaux  de  la 
grande  culture  à  des  expériences  faites  principalement  avec  des 
engrais  minéraux.  On  y  prépare  aussi  un  terrain  pour  un  champ 
de  manœuvres,  où  Ton  pourra  apprécier  l'application  des  meil- 
leurs instruments  aratoires,  et  l'on  y  songe  à  la  création  de  prai- 
ries artificielles. 

Le  Jardin  botanique  est  connu  de  tous  ceux  qui  visitent  Rio- 
de-Janeiro,  et  la  photographie  a  vulgarisé  sa  fameuse  allée  des 
palmiers.  On  y  trouve  une  pépinière  comptant  350.000  plantes, 
dont  on  a  commencé  à  dresser  le  catalogue. 

Institut  agricole  de  Bahia  {Impérial  Instituto  Bahiano  de  agri- 
culture). —  11  a  été  fondé  en  vertu  du  décret  n°  2.500  du  1er  no- 
vembre 1850,  et  rappelle  la  visite  que  l'empereur  fit  à  Bahia  à 
cette  époque.  Son  but  est  analogue  à  celui  de  l'institut  agricole 
de  Hiu-de-Janiro.  11  est  administré  par  une  direction  de  sept  mem- 
bres, aidés  par  des  commissions  municipales.  Son  patrimoine 
se  monte  à  un  peu  plus  de  96  contos,  environ  276.000  francs.  Il 
est  forme  par  les  cotisations  de  ses  membres,  par  une  subven- 


:;nl  LE     BRÉSIL     EN     18  89. 

l'h.ii  annuelle  de  -<>  contos  fournie  par  L'État,   par  une  subvention 

de  -i  contos  fournie  par  La  province  et  par  des  dons  volontaires. 

Ces  modestes  ressources  n'onl  pas  permis  à  l'Institut  de  réa- 

Liserson  vaste  et  beau  programme.  Il  n'en  a  pas  moins  rendu  des 

servie-  signalés  à  la  |)iD\  ince.  C'est  ainsi  qu'il  y  a  créé  en  1870 
V École  agricole  de  San-Bento-de-Lages. 

Cette  École  est  installée  dans  un  vaste  édifice,  le  plus  beau 
peut-être  que   nous  ayons  dans  ce  -cure,  et  qui  a  coûté  plus  de 
de    315  contos,  près  d'un   million    de   francs.    Ce   bâtiment  était 
autrefois  une   terme   appartenant  aux   bénédictins.    L'école  est 
située  dans  le  municipe  de  San-Francisco,   dans  la  comarque  de 
Santo-Amaro,  à  trois  heures  de  voyage,  par  mer,  du  chef-lieu  de 
la  province.   Le  décret  n°  5.957   du  23  juin  1875  a  approuvé  les 
statuts  de  l'École,  qui  se  propose  de  généraliser  dans  le  pays  les 
connaissances  agricoles  en  recevant  des  externes  et  des  internes. 
L'enseignement  professionnel  de   l'agriculture  s'y  trouve  divisé 
en  deux  degrés  :  l'un  élémentaire  et  l'autre  supérieur  ;   celui-ci 
destiné   à   former  des  agronomes,    des   ingénieurs  agricoles  et 
forestiers   et  des  vétérinaires  ;  celui-là  destiné  à  former  des  ou- 
vriers et  des   contre-maîtres  agricoles  et  forestiers.  L'enseigne- 
ment es!  essentiellement  pratique,  et  on  l'accompagne  de  notions 
théoriques  et  élémentaires  indispensables  de  sciences  naturelles, 
de  zootechnie,  etc.,  etc.  Il  y  a  quatre  cours  :  de  sylviculture,    de 
génie  agricole,  d'agronomie  et  d'art  vétérinaire.   Aux  élèves  qui 
ont  terminé  l'un  des  cours  on  accorde  soit  un  brevet  d'ingénieur 
agricole,  soit  un  certificat  d'études,  soit  un  diplôme   d'élève.  La 
direction   de  l'établissement  consacre  une  attention  toute  parti- 
culière aux   travaux  des   champs,    qui  se  font  sur  des  terrains 
expressément  préparés  dans  ce  but;   ils  consistent  en  exercices 
pratiques   de  culture,   de  chimie   analytique  et  industrielle,  de 
topographie  et  de  nivèlement.  L'établissement  possède   des  cabi- 
nets  de   physique  et  de  chimie,  des  collections  d'anatomie,  de 
zoologie  et  de  minéralogie,  et  une  bibliothèque  contenant  envi- 
ron dix  mille  volumes.  Le  personnel  se  compose  d'un  directeur, 
qui  réside  dans  l'établissement  même  ;  de  professeurs,   qui  peu- 
vent aussi  y  loger  ;  d'un  secrétaire,  d'un  économe,   d'un  aumô- 
nier et  du  personnel  subalterne  nécessaire.  On  accorde  aux  pro- 
fesseurs qui  ont  de  la  famille  les  matériaux  et   la  main-d'œuvre 
dont  ils  pourraient  avoir  besoin  pour  se  faire  bâtir  un  logement 
sur  les   terres  de   l'établissement.    Les  cours   sont   ouverts  du 
15  février  au  15  décembre.   L'école  est  fréquentée  assez  réguliè- 


INSTITUTIONS     AGRICOLES.  3Û5 

rement;  toutefois,  elle  n'a  pas  encore  atteint  le  nombre  maxi- 
mum des  élèves  qu'elle  peut  recevoir,  et  qui  est  de  100  pour  l'in- 
ternat. Pour  L'externat  le  nombre  des  élèves  à  recevoir  n'est  pas 
limité. 

Institut  agricole  de  Sergipe  {Impérial  Instituto  Sergipano  de 
agricuUura).  —  Il  a  été  créé  par  le  décret  n°  2.521  du  20  janvier 
1860,  sur  les  mêmes  bases  et  avec  le  môme  but  que  l'Institut  de 
Bahia.  Leurs  règlements  étaient  identiques.  Dès  qu'il  eût  orga- 
nise sa  direction  et  son  conseil  de  surveillance,  il  tacha  de  fon- 
der une  école  rurale  modèle  ;  il  importa  des  semences  et  des 
graines  de  végétaux  utiles,  fît  venir  des  machines  et  des  usten- 
siles perfectionnés  pour  les  revendre  aux  agriculteurs  au  prix 
d'achat,  et  essaya  de  faire  paraître  une  Revue  consacrée  à  l'éco- 
nomie agricole.  Ces  bonnes  intentions  ne  furent  pas  couronnées 
de  succès,  et  cet  établissement  semble  appelé  à  échouer  comme 
les  Instituts  de  Pernambuco  et  de  Rio-Grande,  créés  par  les  dé- 
crets du  23  décembre  1859  et  du  14  août  1861,  qui  ne  purent 
réussir,  malgré  l'aide  de  l'Etat  et  de  l'administration  provin- 
ciale. 

Établissement  rural  de  San-Pedro-d'Alcantara.  —  Le  dé- 
cret n°  5.392  du  10  septembre  1873  autorisa  la  fondation  de  cet 
établissement  dans  la  province  de  Piauhy.  Il  devait  comprendre 
les  fermes  nationales  appelées  Guaribas,  Serrinhas,  Mattas,  Algo- 
dùes  et  Olho-d'Agua.  Le  ministère  de  l'agriculture,  qui  s'en  réser- 
vait le  contrôle  immédiat,  s'engageait  à  lui  fournir,  outre  les 
fermes  dont  il  vient  d'être  parlé,  une  somme  de  30  conlos  ou 
86.000  francs  pendant  la  première  année,  de  57.000  francs  pen- 
dant les  cinq  années  suivantes;  en  outre,  il  payerait  les  appoin- 
tements du  directeur,  auquel  serait  allouée  une  partie  des  béné- 
fices nets  de  l'établissement.  Le  directeur  avec  lequel  on  avait 
traité  pour  la  fondation  de  cet  établissement  étant  décédé,  un 
autre  décret,  du  27  septembre  1884,  promulgua  un  nouveau  Règle- 
ment à  ce  sujet.  L'établissement  devenait  une  école  profession- 
nelle pour  les  affranchis  et  les  enfants  libres  nés  de  mères  es- 
claves ;  le  gouvernement  le  dotait  largement,  et  tout  semblait 
annoncer  qu'il  deviendrait  prospère  en  peu  de  temps.  Il  n'en  a 
rien  été.  Après  avoir  eu  jusqu'à  89  élèves,  dont  59  internes,  il 
n'en  avait  plus  que  29  en  1886.  Le  gouvernement,  voyant  que  ses 
sacrifices   ne  répondaient  pas   aux   résultats   obtenus,  vient  de 

20 


306  LE     BRÉSIL     EN     1889. 

décider  qu'on  Le  transformerai!  en  un  établissement  de  zoo- 
technie,  avec  an  subside  annuel  de  22.000  francs.  Cet  établisse- 
ment <li<|)"-'1  de  tous  les  éléments  pour  réussir  sous  sa  nouvelle 
forme;  il  y  a  environ  10.000  têtes  de  bétail,  1.000  chevaux  et 
mulets,  122  moulons  et  des  oiseaux  de  basse-cour  en  grand 
nombre. 

Orphelinat  Isabel  (Colonia  orphanologica  Fzabel).  —  Cette 
colonie  a  été  fondée  en  1871  à  Pernambuco  par  L'administration 
provinciale  sur  les  terres  de  l'ancienne  colonie  militaire  de  Pi- 
menteiras.    Elle   a    pour  but  de   recueillir  des  orphelins  el  des 

mineurs  sans  protection  pour  leur  donner  des  connaissances 
agricoles.  Elle  reçoit  des  élèves-boursiers  et  des  pensionnaires 
payants.  Ses  ressources,  qui  lui  ont  permis  de  dépenser  jusqu'à 
ce  jour  plus  de  1.700.000  francs,  se  composent  dune  subvention 
de  l'état  et  d'une  partie  des  dons  et  legs  faits  à  l'assistance 
publique  de  Etecife,  de  même  que  des  bénéfices  de  l'exploitation 
d  3  terres  de  la  colonie.  Elle  possède  des  cultures  assez  vastes 
manioc,  canne  à  sucre,  maïs,  haricots,  pommes  de  terre,  etc.), 
et  une  usine  pour  la  fabrication  du  sucre  de  canne.  L'usine  est 
desservie  par  une  voie  ferrée  agricole  de  12  kilomètres,  qu'on  va 
prolonger.  Elle  compte  150  élèves,  et  ses  produits  sont  bien  cotés 
sur  le  marché.  La  prospérité  de  cette  colonie  est  due  principale- 
ment à  son  directeur,  le  II.  P.  Fidelis  de  Fazuano,  qui  l'admi- 
nistre depuis  plus  de  treize  ans. 

École  agricole  de  Piracicaba  (Escola  Agrlcola  do  valle  de 
Piracicâba).  — Elle  a  été  établie  dans  lemunicipe  d'Itabira,  dans 
la  province  de  Minas-Geraes,  en  vertu  de  la  loi  provinciale  du 
20  novembre  1875.  D'après  son  règlement,  en  date  du  18  octobre 
1880,  elle  a  pour  but  de  répandre  dans  la  province  les  connais- 
santes de  science  agricole  et  l'usage  des  instruments  aratoires, 
de  pousser  à  la  création  de  petites  fermes-écoles  pour  les  fa- 
milles d'immigrants,  en  même  temps  que  d'enseigner— 'prati- 
quement L'agriculture  perfectionnée  et  la  fabrication  de  produits 
agricoles.  Elle  reçoit  des  boursiers  et  des  élèves  payants  ayant 
moins  de  12  ans.  L'enseignement  est  théorique  et  pratique  ;  le 
premier  dure  trois  années.  L'établissement  est  entretenu  aux 
frais  du  trésor  provincial;  il  a  un  directeur,  des  professeurs,  un 
comptable,  un  mécanicien,  un  agent  et  un  infirmier,  et  il  est 
placé  sous  le  contrôle  d'un  conseil  composé  de  cinq   membres, 


INSTITUTIONS     AGRICOLES.  307 

L'école  est  bien  installée;  elle  possède  deux  corps  de  bâtiment 
avec  les  annexes  Indispensables,  des  étables,  des  instruments  de 
travail,  dos  machines  et  un  terrain  de  0-4  hectares.  — Elle  a 
rendu  de  grands  services  à  l'agriculture  locale,  au  moyen  des 
conférences  que  fait  son  directeur  aidé  par  les  élèves  qui  en- 
seignent  aux  agriculteurs  l'usage  des  meilleurs  appareils.  Les 
essais  de  culture  de  blé,  faits  par  l'école,  ont  donné  d'excellents 
résultats,  et  tendent  à  propager  cette  culture.  Les  immigrants 
et  leur  famille  trouvent  gratuitement  à  Vécole,  pendant  une 
année,  leur  entretien,  leur  habillement  et  les  moyens  de  s'ins- 
truire dans  les  cultures  du  pays. 

Colonie  Blaziana. —  Cette  colonie  est  établie  dans  la  ferme 
de  la  Conceiçâo,  sur  la  rive  gauche  du  rio  Gorumbâ,  à  18  kilomè- 
tres de  la  ville  de  Santa-Luzia,  dans  la  province  de  Goyaz.  Outre 
l'enseignement  élémentaire,  les  élèves  y  reçoivent  une  instruction 
agricole  théorique  et  pratique.  Le  local  et  les  dépendances  sont 
vastes.  On  y  trouve  des  plantations  assez  étendues  :  600  cognas- 
siers, 800  mûriers,  1.500  vignes,  4.600  bananiers,  8.000  caféiers, 
la  canne  à  sucre,  la  vanille,  le  manioc,  le  lin,  le  blé,  le  coton,  le 
tabac,  etc.  Le  nombre  des  élèves  est  de  70  à  peu  près,  dont  34 
orphelins.  L'Etat  alloue  à  cette  colonie  une  subvention  annuelle 
de  17.000  francs  environ  (6  contos). 

Asile  agricole  de  Sainte-Isabelle  (Asylo  Agricola  de  Santa- 
Isabel).  —  Il  a  été  fondé,  le  28  avril  1886,  dans  le  municipe  de 
Desengano,  province  de  Rio-de-Janeiro,  par  l'Association  protec- 
trice de  l'enfance,  qui  elle-même  est  une  création  de  S.  A.  Mgr.  le 
comte  d'Eu.  L'enseignement  y  est  théorique  et  pratique  ;  mais 
l'instruction  théorique  n'y  est  pour  ainsi  dire  qu'au  second  plan, 
car  l'asile  a  pour  mission  principale  de  former,  non  pas  des 
agronomes,  mais  des  ouvriers  agricoles  parfaitement  au  courant 
des  procédés  modernes  de  culture.  L'établissement  est  parfaite- 
ment outillé  ;  dix  hectares  servent  à  des  essais  de  cultures  variées, 
et  quatre  hectares  sont  occupés  par  les  jardins  et  les  enclos  fruitiers. 
Une  quarantaine  d'enfants  s'y  trouvent  recueillis.  L'Association 
qui  a  fondé  cet  excellent  asile  reçoit  une  subvention  de  l'Etat  se 
montant  à  28.000  francs  environ,  et,  grâce  aux  dons  qu'elle  a 
recueillis,  son  patrimoine  se  compose  déjà  de  570.000  francs 
environ. 


SOS  LE     BRÉSIL     EN      18  89. 

Orphelinat  Christina  [Colonia  orphanologica  Christ ina).  —  Il  a 
été  installé  dans  une  ferme,  nommée  Canaûstula,  dans  la  province 
de  Céara,  et  est  bien  monté.  11  se  compose  de  dix  maisonnettes  et 
de  plusieurs  machines  agricoles,  des  instruments  de  labou- 
rage,  du  bétail,  des  moulons,  etc.  Une  quarantaine  d'orphelins 
v  reçoivent  une  instruction  agricole  théorique  et  pratique. 

Institut  de  la  Providence  Instituto  Providencia).  —  Il  est 
situé  sur  la  lisière  du  chemin  de  fer  de  Bragança,  dans  la  province 
de  Para,  à  (j  kilomètres  de  Belem,  le  chef-lieu,  sur  des  terres 
fertiles  et  bien  choisies.  Il  a  été  fondé  par  le  saint  et  savant  évoque 
de  ce  diocèse,  Mgr  de  Macedo,  comte  do  Belem,  qui  a  voulu  créer 
un  centre  d'éducation  chrétienne  et  d'instruction  agricole  en 
faveur  des  indigènes  des  deux  provinces  qui  forment  son  diocèse. 
Les  enfants,  au  nombre  de  75,  y  reçoivent  l'instruction  élémen- 
taire et  apprennent  un  métier  manuel  tout  en  s'exerçant  dans  les 
cultures  locales.  Une  scierie  à  vapeur  s'y  trouve  installée  et 
permet  de  débiter  les  précieuses  essences  des  forets  environ- 
nantes, qui  sont  transportées  au  chemin  de  fer  de  Bragança  par 
un  petit  chemin  de  fer  Decauville.  Cet  Institut  reçoit  une  petite 
subvention  provinciale  et  doit  ses  moyens  d'existence  principa- 
lement à  l'inépuisable  charité  de  son  illustre  fondateur. 

Station  agronomique  de  Campinas.  —  L'Etat  a  résolu  d'éta- 
blir une  station  agronomique  dans  la  ville  de  Campinas,  province 
de  San-Paulo,  centre  agricole  de  premier  ordre.  Pour  mener  à 
bonne  fin  cette  institution  qui  peut  rendre  de  grands  services  à 
cette  riche  province,  le  gouvernement  impérial  a  fait  venir  d'Alle- 
magne M.  F. -M.  Dafert,  de  l'Université  de  Bonn,  auteur  d'un 
grand  nombre  d'ouvrages  et  spécialiste  distingué.  Au  mois  d'oc- 
tobre 1SS7,  on  a  commencé  à  construire  la  station  sur  une  colline 
admirablement  choisie;  les  travaux,  terminés  à  l'heure  qu'il  est, 
ont  été  faits  sous  la  direction  de  l'architecte  Florencio  et  tous  les 
appareils  ont  été  fournis  à  la  station  par  la  maison  Jerhards,  de 
Bonn.  Le  personnel  de  rétablissement  se  compose  d'un  directeur, 
le  docteur  Dafert,  d'un  secrétaire,  de  deux  aides  et  d'employés 
subalternes.  La  station  compte  quatre  bureaux  distincts.  L'un 
d'eux  est  consacré  aux  analyses  et  forme  un  véritable  laboratoire 
analytique  à  l'usage  des  planteurs,  des  négociants  et  des  tribu- 
naux. L'autre  se  livre  à  des  expériences  sur  les  engrais  néces- 
saires aux  plantes  du  pays,  sur  la  culture  de   nouvelles   plantes 


INSTITUTIONS     AGRICOLES.  309 

et  sur  L'amélioration  dos  cultures  existantes.  Le  troisième  s'occupe 
de  météorologie  et  est  en  correspondance  avec  l'Institut  météoro- 
logique  de  Hambourg.  Le  dernier  est  un  bureau  œnologique,  placé 
sous  la  direction  d'un  spécialiste  autrichien,  qui  se  propose  de 
s»»  livrer  à  des  études  pratiques  de  viticulture. 

École  vétérinaire  et  agricole  de  Pelotas.  —  Cette  école, 
établie  à  Pelotas,  dans  la  province  de  Rio-Grande-du-Sud,  est 
entretenue  par  la  chambre  municipale  de  Pelotas,  qui  lui  a  fait 
don  d'un  excellent  bâtiment  et  des  terrains  nécessaires.  Elle  a 
pour  but  de  répandre  les  connaissances  agricoles  et  principale- 
mont  l'art  vétérinaire,  si  utile  dans  une  province  qui  tire  sa 
richesse  de  l'élevage. 

Outre  les  établissements  que  nous  venons  d'énumérer  rapide- 
ment, il  y  en  a  d'autres  du  môme  genre  ayant  pour  but  d'encou- 
rager le  développement  de  l'industrie  agricole.  Nous  ne  saurions 
les  citer  tous.  Il  est  impossible,  cependant,  de  passer  sous  silence 
la  Société  agricole  de  Pernambuco  (Sociedade  auxiliadora  d'agri- 
cultura),  qui  a  son  siège  dans  le  chef-lieu  de  la  province  :  et, 
surtout,  la  Société  industrielle  de  Rio-de-Janeiro  (Sociedade 
auxiliadora  da  industria  nacional).  Cette  dernière  remonte  à  1820, 
et,  pendant  sa  longue  existence,  elle  a  rendu  de  grands  services 
à  l'agriculture  du  pays,  soit  en  publiant  de  beaux.  Rapports  sur 
différents  sujets  se  rattachant  à  l'agriculture  nationale,  soit  en 
faisant  paraître,  depuis  plus  d'un  quart  de  siècle,  une  intéres- 
sante Revue  à  laquelle  l'Etat  accorde  un  subside  annuel  de  6  contos 
ou  environ  17.000  francs. 


CHAPITRE  X 


POIDS     ET     MESURES     —     SYSTEME 

MONÉTAIRE 


Poids  et  mesures.  —  Le  système  métrique  décimal  a  été 
établi  au  Brésil  en  vertu  d'une  loi  en  date  du  26  juin  1863  ;  il  est 
effectivement  obligatoire  depuis  le  1er  janvier  1874.  Cependant, 
les  poids  et  mesures  anciens,  hérités  du  Portugal  pour  la  plupart, 
sont  encore  en  usage  entre  particuliers  dans  quelques  provinces 
reculées  de  l'empire.  Aussi  croyons-nous  utile  de  les  faire 
connaître  ici,  d'après  VAnnuario  do  Impérial  Observatorio,  de  Rio- 
de-Janeiro  : 

POIDS 

Tonclada  (Tonneau),  54  arrobas 793\  2384 

Quintal  (Quintal),  3  arrobas  1/2 58     7584 

Arroba  (s'écrit  aussi  Ab.),  4  arrobas  métriques 14     6896 

Arroba  métrique,  32  livres 15 

Libra  (Livre),  s'écrit  aussi  Lb.,  2  Marcs 459g,  050 

Marco  (Marc),  8  onces 229     825 

Onça  (Once)  s'écrit  aussi  on.,  8  octaves 23     691 

Oitava  (Octave),  3  scrupules 3     586 

Escrupulo  (Scrupule),  24  grains 1     195 

Grâo  (Grain) 0    04981 

Libra  de  Pharmacia  (Livre  de  pharmacie) 344     288 


312 


LE     HRKSIL     EN     18S0. 


MESURES   DE   LONGUEUR 

Unira  (Brasse),  s'écrit  aussi  B.  2  vares 2m,  20 

\  'ara  ( Vare),  5  palmes 1  10 

Pé  (Pied),  s'écrit  aussi  /  2  pi.,  1  1/2  palme 0  33 

Palmo  (Palme),  s'écrit  aussi  pm.,  8  pouces 0  22 

Pollegada  (Pouce),  s'écrit  aussi  /?/.,  12  lignes 0  0275 

Linha  (Ligne),  s'écrit  aussi  In.  12  points 0  00228 

Ponlo  (Point) 0  000191 

Côvado 0  08 

Passo  geometrico  (Pas  géométrique; 1  65 

MESURES   ITINÉRAIRES 


Légua  (Lieue),  3  milles 

Milita  (Mille) 

Légua  geometnca  (Lieue  géométrique). 
Milha  geometrica  (Mille  géométrique).. 


2 
6 

9. 


G00 
200 


MESURES   DE    SUPERFICIE   AGRAIRE 

Légua  qwidrada  (Lieue  carrée),  9  milles  carrés 43km2,  56 

Milha  quadrada  (Mille  carré),  100  alqueires 4  81 

Ahjueire,  de  Minas-Geraes  et  de  Rio-de- Janeiro,  s'é- 
crit aussi  10.000  br2 8ha,  81 

Alqueire,  de  San-Paulo  (5.000  b2) 2  42 

Geira  (100  b2) 19*,  36 

Tare  fa,  de  Bahia  (900  b2) 43  56 

MESURES   DE   SUPERFICIE 


Braça  quadrada  (Brasse  carrée),  s'écrit  aussi  100  pm2.  4m2,  84 

Pé  quadrado  (Pied  carré),  s'écrit  aussi  141  pm2 0       1089 

Palmo  quadrado  (Palme  carré) 0    0484 

Pollegada  quadrada  (Pouce  carré; 7cm2,  5625 

Linha  quadrada  (Ligne  carrée) 5mmî, 2533 

Ponto  quadrado  (Point  carré) 0         0305 


POIDS    ET  MESURES   —    SYSTÈME  MONETAIRE  313 


MESURES   DE    VOLUME 

Braça  cubica  (Brasse  cubique)  ou  1.000  pi3 10m3,  648 

Pi  cubico  I  Pied  cubique)  ou  1.728  pi3 35dm3,957 

Palmo  cubico  (Palme  cubique) 10      648 

Pollegada  cubica  (Pouce  cubique) 20cm379G875 

Linha  cubica  (Ligne  cubique) 12mm3(H0i81 

Ponto  cubico  (Point  cubique) 0     00G9G8 


MESURES   DE   CAPACITE    POUR    LES    MATIERES    SECIIES 

Moio,  15  fangas 21hl,  762 

Fanga,  4  alqueires 1451,  08 

Alqueire,  4  quartas 36     27 

Quarta,  8  selamins 9    0675 

Selamim 1     1334 


MESURES   DE    CAPACITE    POUR    LES    LIQUIDES 

Tonel  (Tonneau),  2  pipes 840\ 

Pipa  (Pipe) 420 

Almude 31     944 

Canada,  4  quartilhos 2     662 

Quart  ilho 0     6655 


MESURE    POUR    LE   DIAMANT 

Quilate  (Carat) ldff,  922 


:i  I  LE     BRÉSIL     EN     1889. 


SYSTÈME  MONÉTAIRE 


Le  système  monétaire  du  Brésil  est  assez  compliqué.  L'unité 
monétaire  est  le  réal,  qui  n'existe  pas  en  réalité.  En  général,  le 
milréis  est  pris  comme  base  du  système  ;  on  l'écrit  :  i  #  OOO  réis. 
l  ii  million  de  réis  (1. 000. 000)  s'appelle  un  conlo  de  réis,  ou  simple- 
ment un  conto.  —  Dans  la  circulation  ordinaire,  on  trouve  rare- 
ment des  pièces  d'or  ou  d'argent.  Partout,  au  contraire,  on  trouve 
des  pièces  en  nickel  et  en  cuivre,  de  la  monnaie  de  billon. 

Les  monnaies  métalliques  existantes  sont  les  suivantes  : 

Or:  20 ,$000  réis.  —  10  #000.  —  5 #000. 

Argent:  2  #000  réis.  —  1  #  000.  —  #500.  —  #400.  —  #200. 

Nickel:  #200  réis.  —  #100.  —  #050. 

Cuivre:  #010  réis.  —  #020.  —  #010. 

Toutes  les  opérations  qui  dépassent  #  500  (cinq  cent  réis) 
s'effectuent  le  plus  souvent  en  papier-monnaie,  en  billets  de 
banque  du  Trésor  National  ou  de  la  Banque  du  Brésil  (Banco  do 
Brazil).  Ces  billets  de  banque  ont  cours  forcé. 

Presque  toujours  l'or  et  l'argent  font  prime.  Cependant, 
depuis  le  mois  d'août  1888,  c'est  le  papier-monnaie  qui  fait  prime 
au  Brésil. 

La  valeur  du  papier-monnaie  est  déterminée  par  le  change,  qui 
varie  constamment. 

Actuellement  les  billets  de  banque  qui  existent  en  circulation 
au  Brésil,  sont  les  suivants  :  billets  de  banque  (on  les  appelle 
notas  là-bas)  de  500  #000  réis,  de  200  #000,  de  100  #000,  de 
50#000,  de30#000,  de  25#000,  de20#000,  de  10  j  000,  de 
5#000,  de  2#000,  de  1#000  et  de  #500  réis. 


POIDS   ET   MESURES   —   SYSTÈME   MONÉTAIRE  315 

VALEUR  DES  MONNAIES  DE  DIFFÉRENTS  PAYS  DE  L'EUROPE 

COMPARÉE   AUX   MONNAIES   DU    RRÉSIL 
(Change  au  pair). 

ANGLETERRE 

Livre  sterling  de  20  schellings  vaut 8$889  réis. 

Demi-livre  ou  10  schellings 4$ 444   — 

Florin  ou  2  schellings  (argent) $864    — 

Schelling $407    — 

Penny $037    — 

FRANCE 

Pièce  de  20  francs 7$060 réis. 

—  10    —      3$530   — 

—  5     —      (or) 1$765   — 

—  5     —     (argent) 1$750   — 

2     —       $700   — 

—  1     —      $350   — 

—  50  centimes $1^3   — 

ITALIE 

La  valeur  de  l'argent  italien  est  la  même  que  celle  de  l'argent 
français  ;  une  lire  vaut  un  franc. 

HAMBOURG 

Ducat  neuf 4$  153  réis. 

Marc  d'argent $540   — 

ESPAGNE 

Once  ou  doublon  de  8  écus 29$640  réis. 

Doublon  de  100  réaux 9$  126    

Piastre  (cinq  réaux) 1$918   

Real  (1/5  de  piastre) $384   

Duro  de  20  réaux 1#842    


31 G  LE     BRÉSIL     EN'      1889. 


PRUSSE 


Frédéric  (or) 7#339  réis, 

Thaler 10  310  — 


SUEDE 


Ducat  (or) 4J134  n'-is. 

1/2  ducat  (or) 2#069   — 

Riksdaler  de  400  réis  (couronne. 1#981    — 


I'OIUTUAL 


L'argent  monnayé  portugais  a  une  valeur  double  de  celle  de 


l'argent  du  Brésil. 


La  valeur  spécifiée  ci-dessus  peut  varier  selon  le  cours  du 
change.  Ces  calculs  ont  été  faits  au  pair,  c'est-à-dire  au  taux 
d'après  lequel  l'argent  (papier)  brésilien  est  complètement  équi- 
valent à  l'argent  étranger  avec  lequel  il  est  comparé.  Ainsi,  à 
partir  du  prix  indiqué,  la  valeur  de  l'argent  étranger  hausse  à 
proportion  que  le  change  baisse,  et  par  suite  l'argent  (papier) 
brésilien  a  moins  de  valeur  et  réciproquement. 

Par  exemple  :  le  change  sur  Londres  est  actuellement  à  27  1/2 
c'est-à-dire  que,  s'il  était  au  pair,  il  faudrait  donner  27  pence 
pour  1$000  brésiliens,  représentés  par  le  papier-monnaie  qui  est 
en  circulation,  tandis  que,  d'après  le  cours  indiqué,  il  faut  donner 
27  pence  1/2  pour  avoir  les  mêmes  1  #000  réis. 

De  là  résulte  la  diminution  graduelle  de  la  valeur  de  toutes  les 
monnaies  étrangères  qui  ont  un  étalon  fixe. 

Dans  ces  conditions,  le  franc  vaut  actuellement  345  réis  à  peu 
près,  au  lieu  de  350  réis,  valeur  au  pair. 


CHAPITRE    XI 


FINANCES 


Par     M.    A.    CAVALCANTI 


Notre  travail  est  une  simple  revue,  renfermant  la  plus  grande 
somme  possible  de  données,  basées  sur  des  faits  bien  constatés 
et  tirées  de  l'histoire  financière  du  Brésil  pendant  les  dix  aimées 
écoulées  de  1877  à  1887.  Pour  la  rendre  plus  claire,  nous  la 
diviserons  en  trois  parties,  comprenant:  les  recettes  de  l'Etat, 
les  dépenses  de -l'Etat,  et  la  situation  financière  actuelle.  Nous 
nous  bornerons  à  des  chiffres  et  à  des  informations  positives, 
laissant  le  soin  d'en  tirer  les  conclusions  à  ceux  qui  nous  liront. 


I.  Les  Recettes  de  l'État.  —  Les  ressources  dont  dis- 
pose l'Etat  pour  faire  face  aux  besoins  de  ses  services  forment  la 
recette  générale  de  l'Etat  ou  les  revenus  publics,  distincts  de 
ceux  des  provinces  et  des  municipalités.  La  recette  générale  de 
l'Etat  provient  :  1°  des  biens  du  domaine  public  national,  ou  plus 
exactement,  de  cette  partie  du  domaine  appelée  domaine  privé  ou 
fiscal  ;  2°  des  impôts  ;  3°  du  crédit  public.  Nous  allons  examiner 
successivement  ces  trois  sources  de  recettes. 


1.  M  Amaro  Cavalcanti,  connu  au  Brésil  par  d'autres  travaux,  s'est  signalé 
dernièrement  par  des  études  économiques  d'une  grande  valeur.  Il  a  écrit  ce 
travail  en  quelques  jours,  à  la  prière  de  M.  le  Baron  de  Paranapiacaba,  à 
•qui  nous  l'avions  demandé,  et  qui  a  bien  voulu  l'en  charger. 


318  LE     BRÉSIL     EN     188  9. 

Biens  du   domaine  de  l'État. — Le  domaine  public  national 
ou  domaine  de  L'Etal  comprend  :  a.  Le  domaine  public  proprement 
dit,  embrassant  Les  biens  de  FEtat  qui,  tout  en  étant  réservés  à  un 
service  public  spécial  ou  a  la  jouissance  de  la  collectivité  sociale, 
sont  par   cela   même  imprescriptibles,  inaliénables,   c'est-à-dire 
qu'il  ne  sont  pas  susceptibles  de  devenir  une  propriété  exclusif 
et  privée,  comme,  par  exemple,  les  églises  consacrées  au  culte 
public,   les  routes,  les  ponts,   les  ports,  les  places,  les  jardins 
publics  etc.  Le  public  eu  général   en  a  L'usage  et  la  jouissance, 
chacun  en  a  L'usufruit  individuellement  et  collectivement,   selon 
L'occasion,  etl'Etatne  peut  exercer  sur  eux  un  droit  de  propriétaire 
parfait  et  exclusif;  il  n'en  est  que  le  conservateur  et  l'intendant 
pour  ainsi  dire.   L'étude  du   domaine   public  ainsi  limité  relève 
plutôt  de  la  sociologie  et  de  la  science  politique,   b.   Le  Domaine 
delà  Couronne,  qui  embrasse   espécialeme  nt  les  biens,  palais, 
terres,  etc.,  réservés  au  service  ou  à  la   récréation  particulière 
du  souverain   et  de  la  famille  impériale.  Les  privilèges  inhérents 
à  la  forme  monarchique  exigent  que  l'on  maintienne  cette  dis- 
tinction entre  le  domaine  de  la  couronne  et  les  autres  espèces  de 
domaine  public  national,  à  cause  de  la  destination  particulière  et 
exclusive  des  biens  de  ce  domaine,  c.  Le  Domaine  Fiscal,  appelé 
aussi  domaine  privé  de  l'Etat.  Il  embrasse  les  biens  qui  non  seu- 
lement appartiennent  à  l'Etat  à  titre  exclusif,  mais  dont  il  a  la 
jouissance  et  l'usufruit,  comme  s'il  était  un  propriétaire  ou  pos- 
sesseur privé,  tout  en  étant  obligé  d'observer  certaines  formes 
légales.  C'est  de  la  science  financière  que  relève  l'étude  de  ce 
dernier  domaine. 

Nous  ne  nous  occuperons  ici  que  des  biens  du  domaine  fiscal  , 
car  seuls  ils  donnent  un  revenu  à  l'Etat  et  figurent  ou  doivent 
figurer  dans  son  budget  comme  des  sources  directes  ou  indirectes 
de  recettes.  Au  Brésil,  le  Domaine  Fiscal,  compris  et  défini  comme 
nous  venons  de  l'indiquer,  comprend  : 

1°  Des  biens  Immeubles:  terres  publiques,  îles,  terrains  mari- 
times et  d'alluvion  ;  terrains  diamantifères  et  concessions  miné- 
rales ;  propriétés  urbaines  et  rurales,  généralement  connues  sous 
le  nom  de  «  Proprios  Nacionaes  »  ; 

~±°  Des  biens  ma/h/rs  :  bibliothèques,  musées  et  laboratoires  ; 
matériel  disponible;  de  l'armée  et  de  la  marine,  armements,  muni- 
tions, chevaux,  navires,  etc.  ;  mobilier  des  administrations  publi- 
ques ;  fonds  existants  dans  les  caisses  de  l'Etat;  titres  de  la  dette 
active,  provenant  d'emprunts  faits  aux  Républiques  de  l'Uraguav 


LES    FINANCES  319 

et  du  Paraguay  et  à  des  Compagnies  particulières;  actions  des 
Chemins  de  fer  de  Bahia  et  de  Pernambuco  et  de  la  Compagnie 
«  Pastoril  et  [ndusirial,  »  etc.  ; 

3°  Certaines  industries  ou  services  industriels  de  VEtaty  dont 
les  uns  constituent  pour  lui  un  monopole,  comme  la  frappe  de  la 
monnaie,  Les  postes,  la  fabrication  de  la  poudre,  la  concession  de 
robinets  d'eau  potable  dans  la  ville  de  Rio-de- Janeiro,  les  établis- 
sement^ d'enseignement  supérieur1,  la  vente  du  bois-de-Brésil 
(monopole  abandonné  aujourd'hui]  ;  et  dont  les  autres  ne  forment 
pas  un  monopole,  tels  que  ceux-ci  :  les  ateliers  et  fabriques 
établis  dans  les  arsenaux  et  ailleurs;  les  télégraphes;  les 
chemins  de  fer  ;  la  fabrique  de  fer  d'Ipanéma  ;  l'Imprimerie 
Nationale  ;  divers  établissements  agricoles,  institués  sous  le  nom 
de  colonies  ou  d'instituts  agricoles2;  certaines  institutions  de 
crédit  ou  de  banque,  telles  que  les  Caisses  d'Epargne  et  les 
Monts-de-piété3. 

a.  Des  biens  immeubles.  —  Dès  les  premiers  temps  de  l'indé- 
pendance du  Brésil  ont  paru  divers  ordres  et  arrêtés  destinés  à 
définir  les  biens  immeubles  du  Domaine  privé  de  l'Etat.  Mais 
depuis  bientôt  soixante-dix  ans  qu'on  en  parle,  on  n'est  pas  encore 
parvenu  à  en  connaître  la  valeur  d'une  manière  exacte. 

Cependant,  tout  le  monde  sait  que  l'Etat  possède  de  très-vastes 
étendues  de  terres  de  première  qualité,  dont  la  plupart  sont 
encore  inoccupées  ou  peu  peuplées,  et  qu'il  en  a  dans  toutes  les 
provinces  de  l'empire.  Pour  régler  ce  service,  il  y  a  trente  ans 
que  l'Etat  possède  une  administration  spéciale  (l'Inspection  des 
terres  et  de  la  colonisation),  et  il  ne  se  passe  pas  d'année  sans 
que  l'on  nomme  des  commissions  techniques  pour  démarquer  et 
délimiter  ces  terres. 

La  plupart  de  ces  terres  sont  couvertes  d'immenses  forêts  où 
abondent  les  bois  précieux  ;  d'autres  renferment  des  carrières 
importantes,  etc.  Dans  bien  des  endroits,  elles  sont  coupées  par 
des  ccurs  d'eau  navigables,  et  chacune  de  ces  circonstances  en 
augmente  la  valeur.  Selon  la  loi  du  18  septembre  1850,  les  terres 
publiques  inoccupées  peuvent  être  vendues  aux  enchères  ou  de 

1.  Les  conditions  que  la  loi  impose  aux  particuliers  qui  voudraient  fonder 
des  Facultés  sont  telles  que,  dans  la  pratique,  l'Etat  jouit  d'un  véritable 
monopole.  Seul  d'ailleurs  il  dispose  de  la  collation  des  grades. 

2.  Voir,  à  ce  sujet,  le  chapitre  relatif  aux  Institutions  agricoles. 

3.  Comme  sources  de  recettes,  les  caisses  d'épargne  seront  étudiées  lorsque 
nous  parlerons  du  Crédit  Public. 


LE     BRÉSIL     EN     1889. 

gré  à  gré.  Dans  ce  dernier  cas,  le  prix  ne  pourra  pas  être  infé- 
rieur à  1  -  réal  par  brasse  carrée.  La  loi  autorise  aussi  le  gouver- 
nement à  les  concéder  à  titre  gratuit  :  quand  elles  sont  situées 
sur  les  frontières  de  l'empire  avec  les  pays  étrangers,  dans  une 
zone  de  dix  Lieues;  quand  elles  sont  destinées  à  des  colonies,  à 
des  chemins  de  fer,  à  la  fondation  de  centres  de  population  et  à 
(I  is  établissements  d'utilité  générale.  Le  gouvernement  s'est 
toujours  montré  très-libéral  dans  l'application  de  cette  loi, 
surtout  quand  les  concessions  avaient  pour  but  rétablissement 
d'immigrants  ou  d'industries  nouvelles.  11  y  a  même  des  sociétés 
dont  le  capital  a  été  réalisé  immédiatement  à  cause  de  ces  avan- 
tages accordés  par  l'Etat  gratuitement,  en  leur  donnent  d'im- 
menses étendues  de  terres. 

Outre  ces  terres  publiques,  l'Etat  possède  un  grand  nombre 
d'Iles  de  diverse  étendue.  Les  unes  renferment  des  gisements 
précieux  ;  les  autres  sont  situées  tout  près  des  côtes  ;  d'autres 
encore  se  trouvent  au  milieu  de  grands  cours  d'eau  navigables. 
Rien  que  dans  l'Amazonie  on  en  compte  un  nombre  considérable 
el  d'une  étendue  assez  vaste.  Quelques-unes  de  ces  îles,  l'Etat  les 
emploie  pour  divers  services.  C'est  ainsi  que  celle  de  Fernando- 
de-Noronha  sert  de  prison  pour  les  galériens  et  les  contreban- 
diers. Dans  d'autres,  il  a  installlé  des  établissements  spéciaux. 
Mais  la  plupart  de  ces  îles  ne  sont  pas  encore  utilisées;  elles 
demeurent  inoccupées  ou  sont  occupées  illégalement  par  des 
intrus. 

A  l'heure  actuelle,  au  moment  où  le  gouvernement  cherche 
par  tous  les  moyens  à  développer  le  courant  d'émigration  vers  le 
Brésil,  il  devient  urgent  de  procéder  à  une  refonte  des  lois  rela- 
tives aux  terres  du  domaine  de  l'Etat,  et  le  gouvernement  s'en 
occupe  activement.  Il  sait  qu'il  y  trouvera  de  nouvelles  terres  à 
concéder  aux  immigrants  et  de  nouvelles  sources  de  recettes 
pour  le  Trésor  public. 

Les  recettes  provenant  de  la  vente  des  terres  publiques  pen- 
dant les  dix  années  écoulées  de  1877  à  1887  ont  été  de  802 
nui/os1,  donnant  une  moyenne  annuelle-  de  plus  de  80  contos. 

On  appelle  «  Marinhas  »,  terrains  de  marine  ou  maritimes,  les 
terrains  qui  sont  baignés  par  les  eaux  de  la  mer  ou  des  cours 


1.  Le  conto  de  réis  vaut,  en  moyenne,  présentement,  2.860  francs. 

2.  Désormais   nous   indiquerons   la   moyenne  annuelle  par  ces   Bimplea 

lettres  :   m.  a. 


FINANCES.  321 

d'eau  navigables  et  s'étendent  jusqu'à  la  distance  de  33  mètres 
(15  brasses  craveiras)  vers  le  côté  de  la  terre,  en  les  comptant  du 
point  auquel  arrive  la  marée  moyenne.  Ces  terrains  sont  destinés 
en  grande  partie  à  des  servitudes  publiques,  et,  dans  ce  cas,  ils 
font  partie  du  domaine  public  proprement  dit.  Cependant,  la  loi 
permet  de  les  concéder  à  des  particuliers  à  titre  de  fermage  per- 
pétuel, et  cela  se  pratique  couramment,  de  sorte  qu'on  peut  les 
regarde!-,  également,  comme  des  biens  du  Domaine  Fiscal.  La 
taxe  de  fermage  au  canon  est  de  2  i/2  pour  cent  de  la  valeur  du 
terrain,  à  moins  de  dispositions  exceptionnelles  différentes. 

Les  terrains  abandonnés  par  la  mer,  appelés  terrains  d'allu- 
vion,  ceux  conquis  sur  la  mer  d'une  manière  naturelle  ou  artifi- 
cielle, et  les  terrains  inondés  à  proximité  des  endroits  habités,  et 
appartenant  à  l'État,  peuvent  également  être  affermés  sous  les 
mêmes  conditions. 

Le  canon  emphytéotique  ou  taxe  de  loyer  perçue  par  l'État 
sur  tous  ces  terrains  et  d'autres  semblables  constitue  une  partie 
spéciale  des  recettes,  quoiqu'elle  soit  insignifiante.  Pendant  les 
dix  années  de  1877  à  1887,  ces  recettes  n'ont  été  que  de  141  contos, 
m.  a.  14  contos.  A  partir  de  Tannée  1888,  ces  revenus  sont 
devenus  des  revenus  municipaux.  Dans  un  pays  où  il  y  a 
1.300  lieues  de  côte  maritime,  renfermant  de  grandes  baies  et  de 
vastes  anses,  dans  lesquelles  se  déversent  de  nombreux  fleuves, 
possédant  des  fleuves  où  la  marée  se  fait  sentir  à  des  centaines 
de  kilomètres  de  leur  embouchure,  les  terrains  de  cette  espèce 
sont  fort  étendus.  Peu  à  peu  ils  deviendront  très-précieux,  et  dès 
aujourd'hui  ceux  qui  sont  situés  à  proximité  des  ports  de  mer 
ont  acquis  une  grande  valeur. 

Les  terrains  diamantifères  appartiennent  au  domaine  de  l'État. 
Dès  qu'ils  sont  déclarés  tels  après  examen  sur  place,  le  proprié- 
taire du  sol  voit  son  domaine  limité,  bien  qu'il  ait  la  préférence 
pour  l'exploiter.  Jadis  l'exploitation  et  le  commerce  des  diamants 
était  un  monopole  exclusif  de  l'Etat.  Jusqu'en  1832,  nous  avions 
une  «  Junta  da  Administraçâo  do  Tejuco  »,  chargée  de  ce  service. 
Aujourd'hui  ces  terrains  sont  peu  exploités,  et  les  recettes  des 
terrains  diamantifères  n'ont  été,  de  1877  à  1887,  que  de  173 
contos,  m.  a.  17  contos.  Outre  le  canon  perçu  par  l'État,  il  est  perçu 
un  droit  dans  le  cas  d'aliénation  de  la  part  de  l'emphytéote.  Ce 
droit  a  rapporté  à  la  recette  de  l'État,  de  1877  à  1887,  226  contos^ 
m.  a.  plus  de  22  contos  et  demi. 

On  considère  aussi  comme  propriétés  de  l'État  les  terrains 

21 


322  LE     BRÉSIL     EN     1880. 

miniers  à  métaux  précieux.  Le  gouvernement  en  donne  la  conces- 
sion par  étendues  de  141.750  brasses  ou  686.070  mètres  carrés, 
ocessionnaire  paye  une  taxe  fixe  de  3  réis  par  brasse  carrée 
(4mï,84),  payée  tous  les  ans,  et  une   taxe  proportionnelle  de  2 

pour  100  du  revenu  net  de  la  mine.  Comme  les  recettes  prove- 
nait de  ces  terrains  figurent  dans  le  Budget,  au  chapitre  des 
«  impôts  sur  concessions  minières  »,  nous  en  parlerons  au  cha- 
pitre  (1rs  Impôts.  D'ailleurs,  les  recettes  provenant  de  cette 
source  sont  peu  importantes.  Le  Brésil  renferme  des  richesses 
minières  qui  ont  été  exploitées  au  temps  du  domaine  colonial.  De 
nos  jours,  il  a  préféré  demander  sa  prospérité  à  la  culture  de 
son  sol  fécond  plutôt  qu'à  l'exploitation  de  son  sous-sol,  et  en 
cela  il  a  agi  prudemment.  Lorsqu'il  sera  plus  peuplé,  il  pourra 
commencer  l'exploitation  régulière  de  ses  vastes  richesses  mi- 
nières. 

Sous  le  nom  de  «  Proprios  nacionaes  »,  on  désigne  des  immeu- 
bles, urbains  ou  ruraux,  et  des  portions  de  terrains,  situés  sur 
différents  points  du  pays,  que  L'Etat  a  acquis  par  des  lois  ou  en 
vertu  de  contrats.  La  plupart  des  propriétés  urbaines  de  l'État 
sont  utilisées  pour  des  services  publics.  Si  elles  ne  constituent 
pas  une,  recette  directe,  du  moins  épargnent-elles  à  L'Etat  des 
dépenses  qu'il  devrait  supporter  s*il  ne  les  possédait  pas.  Le 
nombre  des  «  Proprios  nacionaes  »  relevé  par  le  Ministère  des 
Finances  dans  son  dernier  Rapport  aux  Chambres  est  de  plus  de 
300,  dont  quelques-uns  d'une  grande  valeur,  et  il  est  certain 
que  ce  relevé  ne  les  mentionne  pas  tous.  D'après  le  tableau 
numéro  38  annexé  au  Rapport  dont  nous  venons  de  parler,  la 
valeur  localive  des  propriétés  de  l'Etat  situées  seulement  dans  la 
capitale  de  l'Empire  s'est  élevée  pendant  l'exercice  188G-87  à  la 
somme  de  -4.166  contos!  —  L'Etat  possède  encore,  dans  différentes 
provinces,  et  spécialement  dans  celles  de  l'Amazone,  de  Para  et 
de  Piauby,  plus  de  60  fermes  à  bétail,  qu'il  a  affermées,  et  dont 
le  Trésor  ne  retire  pas  tout  le  profit  désirable.  Aussi,  le  gouver- 
nement cherche-t-il  à  s'en  défaire.  —  Les  recettes  provenant 
des  «  Proprios  nacionaes  »  ont  été,  de  1877  à  1887,  de  1.249 
contas,  m.  a.  12i  contas. 

Si  nous  additionnons  cette  recette  avec  celles  des  autres  biens 
immeubles  dont  nous  venons  de  parler,  nous  avons  un  total  de 
2.593  contos  pour  les  dix  années  de  1877  à  1887,  et  la  m.  a.  de 
259  contos.  En  comparant  cette  moyenne  à  la  recette  de  la  môme 
source  pendant  l'exercice  1877-78,  recette  qui  a  été  de  228  contosy 


FINANCES.  323 

nous  remarquons  une  augmentation  de  31  contos  à  peine.  Mais  il 
est  facile  de  constater  également  que,  le  jour  où  l'État  voudra 
prendre  des  mesures  énergiques  au  sujet  de  ses  biens  immeubles, 
il  y  trouvera  une  nouvelle  source  de  revenus. 

b.  Des  biens  meubles.  —  Sous  ce  titre  nous  avons  classé  un 
certain  nombre  de  biens  qui  ne  donnent  pas  à  l'Etat  un  revenu 
positif.  Mais  ils  représentent  une  somme  considérable  et  lui 
épargnent  des  dépenses  nécessaires  qu'il  devrait  solder  forcément 
s'il  ne  les  avait  pas.  D'ailleurs,  il  ne  s'écoule  pas  un  seul  exercice 
financier  sans  qu'on  voit  figurer  au  Budget,  sous  la  rubrique  des 
recettes  extraordinaires  ou  éventuelles,  quelques  revenus  prove- 
nant de  ces  Biens.  C'est  à  ce  titre  que  nous  en  parlons. 

Les  revenus  de  cette  provenance  se  sont  élevés  de  1877  à  1887 
à  5.824  contos,  m.  a.  582  contos.  A  ces  revenus  il  faut  ajouter 
encore  1.442  contos  d'intérêts  des  actions  des  chemins  de  fer  de 
Bahia  et  de  Pernambuco  que  l'Etat  possède.  Le  total  s'élèvera 
ainsi,  pour  les  dix  ans,  à  7.267  contos,  m.  a.  726  contos.Ce  second 
total  n'est  pas  encore  complet.  En  effet,  l'État  perçoit,  en  outre, 
des  intérêts  de  capitaux  nationaux,  représentés  non  seulement 
par  des  actions  de  la  Compagnie  «  Pastoril  e  Industrial  »,  mais 
encore  de  prêts  qu'il  a  faits,  etc.  Ces  revenus  ne  figurent  pas  au 
Budget  sous  des  titres  distincts.  Ils  sont  mentionnés  pêle-mêle 
sous  la  rubrique  :  revenus  extraordinaires,  éventuels  ou  non 
classés.  Aussi  ne  pouvons-nous  pas  les  distinguer  ici  non  plus. 

En  additionnant  les  revenus  des  Biens  meubles  et  immeubles, 
nous  obtenons  pour  la  dernière  période  de  dix  ans,  un  total  de 
9.860  contos,  soit  une  m.  a.  de  986  contos. 

c.  De  certaines  industries  ou  services  industriels  de  l'État.  — 
Nous  avons  déjà  fait  connaître  les  services  qui  forment  et  ceux 
qui  ne  forment  pas  un  monopole  de  l'État.  Il  nous  reste  à  en  faire 
connaître  les  revenus  de  1877  à  1887  : 

Parlons  d'abord  des  revenus  des  industries  qui  forment  un 
monopole  : 

Hôtel  de  la  Monnaie.. .              188  contos.  m.  a.  18  contos. 

Postes 15.093      —